Les maladies chroniques


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Voici, ci-dessous une retranscription complète de cet ouvrage.












 

Dans les maladies chroniques : les ajouts Belges sont en marron, mais aussi les notes de l'éditeur, et la préface volume 3, 4 et 5, et le plan.

 

Notes de bas de pages : J'ai enlevé les notes de bas de pages pour les intégrer juste au dessous du paragraphe concerné. Ainsi, les numéros de notes sont différents du livre, mais à chaque fois, je les ai mis à jour afin qu'elles soient correctes.

 

Notes de l'éditeur : j'ai ajouté les notes de l'éditeur à la suite des notes de bas de page, ainsi, si on enlève les notes de l'éditeur (toujours en marron, il suffit dont d'enlever le marron - très facile!), on retombe toujours sur le texte original ayant des notes de bas de page correctement numérotées. Et comme en cas d'impression, tout est en noir, j'ai ajouté au début "Note de l'éditeur :" afin que ces notes ne soient pas confondues avec les notes de Hahnemann.

 

Numéros de pages : j'ai supprimé les références à des numéros de pages, et remplacées par autre chose (numéro de paragraphe par exemple). Le plan contient toujours des références aux pages (qui n'existent plus). Ce n’est pas grave pour internet car des liens hypertexte seront fait à la place des pages, mais pour la version imprimée, il faudra remettre les bons numéros de pages.

 

Le chapitre des notes de l'éditeur est supprimé car les notes de l'éditeur sont maintenant intégrées à la suite des paragraphes correspondants, mais jai laissée le chapitre en fin de livre, au cas ou l'impression papier les utilise. Dans ce chapitre, les références aux pages et aux numéros de notes de bas de pages sont fausses.

 


 

 

 

 

LES MALADIES CHRONIQUES.

 

Le document qui a servi de base à cette réimpression est une photocopie de l'édition de 1846, publiée à Paris par J.-B. Baillière et fils.

 

 

 

SAMUEL HAHNEMANN

LES MALADIES CHRONIQUES

 

leur nature spécifique

et

leur traitement homœopathique.

 

PARTIE THÉORIQUE.

 

TRADUIT DE L'ALLEMAND

PAR LE DOCTEUR A.-J.-L. JOURDAN

 

DEUXIÈME ÉDITION.

 

RÉÉDITION DE 1985

REVUE, CORRIGÉE ET COMPLÉTÉE.

 

ÉDITIONS DE L'

ÉCOLE BELGE D'HOMŒOPATHIE

A. S. B. L.

BD. LOUIS SCHMIDT, 91

1040 BRUXELLES.

 


 

Préface

 

Samuel Hahnemann a apporté deux choses à la médecine : d'abord un système thérapeutique basé sur la Loi des Semblables, avec sa clé, le mode original de préparation des médicaments par dilution-dynamisation, ensuite une conception de la maladie basée sur la miasmatique ou définition de la maladie constitutionnelle et des modes de réaction défensifs utilisés par le malade.

C'est par l'étude, réfléchie, du Traité des Maladies Chroniques, deuxième pièce fondamentale de l'œuvre d'Hahnemann, que l'on pourra comprendre la conception hahnemannienne de la maladie.

Hahnemann pose d'abord le problème du "miasme", faille dans l'équilibre de l'énergie vitale de l'être humain, toujours présente à l'état latent et qui va se manifester sous l'action de facteurs extérieurs agresseurs de nature psychique, physique, chimique ou traumatique. Ces facteurs sont les révélateurs d'une disposition morbide préexistante dans l'individu. La cause réelle de la maladie est donc interne au malade.

Cette notion fondamentale impose à l'acte thérapeutique une direction déterminée s'il veut être efficace. Ce qu'il doit atteindre, c'est la cause de la maladie. Ce qu'il faut atteindre et chercher à guérir chez le malade c'est donc bien sa susceptibilité fondamentale, sa réceptivité aux facteurs agresseurs externes, et non ces facteurs occasionnels eux-mêmes.

Vient ensuite la mise en évidence de la symptomatologie vicariante, éliminatrice, qui permet pour un temps de sauvegarder le fonctionnement optimal des organes essentiels à la vie. Cette symptomatologie exprime la tentative, l'effort accompli par la force vitale dans le but de retrouver son équilibre et, pour cette raison, elle doit être respectée. La suppression de ces symptômes vicariants, par voie de traitement localisé de quelque nature que ce soit, ne pourra qu'aggraver la maladie fondamentale qui alors se manifestera nécessairement, de suite ou plus tard, sous une forme identique ou différente, mais toujours plus grave.

La compréhension claire de ce mécanisme de la maladie, ainsi que des moyens mis en œuvre par la Force Vitale pour y remédier, évite au médecin de commettre ces deux erreurs grossières qui consistent d'abord à se tromper sur la cause réelle de la maladie et ensuite à procéder à des interventions thérapeutiques qui aggravent l'état du malade.

En troisième lieu l'étude du Traité des Maladies Chroniques nous apprend cette notion fondamentale de "continuité dans l'histoire pathologique du malade". La maladie d'aujourd'hui résulte de la maladie d'hier qui n'a pas été guérie car la thérapeutique appliquée n'a pas modifié la susceptibilité du malade. Sa prédisposition n'a pas été corrigée alors et c'est pourquoi il est de nouveau malade aujourd'hui. Hahnemann nous apprend à rétablir l'unité du malade dans le temps et nous montre comment et pourquoi les différents événements de sa vie pathologique s'enchaînent, le dernier découlant forcément des précédents.

Miasme ou susceptibilité fondamentale cause réelle de la pathologie, réaction curative d'élimination, unité du patient au cours du temps, voilà les trois grands points de la conception hahnemannienne de la maladie développée dans le Traité des Maladies Chroniques.

 

Le 6 novembre 1985

Docteur Daniel Bucken.

 


 

AVERTISSEMENT.

 

La présente édition des MALADIES CHRONIQUES est (comme l'ORGANON que nous avons publié l'an dernier) une réimpression, avec des additions, des notes et des corrections, de la seconde édition française, parue en 1846 à Paris, chez J.-B. BAILLIÈRE.

Nous l'avons toutefois limitée -suivant en cela l'exemple américain- à la partie théorique qui forme le premier tiers du premier volume de ladite édition française (et dont l'importance doctrinale n'est plus à démontrer), que nous avons complétée de toutes les préfaces qui figurent dans les différents volumes de la seconde édition originale allemande.

Le texte que BAILLIÈRE publia en 1846 est une traduction, par le docteur A. J. L. JOURDAN, du premier volume, paru en 1835, de la seconde édition allemande, à laquelle le traducteur a ajouté en préface une traduction (incomplète d'ailleurs) de l'avant-propos du troisième volume paru en 1837.

 

Pourquoi cette édition ?

Il existe en effet en librairie une traduction française, datant de 1969, de la main de Pierre SCHMIDT (de Genève), assisté de son élève Jost KUENZLI (de Saint-Gall). Celle-ci ne suffit-elle donc pas aux besoins des homœopathes de langue française ?

Force nous est de dire que non.

En effet, si le docteur SCHMIDT a l'admirable mérite, que nous sommes le dernier à lui contester, d'avoir ranimé puis tenu bien haut et pendant plusieurs décennies en Europe continentale le flambeau de l'homœopathie Hahnemannienne uniciste, qui sans lui eût menacé de s'éteindre, -nous tenons d'ailleurs à lui rendre ici publiquement l'hommage qui lui en revient,- il faut bien reconnaître que sa traduction des MALADIES CHRONIQUES est loin d'offrir la fidélité qu'on serait en droit d'attendre d'un ouvrage d'une telle importance doctrinale -ce dont pourtant il se targue à la page 11 de ses prolégomènes.

Donnons quelques exemples :

Tout d'abord SCHMIDT se complaît à utiliser un vocabulaire pour le moins bizarre. Il nous apprend ainsi à la page 224 que la prise journalière de sucre de lait maintient le patient dans "un état d'ataraxie", alors que Hahnemann se contentait de le voir simplement plus calme, d'humeur plus égale (gleichmüthiger). Ce que Hahnemann appelle, comme tout le monde, des "climats humides" (feuchten Klimate, p. 168) devient sous la plume enthousiaste de SCHMIDT des "influences météoropathiques humides" (p. 233, n° 248). Il nous parle de "pharmacochronie", de "pharmacopollaxie", de "pharmacopraxie" (et j'en passe !), là où Hahnemann emploie le langage de tous les jours de l'honnête homme. Le titre allemand "Syphilis" (p. 108), sans doute jugé trop simple, prend, abandonné au génie imaginatif de SCHMIDT, des allures de "Thérapeutique homœosyphilitique de la Lues venerea" (p. 163) !

Mais ces fantaisies innocentes deviennent dangereuses lorsqu'elles se mettent à avoir des conséquences doctrinales. Les antipsoriques de Hahnemann (die antipsorischen Arzneien) deviennent chez SCHMIDT des "homœopsoriques" ; les miasmes de Hahnemann se transforment en de vulgaires "agents infectieux" ; SCHMIDT va ainsi jusqu'à défigurer la pensée du Maître en nous apprenant "que le virus psorique est un agent infectieux" (p. 185), là où Hahnemann nous enseigne "que la psore est un miasme chronique" (dass die Psora ein chronischer Miasm (...) sey) !

Les imprécisions de la traduction de SCHMIDT sont parfois susceptibles de faire passer Hahnemann pour un naïf ou un ignorant. Par exemple, lorsqu'il nous affirme sans sourciller à la page 181 que deux globules de Sulphur suffisent à guérir un enfant de la psore "pour toute sa vie" ! Même Hahnemann, dont l'optimisme est parfois un peu excessif, n'a jamais osé aller si loin dans le triomphalisme ! Au bas de la page 244, SCHMIDT nous parle des "substances alcalino-terreuses", là où Hahnemann a écrit "die Erden", les terres, paraissant totalement ignorer que, pour le chimiste du XIXe siècle, le mot "terres" désignait des oxydes insolubles tels l'alumine, la silice (sic), la baryte, la chaux, la magnésie, etc. (cf. infra la note au § 282). Cette désinvolture étonne, quand on sait qu'il s'agit de délimiter quelles substances sont susceptibles de devenir des remèdes antipsoriques.

 

Mais ce n'est pas encore là le plus grave. Il arrive à SCHMIDT de corriger carrément Hahnemann d'après ses conceptions personnelles -sans prévenir le lecteur. Il modifie le texte en ajoutant ou retranchant des phrases (voire des alinéas entiers), en inversant des paragraphes, en bouleversant totalement l'ordre des symptômes dans les différentes listes données par Hahnemann.

C'est ainsi qu'il introduit l'alphabet de MURE, qui ne pouvait évidemment pas figurer dans le texte de Hahnemann, aux pages 117 et 153 de sa traduction. A l'alinéa 230 (page 173 ci-dessous), dont JOURDAN donne une traduction assez fidèle, SCHMIDT met dans la bouche de Hahnemann un texte que ce dernier n'a jamais écrit lorsqu'il lui fait dire "j'ai fait là une découverte importante, à savoir que certains remèdes psoriques à action profonde et prolongée comme par exemple ARSENICUM et SULPHUR ont également la possibilité d'une phase d'action courte, comme les apsoriques (par exemple BELLADONNA) et semblent se comporter comme tels dans les affections purement aiguës." Suivent alors, après cette traduction fantaisiste, six lignes de texte qui ne figurent absolument pas chez Hahnemann (n° 233, pp. 215 et 216).

Aux pages 207 et 209, SCHMIDT inverse l'ordre des paragraphes : ce qu'il regroupe sous le numéro 229 (§§ 216 et 217 de notre édition) doit en effet se trouver avant ce qu'il place sous le numéro 228 (§§ 218 à 221 de notre édition). Page 115, le paragraphe 145 est entièrement de la main de SCHMIDT (et non seulement les trois dernières lignes, comme la parenthèse tendrait à le faire croire). Page 235, SCHMIDT supprime carrément un alinéa entier (le § 256 de notre édition), pourtant fort important, puisqu'il a trait aux anciens symptômes qui reviennent et aux nouveaux qui apparaissent.

Mais la faute la moins pardonnable que SCHMIDT s'autorise est de corriger la conception hahnemannienne de la maladie chronique en décrivant à la psore trois stades : primaire, secondaire et tertiaire (distinguant artificiellement la psore éclatée de la psore manifestée pour faire de cette dernière la psore tertiaire), là où le Maître n'avait distingué que deux stades -séparés par une phase de latence : la symptôme cutané et les symptômes secondaires de la psore manifeste (voir le § 108, page 115 ci-dessous).

N'insistons pas. Le lecteur aura compris depuis longtemps que le texte présenté par SCHMIDT n'est plus du Hahnemann, c'est avant tout du SCHMIDT. On aurait cependant aimé savoir, dans ce fouillis et dans ce galimatias pédant, ce qui en fait vient de Hahnemann. Nous ne reprochons pas à Pierre SCHMIDT d'avoir des idées personnelles sur la question. Il a le droit et nous les respectons. Mais nous aurions préféré qu'il les coule en forme de notes, nettement distinctes du texte original.

C'est pourquoi nous avons entrepris la tâche de présenter aujourd'hui au public de langue française le texte français le plus près de la pensée du Maître qui existât à ce jour, savoir la traduction de JOURDAN sur la seconde édition allemande, qui était devenu introuvable depuis plus d'un siècle, car il n'a (à notre connaissance) jamais été réédité depuis 1846.

Est-ce à dire que cette traduction est sans défaut ? Certes non. Mais elle a au moins le mérite d'essayer d'être fidèle.

JOURDAN, cependant, était un homme parfois pressé. La première traduction qu'il fit, -en 1832,- sur la première édition allemande, était assez soignée. Dans sa traduction de la seconde édition, il a fait par-ci par-là quelques corrections à sa première traduction (dans la partie du texte restée identique d'une édition à l'autre), mais, lorsqu'il s'est agi de traduire les paragraphes que Hahnemann a modifiés, remplacés ou rajoutés à sa seconde édition, JOURDAN s'est alors contenté d'une traduction à la va-vite, souvent fort imprécise, et parfois très résumée, de la pensée du Maître.

Nous possédons une photocopie du texte original allemand (signalons au lecteur intéressé qu'il a été réédité en 1983 par ORGANON-VERLAG, Berg am Starnberger See, sous le titre original Die chronischen Krankheiten, etc., et qu'on peut facilement se le procurer en librairie). Nous avons donc revu le texte de JOURDAN à la lumière de l'original et avons ainsi pu mettre en évidence un certain nombre de non-concordances.

JOURDAN a délibérément opté pour l'allégement de la phraséologie. Omettant sans vergogne ce qu'il considérait sans nul doute comme des lourdeurs de style typiquement germaniques, il a malheureusement sacrifié ainsi un grand nombre de nuances du texte original, souvent importantes -puisqu'il s'agit ici d'une œuvre scientifique.

C'eût été un travail de titan que de refaire tout le texte. Aussi nous sommes-nous contenté de signaler les erreurs ou les imprécisions qui nous ont paru les plus importantes, surtout dans les passages les plus essentiels du point de vue doctrinal, où nous nous sommes livré à une comparaison extrêmement minutieuse à la fois avec le texte allemand original et avec l'excellente traduction américaine du Professeur Louis H. TAFEL, ce qui nous a permis de proposer des traductions, souvent un peu lourdes, mais toujours extrêmement fidèles, car, lorsque le choix s'offrait à nous, nous avons chaque fois préféré sacrifier l'élégance du style à la précision et à l'exactitude du rendu de la pensée de Hahnemann.

Le lecteur méticuleux trouvera peut-être nos corrections trop peu nombreuses, tandis que l'étudiant pressé nous traitera probablement de maniaque. Peu importe. Ce travail, si incomplet et si imparfait soit-il, aura au moins le mérite d'avoir été fait ; libre à celui qui veut encore le peaufiner de s'atteler à la tâche. Nous estimons cependant que, tel qu'il est présenté actuellement, ce texte -avec ses notes et ses corrections- est en ce moment le meilleur qui existe en langue française, et qu'il permet à tout homme de bonne volonté de se faire une idée suffisamment exacte et suffisamment précise de la pensée de Hahnemann, en particulier de sa conception géniale de la maladie chronique, c'est-à-dire du plus grand problème de la médecine de tous les temps et de tous les pays, celui sur lequel tous les systèmes thérapeutiques ont buté et dont il est le premier à lever un coin du voile, le premier à proposer une thérapeutique qui, dans un très grand nombre de cas, soit réellement efficace.

Pour des raisons strictement matérielles, il n'a pas paru possible de refaire la composition du texte pour les passages qui nécessitaient une note, un complément ou une correction. Cela nous aurait entraîné vraiment trop loin. Nous avons préféré grouper toutes nos remarques à la fin du livre, nous bornant à les signaler aux endroits voulus par un, deux ou trois astérisques, selon l'importance que nous leur accordions. Ce système offre de plus au lecteur l'avantage de lui permettre de ne pas être d'accord avec notre traduction et de lui préférer le cas échéant, et après comparaison avec l'original, celle de JOURDAN ou une autre de sa propre main. Elle permet aussi à l'historien de peut-être mieux comprendre certaines discordances, divergences ou même dissidences doctrinales qui ont pu apparaître dans la façon de comprendre et d'exercer l'homœopathie en France, et dont un des points de départ a pu être telle ou telle imprécision de la présente traduction de JOURDAN.

Et, puisque nous abordons ce problème, nous ne pouvons nous empêcher de mettre ici l'accent sur un point qui nous tient particulièrement à cœur. Une des choses les plus remarquables en homœopathie est que les points de vue les plus opposés s'y côtoient, se réclamant tous de la pensée de Hahnemann et se chamaillant à coup d'articles des Études de médecine homœopathique (publiées en anglais sous le titre Lesser writings), de paragraphes de l'Organon ou de fragments des Maladies chroniques, qu'ils s'assènent avec la plus grande conviction, en se traitant, par surcroît, des noms les plus élégants et les moins courtois que leur fournissent la dérivation gréco-latino-française ou la faune aviaire !

Il est malheureusement exact que, quoi qu'ait dit Hahnemann, il est assez souvent possible de trouver quelque part un autre texte où il affirme à peu près le contraire ! Serait-il un homme d'une rare inconséquence ? Point du tout. Les choses sont bien plus simples que cela. Il y a cent cinquante ans, personne ne disposait de machines à écrire avec traitement de texte par ordinateur. Ce qui signifie que la rédaction d'ouvrages aussi denses que l'ORGANON ou les MALADIES CHRONIQUES était une longue peine qui exigeait bien des veillées à la chandelle ; et que toute modification, correction ou addition signifiait automatiquement de longues heures d'un labeur ingrat. Or, chez un homme tel que Hahnemann, jamais la pensée ne peut s'arrêter de progresser, jamais donc son œuvre ne peut être parfaite, et toujours lui faut-il sur le métier remettre son ouvrage. C'est ce qu'il ne cesse de faire tout au long de sa vie. Sans cesse il corrige ses traités fondamentaux, l'ORGANON et les MALADIES CHRONIQUES. Mais, chaque fois qu'il modifie un alinéa ou un paragraphe, l'alignant sur le point ultime de l'évolution de sa pensée, il lui est bien évidemment impossible de revoir tout le texte de A à Z -faute d'ordinateur !- et c'est ainsi que les stades antérieurs de l'évolution de sa pensée persistent (même dans le même ouvrage) à côté des productions les plus récentes de son esprit, dont le génie est toujours sur la brèche.

Il est donc indispensable de lire Hahnemann d'une façon dynamique, de rétablir l'unité spatio-temporelle de sa pensée, sous peine de ne plus rien y comprendre.

Une étude exhaustive de ce problème n'a pas ici sa place, car elle nous entraînerait à des développements d'une ampleur telle que cet Avertissement risquerait d'étouffer le texte ! Nous nous bornerons donc à en résumer très brièvement les points les plus essentiels.

 

La conception Hahnemannienne de la santé, de la maladie et de la guérison.

L'homœopathie a commencé par n'être qu'une méthode thérapeutique, une simple technique de traitement, basée sur la loi des semblables et la dynamisation des doses infinitésimales. Dans l'application de cette loi des semblables, il y a d'ailleurs deux étapes : la première (et la plus ancienne) où l'on recherche la similitude avec la maladie du patient, la deuxième où l'on recherche la similitude avec le patient lui-même, la différence entre les deux conceptions se marquant par la façon opposée dont on fait la valorisation des symptômes et leur hiérarchisation, la première accordant la prééminence aux symptômes locaux (voire pathognomoniques), la seconde aux symptômes généraux, en commençant par les mentaux.

Tout ceci marche très bien quand il s'agit des maladies aiguës, mais en ce qui concerne les maladies chroniques, Hahnemann s'est rapidement rendu compte qu'il persistait un réel problème.

La solution à ce problème se trouve dans le présent livre des MALADIES CHRONIQUES, où Hahnemann explique, en 1828, qu'il a découvert qu' "on n'a jamais affaire qu'à une portion séparée d'un mal primitif profondément situé". (1)

 

(1) Man hat es nimmer nur mit einem abgesonderten Theile eines tief liegenden Ur-Uebels zu thun, cf. § 20, p. 9 ci-dessous- p. 7 de l'original allemand.

 

Et qu'est-ce que c'est, ce mal primitif profondément situé ? Hahnemann a d'abord cru que c'était un principe contagieux, qu'il appelait "miasme", et il explique dans le présent ouvrage qu'il en existe trois.

Mais il lui fallut encore cinq ans de réflexion pour arriver à la conclusion qu'il s'agissait en réalité d'un déséquilibre, d'un désaccord, d'un dérèglement de la force vitale, ce qu'il nous enseigne pour la première fois dans la cinquième édition de l'ORGANON, parue en 1833 (§§ 9 à 16).

Ceci bien sûr n'enlève rien à ce qu'il a découvert auparavant, et, par conséquent, rien ne l'empêche de publier, en 1835, deux ans plus tard, sa seconde édition des MALADIES CHRONIQUES, étant bien entendu que tout homme intelligent comprendra, -sans qu'il soit besoin de modifier tout le texte coûteusement typographié en 1828,- que, lorsqu'on parle des trois miasmes, il ne saurait désormais plus être question d'autre chose que de trois types différents de déséquilibre de la force vitale.

L'essentiel de la pensée Hahnemannienne, à propos des maladies chroniques, c'est qu'il y a en tout être vivant, apparemment en bonne santé, un désaccord latent de la force vitale, un dérèglement caché, insoupçonné. Et ce déséquilibre latent de la force vitale, qu'il soit du type psorique, sycosique ou syphilitique -ou d'un type combiné de deux ou des trois miasmes- ne demande qu'à sortir au grand jour à la première occasion. Il se manifestera donc à la faveur d'une cause occasionnelle (1), qui fera éclater la maladie (2). Et ce pourront alors être toutes sortes de maladies, qui apparaîtront comme des maladies différentes et indépendantes les unes des autres, qui surviennent chez le même individu tout au long de son existence, mais qui ne sont jamais, en fait, que des expressions différentes d'une seule et même maladie latente, d'un seul désaccord caché de la force vitale, qui constitue une charge explosive morbide insoupçonnée (une charge miasmatique), et qui ne se manifestera (3) que si une cause occasionnelle lui sert de détonateur et la fait éclater sous la forme d'une maladie. Ce détonateur pouvant être à peu près n'importe quoi : un refroidissement ou un échauffement, des vexations répétées, un effort physique anormal, un violent chagrin, un traumatisme, etc. -et si Hahnemann avait été au courant des découvertes de la bactériologie moderne, il aurait certainement ajouté : un microbe ou un virus.

 

(1) Causa occasionalis, ORGANON, §§ 7 et 93.

 

(2) § 100, pp. 71 à 75 ci-après : diese oder jene von den namenlosen, (psorischen) chronischen Krankheiten bricht aus, l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques (psoriques) éclate.

 

(3) § 107, p. 114 ci-après : das (...) laut werdende Krätz-Siechthum, la maladie chronique psorique qui devient manifeste.

 

G. H. G. JAHR (1) ira jusqu'à nous dire (parlant de Hahnemann) que "même, dans sa théorie de la psore, il est loin de faire des recherches sur la nature de la tendance morbide que la gale aurait pu imprimer aux fonctions vitales de l'organisme ; ce qu'il y voyait, c'était la cause ou l'influence étrangère qui avait occasionné cette diathèse morbide et contre laquelle il cherchait des antidotes (...). Nous avons assez souvent causé avec lui pour être sûr d'avoir connu à fond sa manière de voir sur tous ces points." (Notons que c'est JAHR lui-même qui a mis les italiques.) On ne peut dire plus clairement que même l'acare n'est que la cause occasionnelle qui sert de révélateur au déséquilibre préexistant de la force vitale, mettant ainsi la diathèse psorique en évidence. (2).

 

(1) Principes et règles qui doivent guider dans la pratique de l'homœopathie, Paris, J.-B. BAILLIÈRE et FILS, 1857, pp. 46 et 47.

 

(2) Voir également le § 280 ci-après (texte complet, uniquement dans nos notes de l'éditeur).

 

Et cette psore, ce désaccord d'abord latent, puis manifeste, de la force vitale, qui est la seule véritable cause fondamentale qui produit toutes les autres formes de maladie, d'ailleurs innombrables (1), ne fait que s'amplifier et se développer d'année en année jusqu'à la mort du malade, malgré les traitements, pourtant homœopathiques, dont nous venons de parler. Nous sommes donc obligés de conclure qu'on n'a ainsi diminué en rien la charge psorique du malade.

 

(1) Die einzig wahre Grund-Ursache und Erzeugerin aller der übrigen vielen, ja unzähligen Krankheits-Formen -ORGANON, 5e éd, § 80.

 

On comprend dès lors qu'il n'y ait, en fait, que deux types de traitement possibles :

1. Le traitement curatif, qui diminue la charge psorique du malade, et qui améliore donc le niveau de santé général du malade.

2. Le traitement palliatif, qui ne diminue pas cette charge miasmatique. Il se limite à soulager le malade au plus vite des symptômes qui le gênent. Il n'améliore pas le niveau de santé général du patient. Et l'expérience montre au contraire que, malheureusement, dans la plupart des cas, il l'aggrave.

La mission du véritable médecin est de rendre la santé au malade (ORGANON, § 1) et, s'il lui est impossible d'atteindre ce bel idéal, il faut au moins qu'il améliore son niveau général de santé, c'est-à-dire qu'il diminue sa charge psorique, le désaccord -latent ou manifeste- de sa force vitale, qui est la seule véritable maladie de l'individu.

Les moyens pour y parvenir sont exposés d'une manière générale dans l'ORGANON, et dans le détail dans LES MALADIES CHRONIQUES.

Le message essentiel que nous transmet Hahnemann dans cet ouvrage n'est cependant pas limité à une technique plus efficace pour combattre la maladie chronique. Non, c'est avant tout une conception différente de la santé, de la maladie et de la guérison.

La scission se fera par conséquent entre deux types d'homœopathie, qui toutes deux cependant se réclameront de Hahnemann :

1. Celle qui rejette le message transmis dans LES MALADIES CHRONIQUES et qui se présente uniquement comme une technique supplémentaire à ajouter à l'arsenal déjà proposé par la médecine classique et les diverses médecines non conventionnelles. Elle se subdivise encore en deux catégories :

a) Une méthode purement palliative qui se focalise sur la maladie et court ainsi le risque de n'aboutir qu'à une suppression avec augmentation de la charge miasmatique du malade, et qui, dans les meilleurs des cas, ne permet de toute façon d'obtenir rien de plus qu'une palliation non toxique.

b) Une méthode superficiellement curative, qui se centre au contraire sur la totalité du malade, mais qui ne le considère que dans sa réalité instantanée, et qui, le plus souvent, ne produira pas de guérison plus profonde ou plus durable que celle d'un état aigu.

Dans les deux cas, cette façon de concevoir les choses n'est pas bien différente de celle des allopathes.

2. Celle qui a compris et qui applique le message contenu dans LES MALADIES CHRONIQUES, qui considère le malade dans la totalité spatio-temporelle de sa biopathographie (comme l'a si bien dit le docteur Daniel BUCKEN dans sa préface à l'ORGANON (1), qui regarde l'individu comme une unité réactionnelle dont chaque épisode pathologique, -fût-il le plus insignifiant en apparence ou le plus lointain dans le temps,- a une véritable signification et qui, visant la guérison -si elle ne peut toujours l'atteindre- aura pour objectif premier de réduire au minimum la charge psorique du patient, c'est-à-dire, en fait, sa susceptibilité à toutes les autres maladies.

 

(1) Éditions de l'École Belge d'Homœopathie, Bruxelles, 1984.

 

 

Quelques précisions historiques.

La première édition allemande des MALADIES CHRONIQUES (en 4 volumes) parut de 1828 à 1830 sous le titre "Die chronischen Krankheiten, / ihre eigenthümliche Natur / und / homöopathische Heilung" (Les maladies chroniques, leur nature spécifique et leur traitement homœopathique). Elle fut traduite en français par le docteur A. J. L. JOURDAN et publiée en 1832, par J.-B. BAILLIÈRE, sous le titre de Doctrine et traitement homœopathique des maladies chroniques.

La deuxième édition allemande, corrigée et considérablement augmentée (zweite, viel vermehrte -und verbesserte- Auflage), en 5 volumes cette fois, parut de 1835 à 1839 ; il fallut cependant attendre 1846 pour que la traduction de JOURDAN (en trois volumes) voie enfin le jour.

Le premier volume de cette deuxième édition allemande est formé du texte théorique dont la traduction forme le gros du présent ouvrage, avec pour seule préface celle de la première édition. Les quatre autres volumes sont consacrés à la matière médicale, les trois derniers étant chaque fois précédés d'une préface.

Le texte de JOURDAN, curieusement, ne reprend pas la préface de la première édition mais lui substitue celle du troisième volume (amputée des deux derniers alinéas). Chose plus curieuse encore, une partie de cette préface, dans une traduction différente de JOURDAN, est incorporée dans les trois dernières pages du texte théorique, pour des raisons qui ne sont connues de personne. Il n'y a, dans cette édition, aucune trace des préfaces des deux derniers volumes.

SCHMIDT, visiblement, ne possédait que le premier volume de l'original allemand, car il s'est laissé prendre au piège de cette préface fantaisiste, allant jusqu'à prétendre (aux pages 29, 32 et 259 de sa traduction) que la seconde édition française contient une importante préface et une postface posthumes, qui toutes deux ne figurent que dans la seconde édition française. Or ce texte a été publié en allemand en 1837 ! Le texte que présente SCHMIDT (en guise de préface et de postface) n'est autre chose qu'une interprétation de celui de JOURDAN ; il est manifeste qu'il ignore totalement l'original allemand.

Nous avons tenu à rétablir la réalité historique et avons donc, dans la présente édition, reproduit toutes ces préfaces dans le même ordre que dans l'original allemand. Celle de la première édition est donnée dans la traduction de JOURDAN. Celle de la troisième dans une traduction personnelle où nous avons repris ce que celle de JOURDAN avait de bon, mais que nous avons remaniée, corrigée et complétée d'après l'original allemand. Les traductions des préfaces des volumes IV et V sont entièrement de notre main.

 

 

Justification des additions, corrections et suppressions.

1. Suppressions.

Nous avons, cela allait de soi, supprimé la partie de préface artificiellement introduite par JOURDAN dans les trois dernières pages, rétablissant ainsi la conformité de la traduction avec l'original.

Nous avons également supprimé le court avertissement de l'éditeur de 1846, estimant qu'il ne présentait plus, en 1985, le même intérêt qu'au siècle dernier.

2. Corrections.

Nous avons effectué quelques corrections dans le corps du texte, à vrai dire peu nombreuses, préférant en reporter la plupart (et les commenter, le cas échéant) en fin de volume, pour des raisons avant tout techniques -des corrections dans le texte nous auraient en effet obligé à refaire une partie trop importante de la composition, ce qui aurait introduit, par ailleurs, des passages entiers en caractères légèrement différents des originaux.

3. Additions.

Nous avons reproduit intégralement la préface de la première édition française, ne nous autorisant qu'une seule modification : l'adaptation à l'orthographe moderne. Nous avons ajouté les préfaces des volumes IV et V de l'édition allemande, comme nous l'avons déjà signalé ci-dessus.

Nous avons ajouté en fin de volume de nombreuses notes, qui sont le plus souvent des précisions ou des corrections de la traduction de JOURDAN, mais qui contiennent fréquemment aussi des commentaires et / ou des renseignements complémentaires difficilement trouvables actuellement. Nous nous sommes le plus possible abstenu de considérations purement doctrinales, estimant que ce n'en était pas ici le lieu : nos commentaires visent avant tout à préciser la réalité historique, qui souvent permet de mieux comprendre la doctrine.

Le texte original contient exactement deux grands titres (Natur der chronischen Krankheiten, nature des maladies chroniques, et Heilung der chronischen Krankheiten, traitement des maladies chroniques) et cinq sous-titres (Heilung, traitement, Sycosis, sycose, Syphilis, syphilis, Psora, psore et Die Arzneien, les médicaments). En dehors de cela, il y a de temps en temps une division marquée par une ligne horizontale dans le texte. Et c'est tout.

Aussi avons-nous jugé indispensable de compléter ce livre par une table des matières détaillée, qui est en même temps le plan de l'ouvrage, car on ne retient bien que ce que l'on a bien compris, et l'on ne comprend bien que ce que l'on a bien structuré dans son esprit.

Mais pour qu'une telle table soit réellement utilisable, il fallait qu'elle renvoie à des endroits précis du texte, le numéro de la page ne pouvant suffire. Pour l'ORGANON, il n'y avait pas de problème à cet égard, puisque cet ouvrage comporte une division en paragraphes numérotés. Mais ici, point de numérotation. Aussi l'avons-nous résolument rajoutée, en suivant à la lettre la division en alinéas du texte allemand (contrairement à Pierre SCHMIDT, qui, lui, a utilisé une numérotation de son cru, sans aucune relation avec le texte original). Comme pour l'ORGANON, nous avons complété le foliotage d'origine par l'inscription de ces numéros à côté du titre courant. Nous avons également jugé utile d'ajouter une numérotation (absente dans le texte de Hahnemann) aux listes des symptômes de la psore latente (§ 97, p. 66 sqq.) et de la psore secondaire (§ 106, p. 74 sqq.). Quant aux numéros que nous avons rajoutés au § 54 (cas cliniques, p. 29 sqq.), il ne s'agit d'autre chose que d'une simple mise en conformité avec l'original allemand.

 

Bruxelles, le 1er novembre 1985.

Docteur Jean-Claude Grégoire.

 

*, **, ***. Ces astérisques, dans la marge, renvoient aux notes page 231 et suivantes. Le nombre d'astérisques est proportionnel à l'importance que nous accordons à cette note.


 

DOCTRINE ET TRAITEMENT

HOMŒOPATHIQUE

DES

MALADIES CHRONIQUES,

 

PAR LE DOCTEUR S. HAHNEMANN,

 

TRADUIT DE L'ALLEMAND SUR LA DERNIÈRE ÉDITION,

 

PAR A.-J.-L. JOURDAN,

MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE.

 

SECONDE ÉDITION

ENTIÈREMENT REFONDUE ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE.

 

TOME PREMIER.

 

A PARIS, CHEZ J. B. BAILLIÈRE,

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,

RUE DE L'ECOLE DE MÉDECINE, 17.

LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219, REGENT-STREET.

1846.


 

PRÉFACE

de la première édition (1828)

 

Si je ne savais que je suis sur terre pour me perfectionner autant qu'il est en moi et faire aux autres tout le bien que mes facultés me permettent d'accomplir, je m'estimerais très maladroit de lancer dans le domaine public, avant de mourir, un art en possession duquel j'étais seul, et dont il ne tenait par conséquence qu'à moi de me réserver les avantages, en le dissimulant.

Mais, lorsque je révèle cette grande découverte au monde, je regrette d'avoir à douter que mes contemporains apprécient la justesse de ma doctrine, qu'ils se montrent observateurs scrupuleux de mes principes, et qu'ils en tirent ainsi, pour l'humanité souffrante, l'immense profit que peuvent s'en promettre ceux qui les suivront avec ponctualité. Peut-être que, rebutés par l'étrangeté de quelques-uns de mes principes, ils aimeront mieux les rejeter sans examen, sans les soumettre au creuset de l'expérience, et sans chercher à les utiliser.

Du moins ne puis-je guère me flatter que ces importantes communications soient mieux accueillies que l'ont été jusqu'à présent mes vues générales sur l'homœopathie. Car, ne voulant pas croire à l'efficacité de ces doses si faibles et si étendues, qui sont cependant la meilleure manière de développer la puissance dynamique des médicaments appliqués d'après les principes homœopathiques, et que des milliers de faits me permettaient enfin de présenter au monde médical comme étant celles qui conviennent le mieux, on a préféré, pendant des années, d'exposer les malades à des dangers, en forçant les doses, et l'on a manqué le but de cette manière, ainsi qu'il m'était arrivé à moi-même, tout le premier, avant que je me fusse arrêté à mon mode actuel d'étendre et d'atténuer les substances médicamenteuses.

Que risquait-on néanmoins en se conformant de suite à mes prescriptions, et mettant en usage, dès le principe, les faibles doses que je recommande ? Pouvait-il rien arriver de pire que de les voir ne produire aucun bien ? Car il était impossible qu'elles nuisissent ! Mais, en appliquant contre tous principes des doses élevées à des traitements homœopathiques, on a pris, pour arriver à la vérité, le détour si dangereux dans lequel je m'étais engagé moi-même en tremblant, afin de l'épargner aux autres, et d'où j'avais réussi à me tirer heureusement. Après avoir porté plus d'une fois préjudice aux malades, après avoir dissipé le temps en pure perte, il a fallu, pour obtenir des guérisons réelles, en revenir à ce que j'avais proclamé depuis longtemps avec franchise et en m'appuyant sur des motifs péremptoires.

En agira-t-on mieux par rapport à la grande découverte dont je fais part ici au public ?

Si l'on se comporte de même à son égard, tant pis pour mes contemporains ! Il sera réservé alors à la postérité plus consciencieuse et plus éclairée d'en recueillir le fruit. Elle seule parviendra, en suivant fidèlement et ponctuellement les préceptes qui vont être tracés, à délivrer le genre humain des tourments dont, aussi loin que l'histoire remonte, nous le voyons accablé par des maladies chroniques trop nombreuses pour avoir toutes reçu des noms, bienfait que n'ont point encore pu lui procurer ceux qui ont déjà exercé l'homœopathie jusqu'à ce jour.


 

 

DOCTRINE ET TRAITEMENT

HOMŒOPATHIQUE

DES MALADIES CHRONIQUES.

 

 

DE LA NATURE DES MALADIES CHRONIQUES.

 

[§ 1] JUSQU'À présent, la médecine homœopathique, fidèlement suivie telle qu'elle avait été enseignée dans mes écrits et dans ceux de mes élèves, a prouvé partout, d'une manière évidente et décisive, sa supériorité naturelle sur les méthodes allopathiques, quelles qu'elles soient, non-seulement dans les maladies aiguës, c'est-à-dire dans celles qui attaquent l'homme avec rapidité, mais encore dans les épidémies et les fièvres sporadiques.

[§ 2] L'homœopathie a également procuré la guérison radicale des maladies vénériennes d'une manière beaucoup plus sûre et plus exempte d'inconvénients ou d'affections consécutives, en attaquant uniquement par l'intérieur, et au moyen du meilleur remède spécifique, le mal interne qui en est la source, sans troubler ni détruire les symptômes locaux dont il détermine l'apparition.

[§ 3] Mais le nombre des autres maladies chroniques répandues sur la surface du globe était infiniment plus grand, énorme même, et il l'est encore.

[§ 4] Le traitement de ces maladies, tel qu'il a été dirigé jusqu'à présent par les médecins allopathistes, n'a servi qu'à accroître les souffrances de ceux qui en étaient atteints ; car, avec tous ces dégoûtants mélanges de drogues violentes employées à hautes doses, et dont la véritable manière d'agir était inconnue, avec ces bains sans cesse répétés, ces substances destinées à provoquer la sueur ou la salive en abondance, ces moyens stupéfiants, réputés anodins, avec tout cet attirail de lavements, de frictions, de fomentations, de fumigations, de vésicatoires, d'exutoires, de cautères, mais principalement avec ces éternelles prescriptions de purgatifs, de sangsues, de saignées, et ces traitements par la faim, ou autres tortures médicales, mises un jour ou l'autre en vogue par la mode, quelque nom qu'elles puissent porter, tantôt le mal devenait plus grave, et les forces vitales allaient sans cesse en baissant, malgré tous les prétendus fortifiants administrés dans les intervalles ; tantôt, lorsque ces moyens déterminaient un changement manifeste, à l'affection dont le sujet avait été atteint jusqu'alors, se substituait un autre état morbide plus redoutable, provoqué par les médicaments eux-mêmes, et de l'apparition duquel le médecin se consolait en disant qu'au moins l'ancienne maladie avait été vaincue, qu'à la vérité il était fâcheux qu'une affection nouvelle se fût déclarée, mais que du moins on pouvait espérer de guérir aussi celle-là avec non moins de bonheur que l'autre l'avait été. C'est ainsi qu'en changeant les formes d'une maladie, qui au fond restait toujours la même, et ajoutant de nouveaux maux provoqués par le malencontreux usage de médicaments nuisibles, on voyait les souffrances du malade aller sans cesse en augmentant, jusqu'à ce qu'enfin la mort imposât silence pour toujours à ses plaintes, et que les regrets de la famille fussent tempérés par l'illusion consolante qu'au moins on avait essayé et employé tous les moyens imaginables pour prévenir la catastrophe.

[§ 5] Ce n'est point ainsi que procède l'homœopathie, ce don précieux de la Divinité.

[§ 6] Même dans ces autres espèces de maladies chroniques, les adeptes de la médecine homœopathique, toutes les fois qu'ils ne les ont pas trouvées trop dénaturées par l'allopathie, ont fait, en suivant les préceptes consignés aujourd'hui dans mes ouvrages et développés autrefois dans mes leçons orales, beaucoup plus qu'on n'obtient par tous les prétendus traitements qui ont été mis en usage jusqu'à ce jour.

[§ 7] Cette manière d'agir, plus conforme à la nature, leur permettait, après avoir recherché tous les symptômes appréciables de la maladie chronique actuelle, pour lui opposer, aux plus petites doses possibles, celui des moyens dont on a jusqu'à ce jour étudié l'action pure et vraie qui était le plus homœopathique avec elle, de procurer, souvent en très peu de temps, sans soustraire des humeurs, sans épuiser les forces, comme fait l'allopathie des médecins ordinaires, une amélioration après laquelle le malade pouvait retrouver des jours heureux, et qui surpassait de beaucoup tout ce que les allopathistes avaient jamais obtenu dans des cas rares, lorsqu'un hasard favorable voulait qu'ils s'adressassent bien en puisant dans leurs boîtes de médicaments.

[§ 8] Les maux cédaient en grande partie à une très faible dose du médicament qui s'était montré apte à produire chez l'homme bien portant une série de symptômes semblables à ceux qu'on observait actuellement chez le malade, et quand l'affection n'était pas trop ancienne, portée à un très haut degré, ou trop altérée par l'allopathie, l'effet durait souvent pendant un long espace de temps, de sorte que l'humanité pouvait déjà s'estimer heureuse, et que dans beaucoup de cas elle s'applaudissait réellement d'avoir rencontré un secours venu si à propos. Le sujet traité de cette manière pouvait se croire à peu près en santé, et il lui arrivait même assez souvent de se flatter d'une guérison absolue, lorsqu'il appréciait bien l'état supportable dans lequel il se trouvait alors, et le comparait avec les souffrances qu'il ressentait avant d'avoir été soulagé par l'homœopathie (1).

 

(1) Telles étaient les guérisons de maladies dues à une psore incomplètement développée, lorsque mes élèves leur opposaient, non pas les médicaments qu'on a reconnus depuis tenir le premier rang parmi les antipsoriques, et qui n'étaient point encore connus à cette époque, mais seulement des substances aptes à couvrir le plus homœopathiquement possible les symptômes existants. Ils parvenaient ainsi à faire rentrer la psore dans son état latent, et à procurer, souvent pour de longues années, surtout chez les sujets jeunes et robustes, un bien-être que l'observateur inattentif pouvait regarder comme une véritable santé. Mais, dans les maladies chroniques provoquées par une psore déjà complètement déployée, les seuls médicaments qui fussent connus à cette époque n'opéraient pas plus alors de guérisons radicales qu'ils ne le font encore de nos jours.

 

[§ 9] Cependant il suffisait souvent d'écarts un peu grossiers dans le régime, d'un refroidissement, d'un mauvais temps, d'un froid humide ou d'un orage, de l'automne, quelque doux même qu'il fût, mais surtout de l'hiver et d'un printemps froid, d'un exercice forcé du corps ou de l'esprit, et principalement d'une secousse imprimée à l'économie par une grave lésion extérieure ou par un événement accablant, des frayeurs répétées, un vif chagrin, de grands soucis ou une tristesse prolongée, pour que, si la maladie en apparence guérie dépendait d'une psore déjà très développée, ou si le sujet était d'une constitution affaiblie, l'un ou l'autre des maux dont on avait triomphé reparût bientôt, accompagné même d'accidents nouveaux, sinon plus fâcheux que ceux dont l'homœopathie avait précédemment procuré la suppression, fréquemment du moins tout aussi graves, et maintenant plus opiniâtres. Dans ce dernier cas, le médecin homœopathiste, agissant comme s'il eût été question d'une maladie nouvelle, recourait à celui des médicaments connus qui avait le plus de rapport avec elle, et administrait naturellement avec assez de succès cette substance, qui sur-le-champ remettait le malade dans un meilleur état. Dans le premier cas, au contraire, où, par l'effet des causes dont je viens de faire l'énumération, les maux qui semblaient déjà éteints venaient à reparaître, le moyen dont on s'était bien trouvé la première fois réussissait d'une manière beaucoup moins complète, et quand on le réitérait une troisième fois, il était couronné d'un succès moins marqué encore. Alors, sous l'influence des remèdes homœopathiques en apparence les mieux appropriés, et même lorsqu'il n'y avait rien à redire au genre de vie du malade, on voyait éclater des symptômes nouveaux qu'on ne pouvait faire disparaître qu'incomplètement à l'aide des moyens les plus homœopathiques, et dont il était même impossible de diminuer l'intensité lorsque les circonstances du dehors dont il a été parlé plus haut venaient à entraver la guérison.

[§ 10] Il arrivait bien quelquefois qu'un événement propre à inspirer de la joie, un changement heureux dans la situation extérieure du sujet, un voyage agréable, une saison favorable et sèche, un beau temps soutenu, suspendaient l'affection chronique d'une manière remarquable, et pour un temps plus ou moins long, pendant lequel il pouvait se faire que le disciple de l'école homœopathique supposât la maladie à peu près guérie, et que le malade, donnant peu d'attention à des maux modérés et supportables, se crût lui-même délivré. Mais cette trêve n'était jamais de longue durée, et les fréquentes rechutes du mal finissaient par rendre les médicaments reconnus jusqu'alors pour être le plus homœopathiques et donnés aux doses les plus appropriées, d'autant moins efficaces qu'on en réitérait davantage l'administration. Une époque arrivait même où à peine procuraient-ils un léger soulagement. Mais, d'ordinaire, après des efforts réitérés pour triompher d'une affection qui se reproduisait toujours avec quelques modifications nouvelles, il restait, même lorsque le malade n'avait rien à se reprocher du côté du régime et qu'il exécutait ponctuellement tout ce qu'on lui prescrivait, des maux que les médicaments les plus éprouvés jusqu'alors ne pouvaient ni faire disparaître, ni souvent même diminuer, et qui, se multipliant sans cesse, devenaient à chaque instant de plus en plus fâcheux. Ainsi, au total, le médecin homœopathiste ne parvenait, en agissant ainsi, qu'à retarder la marche de la maladie chronique, qui cependant s'aggravait d'année en année.

[§ 11] Tel était et tel est encore le résultat plus ou moins prompt de ces traitements mis en usage contre toutes les maladies chroniques non vénériennes considérables, même lorsqu'ils semblaient être dirigés rigoureusement d'après les principes connus jusqu'alors de l'art homœopathique. Leur début inspirait de la confiance, leur prolongation produisait des effets de moins en moins favorables, et leur terminaison détruisait tout espoir.

[§ 12] Cependant la doctrine elle-même était et sera éternellement appuyée sur l'immuable base de la vérité. Elle a prouvé au monde, par des faits, qu'on peut avoir foi à son excellence, je dirais presque à son infaillibilité, si ce terme pouvait être employé en parlant de choses humaines.

[§ 13] Elle, l'homœopathie, a enseigné, seule et la première, les moyens de guérir, par des médicaments homœopathiques agissant d'une manière spécifique, les grandes maladies qui constituent des espèces à part, l'ancienne fièvre scarlatine lisse de Sydenham, le pourpre des modernes, la coqueluche, le croup, la sycose, et les dysenteries automnales. Il n'y a pas même jusqu'aux pleurésies aiguës et aux affections typhoïdes contagieuses qu'elle ne ramène promptement à la santé par quelques petites doses de remèdes homœopathiques bien choisis.

[§ 14] D'où venait donc ce résultat moins favorable, ce résultat défavorable qu'avait l'homœopathie dans le traitement des maladies chroniques non vénériennes ? A quelle cause tenait-il qu'on échouait dans tant de milliers de tentatives pour traiter les autres maladies chroniques de manière à procurer une guérison durable ?

[§ 15] Peut-être fallait-il s'en prendre au nombre trop peu considérable encore des médicaments homœopathiques dont les effets purs avaient été éprouvés !

[§ 16] Les adeptes de l'homœopathie se sont arrêtés jusqu'à présent à cette excuse, à cette sorte de consolation. Mais le fondateur de la doctrine n'a jamais pu s'en contenter, d'un côté parce que le nombre croissant d'année en année des médicaments éprouvés sous le rapport de leurs effets purs, n'a point fait faire un seul pas à la thérapeutique des maladies chroniques non vénériennes ; d'un autre côté, parce que les maladies aiguës qui ne sont pas constituées, dès leur principe, de manière à amener infailliblement la mort, non-seulement cèdent à l'emploi bien calculé des remèdes homœopathiques, mais encore tardent peu, pour la plupart, à disparaître sous la seule influence de la force éminemment conservatrice qui ne demeure jamais en repos dans notre organisme.

[§ 17] Pourquoi la force vitale, qui a été instituée pour veiller à l'intégrité de l'organisme, qui travaille sans relâche à amener la guérison, même dans les maladies aiguës les plus graves, et sur laquelle les médicaments homœopathiques exercent une influence si efficace, ne peut-elle point procurer de guérison véritable et durable dans ces maladies chroniques, même avec le secours de médicaments homœopathiques qui couvrent aussi bien que possible les symptômes actuels ? Quel est l'obstacle qui s'y oppose ?

[§ 18] Ce problème, qu'il était si naturel de se poser, dut me conduire à rechercher quelle est la nature de ces maladies chroniques.

[§ 19] Trouver la cause qui fait que tous les médicaments connus à l'homœopathie ne procurent point de guérison réelle dans ces maladies, et arriver, s'il était possible, à des vues plus exactes sur la vraie nature de ces milliers d'affections qui résistent au traitement, malgré l'inébranlable vérité de la loi homœopathique, tel est le sérieux problème dont je me suis occupé jour et nuit depuis les années 1816 et 1817. Dans ce laps de temps, le dispensateur de tout bien m'a permis d'arriver, par des méditations assidues, des recherches infatigables, des observations fidèles et des expériences de la plus parfaite exactitude, à une solution qui doit tourner au profit du genre humain (1).

 

(1) Cependant, je n'ai rien laissé transpirer de ces efforts inouïs, ni dans le public, ni parmi mes élèves, et en cela je n'ai point été retenu par la crainte de l'ingratitude qu'on m'a si souvent témoignée, car je n'ai jamais eu égard ni à l'ingratitude, ni aux persécutions, dans le cours de ma vie, qui, bien que pénible, n'a cependant point été dénuée de satisfaction, à cause de la grandeur du but auquel je tendais. Si j'ai gardé le silence, c'est qu'il est inconvenant et souvent nuisible de parler ou d'écrire sur des choses qui ne sont point encore à maturité. En 1827 seulement les principaux résultats de mes méditations ont été communiqués à ceux de mes disciples qui ont le plus contribué aux progrès de l'art homœopathique, et cette communication n'a pas profité seulement à eux, mais encore à leurs malades. Je l'ai faite afin que la science ne fût pas entièrement perdue pour le monde, si je venais à être rappelé dans le sein de l'éternité avant d'achever mon livre, ce qui n'était pas sans vraisemblance pour un homme presque octogénaire.

 

[§ 20] Le fait que les maladies chroniques non vénériennes, traitées homœopathiquement, même de la meilleure manière, reparaissent cependant après avoir été mises plusieurs fois de côté, qu'elles renaissent toujours sous une forme plus ou moins modifiée et avec de nouveaux symptômes, et qu'elles se reproduisent même chaque année avec un accroissement notable dans l'intensité de leurs accidents ; cette observation si souvent renouvelée fut la première circonstance qui me donna à penser que, dans les cas de ce genre, et même dans toutes les affections chroniques non vénériennes, on n'a point seulement affaire à l'état morbide qui se dessine actuellement, qu'il ne faut pas considérer et traiter cet état comme une maladie à part, puisque, si tel était son caractère, l'homœopathie devrait le guérir en peu de temps et pour toujours, ce qui est contraire à l'expérience. J'en conclus qu'on n'a jamais sous les yeux qu'une portion d'un mal primitif profondément situé, dont la vaste étendue se trahit par les accidents nouveaux qui se développent de temps en temps ; qu'on ne doit donc point espérer en pareil cas, comme on le fait dans l'hypothèse admise jusqu'à présent d'une maladie à part et bien distincte, de procurer une guérison durable, garantissant, soit du retour de l'affection elle-même, soit de l'apparition d'autres symptômes nouveaux et plus graves à sa place ; que, par conséquent, il est nécessaire de connaître l'étendue entière de tous les accidents et symptômes propres au mal primitif inconnu, avant de pouvoir se flatter de découvrir un ou plusieurs médicaments homœopathiques à ce dernier, qui soient capables de le couvrir, de le vaincre et de le guérir dans toute son étendue, et par suite aussi dans tous ses embranchements, c'est-à-dire dans celles de ses parties qui donnent lieu à tant de maladies diverses.

[§ 21] Mais ce qui montrait clairement en outre que le mal primitif, à la recherche duquel j'étais, devait être de nature miasmatique et chronique, c'est que jamais il ne lui arrive d'être vaincu par l'énergie d'une constitution robuste, de céder au régime le plus salubre, au genre de vie le plus régulier, ou de s'éteindre de lui-même, mais que jusqu'à la fin de la vie il s'aggrave sans cesse avec les années, en prenant la forme d'autres symptômes plus fâcheux (1), comme il arrive à toute maladie miasmatique chronique. C'est ainsi, par exemple, qu'une affection vénérienne chancreuse, qui n'a jamais été combattue par le mercure, son spécifique, et qui s'est transformée en syphilis, ne s'éteint jamais d'elle-même, augmente chaque année, même chez les sujets les plus robustes et qui mènent la vie la plus régulière, et ne cesse non plus qu'à la mort de déployer des symptômes à chaque instant nouveaux et toujours de plus en plus fâcheux.

 

(1) Assez souvent la suppuration du poumon dégénérait en aliénation mentale, le dessèchement d'ulcères en hydropisie ou en apoplexie, la fièvre intermittente en asthme, les affections du bas-ventre en douleurs dans les articulations ou en paralysies, les rhumatismes en hémorragies, etc., et il n'était pas difficile d'apercevoir que la nouvelle maladie devait avoir sa source également dans l'ancienne affection existante, et que ce ne pouvait être qu'une des parties d'un tout beaucoup plus grand.

 

[§ 22] J'en étais arrivé là lorsque mes recherches et mes observations sur les maladies chroniques non vénériennes me firent reconnaître, dès le premier abord, que l'impossibilité de guérir homœopathiquement certaines affections qui s'offraient comme des maladies particulières et jouissant d'une existence indépendante, ne paraissait que trop tenir, dans la plupart des cas, à une gale dont le sujet avait été atteint jadis ; qu'ordinairement même la date de tous les maux qu'il avait éprouvés depuis remontait jusqu'à l'époque de cet exanthème. Une attention soutenue me fit reconnaître en outre, chez les personnes atteintes de maladies chroniques qui n'avouaient pas avoir eu la gale, n'y avaient point fait attention, chose très fréquente, ou du moins ne s'en souvenaient pas, qu'on parvenait communément à découvrir que les traces légères de cette affection (boutons de gale isolés, dartres, etc.) s'étaient manifestées de temps en temps, quoique rarement, comme pour attester sans réplique l'infection à laquelle elles avaient été en proie dans les temps passés.

[§ 23] Ces circonstances, jointes au fait constaté par d'innombrables observations des médecins (1), et quelquefois aussi par ma propre expérience, que la suppression de l'exanthème psorique, soit par un traitement mal dirigé, soit par toute autre cause, avait été instantanément suivie, chez des sujets d'ailleurs bien portants, de symptômes semblables ou analogues, ne pouvaient pas me laisser le moindre doute sur l'ennemi intérieur que j'avais à combattre avec le secours de la médecine.

 

(1) Dans ces derniers temps encore, par Autenrieth (V. Gazette de Tubingue, pour l'histoire naturelle et la médecine, t. II, cah. 2).

 

[§ 24] Peu à peu j'appris à connaître des moyens plus efficaces contre cette maladie primitive, source de tant de maux, que j'appelle psore, afin de la désigner sous un nom général, contre cette affection psorique interne avec ou sans éruption cutanée ; et en appliquant ces médicaments au traitement d'affections chroniques semblables, auxquelles les malades ne pouvaient point assigner pour cause une infection de ce genre, il devint évident pour moi, d'après les succès que j'obtins, que, dans le cas même où le sujet ne se souvenait pas d'avoir eu la gale, les maux dont il se plaignait devaient cependant provenir d'une gale contractée peut-être tandis qu'il était encore au berceau, ou effacée de son souvenir, conjecture à l'appui de laquelle venaient très souvent les informations prises auprès des parents.

[§ 25] L'observation assidue de la vertu curative des remèdes antipsoriques, à la découverte desquels j'arrivai, dès les premières de ces onze années, ne fit que me confirmer de plus en plus dans la conviction que telle devait être fréquemment l'origine non-seulement des maladies chroniques légères, mais encore de celles qui offraient plus de gravité, et même des plus considérables.

[§ 26] Elle me persuada que non-seulement la plupart des innombrables maladies de peau qui ont été distinguées et dénommées d'une manière si minutieuse par Willan, mais encore presque toutes les pseudo-organisations, depuis les verrues aux doigts jusqu'aux tumeurs enkystées les plus volumineuses, depuis les simples déformations des ongles jusqu'aux gonflements des os, aux déviations de la colonne vertébrale et à plusieurs autres ramollissements ou distorsions des os, dans l'enfance ou dans l'âge avancé ; que les saignements de nez fréquents, les congestions de sang dans les veines du rectum, les flux sanguins par l'anus, l'hémoptysie, l'hématémèse et l'hématurie, l'aménorrhée et la métrorrhagie, les sueurs nocturnes habituelles et l'aridité de la peau devenue sèche comme un parchemin, les diarrhées habituelles, la constipation opiniâtre, les douleurs chroniques errant çà et là par le corps, et les convulsions reparaissant pendant plusieurs années de suite ; que les ulcérations, et phlegmasies chroniques, les atrophies, la surexcitation, les vices divers et l'abolition de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, l'excès et l'extinction de l'appétit vénérien, les perversions des facultés intellectuelles, depuis la démence jusqu'à l'extase, depuis la mélancolie jusqu'à la fureur, les lipothymies, les vertiges et les maladies du cœur, les affections du bas-ventre, avec tout le cortège des maux appelés hystérie et hypocondrie ; en un mot, que des milliers d'affections chroniques auxquelles la pathologie assigne des noms différents, ne sont, à peu d'exceptions près, que des rejetons de la psore polymorphe. En continuant mes observations, mes comparaisons et mes expériences dans ces dernières années, je demeurai convaincu que les affections chroniques du corps et de l'âme, qui varient tant sous le rapport des accidents qu'elles déterminent et des formes qu'elles revêtent chez les divers individus, ne sont toutes, quand on ne doit pas les mettre sur le compte des deux maladies vénériennes, la syphilis et la sycose, que des manifestations partielles de ce miasme chronique primitif, lépreux et psorique, c'est-à-dire des dérivés d'une seule et même immense maladie fondamentale, dont les symptômes presque innombrables ne forment qu'un seul tout, et ne doivent être considérés et traités que comme des membres d'une seule et unique maladie. De même, dans une grande épidémie de typhus, par exemple celle de l'année 1813, un malade ne présente que quelques-uns des symptômes propres à l'épidémie ; un second en offre aussi quelques-uns seulement, mais différents ; un troisième, un quatrième, d'autres encore : tous cependant sont atteints d'une seule et même fièvre pestilentielle, et l'on est obligé de prendre les symptômes chez tous ces malades, ou chez beaucoup d'entre eux, pour se former une image complète du typhus régnant, tandis que le moyen ou les moyens reconnus homœopathiques (1) guérissent le typhus entier, et par conséquent aussi déploient une efficacité spécifique dans chaque cas individuel, quoique chaque malade offre des symptômes différents de ceux qu'on observe chez les autres, et que chacun d'eux semble être atteint d'une autre affection (2).

 

(1) Dans le typhus de 1813, la bryone et le sumac vénéneux furent les remèdes spécifiques pour tous les malades.

 

(2) Voyez l'Exposition de la Doctrine homœopathique, ou Organon de l'art de guérir, trad. par A. J. L. Jourdan, Paris, 1845, § 105-108.

 

[§ 27] Il en est de même, seulement sur une bien plus grande échelle, de la psore, cette source commune de tant de maladies chroniques, dont chacune paraît différer essentiellement de toutes les autres, quoique au fond elle soit la même chose, ainsi que le démontrent et la similitude de plusieurs symptômes qui se manifestent également dans toutes pendant leur cours progressif, et la guérison de toutes par les mêmes moyens curatifs.

[§ 28] Toutes les maladies chroniques de l'homme, même celles qu'on abandonne à elles-mêmes, et que nul traitement irrationnel ne vient aggraver, ont, comme je l'ai dit, une persévérance et une durée telles qu'aussitôt qu'elles se sont développées, quand l'art n'en procure point la guérison radicale, elles vont toujours en empirant avec les années, et que les forces propres de la nature la plus robuste, secondées même par un régime et un genre de vie fort réguliers, ne peuvent ni les diminuer, ni moins encore les vaincre et les éteindre, que par conséquent elles ne disparaissent jamais d'elles-mêmes, mais croissent et s'aggravent jusqu'à la mort. Elles doivent donc avoir toutes pour cause des miasmes chroniques stables, qui leur permettent d'agrandir continuellement le cercle de leur existence parasite dans l'économie humaine.

[§ 29] En Europe, et aussi dans d'autres contrées du globe, on ne trouve, d'après tous les renseignements qui nous sont parvenus, que trois de ces miasmes chroniques, dont les maladies se manifestent par des symptômes locaux, et d'où proviennent, sinon toutes, du moins la plupart des affections chroniques ; ce sont la syphilis, que j'appelais autrefois maladie vénérienne chancreuse, la sycose ou la maladie des fics, et enfin la psore, qui est la source de l'exanthème de la gale. Cette dernière étant la plus importante de toutes, c'est d'elle qu'il va être question d'abord.

[§ 30] C'est la psore, cette maladie chronique miasmatique la plus ancienne, la plus généralement répandue, la plus fâcheuse, et cependant la plus méconnue de toutes, qui tourmente les peuples depuis tant de milliers d'années. Mais, depuis les derniers siècles, elle est devenue la mère des milliers de maux non vénériens, aigus et chroniques, incroyablement diversifiés, dont le genre humain se trouve maintenant affligé chaque jour de plus en plus sur toute la surface habitée de la terre.

[§ 31] La psore est la plus ancienne maladie chronique miasmatique que nous connaissions.

[§ 32] Aussi chronique que la syphilis ou que la sycose, et par conséquent, lorsqu'on ne la guérit point d'une manière radicale, ne s'éteignant non plus qu'au dernier souffle de la vie, même la plus longue, puisque la nature, quelque robuste qu'elle soit, ne parvient jamais à la détruire par ses propres forces, elle est en outre, de toutes les maladies chroniques miasmatiques, la plus ancienne et celle qui présente le plus de têtes.

[§ 33] Pendant tout le temps qui s'est écoulé depuis l'époque où elle a frappé le genre humain, car l'histoire la plus reculée des plus anciens peuples ne remonte point jusqu'à leur origine, les phénomènes morbides par lesquels elle se manifeste ont acquis une telle extension, jusqu'à un certain point explicable par l'immense développement qu'elle a dû prendre depuis si longtemps dans tant de millions d'organismes par lesquels elle a passé, qu'on ne peut presque plus nombrer ses symptômes secondaires, et que toutes les affections chroniques naturelles (c'est-à-dire non produites par l'art des médecins ou par des travaux insalubres sur le mercure, le plomb, l'arsenic, etc.), qui figurent sous cent noms différents dans la pathologie ordinaire, la reconnaissent pour véritable et unique source, à l'exception de celles qui sont dues à la syphilis, et de celles, bien plus rares encore, qui proviennent de la sycose.

[§ 34] Les plus anciens monuments historiques que nous possédions parlent déjà de la psore très développée. Moïse (1) en a dépeint plusieurs modifications, il y a trente-quatre siècles. Cependant il paraît qu'à cette époque, et comme elle a continué de le faire parmi les Israélites, cette affection avait fixé son principal siège aux parties extérieures du corps, de même qu'elle l'a fait ensuite, soit chez les Grecs avant leur civilisation, soit plus tard chez les Arabes, soit enfin en Europe durant la barbarie du moyen âge. Il n'entre pas dans mon sujet de rapporter les noms que les différents peuples ont donnés aux variétés plus ou moins malignes de lèpre (symptômes extérieurs de la psore), qui défiguraient diversement l'extérieur du corps. Ces noms nous importent fort peu, puisque l'essence de la maladie psorique pruriteuse et miasmatique est au fond restée toujours la même.

 

(1) Dans le troisième livre, au chapitre 13e, et là aussi où Moïse parle (chap. 21, v. 20) des affections du corps dont un prêtre destiné aux sacrifices doit être exempt, la gale maligne est désignée par le mot hébreu בךג, que les Septante ont rendu par ψρώα άγρια, et la Vulgate par scabies jugis. Le commentateur talmudique Jonathan dit que c'est une gale sèche, répandue sur tout le corps, et traduit le mot de Moïse, תפלי, par lichen, dartre (voyez ROSENMULLER, Scholia in Levit, p. II, edit. sec, p. 124). Les commentateurs de la Bible dite anglaise sont du même avis, et Calmet, entre autres, dit que la lèpre ressemble à une gale invétérée, avec de violentes démangeaisons. Les anciens parlent aussi du prurit particulier et voluptueux, caractéristique alors comme aujourd'hui, et auquel succède une ardeur douloureuse après qu'on s'est gratté. Tel est entre autres Platon, qui appelle la gale γλυαύπιαρον ; Cicéron parle également de la dulcedo de la scabies.

 

[§ 35] Cependant la psore d'Occident qui, au moyen âge, avait été pendant plusieurs siècles si redoutable sous la forme d'un érysipèle malin, appelé feu Saint-Antoine, fut ramenée à la forme lépreuse par la lèpre que les Croisés rapportèrent dans le treizième siècle. Quoique par là elle ait été plus répandue encore en Europe qu'elle ne l'était auparavant, puisqu'en 1226 on comptait deux mille léproseries dans la seule France, la psore, qui se multipliait ainsi chaque jour de plus en plus, avec les caractères d'un hideux exanthème, trouva du moins un contre-poids à la violence de ses symptômes extérieurs dans les moyens de propreté rapportés d'Orient avec elle, c'est-à-dire dans l'usage des chemises, auparavant inconnu en Europe, et dans le goût des bains chauds, qui devint plus répandu. Ces deux moyens, joints à plus de recherche dans la préparation des aliments et à un genre de vie plus poli, qui furent la suite du progrès de la civilisation, parvinrent en deux siècles à diminuer tellement les horribles symptômes extérieurs de la psore, qu'à la fin du quinzième siècle, elle ne se montrait plus que sous la forme de l'éruption psorique ordinaire, lorsqu'en 1493, une autre maladie chronique miasmatique, la syphilis, commença pour la première fois à lever sa redoutable tête.

[§ 36] Une fois que, dans les pays civilisés, la psore se fut adoucie dans ses symptômes extérieurs, jusqu'à ne plus paraître que sous la forme de l'éruption psorique ordinaire, il devint beaucoup plus facile de nettoyer la peau, par des moyens divers, de l'exanthème qui succédait à l'infection, en sorte que depuis lors, l'usage des traitements externes étant devenu général, les manifestations de la psore à la peau sont fréquemment effacées par les bains, les lotions et les frictions avec des préparations de soufre, de plomb, de cuivre, de zinc et de mercure, avec tant de rapidité, surtout chez les personnes aisées, que, la plupart du temps, on ignore entièrement, dans ces classes de la société, qu'un enfant ou un adulte a été atteint de la gale.

[§ 37] Cependant le sort du genre humain, loin d'être amélioré pour cela, ne s'en trouvait, au contraire, que rendu beaucoup plus fâcheux sous bien des rapports. En effet, quoique, dans les siècles précédents, où l'exanthème de la psore affectait la forme lépreuse, il fût fort à charge aux malades par les élancements qui se faisaient sentir dans les tubercules et sous les croûtes, et par les violentes démangeaisons qui survenaient aux alentours, cependant le reste de l'économie s'en ressentait généralement peu, à cause de l'opiniâtreté extrême avec laquelle persistait cette grande affection cutanée, qui tenait lieu de l'affection psorique interne. Il y a plus même, l'aspect affreux et repoussant d'un lépreux faisait une impression si profonde sur les individus bien portants, que tous fuyaient à son approche, et que la réclusion du plus grand nombre de ces infortunés dans les léproseries, les tenait éloignés du reste de la société, ce qui limitait beaucoup la contagion et la rendait rare, proportion gardée.

[§ 38] Mais, depuis que les causes réunies au quatorzième et au quinzième siècles ont adouci la psore, quant à ses caractères extérieurs, en lui faisant prendre la forme d'une simple éruption cutanée, dans laquelle les papules qui succèdent à l'infection font d'abord peu de saillie et peuvent être aisément cachées, mais sont continuellement déchirées par le malade, à cause des démangeaisons qui les accompagnent, et répandent ainsi autour d'elles le liquide qu'elles renferment, le miasme producteur de la maladie se communique d'autant plus facilement et plus sûrement à de nombreux individus, que la contagion a lieu d'une manière moins patente, les objets invisiblement souillés par le liquide psorique infectant bien plus d'hommes qui y touchent sans le savoir, que ne pouvaient jamais le faire les lépreux, dont l'extérieur effrayant faisait fuir tout le monde.

[§ 39] C'est de cette manière que la psore est devenue le plus contagieux et le plus répandu de tous les miasmes chroniques.

[§ 40] Le miasme psorique s'est ordinairement propagé au loin déjà, quand celui qui en a été le point de départ réclame ou obtient un répercussif extérieur, comme eau blanche, onguent de précipité blanc, etc., contre l'exanthème qui lui cause des démangeaisons, sans qu'il convienne d'avoir eu la gale, souvent même sans qu'il croie l'avoir contractée, et fréquemment sans que l'homme de l'art lui-même sache que c'est la gale qu'il a ainsi répercutée par une dissolution de plomb, ou autrement.

[§ 41] On conçoit sans peine que les gens pauvres et les basses classes qui laissent la gale ravager leur peau jusqu'à ce que, devenus un objet d'horreur pour tous ceux qui les entourent, ils soient forcés de réclamer des moyens propres à la faire disparaître, ont dû jusque-là communiquer l'infection à un grand nombre de personnes.

[§ 42] Si donc l'humanité souffre davantage de ce que la forme extérieure de la psore est descendue, en s'adoucissant, de la lèpre à l'exanthème psorique, ce n'est pas seulement parce que celui-ci se contracte plus inopinément, et par suite d'une manière plus fréquente, mais encore parce que la maladie principale, toute mitigée qu'elle est, quoique plus généralement répandue sous cette nouvelle forme, n'a pas changé le moins du monde dans son essence, qu'elle est toujours d'une nature aussi redoutable que dans l'origine, et qu'après la disparition maintenant plus facile de son exanthème, elle fait des progrès d'autant plus inaperçus dans l'intérieur. Voilà comment depuis ces trois derniers siècles, après l'anéantissement (1) de son symptôme principal, elle joue le triste rôle de produire cette multitude de symptômes secondaires, c'est-à-dire cette légion de maladies chroniques dont les médecins ne soupçonnaient point la source, que, par cette raison, ils ne pouvaient pas plus guérir qu'ils n'avaient jamais réussi à guérir radicalement la psore primitive tout entière (encore accompagnée de son éruption cutanée), et que, bien loin de là, ils devaient toujours aggraver par leurs remèdes mal choisis, comme le démontre l'expérience de tous les jours.

 

(1) Les mauvais moyens mis en usage par les médecins et les médicastres ne sont pas l'unique cause de la disparition de l'exanthème psorique ; il n'est malheureusement pas rare que, sans cette influence, l'éruption abandonne la peau, comme on le verra plus loin dans les faits recueillis par d'anciens observateurs (nos 9, 17, 26, 36, 50, 58, 61, 64, 65). La syphilis et la sycose ont donc toutes deux à cet égard un grand avantage sur la psore, qui consiste en ce que, dans la première, les chancres ou les bubons, et, dans la seconde, les fics, ne disparaissent des parties extérieures que quand on les détruit maladroitement par des topiques, ou lorsqu'on traite rationnellement la maladie entière par des médicaments internes. Il suit de là que la syphilis ne peut éclater tant que les chancres n'ont point été anéantis par l'art, ni les symptômes secondaires de la sycose se manifester tant que les fics ont été respectés ; car ces affections locales, qui tiennent lieu de la maladie interne à laquelle ils appartiennent, persistent d'elles-mêmes jusqu'à la fin de la vie, sans permettre à la maladie interne d'éclater, ce qui rend très facile de les guérir dans toute leur étendue, c'est-à-dire radicalement, par les médicaments internes spécifiques contre elles, dont on n'est alors obligé de continuer l'emploi que jusqu'au moment où les symptômes locaux (chancres et fics), persistants de leur nature quand on ne les combat pas par des répercussifs externes, sont complètement guéris, car alors on est parfaitement certain aussi d'avoir procuré la guérison radicale de la maladie interne, c'est-à-dire de la syphilis et de la sycose.

La psore, telle qu'elle s'est adoucie depuis trois siècles, en descendant du caractère de la lèpre à celui de l'exanthème psorique, n'a plus ce bon côté. L'éruption psorique ne tient pas tant à la peau, n'est pas si solidement fixée à son siège, que le chancre ou le fic. Lors même que les soins mal entendus d'un médecin ou d'un médicastre ne la répercutent pas, comme il arrive presque toujours, par des lotions siccatives, des pommades soufrées ou des purgatifs drastiques, il lui arrive souvent de disparaître d'elle-même, pour me servir du langage consacré, c'est-à-dire par des causes auxquelles on ne fait point attention. On la voit assez fréquemment cesser par l'effet d'un fâcheux événement physique ou moral, d'une frayeur violente, de soucis continuels, d'un chagrin accablant, d'un grand refroidissement ou d'un froid intense (comme dans l'observation n° 67, plus loin), l'usage de bains froids, tièdes et chauds, dans l'eau de rivière ou dans des eaux minérales, l'apparition d'une fièvre ou d'une autre maladie aiguë, provoquée par une cause quelconque (comme la petite-vérole, dans l'observation n° 39), celle d'une diarrhée prolongée, et quelquefois aussi par l'effet d'une inertie particulière de la peau. Dans ce cas, les suites sont tout aussi fâcheuses que quand l'exanthème a été supprimé extérieurement par une thérapeutique irrationnelle. Les symptômes secondaires de la psore interne, et l'une des innombrables maladies chroniques qui tirent leur source de là, éclatent alors tôt ou tard.

Qu'on ne croie pas que la psore, si adoucie aujourd'hui dans son symptôme local, l'affection cutanée, diffère essentiellement de l'ancienne lèpre. Il n'était pas rare non plus autrefois que cette dernière abandonnât la peau par l'usage des bains froids et d'immersions répétées dans l'eau de rivière ou dans les eaux minérales chaudes (voyez ci-après n° 35) ; mais alors aussi on n'avait pas plus d'égard aux résultats fâcheux de cette disparition, que les médecins modernes ne font attention aux maladies aiguës et chroniques que la psore interne ne manque jamais de déterminer tôt ou tard, lorsque l'éruption a quitté la peau d'elle-même, ou par l'effet d'un traitement dirigé contre elle.

 

[§ 43] Autrefois, quand la psore se bornait encore, la plupart du temps, au redoutable symptôme extérieur remplaçant la maladie interne, c'est-à-dire à la lèpre, on ne voyait pas, à beaucoup près, autant de ces innombrables maladies nerveuses, de ces affections douloureuses, de ces spasmes, de ces ulcères (cancers), de ces désorganisations, de ces infirmités, de ces paralysies, de ces marasmes, de ces perversions du physique et du moral, qu'il est si commun de rencontrer aujourd'hui. C'est seulement depuis trois siècles que le genre humain a été accablé de tous ces maux, par l'effet de la cause que je viens de signaler (1).

 

(1) L' usage du café et du thé chauds, qui s'est répandu d'une manière si générale depuis deux siècles, et qui exalte à un si haut point l'irritabilité musculaire et la sensibilité, a singulièrement accru la disposition aux maladies chroniques, et son influence s'est jointe à celle de la psore pour multiplier et diversifier encore davantage ces affections. C'est ce dont je ne puis disconvenir, quoique, dans mon petit Traité sur les Effets du Café (Leipzick, 1813, traduit en français par A. J. L. Jourdan, à la suite de l'Exposition de la Doctrine médicale homœopathique. Paris, 1835, page 290 et suiv.), j'aie peut-être fait trop grande la part que cette liqueur prend aux maux physiques et moraux du genre humain, parce qu'alors je n'avais point encore découvert que la source principale des maladies chroniques est dans la psore. Il fallait le concours de l'abus du café et du thé pour que cette dernière accablât l'humanité d'affections chroniques si nombreuses et si opiniâtres, qu'à elle seule il lui est été impossible de multiplier autant.

 

[§ 44] Voilà comment la psore est devenue la source la plus générale des maladies chroniques.

[§ 45] Depuis trois siècles qu'on a pris si inconsidérément l'habitude de la dépouiller du symptôme cutané, l'exanthème psorique, qui réduit au silence et remplace en quelque sorte le mal interne, elle engendre tant de symptômes secondaires, dont le nombre va toujours croissant, que les sept huitièmes au moins des maladies chroniques la reconnaissent pour unique source, tandis que l'autre huitième procède de la syphilis et de la sycose, ou d'une complication soit de deux, soit, ce qui est rare, de trois de ces affections chroniques miasmatiques. Il est même peu commun que la syphilis, dont on obtient si facilement la guérison par la plus petite dose d'une préparation mercurielle bien choisie, et la sycose, qui n'est pas plus difficile à guérir, au moyen de quelques doses du suc de thuya, administrées alternativement avec de l'acide nitrique, dégénèrent en maladies chroniques dont la curation offre des difficultés, à moins qu'elles ne soient compliquées avec la psore. Cette dernière est donc, de toutes les maladies, celle qu'on méconnaît le plus souvent, et par conséquent celle que les médecins traitent le plus mal et de la manière la plus pernicieuse.

[§ 46] Il est incroyable jusqu'à quel point les médecins modernes de l'école ordinaire se rendent coupables du crime de lèse-humanité, lorsque, sans excepter presque aucun professeur, aucun des praticiens le plus en réputation, aucun des écrivains les plus considérés, ils érigent en règle, et pour ainsi dire en principe infaillible, que "toute éruption psorique est une simple maladie locale, bornée uniquement à la peau, et à laquelle le reste de l'organisme ne prend pas la moindre part, qu'en conséquence on peut et doit toujours, sans scrupule, en débarrasser localement la peau par les pommades soufrées, par l'onguent de Jasser, qui est encore plus âcre, par les fumigations sulfureuses, par les dissolutions de plomb ou de zinc, mais surtout par les précipités mercuriels, dont l'action l'emporte en rapidité sur celle de tous les autres moyens ; qu'une fois la peau nettoyée de l'exanthème, tout est fini, le sujet guéri et le mal entièrement détruit ; qu'à la vérité, quand on néglige l'éruption, de manière à lui permettre de s'étendre sur la peau, il peut fort bien arriver que le principe morbifique trouve enfin l'occasion de s'insinuer, par les vaisseaux absorbants, dans la masse des humeurs, d'infecter ainsi le sang et les autres liquides, et de pervertir la santé ; qu'alors le sujet peut finir aussi par éprouver des affections dues à la présence de ces humeurs viciées, dont le corps ne tarde cependant point à être débarrassé par l'usage des purgatifs et des dépuratifs ; mais qu'en s'y prenant à temps, pour attaquer le symptôme cutané, on prévient toute espèce d'affection consécutive, et qu'alors l'intérieur de l'économie reste parfaitement sain."

[§ 47] Non-seulement on a proclamé et enseigné ces erreurs grossières, mais encore on les a mises en pratique, de telle manière qu'aujourd'hui, dans tous les hôpitaux les plus célèbres des contrées et des villes en apparence les plus éclairées, chez tous les particuliers des hautes et des basses classes de la société, dans toutes les maisons de correction et d'orphelins, en un mot, dans tous les établissements civils et militaires où il se présente des galeux, tous ces malades sans exception sont uniquement traités, par les médecins obscurs comme par les praticiens célèbres, à l'aide des moyens externes dont j'ai fait l'énumération plus haut, auxquels on ne manque pas d'ajouter quelques fortes doses de fleurs de soufre et quelques purgatifs énergiques, afin, comme on dit, de nettoyer le corps. Plus l'éruption disparaît rapidement, plus on s'applaudit du succès (1) ; une fois la peau bien nette, on assure hardiment que tout est fini, que les malades sont guéris (2) ; sans avoir égard ou vouloir faire attention aux maladies qui tôt ou tard éclateront certainement, c'est-à-dire à la psore interne, qui pourra se prononcer sous tant de milliers de formes différentes (3).

 

(1) Raisonnant d'après les fausses idées qu'ils se sont faites sur cette importante maladie, à plaisir et sans interroger la nature, les médecins assurent qu'alors le principe scabiéique déposé sur la peau n'a point encore eu le temps de pénétrer dans l'intérieur, et d'être porté par les vaisseaux absorbants dans la masse des humeurs, de manière à la corrompre en entier. Mais, hommes consciencieux, s'il suffit de la première, de la plus petite papule galeuse, avec son insupportable prurit voluptueux, qui porte irrésistiblement à se gratter, et avec l'ardeur douloureuse qui s'ensuit, pour prouver, dans tous les cas et constamment, que la maladie psorique bien développée existait déjà auparavant dans l'organisme entier, ainsi que nous le verrons plus loin ; si, d'après cela, l'extinction de l'éruption cutanée, loin de diminuer le mal général intérieur, ne fait au contraire, comme le prouvent des milliers de faits, que le contraindre à se déployer rapidement en d'innombrables maladies aiguës, ou peu à peu en maladies chroniques non moins multipliées, dont le poids est si lourd pour le genre humain, pouvez-vous alors guérir ce mal interne ? L'expérience répond que non !

 

(2) Chez quelques galeux robustes la force vitale, obéissant à la loi naturelle sur laquelle elle repose, et montrant ainsi un instinct supérieur à la prétendue raison de ceux qui la contrarient dans ses efforts, laisse à peine écouler quelques semaines sans rétablir à la peau l'exanthème qu'on croyait avoir dompté par des onguents et des purgatifs. Le malade reste à l'hôpital, où l'on a encore recours aux mêmes moyens pour nettoyer de nouveau son organe cutané. J'ai vu des soldats subir successivement, en quelques mois, jusqu'à trois de ces traitements insensés, dont les directeurs prétendaient qu'ils avaient dû contracter la gale à trois reprises différentes dans ce court espace de temps, ce qui est absolument impossible.

 

(3) J'écrivais ces lignes en 1828. Encore aujourd'hui les médecins de l'ancienne école n'ont rien changé ni à leur enseignement, ni à leur manière d'agir. Ils ne sont devenus ni plus sages ni plus humains en ce qui concerne cette partie si importante de leur art.

 

[§ 48] Lorsqu'ensuite les malheureux qu'on a bercés d'une si funeste illusion se représentent tôt ou tard avec les maux qui sont l'inévitable résultat d'un pareil traitement, avec des tumeurs, des douleurs opiniâtres dans telle ou telle partie du corps, des affections hypocondriaques ou hystériques, des douleurs arthritiques, des amaigrissements, des suppurations du poumon, un asthme permanent ou spasmodique, la cécité, la surdité, des paralysies, des caries, des hémorragies, des maladies mentales, etc., les médecins s'imaginent avoir quelque chose de nouveau sous les yeux, et, sans nul égard à la source de tous ces accidents, obéissant à la routine ordinaire de la thérapeutique, ils dirigent des médicaments inutiles et nuisibles contre des fantômes de maladies, c'est-à-dire contre les causes qu'ils assignent arbitrairement aux maux dont ils sont témoins, jusqu'à ce que le malade, après avoir vu ses maux aller toujours en croissant pendant plusieurs années, soit enfin tiré de leurs mains par la mort, ce terme de toutes les souffrances terrestres (1).

 

(1) Le hasard, car eux-mêmes ne peuvent assigner qu'une cause imaginaire à cette conduite de leur part, leur a suggéré, quand leurs recettes ne pouvaient plus rien contre le mal inconnu pour eux, le subterfuge, parfois salutaire aux malades, qui consiste à les envoyer aux bains sulfureux. Là, souvent, les malades sont délivrés d'une petite partie de leur psore, et, la première fois qu'ils font usage des eaux, la maladie chronique les quitte, jusqu'à un certain point, pendant quelque temps ; mais la répétition de ce moyen ne leur est point ou leur est peu utile, et ils retombent dans la même maladie ou dans une autre analogue, parce qu'il faut plus que du soufre seul pour guérir la psore développée.

 

[§ 49] Les anciens médecins étaient plus consciencieux à cet égard, et ils observaient avec moins de préjugés. Ils voyaient clairement et ils étaient convaincus que des maladies innombrables et les plus graves d'entre les affections chroniques succédaient à l'anéantissement de l'éruption cutanée. Aussi, comme l'expérience leur avait appris à admettre une maladie interne dans tout cas quelconque de gale, cherchaient-ils à détruire cette grande affection, dont ils supposaient avec raison l'existence simultanée, par tous les moyens internes que la thérapeutique mettait en leur pouvoir. Il est vrai que le succès ne couronnait point leurs efforts, parce qu'ils ne connaissaient pas la bonne méthode, dont la découverte était réservée à l'homœopathie ; mais leurs tentatives faites de bonne foi étaient louables en elles-mêmes, car elles se fondaient sur la notion d'une grande maladie interne à combattre dans l'éruption psorique, et les empêchaient de se borner à attaquer localement l'exanthème, comme font les modernes, qui ne croient pas pouvoir s'en débarrasser jamais assez promptement, sans égard aux graves maladies consécutives contre lesquelles les anciens nous ont montré la nécessité de se tenir en garde, par des milliers d'exemples consignés dans leurs écrits.

[§ 50] Mais les observations de ces hommes honorables parlent trop haut pour qu'on les repousse avec dédain, ou qu'on puisse consciencieusement les laisser ignorer.

[§ 51] Je vais rapporter quelques-uns de ces innombrables faits qui nous ont été transmis par d'anciens médecins, et auxquels je pourrais ajouter un nombre égal d'observations tirées de ma propre expérience, s'ils ne suffisaient pas, et au delà, pour montrer avec quelle fureur la psore se déploie lorsqu'on lui a enlevé le symptôme extérieur qui faisait taire le mal interne, et combien la conscience du médecin philanthrope est intéressée à ce que le but de ses efforts soit avant tout de guérir, par un traitement approprié, la maladie intérieure, dont l'extinction entraîne à sa suite celle de l'éruption cutanée, prévient les innombrables maux chroniques consécutifs dont la psore non guérie abreuve la vie entière, et guérit ces affections lorsque déjà elles avaient rempli d'amertume les jours du malade.

[§ 52] Les maladies aiguës, et surtout chroniques, qui doivent naissance à la suppression seule du symptôme cutané, éruption et prurit, dont la présence fait taire la psore interne qu'il remplace (**1), ou ce qu'on appelle faussement rétrocession (*2) de la gale dans le corps, sont innombrables, c'est-à-dire aussi variées que le sont elles-mêmes les constitutions individuelles et les circonstances extérieures qui les modifient.

 

(**1) Note de l'éditeur : "Die (...) Vernichtung des fur die mnere Psora berschwichtigend vikarirenden Haut Symtoms", la suppression du symptôme cutané vicariant qui fait taire la psore interne.

 

(*2) Note de l'éditeur : Rétrocession (Zurücktreibung). JOURDAN traduit très justement "rétrocession", mot que BESCHERELLE définit comme suit : "Rentrée dans l'intérieur du corps d'un principe morbifique quelconque, et qui avait son siège à l'extérieur".

La répercussion (Vertreibung, Zurücktreibung), terme que l'on rencontre fréquemment, est plus spécifiquement, selon BESCHERELLE toujours, l' "action des humeurs qui refluent au dedans du corps" (Dictionnaire national, 2 vol, 1843-46, 9e édition, 1861).

 

[§ 53] Juncker en a donné un court aperçu (1). Il a vu cette prétendue gale rentrée produire, chez les personnes jeunes et sanguines, la phtisie pulmonaire ; chez les sujets sanguins en général, des hémorroïdes, des coliques hémorroïdales et des calculs rénaux ; chez les sujets d'un tempérament sanguin et bilieux, des gonflements des glandes du sein, des raideurs d'articulation et des ulcères de mauvais caractère ; chez les personnes replètes, des catarrhes suffocants et des phtisies muqueuses. Il l'a également vue faire naître la fièvre inflammatoire, la pleurésie aiguë et la péripneumonie. On a trouvé, dit-il, à l'ouverture des cadavres, les poumons remplis d'indurations et de collections purulentes. Il a rencontré également des indurations d'un autre genre, des gonflements osseux et des ulcères qui dépendaient de cette suppression de la gale ; il ajoute qu'elle provoque principalement des hydropisies chez les personnes phlegmatiques ; que l'écoulement menstruel est retardé par elle, et que quand elle a lieu pendant le flux des règles, cette hémorragie est remplacée par une hémoptysie mensuelle ; qu'elle plonge quelquefois dans la démence les personnes disposées à la mélancolie, et que, quand les femmes deviennent alors enceintes, l'enfant périt ordinairement dans leur sein ; que la suppression de la gale occasionne parfois la stérilité (2) ; qu'en général, elle arrête la sécrétion du lait chez les nourrices, qu'elle hâte l'époque de la cessation du flux menstruel, et que, chez les femmes avancées en âge, la matrice tombe en suppuration, au milieu de douleurs profondes et brûlantes, qu'accompagne le marasme (cancer utérin).

 

(1) LOUIS-CHRÉTIEN JUNCKER, Diss. de damno ex scabie repulsa. Halle, 1750, p. 15-18.

 

(2) Une juive enceinte, qui avait la gale aux mains, la fit disparaître au huitième mois de sa grossesse, afin qu'on ne s'en aperçût pas lorsqu'elle accoucherait. Trois jours après elle accoucha ; les lochies s'arrêtèrent, et une fièvre aiguë se déclara. Sept années s'écoulèrent ensuite, pendant lesquelles la juive demeura stérile et sujette à des écoulements par le vagin. Au bout de ce temps, elle tomba dans la misère, et fut obligée de faire un long voyage pieds nus : la gale reparut alors, l'écoulement cessa, tous les autres accidents hystériques reparurent, la femme devint enceinte, et elle accoucha heureusement. (JUNCKER, loc. cit.)

 

[§ 54] Ses observations ont été fréquemment confirmées par celles d'autres praticiens (1). Ainsi on a vu, après la rentrée de la gale :

 

(1) A l'époque où je rédigeai la première édition, je ne connaissais pas encore les observations pratiques recueillies par Autenrieth à la clinique de Tubingue, en 1808. Ce que cet auteur dit des maladies produites par la suppression de la gale, n'est qu'une confirmation de ce j'avais déjà trouvé dans cent autres écrivains. Lui aussi a vu les ulcères aux jambes, la phtisie pulmonaire, la chlorose hystérique, avec des désordres divers de la menstruation, des tumeurs blanches au genou, des hydropisies d'articulations, l'épilepsie, l'amaurose, avec obscurcissement de la cornée, le glaucome, l'aliénation mentale, des paralysies, des apoplexies, la distorsion du cou, etc., accidents qu'il attribue uniquement, et à tort, aux onguents. Mais sa méthode, qui consiste à user du foie de soufre et des frictions savonneuses, ne vaut pas mieux ; car elle ne fait non plus que chasser la gale de la peau. Autenrieth n'en sait pas plus long que les autres allopathes, puisqu'il regarde comme chose ridicule de prétendre guérir la gale par des moyens internes. Ce qui, au contraire, est non-seulement ridicule, mais même pitoyable, c'est de ne pas vouloir guérir radicalement et certainement par des moyens internes la maladie psorique, dont on ne saurait obtenir la guérison par aucun de ceux qui ne font que la contraindre d'abandonner un lieu sur lequel elle s'était fixée.

 

[§ 54-1] L'asthme ; Lentilius, Miscell. med. pract. tom. I, p. 176. -Fr. Hoffmann, Abhandlung von der Kinderkrankheiten. Francfort, 1741, p. 104. -Detharding, dans Append. ad Ephem. Nat. cur., dec. III, ann. 5 et 6 ; et dans Observ. parallel. ad obs. 58. -Binninger, Observ. cent. V, obs. 88. -Morgagni, De sedibus et causis morb. Epist. XIV, 35. -Acta Nat. Cur. tom. 5, obs. 47. -J. Juncker, Consp. therap. special. tab. 31. -F.-H.-L. Muzell, Wahrnehmungen. cas. 8. Samml. II, (1). -J.-Fr. Gmelin, dans Gesner Sammlung von Beobachtungen, V. p. 21 (2). -Hundertmark. -Zieger, Diss. de scabie artificiali. Leipz, 1758, p. 32 (3). -Beireis. -Stammen, Diss. de causis cur imprimis plebs scabie laboret. Helmstaedt, 1792, page 26 (4). -Pelargus (Storch), Obs. clin. Jahrg. 1722, p. 435 à 438 (5). -Breslauer Samml. vom. Jahre 1727, p. 2937 (6). -Riedlin, le père, Obs. Cent. II, obs. 90. Augsbourg, 1691 (7).

 

(1) Un homme de trente à quarante ans avait eu longtemps auparavant la gale, que des frictions avaient fait disparaître. Depuis cette époque, il devint peu à peu et de plus en plus asthmatique ; sa respiration finit par devenir, même lorsqu'il ne se remuait pas, très courte et extrêmement pénible, accompagnée d'une sorte de sifflement continuel, mais avec peu de toux. On lui prescrivit un lavement avec un gros de scille, et, à l'intérieur, trois grains de scille en poudre. Mais une erreur fut commise, et le gros de scille introduit dans l'estomac ; le malade fut en danger de perdre la vie ; il éprouva d'affreux malaises, avec de terribles envies de vomir ; mais, peu de temps après, la gale reparut en abondance aux mains, aux pieds et sur tout le corps, ce qui mit tout à coup fin à l'asthme.

 

(2) A un asthme violent se joignaient une tuméfaction générale et de la fièvre.

 

(3) Un homme de trente-deux ans avait été délivré de la gale par des frictions avec une pommade soufrée ; il fut ensuite tourmenté onze mois par l'asthme le plus violent, jusqu'à ce que l'usage continué pendant vingt-trois jours de la sève du bouleau rappelât enfin l'exanthème, et le guérit.

 

(4) Un étudiant contracta la gale au moment d'aller à un bal, et s'en fit débarrasser au plus vite par un médecin, à l'aide d'une pommade soufrée ; mais, peu de temps après, il fut frappé d'un asthme tel qu'il ne pouvait respirer que la tête haute, et que, dans les accès, il étouffait presque entièrement. Après avoir lutté ainsi pendant une heure avec la mort, il expectorait, en toussant, de petites masses cartilagineuses, dont la sortie le soulageait très promptement. De retour dans sa ville natale, il éprouva chaque soir, pendant deux années, sans interruption, une dizaine d'atteintes de ce mal, que les soins de Beireis ne purent même pas modifier.

 

(5) Un garçon de treize ans était affecté de la teigne depuis son enfance ; sa mère répercuta l'exanthème : huit à dix jours après, il fut pris d'asthme, avec de violentes douleurs dans les membres, le dos et les genoux, et ne guérit qu'au bout d'un mois, par l'apparition d'une éruption psorique sur le corps entier.

 

(6) Une teigne, dont une petite fille était atteinte, fut supprimée par des purgatifs et autres médicaments internes. L'enfant éprouva de suite des serrements de poitrine, de la toux et un grand abattement. Son rétablissement, du reste assez prompt, n'eut lieu que quand, l'administration des remèdes ayant été interrompue, la teigne reparut.

 

(7) Un garçon de cinq ans avait depuis longtemps la gale. Cet exanthème ayant été supprimé par un onguent, l'enfant resta atteint d'une mélancolie profonde, avec toux.

 

[§ 54-2] Le Catarrhe suffocant ; Ehrenfr. Hagendorn, Hist. med. phys. cent. I, hist. 8,9 (1).-Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 15 (2).

 

(1) La suppression d'une teigne par des onctions avec l'huile d'amandes douces donna lieu à une faiblesse extrême dans tous les membres, à une douleur d'un côté de la tête, à la perte de l'appétit, à l'asthme, à des réveils en sursaut la nuit, par le catarrhe suffocant, avec respiration stertoreuse et sifflante, convulsions dans les membres, comme à l'article de la mort, et pissement de sang. Le rétablissement de la teigne guérit toutes ces affections.

Une petite fille de trois ans avait eu pendant quelques semaines la gale, qu'on supprima par le moyen d'un onguent ; le lendemain, l'enfant fut pris d'une coqueluche, avec ronflement, hébétude et froid du corps entier, accidents qui ne cessèrent que quand la gale eut reparu.

 

(2) Une jeune fille de douze ans fut débarrassée d'une gale abondante par des frictions avec une pommade, après quoi elle éprouva une fièvre aiguë, avec toux suffocante, asthme, gonflement, et plus tard aussi point de côté. Six jours après, un médicament interne qui contenait du soufre rappela la gale, et les maux disparurent, à l'exception du gonflement ; mais au bout de vingt-quatre jours la gale se dessécha, et l'on vit reparaître une nouvelle inflammation de poitrine, avec point de côté et vomissement.

 

[§ 54-3] Des Étouffements asthmatiques ; Jean-Philippe Brendel, Consilia med. Francfort, 1615, cons. 73. -Ephem. nat. cur., ann. II, obs. 313. -Guill. Fabrice de Hilden, Observ. cent. III, obs. 39 (1).-Ph.-R. Vicat, Observ. pract. 1780. Obs. 35 (2). -J.-J. Waldschmidt, Opera, p. 244 (3).

 

(1) Le resserrement de poitrine qu'un jeune homme de vingt ans éprouva à la suite d'une gale rentrée était si grand, qu'il ne pouvait respirer, et que son pouls était à peine sensible. La mort eut lieu par suffocation.

 

(2) Une dartre humide au bras gauche d'un jeune homme de dix-neuf ans avait fini par disparaître après l'emploi d'une multitude de topiques ; mais bientôt après survint un asthme périodique, qu'un long voyage à pied, pendant les chaleurs de l'été, accrut jusqu'au point de rendre la suffocation imminente, avec gonflement et couleur bleuâtre de la face, vitesse, faiblesse et inégalité du pouls.

 

(3) L'oppression de poitrine produite par la gale rentrée augmenta au point d'étouffer le malade.

 

[§ 54-4] L'asthme, avec intumescence générale ; Waldschmidt, loc. cit. -Hœchstetter, Observ. dec. III, obs. 7. Francfort et Leipzick, 1674, p. 248. -Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 504 (1). Riedlin, le père, loc. cit. obs. 91 (2).

 

(1) Une jeune fille de quinze ans avait eu pendant quelque temps aux mains une gale abondante, qui se dessécha d'elle-même. Peu après elle fut prise de somnolence et de faiblesse ; sa respiration devint courte ; le lendemain, l'asthme existait encore, et le ventre se tuméfia.

 

(2) Un paysan âgé de cinquante ans, qui avait gardé la gale pendant longtemps, s'en débarrassa enfin par un topique, pendant l'action duquel il fut pris d'une grande difficulté de respirer, avec perte d'appétit et tuméfaction du corps entier.

 

[§ 54-5] L'asthme et l'hydropisie ; Storch, dans Act. Nat. Cur. tom. V, obs. 147. -Morgagni. De sed. et causis morb. XVI, art. 34 (1). -Richard, Recueil d'obs. de méd. tom. III, p. 308. Paris, 1772. -Hagendorn, loc. cit. cent. II, hist. 15 (2).

 

(1) Une jeune fille se guérit de la gale avec un onguent, et se trouva sur-le-champ en proie à un asthme des plus violents, sans fièvre. Après deux saignées, ses forces baissèrent tellement, et l'asthme augmenta à tel point, qu'elle mourut le lendemain. Toute la poitrine était pleine d'une sérosité bleuâtre, ainsi que le péricarde.

 

(2) La suppression de la teigne chez une fille de neuf ans détermina une fièvre lente, avec tuméfaction générale et difficulté de respirer, qui ne guérit qu'à la réapparition de la teigne.

 

[§ 54-6] La pleurésie et l'inflammation de poitrine ; Pelargus, loc. cit. p. 10 (1). -Hagendorn. loc. cit. cent. III, hist. 58. -Giseke, Hamb. Abhandl. p. 310. -Richard de Hautesierk, Recueil d'observ. de médecine. -Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1721, p. 23 et 114 (2) ; et Jahrg. 1723, p. 29 (3) ; et Jahrg. 1722, p. 459 (4). -Sennert, Praxis med. lib. II, p. III, cap. 6, p. 380. -Jerzembski, Diss. Scabies salubris in hydrope. Halle, 1777 (5). -C. Wenzel, Die Nachkrankheiten von zurueckgetrelener Krœtze. Bamberg, 1826. 40 (6).

 

(1) On fit disparaître, à l'aide d'une pommade soufrée, une gale dont un homme de quarante-six ans était affecté depuis longtemps. Cet homme éprouva sur-le-champ une inflammation de poitrine, avec crachement de sang, gène de la respiration, qui devint très courte, et anxiété extrême. Le lendemain, la chaleur et l'anxiété étaient presque insupportables, et, le troisième jour, les douleurs de poitrine avaient augmenté. Alors s'établit une sueur abondante. Au bout de quinze jours la gale avait reparu, et le malade se trouvait mieux. Cependant il eut une récidive : sa gale se dessécha, et il mourut treize jours après la rechute.

 

(2) Un homme maigre périt d'inflammation de poitrine et d'autres accidents vingt jours après la répercussion d'une gale dont il était atteint.

 

(3) Un garçon de sept ans, chez lequel la teigne et la gale se desséchèrent, périt en quatre jours d'une fièvre aiguë, avec asthme humide.

 

(4) Un jeune homme qui se débarrassa de la gale avec un onguent dans lequel il entrait du plomb, mourut quatre jours après d'une maladie de poitrine.

 

(5) Une hydropisie générale fut rapidement guérie par la réapparition de la gale ; celle-ci ayant été supprimée par un grand refroidissement, la mort survint trois jours après, à la suite d'un point de côté.

 

(6) Chez un jeune paysan, fièvre aiguë, avec point de côté, oppression de poitrine, etc., six jours après la répercussion de la gale par des frictions avec une pommade soufrée.

 

[§ 54-7] Le point de côté et la toux ; Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1722, p. 79 (1).

 

(1) Un enfant de treize ans, chez lequel la gale se dessécha, fut atteint de toux et d'élancements dans la poitrine, qui disparurent lorsque l'éruption revint à la peau.

 

[§ 54-8] Une toux violente ; Richard, loc. cit. -Juncker, Conspectus med. theor. et pract. tab. 76. -Hundertmarck, loc. cit. p. 23 (1).

 

* (1) Un homme de trente-six ans, qui avait été, seize mois auparavant, délivré de la gale par une pommade savonneuse et mercurielle, fut sujet depuis lors à une violente toux spasmodique, accompagnée d'une grande anxiété.

 

[§ 54-9] Le crachement de sang ; Phil.-Georges Schrœder, Opusc. II, p. 322. -Richard, loc. cit. -Binninger, Observ. cent. V, obs. 88.

 

[§ 54-10] Le crachement de sang et la phtisie pulmonaire ; Chrét. Max. Spener, Diss. de ægro febri maligna, phthisi complicata, laborante. Giessen, 1.699 (1). -Baglivi, Opera, p. 215. -Sicelius, Praxis casual. Exerc. III, cas. I. Francfort et Leipzick, 1743 (2). -Morgagni, loc. cit. XXI, art. 32 (3). -Unzer, Arzt. CCC, p. 508 (4). -C. Wenzel, loc. cit. p. 32.

 

(1) Un jeune homme de dix-huit ans avait la gale, dont il se délivra enfin à l'aide d'une lotion de couleur noirâtre. Quelques jours après il fut pris de froid et de chaleur, d'abattement, d'anxiété précordiale, de céphalalgie, de nausées, d'une soif vive, de toux, de gêne dans la respiration ; il cracha du sang, et tomba dans le délire ; sa face devint livide, et ses traits se décomposèrent ; l'urine acquit une couleur rouge foncé, sans sédiment.

 

(2) Les accidents furent déterminés, chez un jeune homme de dix-huit ans, par une gale qu'on fit disparaître avec une pommade mercurielle.

 

(3) Une gale, qui avait disparu d'elle-même, occasionna une fièvre lente et un crachement de pus mortel. On trouva dans le cadavre le poumon gauche plein de pus.

 

(4) Un jeune homme, en apparence robuste, qui devait prêcher sous peu de jours, et qui, pour cette raison, désirait de se débarrasser d'une ancienne gale, se frotta un beau matin avec de l'onguent antipsorique. Au bout de quelques heures, après son dîner, il mourut, ayant éprouvé des anxiétés, de la gêne dans la respiration et du ténesme. L'ouverture du corps fit voir que le poumon entier était plein de pus liquide.

 

[§ 54-11] Des collections de pus dans la poitrine ; F.-A. Waitz, Medic.-chirurg. Aufsætze, P. I, p. 114, 115 (1). -Préval, dans Journal de méd. LXI, p. 491.

 

(1) Il s'agit d'un empyème dû à une gale qui s'était manifestée quelques années auparavant, surtout en mai et en avril, et dont le sujet avait obtenu la disparition au moyen de remèdes externes.

 

[§ 54-12] Des collections purulentes dans le mésentère ; Krause. -Schubert, Diss. de scabie humana. Leipzick, 1779, p. 23 (1).

 

(1) Un jeune homme, que son médecin détournait d'employer la pommade soufrée contre une gale récidivée, ne tint pas compte de ce conseil ; Il fit des frictions, et mourut de constipation. A l'ouverture du corps, on trouva plusieurs collections purulentes dans le mésentère.

 

[§ 54-13] Des altérations considérables d'un grand nombre de viscères ; J.-H. Schulze, dans Act. Nat. Cur. tom. I, obs. 231 (1).

 

(1) Chez ce sujet le diaphragme et le foie étaient malades aussi.

 

[§ 54-14] Des altérations du cerveau ; Diemerbroek, Obs. et curat. med. obs. 60. -Bonet, Sepulchret. anat. sect. IV, obs. 1, § 1 (1) et § 2 (2). -J.-H. Schulze, loc. cit.

 

(1) Un enfant de deux ans périt d'une teigne répercutée. A l'ouverture du corps, on trouva beaucoup de sérosité sanguinolente dans le crâne.

 

(2) Une femme périt après s'être débarrassée de la teigne par des lotions. Une moitié du cerveau fut trouvée putréfiée et pleine d'un ichor jaune.

 

[§ 54-15] L'hydrocéphale ; Acta Helvet. V, p. 190.

 

[§ 54-16] Des ulcères à l'estomac ; L.-C. Juncker, Diss. de scabie repulsa. Halle. 1750, p. 16 (1).

 

(1) Un homme de moyen âge et d'un tempérament bilioso-sanguin était atteint de douleurs goutteuses dans le bas-ventre, et souffrait en outre de la pierre. Après que la goutte eut été chassée par des moyens divers, la gale éclata, mais elle fut combattue par un bain dessicatif de tan ; alors il survint un ulcère à l'estomac, qui accéléra la mort du malade, ainsi que l'on s'en convainquit à l'ouverture du corps.

 

[§ 54-17] Le sphacèle de l'estomac et du duodénum ; Hundertmarck, loc. cit. p. 29 (1).

 

(1) Un garçon de sept semaines et un jeune homme de dix-huit ans périrent très promptement d'une gale répercutée par la pommade soufrée. On trouva chez le premier la partie supérieure de l'estomac, immédiatement au-dessus du cardia, et chez l'autre la portion du duodénum dans laquelle s'ouvrent les canaux cholédoque et pancréatique, détruites par la gangrène. -Une inflammation de l'estomac, qui se termina par la mort, chez un homme de peine, avait été produite par une gale rentrée. (V. Morgagni, loc. cit., LV, art. 11.)

 

[§ 54-18] Une œdématie générale (1).

 

(1) On en trouve d'innombrables exemples dans une foule d'auteurs, parmi lesquels je citerai seulement J.-D. Fick (Exercitatio med. de scabie retropulsa. Halle, 1710, § 6). Ce médecin parle d'une gale qui, ayant été combattue par des mercuriaux, laissa à sa suite une hydropisie générale, dont le sujet ne fut débarrassé qu'à la réapparition de l'exanthème. -L'auteur d'un livre qui porte le nom d'Hippocrate (Epidemion, lib. 5, n°4) a parlé le premier de cette fâcheuse terminaison. Un Athénien était atteint d'un exanthème pruriteux, assez semblable à la lèpre, et répandu sur tout le corps, principalement sur les parties génitales. Il s'en délivra en faisant usage des bains chauds de l'île de Mélos, mais fut frappé ensuite d'une hydropisie à laquelle il succomba.

 

[§ 54-19] L'ascite ; Richard de Hautesierk, loc. cit. -Et dans plusieurs observateurs.

 

[§ 54-20] L'hydrocèle (chez des jeunes garçons) ; Fr. Hoffmann, Med. rat. syst. III, p. 175.

 

[§ 54-21] Un gonflement rouge de tout le corps ; Lentilius, Misc. med. pract. tom. I, p. 176.

 

[§ 54-22] La jaunisse; Baldinger ; Krankheiten einer Armee, p. 226. -J.-R. Camerarius, Memorab. cent. X, § 65.

 

[§ 54-23] Des gonflements des parotides ; Barette, dans Journ. de méd. XVIII, p. 169.

 

[§ 54-24] Des gonflements des glandes du cou ; Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 593 (1). -Unzer, Arzt, P. VI. 301. (2)

 

(1) Un garçon de huit à neuf ans, qui venait d'être traité de croûtes laiteuses, portait un grand nombre de glandes engorgées au cou, qui en paraissait tout déformé et raide.

 

(2) Un jeune homme de quatorze ans avait la gale, qu'il fit passer en se frottant avec un onguent gris. Quelque temps après se manifestèrent, derrière les deux oreilles, des gonflements glandulaires dont le gauche s'effaça de lui-même, mais dont le droit acquit un volume énorme dans l'espace de cinq mois, et ne tarda pas à devenir douloureux. Toutes les glandes du col étaient tuméfiées. A l'extérieur, la grosse tumeur était dure et insensible, mais le malade y éprouvait intérieurement des douleurs sourdes, surtout pendant la nuit. En outre, il respirait et avalait difficilement. Tous les moyens mis en usage pour amener cette tumeur à suppuration furent inutiles ; elle était si grosse, qu'elle étouffa le malade six mois après son apparition.

 

[§ 54-25] L'obscurcissement de la vue et la presbytie ; Fr. Hoffmann, Consult. med. I, cas. 50 (1).

 

(1) Une jeune fille de treize ans avait la gale, surtout aux membres, à la figure et aux parties génitales. On l'en débarrassa enfin par des pommades avec le zinc et le soufre. Immédiatement après sa vue s'affaiblit peu à peu. Il lui passait devant les yeux des corpuscules opaques, qu'on voyait du dehors flotter dans l'humeur aqueuse de la chambre antérieure. La jeune personne ne pouvait distinguer les petits objets qu'avec le secours de lunettes. Les pupilles étaient dilatées.

 

[§ 54-26] L'ophthalmie ; G.-W. Wedel. -Snetter, Diss. de ophthalmia. Jena, 1713. -Hallmann, dans Konigl. Vetenskaps handl. f. A. X. 1776, p. 210 (1). -G.-C. Schiller, De scabie humida, p. 42. Erford, 1747.

 

(1) Une jeune fille avait une éruption psorique abondante aux jambes, avec de grands ulcères au jarret. La petite vérole, dont elle vint à être atteinte, la délivra de cet exanthème. Il s'ensuivit pendant deux ans une inflammation humide du blanc de l'œil et des paupières, avec prurit et ulcération, et perception de corps obscurs voltigeant devant les yeux. La malade chaussa pendant trois jours les bas de laine d'un enfant galeux. Le dernier jour, il éclata chez elle une fièvre, avec toux sèche, tension dans la poitrine et envies de vomir. Le lendemain, la fièvre et le mal de poitrine diminuèrent à l'apparition d'une sueur pendant laquelle se manifesta aux deux jambes un érysipèle qui dégénéra dès le jour suivant en véritable gale. La vue s'améliora.

 

[§ 54-27] La cataracte ; C.-T. Ludwig, Advers. med. t. II, p. 15 (1).

 

(1) Un homme chez lequel on avait fait disparaître l'éruption psorique et qui du reste était robuste, fut atteint de la cataracte.

 

[§ 54-28] L'amaurose ; Northof, Diss. de scabie, Gœttingue, 1792, p. 10 (1). -C.-T. Ludwig, loc. cit. (2). -Sennert, Prax. lib. III, sect. 2, cad. 44. -Trecourt, Chirurg. Wahrnehmungen, p. 173, Leipzick, 1777. -Fabrice de Hilden, cent. II, obs. 39 (3).

 

(1) Une gale répercutée provoqua une amaurose qui cessa à la réapparition de l'exanthème.

 

(2) Un homme robuste, à qui l'on avait traité une gale par des répercussifs, fut atteint d'une goutte sereine, et demeura aveugle jusqu'à sa mort qui eut lieu dans un âge fort avancé.

 

(3) Amaurose produite par la même cause et accompagnée d'affreux maux de tête.

 

[§ 54-29] La surdité ; Thore, dans Capelle, Journ. de Santé, tom. I. -Daniel, Syst. ægritud. II, p. 228. -Ludwig, loc. cit. L'inflammation des viscères ; Hundertmark, Diss. de scabie artificiali, Leipzick, 1758, p. 29.

 

[§ 54-30] Des hémorroïdes, un flux de sang par le rectum ; Acta Helv. V, p. 192 (1). -Daniel, Syst. ægritud. II, p. 245 (2).

 

(1) Le flux de sang par l'anus reparaissait tous les mois.

 

(2) A la suppression d'une gale succédèrent un écoulement de huit livres de sang en quelques heures, des douleurs dans le ventre, de la fièvre, etc.

 

[§ 54-31] Des affections du bas-ventre ; Fr. Hoffmann, Med. rat. syst. III, p. 177 (1).

 

(1) La répercussion de la gale produisit les plus violentes coliques, des douleurs dans l'hypocondre gauche, de l'agitation, une fièvre lente, de l'anxiété et une constipation opiniâtre.

 

[§ 54-32] Le diabetes ; Comm. Lips. XIV, p. 365. -Eph. Nat. Cur. Dec. II, ann. 10, p. 162. -C. Weber, Obs. f. I, p. 62.

 

[§ 54-33] La suppression d'urine ; Sennert, Praxis, lib. 3, p. 8. -Morgagni, loc. cit. XLI, art. 2 (1).

 

(1) Un jeune paysan s'était délivré de la gale au moyen d'un onguent. Peu à peu il eut une suppression d'urine, des vomissements, et quelques douleurs dans la jambe gauche. Cependant il urina ensuite plusieurs fois, mais peu, et en rendant avec douleur une urine de couleur très foncée. On essaya en vain de vider la vessie avec le cathéter. Tout le corps finit par se tuméfier, la respiration devint lente et pénible, et le malade mourut le vingt-et-unième jour après la disparition de la gale. La vessie contenait deux livres d'une urine très foncée, et le bas-ventre une sérosité qui, après avoir été mise quelque temps sur le feu, s'épaissit en une sorte de blanc d'œuf.

 

[§ 54-34] L'érysipèle ; Unzer, Arzt, P. V, p. 301 (1).

 

(1) Un homme atteint de la gale se frotta avec un onguent mercuriel ; il lui survint à la nuque une inflammation érysipélateuse, qui le fit périr au bout de cinq semaines.

 

[§ 54-35] Des écoulements. âcres, ichoreux, Fr. Hoffmann, Consult. tom. II, cas 125.

 

[§ 54-36] Des ulcères ; Unzer, Arzt, P. V, 301 (1). Pelargus, loc. cit. Jahrg. 1723, p. 673 (2). -Breslauer Samml, 1727, p. 107 (3). Muzell, Wahrnehm. II. cas. 6 (4). -Riedlin fils, Cent. obs. 38 (5). -Alberti. - Gorn, Diss. de scabie, Halle, p. 24.

 

(1) Une femme, après avoir fait usage d'un onguent mercuriel contre la gale, fut atteinte d'une lèpre putride sur tout le corps, dont il se détachait des lambeaux entiers en putréfaction. Elle mourut en quelques jours, au milieu des plus vives douleurs.

 

(2) Un jeune homme de seize ans avait eu la gale pendant quelque temps ; elle se dissipa, et alors survinrent des ulcères aux jambes.

 

(3) A des frictions employées contre la gale succédèrent, chez un homme de cinquante ans, des douleurs cruelles dans l'aisselle gauche, qui durèrent pendant cinq semaines, au bout desquelles plusieurs ulcères parurent en cet endroit.

 

(4) Un charlatan donna un onguent à un jeune étudiant ; la gale de celui-ci disparut bien, mais il se manifesta un ulcère dans la bouche, dont on ne put obtenir la guérison.

 

(5) Un étudiant, qui avait gardé longtemps la gale, s'en débarrassa au moyen d'un onguent, et fut atteint alors d'ulcères aux bras et aux jambes, avec gonflement des glandes axillaires. Les ulcères se cicatrisèrent enfin sous l'influence de remèdes externes, mais le malade fut frappé d'asthme, puis d'une hydropisie, dont il mourut.

 

[§ 54-37] La carie ; Richard, loc. cit.

 

[§ 54-38] Une tumeur osseuse au genou ; Valsalva, dans Morgagni, De sed. et caus. morb. I, art. 13.

 

[§ 54-39] Des douleurs ostéocopes ; Hamburg. Magaz. XVIII, p. 3, 253.

 

[§ 54-40] Le rachitisme et le carreau chez les enfants ; Fr. Hoffmann, Kinderkrankh. Leipzick, 1741, p. 132.

 

[§ 54-41] La fièvre ; B.-V. Faventinus. Medicina empiric. p. 260. -Ramazzini, Constit. epid. urbis, II, n° 32, 1691 (1). -J.-C. Carl, -dans Act. Nat. Cur. VI. obs. 16 (2). -Reil, Memorab. clinic. Fasc. III, p. 169 (3). -Pelargus, loc cit. Jahrg. 1721, p. 276 (4). -et ib. Jahrg. 1723 (5). -Amatus Lusitanus, Cent. II, cur.33. -Schiller, Diss. de scabie humida. Erford, 1747, p. 44 (6). -J.-J. Fick, Exercil. med. de scabie retropulsa, Halle. 1710, § 2 (7). -Pelargus ; loc. cit., Jahrg. 1722, p. 122 (8), et Jahrg. 1723. p. 10, p. 14 (9) et p. 291. -C. G. Ludwig, Advers. med. II, p. 157 à 160 (10). -Morgagni, loc. cit. X, art. 9 (11). XXI, art. 31 (12) XXXVIII, art. 22 (13), LV. art. 3 (14). Lanzoni, dans Eph. Nat. Cur. dec. III, ann. 9 et 10, obs. 16 et 113. -Hoechstetter. Obs. med. Dec. VIII, cas. 8 (15). -Triller. -Wehle, Diss. nullam medicinam interdum esse optimam. Wittenberg, 1754. (16). -Fick, loc. cit. § 1 (17). - Waldschmid, Opera, pag. 241. -Gerbizius, dans Eph. Nat. Cur. Dec. III, ann. 2, obs. 167. -Amatus Lusitanus, Cent. II, curat. 33 (18). -Fr. Hoffmann, Med. rat. syst. t. III, p. 175 (19).

 

(1) On trouve là beaucoup d'observations dans lesquelles la gale, ayant été repoussée par des onguents, entraîna la fièvre, avec des urines noirâtres, et où, lorsque l'exanthème reparut à la peau ; la fièvre cessa et l'urine reprit son aspect ordinaire.

 

(2) Un homme et une femme avaient depuis longtemps aux mains la gale, dont la dessication était suivie chaque fois d'une fièvre qui ne cessait qu'à la réapparition de l'exanthème. Cependant la gale était bornée à une petite partie du corps, et aucun des deux malades ne la combattit par des moyens externes.

 

(3) Scabies a febre suborta supprimitur, remota febre redit.

 

(4) La mère d'un enfant de neuf ans, atteint de la teigne, avait fait des onctions à ce petit malade : la teigne disparut, mais il s'ensuivit une fièvre violente.

 

(5) Un enfant d'un an avait eu pendant quelque temps la teigne et une éruption à la face, qui toutes deux étaient desséchées depuis peu ; il fut pris alors de chaleur, de toux et de diarrhée. La réapparition de l'exanthème à la tête rétablit sa santé.

 

(6) Une femme de quarante-trois ans, depuis longtemps tourmentée par une gale sèche, se frotta les articulations avec une pommade de soufre et de mercure ; la gale disparut, mais il se manifesta ensuite des douleurs sur les côtes droites, de la lassitude dans tous les membres, de la chaleur et des mouvements de fièvre. Après seize jours d'emploi de quelques sudorifiques, des pustules psoriques volumineuses éclatèrent sur tout le corps.

 

(7) Deux jeunes frères se débarrassèrent de la gale par le même moyen ; mais ils perdirent entièrement l'appétit, furent pris d'une toux sèche et de fièvre lente, maigrirent beaucoup, et tombèrent dans la somnolence et la stupeur. Ils allaient périr, lorsque heureusement l'exanthème se reproduisit à la peau.

 

(8) La teigne ayant disparu d'elle-même chez un enfant de trois ans, il s'ensuivit une forte fièvre catarrhale, avec toux et lassitude, et l'enfant ne guérit qu'au moment où l'exanthème reparut.

 

(9) Un ouvrier en bourses, qui devait faire un travail brodé, employa une pommade saturnine pour se délivrer d'une gale abondante ; à peine l'exanthème était-il sec, qu'il se manifesta des frissons, de la chaleur, de la gêne dans la respiration et une toux bruyante. Le malade périt suffoqué le quatrième jour.

 

(10) Un homme de trente ans, vigoureux et bien portant, contracta la gale, et la répercuta. Il fut pris ensuite d'une fièvre catarrhale, avec des sueurs excessives ; mais il se rétablit lentement à l'apparition d'une autre fièvre survenue sans cause connue. Les accès débutaient par de l'anxiété et des maux de tête, et croissaient avec la chaleur, la vitesse du pouls et les sueurs matinales. Il s'y joignit une perte extrême des forces et du délire, une agitation extrême et une respiration suspirieuse, avec des étouffements, maladie qui se termina par la mort, malgré tous les remèdes qu'on put mettre en usage.

 

(11) La gale se dissipa d'elle-même chez un jeune garçon. De la fièvre se déclara ensuite. La gale reparut alors avec plus d'intensité, et la fièvre cessa ; mais l'enfant maigrit, et, l'éruption s'étant desséchée de nouveau, il survint de la diarrhée et des convulsions, qui furent bientôt suivies de la mort.

 

(12) Une gale disparut d'elle-même à la peau ; il s'ensuivit une fièvre lente, des crachats purulents, et enfin la mort ; on trouva le poumon gauche plein de pus.

 

(13) Une femme de trente ans avait eu pendant longtemps des douleurs dans les membres et une éruption psorique abondante, dont elle se débarrassa au moyen d'une pommade ; aussitôt après survint une fièvre avec chaleur intense, soif et céphalalgie intolérable, accidents auxquels se joignirent le délire, un asthme cruel, l'œdématie du corps entier, et la tuméfaction extrême du bas-ventre. La femme succomba le sixième jour. Le ventre ne contenait que de l'air, et l'estomac, surtout, distendu par des gaz, en remplissait la moitié.

 

(14) Un homme à qui un froid violent avait supprimé la teigne, fut pris, huit jours après, d'une fièvre de mauvais caractère, avec vomissements, et à laquelle se joignit enfin le hoquet. Il mourut le neuvième jour de cette maladie. Dans le même article, Morgagni rapporte le cas d'un homme atteint de croûtes psoriques aux bras et sur d'autres parties du corps, qui se débarrassa presque entièrement de cet exanthème en portant une chemise soufrée, mais qui fut pris sur-le-champ de douleurs rhumatismales dans tout le corps, avec fièvre, de sorte qu'il ne pouvait ni reposer la nuit, ni changer de place pendant le jour ; la langue et le pharynx eux-mêmes participaient à l'affection. On eut beaucoup de peine à rappeler l'exanthème au dehors, et la santé se trouva rétablie par là.

 

(15) Une fièvre de mauvais caractère, avec opisthotonos, fut occasionnée par la répercussion de la gale.

 

(16) Un jeune marchand s'était délivré de la gale au moyen d'un onguent ; tout à coup il fut pris d'un enrouement tel qu'il ne pouvait plus parler. Survinrent ensuite un asthme sec, du dégoût pour tous les aliments, une toux violente et fatigante, surtout pendant la nuit, qui se passait sans sommeil, des sueurs nocturnes abondantes et fétides, et enfin la mort, malgré tous les efforts des médecins.

 

(17) Un homme de soixante ans contracta la gale, qui le faisait souffrir beaucoup pendant la nuit ; il employa en vain une foule de médicaments, et finit par faire usage, sur l'avis d'un mendiant, d'un remède prétendu spécifique, composé d'huile de laurier, de fleurs de soufre et d'axonge. Quelques frictions le débarrassèrent de sa gale, mais bientôt après il se déclara un froid fébrile violent, suivi d'une excessive chaleur par tout le corps, d'une soif inextinguible, d'une respiration courte et sifflante, d'insomnie, d'un tremblement violent par tout le corps, et d'une grande faiblesse, de manière que le malade rendit l'âme le quatrième jour.

 

(18) Fièvre, avec aliénation mentale, due à la même cause, et qui amena rapidement la mort.

 

(19) Après la rétropulsion de la gale, les accidents les plus fréquents sont des fièvres violentes, avec affaissement considérable des forces. Dans un de ces cas, la fièvre dura sept jours, au bout desquels la réapparition de la gale à la peau la fit cesser.

 

[§ 54-42] La fièvre tierce ; Pelargus, loc. cit., Jahrg. 1722, p. 103 ; compar. avec p. 79 (1). -Juncker, loc. cit. tab. 79. -Eph. Nat. Cur. dec. I, ann. 4. -Welsch, Obs. 15. -Sauvages, Nosologia, Spec. II. -Hautesierk, Obs. t. II, p. 300. Comm. Lips. XIX, p. 297.

 

(1) Chez un jeune garçon de quinze ans, qui avait depuis longtemps la teigne, pour laquelle Pelargus prescrivit un fort purgatif, il ne tarda pas à survenir des douleurs dans les reins et en urinant, qui furent suivies d'une fièvre tierce.

 

[§ 54-43] La fièvre quarte ; T. Bartholin, cap. 4, hist. 35. -Sennert, Paralip. p. 116. -Fr. Hoffmaan, Med. ration. syst. III, p. 175 (1).

 

(1). Les personnes âgées ont de préférence la gale sèche, et quand on combat cette maladie par des moyens externes, il s'ensuit ordinairement une fièvre quarte, qui cesse aussitôt que la gale revient à la peau.

 

[§ 54-44] Le vertige et une perte totale des forces, Gabelchover, Obs. med. Cent. II, obs. 42.

 

[§ 54-45] Un vertige épileptiforme ; Fr. Hoffmann, Consult. med. I, cas. 12 (1). - Id. ibid. p. 30 (2).

 

(1) Un homme de soixante-quinze ans avait depuis trois années une gale sèche. Il s'en débarrassa, et jouit en apparence d'une santé parfaite pendant deux ans, dans le cours desquels il éprouva seulement deux accès de vertige, qui augmentèrent peu à peu à tel point qu'une fois, en sortant de table, le malade serait tombé par terre si on ne l'avait pas soutenu. Son corps était tout couvert d'une sueur glaciale, ses membres tremblaient, toutes les parties étaient comme mortes, il y eut de fréquents vomissements acides. Un accès pareil revint six semaines après, puis il en reparut un tous les mois, pendant un trimestre. Tant qu'ils duraient, le malade ne perdait pas connaissance ; mais, à la suite de chacun, il éprouvait des pesanteurs de tête et un état d'hébétude semblable à celui que cause l'ivresse. L'accès finit par reparaître tous les jours, quoique moins fort. Le malade ne pouvait ni lire, ni réfléchir, ni se retourner brusquement, ni se courber le corps en avant ; en même temps il éprouvait de la tristesse, des pensées sinistres l'occupaient sans cesse, et il soupirait à chaque instant.

 

(2) Chez une femme de trente-six ans, qui s'était débarrassée de la gale, quelques années auparavant, à l'aide de mercuriaux, les règles étaient fort irrégulières, et retardaient souvent de dix à quinze semaines : il y avait en même temps une constipation habituelle. Au bout de quatre ans, dans le cours d'une grossesse, cette femme fut saisie de vertiges ; elle tombait tout à coup à la renverse quand elle était debout ou qu'elle marchait. Assise, elle ne perdait pas connaissance, malgré le vertige, qui ne l'empêchait ni de parler, ni de boire et de manger. Au début de l'accès, il lui prenait d'abord dans le pied gauche une sorte de fourmillement, qui dégénérait en mouvements brusques d'élévation et d'abaissement du pied. Avec le temps, les accès finirent par la priver de toute connaissance, et dans un voyage qu'elle fit en voiture, elle fut atteinte d'une véritable épilepsie, qui revint ensuite trois fois dans le cours de l'hiver. Elle ne pouvait point alors parler, et quoiqu'elle ne ployât pas les pouces dans la main, elle avait cependant l'écume à la bouche. Le fourmillement dans le pied gauche annonçait l'accès, qui éclatait tout à coup quand la sensation était arrivée jusqu'à la région précordiale. Cette épilepsie fut supprimée par cinq prises d'une poudre ; mais le vertige reparut, quoique beaucoup moins fort que par le passé. Il s'annonçait de même par un fourmillement dans le pied gauche, qui remontait jusqu'au cœur ; la malade éprouvait alors beaucoup d'anxiété et de frayeur, comme si elle fût tombée de haut, et en croyant faire cette chute, elle perdait le sentiment et la parole ; ses membres étaient agités de mouvements convulsifs. Même hors des accès, le moindre attouchement du pied lui causait une douleur extrêmement vive. Elle ressentait en même temps des douleurs violentes et de la chaleur dans la tête, et elle avait perdu la mémoire.

 

[§ 54-46] Des convulsions ; Juncker, loc. cit. tab. 53. -Hoechstetter, Eph. Nat. Cur. Dec. 8, cas. 3. -Eph. Nat. Cur. Dec. II, ann. 1, obs. 35 et ann. 5, obs. 224. -Triller. -Welle, Diss. nullam medicinam interdum esse optimum, Wittenberg, 1754, § 13, 14 (1). -Sicelius, Decas casuum I, cas. 5 (2). -Pelargus, loc. cit. Jahrg, 1723, p. 545 (3).

 

(1) Après avoir supprimé la gale dont elle était atteinte, par le moyen d'un onguent, une jeune fille tomba dans une syncope des plus profondes, qui fut bientôt suivie de convulsions effrayantes et de la mort.

 

(2) Une jeune fille de dix-sept ans, après la disparition spontanée de la teigne, fut atteinte d'une chaleur continuelle à la tête et d'accès de céphalalgie ; elle se levait quelquefois brusquement, comme si elle eût éprouvé de la frayeur ; elle avait, étant éveillée, des mouvements spasmodiques dans les membres, notamment les bras et les mains, ainsi que des anxiétés précordiales, comme si on lui eût serré la poitrine.

 

(3) La teigne se dessécha chez un adulte qui avait déjà eu pendant quelques années des tremblements dans les mains. Le malade tomba alors dans une faiblesse extrême, et il lui vint des taches rouges sur le corps, sans chaleur. Le tremblement dégénéra en secousses convulsives ; il sortit une matière sanguinolente par le nez et les oreilles ; le malade en expectora aussi par la toux, et il mourut le vingt-troisième jour, dans les convulsions.

 

[§ 54-47] Des convulsions épileptiformes et l'épilepsie, J.-C. Carl, dans Act. Nat. cur., VI, obs. 16 (1). - E. Hagendorn. loc. cit. hist. 9 (2). -Fr. Hoffmann, Cons. med. I, cas. 31 (3). -Id. Medic. rat. syst. t. IV, P. III, cap. I ; et dans Kinderkrankheiten, p. 108. -Sauvages, Nosol. spec. II. -Richard de Hautesierk, Obs. t. II, p. 300. -Sennert, Prax. III, cap. 44. -Eph. Nat. Cur. Dec. III, ann. 2, obs. 29. -Gruling, Obs. med. cent. III, obs. 73. -Th. Bartholin, cent. III, obs. 10 (4). -Riedlin, Lin. med. ann. 1696, maj. obs. 1 (5). -Lentilius, Miscell. med. pr. P. I, p. 32. -G.-W. Wedel, Diss. de œgro epileptico, Jéna, 1673 (6). -H. Grube, De Arcanis medicorum non arcanis, Copenhague, 1673, p. 165 (7). -Tulpius, Obs. Med. lib. I, cap. 8 (8). -T. Thomson, Med. Rathpflege, Leipzick, 1779, p. 107, 108 (9) 2. -Hundertmark, loc. cit. p. 32 (10). -Fr. Hoffmann, Consuls. med. I. cas. 28, p. 141 (11).

 

(1) Un homme qui avait refoulé avec un onguent une gale à des retours fréquents de laquelle il était sujet, tomba dans des convulsions épileptiques, qui cessèrent lorsque l'exanthème reparut.

 

(2) Un jeune homme de dix-huit ans se délivra de la gale avec une pommade mercurielle ; deux mois après il fut pris inopinément de spasmes affectant tous les membres, tantôt l'un, tantôt l'autre, avec un resserrement douloureux de la poitrine et de la gorge, froid des extrémités, et grande faiblesse. Le quatrième jour, survint l'épilepsie, avec écume à la bouche, pendant les accès de laquelle les membres éprouvaient des contorsions singulières. Cette épilepsie ne cessa qu'au retour de la gale.

 

(3) Chez un jeune garçon à qui l'on avait supprimé la teigne par des frictions avec l'huile d'amandes douces.

 

(4) Chez des enfants, accompagnée de coqueluche.

 

(5) Après deux frictions antipsoriques, l'épilepsie éclata chez une jeune fille.

 

(6) Un jeune homme de dix-huit ans, ayant fait des frictions avec des préparations mercurielles, contre la gale, fut atteint quelques semaines après d'une épilepsie, qui revint un mois ensuite, à l'époque de la nouvelle lune.

 

(7) Un garçon de sept mois fut atteint d'épilepsie ; les parents prétendaient ignorer qu'aucun exanthème eût été répercuté. En prenant des informations exactes, la mère avoua que cet enfant n'avait eu que quelques boutons de gale à la plante des pieds, dont une pommade saturnine avait promptement procuré la disparition ; du reste, il n'avait eu aucun vestige de gale sur le corps. Le médecin vit avec raison, dans cette circonstance, l'unique cause de l'épilepsie.

 

(8) Deux enfants furent délivrés, par la manifestation de la teigne muqueuse, d'une épilepsie qui reparaissait chaque fois qu'on cherchait imprudemment à guérir la teigne.

 

(9) Une gale qui existait depuis cinq ans disparut de la peau, et produisit l'épilepsie plusieurs années après.

 

(10) La gale fut supprimée, chez un jeune homme de vingt ans, par un purgatif, qui le fit aller abondamment à la selle pendant plusieurs jours ; après quoi il demeura, pendant plus de deux ans, sujet tous les jours aux plus violentes convulsions, jusqu'à ce qu'enfin la gale fût rappelée à la peau par la sève de bouleau.

 

(11) Un jeune homme de dix-sept ans, d'une constitution robuste, et doué d'un esprit sain, éprouva, après une gale répercutée, des crachements de sang, puis des attaques d'épilepsie, que les remèdes aggravèrent au point qu'elle revenait deux fois par heure. Des saignées répétées et des médicaments en abondance l'amenèrent au point d'être débarrassé de l'épilepsie pendant un mois ; mais, peu de temps après, cette affection reparut au milieu du sommeil, dans l'après-midi, et le malade en avait deux ou trois accès chaque nuit ; en outre, il éprouvait une toux considérable, surtout pendant la nuit, et expectorait un liquide très fétide. Il fut obligé de garder le lit. Les médicaments exaltèrent tellement son mal, que les accès se renouvelaient dix fois la nuit, et huit le jour. Cependant l'écume ne venait jamais à la bouche. La mémoire était affaiblie. Les accès paraissaient à l'approche des repas, mais plus souvent après. Pendant ceux de la nuit, le malade restait plongé dans un profond sommeil, sans s'éveiller ; mais le matin, il était comme brisé. Aucun indice n'annonçait les attaques du mal, sinon qu'il se frottait le nez, en retirant le pied gauche, après quoi il tombait tout à coup.

 

[§ 54-48] L'apoplexie ; Commius, dans Eph. Nat. Cur. Dec. I, ann. 1, obs. 58. -Moebius, Instit. med. p. 65. -J.-J. Wepfer. Histor. apopl. Amsterd, 1724, p. 457.

 

[§ 54-49] La paralysie ; Hoechstetter, Obs. med. Dec. VIII, obs. 8, p. 245. -Journ. de méd. 1760, sept. p. 211. -Unzer, Arzt, VI, p. 301 (1). -Hundertmark, loc. cit. p. 33 (2). -Krause. -Schubert, Dissert. de scabie humani corp. Léipzick, 1779, p. 23 (3). -C. Wenzel, loc. cit. p. 174.

 

(1) Une femme fut paralysée d'une jambe, à la suite d'une gale répercutée, et resta paralytique.

 

(2) Après avoir traité la gale par la pommade soufrée, un homme de cinquante-huit ans fut attaqué d'hémiplégie.

 

(3) Un homme, qui pendant longtemps avait employé inutilement des remèdes internes contre la gale, se lassa enfin, et eut recours aux frictions ; quelque temps après, il fut pris d'une paralysie des membres supérieurs ; la peau des paumes de ses mains devint dure, épaisse, et pleine de gerçures saignantes ; elle lui causait un prurit insupportable. -L'auteur parle encore, au même endroit, d'une femme qui, après la répercussion de la gale, éprouva une contracture des doigts, dont elle demeura longtemps affligée.

 

[§ 54-50] La mélancolie ; Reil, Memorab. clinicorum fascicul. III, p. 177 (1).

 

(1) Reil a vu la mélancolie succéder à la suppression de la gale, et disparaître lorsque l'exanthème se rétablissait.

 

[§ 54-51] L'aliénation mentale ; Landais, dans Jour. de méd. tom. XLI. -Amatus Lusitanus, Cur. med. cent. II, cur. 74. -J.-H. Schulze. -Brune, Diss. casus aliquot mente alienatorum. Halle. 1707, cas. 1, p. 5 (1). -F.-H. Waitz, Medic.-chirg. Aufsaetze. P. I, p. 130, Altenbourg. 1791 (2). -Richter, dans le Journal de Médecine d'Hufeland XV. II. -Grossman, dans le Nouveau Magasin de Baldinger, XI. I (3).

 

(1) Un jeune homme de vingt ans avait les mains tellement chargées d'une gale humide, qu'il ne pouvait se livrer à ses occupations. Une pommade soufrée l'en délivra ; mais peu de temps après on reconnut quelle atteinte profonde la santé avait reçue de là. Le jeune homme fut pris d'aliénation mentale : il riait et chantait sans motif, et courait jusqu'à ce qu'il tombât de lassitude. De jour en jour il devenait plus malade de corps et d'esprit, lorsqu'enfin une hémiplégie le fit périr. On trouva les viscères du bas-ventre tous réunis les uns avec les autres en une seule masse, qui était couverte de petits ulcères, et pleine de nœuds, en partie de la grosseur d'une noisette, dans lesquels se trouvait une matière visqueuse et gypseuse.

 

(2) C'est la même histoire.

 

(3) Un homme de cinquante ans avait été atteint d'une hydropisie générale, après avoir supprimé la gale par des pommades. La réapparition de la gale le délivra de son enflure. Une seconde répercussion le fit tomber tout à coup dans un délire furieux ; la tête et le cou étaient gonflés au point d'amener la suffocation. A ces accidents se joignirent encore la cécité et une rétention d'urine complète. Des topiques irritants et un fort vomitif rappelèrent l'éruption psorique, et tous les symptômes disparurent lorsque l'exanthème se fut étendu sur le corps entier.

 

[§ 55] Qui pourrait, après avoir réfléchi sur ce petit nombre d'exemples, auxquels il me serait facile d'en ajouter bien d'autres empruntés aux écrits des médecins de tous les temps ou tirés de ma propre expérience (1), qui pourrait, dis-je, être assez aveugle pour y méconnaître la grande maladie cachée dans l'intérieur, la psore, dont l'éruption galeuse et ses autres formes, la teigne, les croûtes de lait, les dartres, etc., ne sont que des signes indicateurs, maladie immense de l'organisme entier, dont ces symptômes locaux ne sont que les remplaçants (*2), par la présence desquels elle est réduite au repos et au silence ? Après avoir lu les cas, si peu nombreux pourtant, qui viennent d'être cités, qui pourrait encore hésiter à convenir que la psore, comme je l'ai déjà dit, est le plus funeste de tous les miasmes chroniques ? Qui aurait la hardiesse de prétendre, avec les médecins allopathistes modernes, que l'exanthème psorique, la teigne et les dartres ne sont que des affections superficielles de la peau, que, par conséquent, on peut et l'on doit les attaquer sans crainte par des moyens externes, puisque l'intérieur du corps n'y prend aucune part et demeure sain malgré leur existence ?

 

(1) Un partisan de l'ancienne école m'a reproché de ne pas faire connaître mes propres observations pour prouver que les maladies chroniques qui ne doivent pas leur origine à la syphilis ou à la sycose, tirent leur source du miasme psorique. Si les exemples que j'emprunte aux médecins non homœopathes, anciens et modernes, ne suffisent pas pour donner cette démonstration, je voudrais bien savoir quels autres faits, sans même excepter ceux qui m'appartiennent en propre, pourraient conduire au résultat. Les disciples de l'ancienne école n'ont-ils pas fort souvent, je dirais presque toujours, refusé de croire aux observations publiées par les homœopathes, parce qu'elles n'avaient point été recueillies sous leurs yeux, et que les noms étaient indiqués par de simples initiales, comme si les malades de la ville permettaient qu'on imprimât leurs noms en toutes lettres ? Pourquoi m'exposerais-je à être traité de même ? Ne fais-je pas preuve de la plus grande impartialité en allant chercher mes arguments dans les écrits de tant de praticiens honorables ?

 

(*2) Note de l'éditeur : Il faut lire "maladie immense de l'organisme tout entier, dont ces symptômes ne sont que les mêmes symptômes locaux, externes, vicariants, qui la font taire ("nur dieselbe vikarirend beschwichtigende, äussere Lokal Symptome").

 

[§ 56] De tous les méfaits qu'on peut reprocher aux médecins modernes de l'ancienne école, c'est là réellement le plus nuisible, le plus honteux, le plus impardonnable.

[§ 57] Celui qui, d'après ces exemples et une innombrable quantité d'autres du même genre, n'aperçoit pas le contraire précisément des assertions qu'ils mettent en avant, s'aveugle à plaisir, et agit avec intention au détriment du genre humain.

[§ 58] Ou bien connaîtrait-on si peu la nature des maladies miasmatiques accompagnées de lésions cutanées, qu'on ignorât qu'elles suivent toutes la même marche à leur origine, et qu'on ne sût pas que tous ces miasmes commencent par être des maladies internes de l'organisme entier avant que le symptôme extérieur qui les réduit au silence apparaisse ?

[§ 59] Nous allons étudier cette marche d'un peu plus près, et nous verrons que toutes les maladies miasmatiques qui font apparaître des affections locales particulières à la peau existent dans le corps, comme maladies internes, avant que leurs symptômes locaux se prononcent à l'extérieur ; que les maladies aiguës sont les seules dans lesquelles, leur marche étant liée à un nombre déterminé de jours, les symptômes locaux aient coutume de disparaître en même temps que la maladie interne, de sorte que le corps soit simultanément débarrassé des uns et de l'autre, mais que, dans les miasmes chroniques, les symptômes locaux extérieurs peuvent ou être effacés par l'art, ou disparaître d'eux-mêmes à la peau, sans que jamais la maladie interne quitte l'organisme, ni en totalité, ni même en partie, tant que dure la vie, et que loin de là cette dernière ne cesse de croître avec les années, quand l'art n'en procure point la guérison.

[§ 60] Il est d'autant plus nécessaire d'insister ici sur cette marche de la nature, que les médecins ordinaires, surtout ceux de l'époque actuelle, quoiqu'ils pussent prendre la nature en quelque sorte sur le fait dans l'origine et la formation des exanthèmes miasmatiques aigus, ont eu la vue assez courte pour ne pas reconnaître ni même soupçonner qu'il se passe quelque chose de semblable dans les affections exanthématiques chroniques, ce qui les a conduits à prétendre que leurs symptômes locaux sont purement et simplement des anomalies extérieures d'organisation, des souillures externes de la peau, sans maladie qui en forme la base, et par suite à n'opposer aux chancres, aux fics, à l'éruption psorique, dont ils ne voyaient point ou niaient hardiment la cause interne, que des moyens externes, méthode de traitement d'où il est résulté tant de maux pour l'humanité souffrante.

[§ 61] La manifestation de ces trois exanthèmes miasmatiques chroniques présente, comme celle des affections exanthématiques miasmatiques aiguës, trois points principaux qui réclament une attention beaucoup plus sérieuse que celle qu'on y a consacrée jusqu'à présent. J'entends par là d'abord le moment de l'infection, en second lieu l'époque à laquelle l'organisme entier est pénétré par la maladie contagieuse, jusqu'à ce que celle-ci se soit tout à fait formée dans l'intérieur, et en troisième lieu la manifestation du mal extérieur, par laquelle la nature annonce que la maladie miasmatique s'est intérieurement développée et répandue dans l'organisme entier.

[§ 62] L'infection par les miasmes des maladies exanthématiques, tant aiguës que chroniques, a lieu, sans nul doute, dans un instant indivisible, c'est-à-dire dans le moment le plus favorable à cette infection.

[§ 63] Lorsque la variole ou la vaccine commence, c'est à l'instant où, par l'effet de son inoculation, le liquide morbide entre en contact, dans la plaie saignante faite à la peau, avec les nerfs mis à nu, qui, au même moment, communiquent irrévocablement, et d'une manière dynamique, la maladie à tout le système nerveux. Après ce moment d'infection, les lotions, la cautérisation, l'ustion, l'excision même de la partie qui a reçu et admis la contagion, ne sauraient empêcher ni retarder les progrès de la maladie dans l'intérieur. La variole, le vaccin, la rougeole, etc., n'en accomplissent pas moins leur marche dans l'organisme, et après plusieurs jours, dès que la maladie interne s'est formée et complétée, la fièvre propre à chacune d'elles n'en éclate pas moins, avec son éruption varioleuse, vaccinique, rubéolique, etc. (1).

 

(1) On peut avec raison demander s'il existe un seul miasme au monde qui, l'infection une fois reçue du dehors, ne commence pas par rendre l'organisme entier malade, avant que ses symptômes propres se manifestent à l'extérieur. La réponse ne saurait être autre que négative. Il n'y a point de miasme semblable. Ne s'écoule-t-il pas trois, quatre ou cinq jours, après l'insertion de la vaccine, jusqu'à ce que les piqûres s'enflamment ? Ne se passe-t-il pas quelque temps avant qu'on voie éclater une espèce de fièvre, signe indubitable de la maladie déclarée, dont l'apparition précède celle des boutons, qui ne sont complètement développés que le septième ou le huitième jour ? Ne s'écoule-t-il pas dix à douze jours, à la suite de la réception de l'infection variolique, avant que l'on voie survenir la fièvre inflammatoire et l'éruption boutonneuse à la peau ? Qu'a fait la nature, pendant ces dix ou douze jours, de l'infection qui lui est venue du dehors ? N'a-t-elle pas dû incarner en quelque sorte la maladie à l'organisme entier, avant d'être en état d'allumer la fièvre et de produire l'exanthème à la peau ? La rougeole a besoin aussi, après l'infection ou l'inoculation, de dix à douze jours pour que l'exanthème paraisse, avec sa fièvre. Après l'infection par la scarlatine, il se passe ordinairement un septenaire avant que la fièvre et la rougeur de la peau surviennent. Qu'est-ce que la nature a fait du miasme dans l'organisme pendant ce laps de temps ? Peut-elle avoir fait autre chose qu'incorporer au corps entier la maladie rubéolique ou scarlatineuse tout entière, avant d'être prête à produire la fièvre rubéolique ou scarlatine, avec ses exanthèmes ?

 

[§ 64] La même chose a lieu aussi, sans parler de plusieurs autres miasmes aigus, lorsque la peau de l'homme vient à être souillée par le sang d'un animal atteint du charbon. Si ce sang, comme il arrive souvent, a produit l'infection, si la contagion a pris, en vain laverait-on la peau avec le plus grand soin : la pustule maligne, qui est presque toujours mortelle, n'en éclate pas moins, ordinairement dans le lieu même de l'infection, au bout de quatre ou cinq jours, c'est-à-dire aussitôt que l'organisme entier a subi la modification nécessaire au développement de cette effroyable maladie.

[§ 65] (Il en est de même de l'infection des miasmes demi-aigus sans exanthème. Parmi un grand nombre de personnes mordues par un chien enragé, il y en a peu, grâces à la bonté divine, qui soient infectées ; on en compte rarement une sur douze, et souvent, comme je l'ai observé moi-même, il n'y en a qu'une seule sur vingt ou trente ; les autres, quoique déchirées par l'animal furieux, guérissent ordinairement toutes, bien qu'elles n'aient reçu aucun secours de la médecine ou de la chirurgie (1). Mais celui chez qui le virus rabiéique a pris au moment de la morsure, et s'est communiqué sans retour aux nerfs voisins, puis de suite au système nerveux entier, celui-là devient enragé dès que le mal s'est développé, dans l'organisme entier, en une maladie aiguë et rapidement mortelle, développement pour lequel la nature a besoin au moins de plusieurs jours et souvent de plusieurs semaines. Une fois que la bave du chien enragé s'est réellement inoculée, l'infection a ordinairement lieu d'une manière irrévocable au moment de la morsure, car les faits déposent que même la prompte excision (2) de la partie souillée ne garantit pas des progrès du mal dans l'intérieur et de l'irruption de la rage. Les mille et un autres moyens externes qu'on a tant vantés pour nettoyer la plaie, la cautériser et la faire suppurer, ne produisent pas un meilleur résultat.)

 

(1) Ces faits consolants sont dus surtout aux médecins anglais et américains, Hunier et Houlston (London medical Journal, vol. v), Vaughan, Shadwell et Percival (dans J. MEASE, on the hydrophobia. Philadelphie, 1793).

 

(2) Une jeune fille de huit ans fut mordue à Glascow, le 21 mai 1792, par un chien enragé. Un chirurgien excisa sur-le-champ toute la plaie, l'entretint en suppuration, et donna du mercure jusqu'à ce qu'il survint une légère salivation, qui dura quinze jours. Cependant la rage éclata le 27 avril, et deux jours après la malade mourut. (Voyez DUNCAN, Medic. comment. Dec. II, vol. VII, Edimb. 1703, et The new London med. Journ. II.)

 

[§ 66] D'après ce qui se passe dans toutes ces maladies miasmatiques, on voit clairement que, l'infection du dehors ayant été reçue, il faut que la maladie qui s'y rapporte se développe dans l'intérieur de l'homme, et que l'organisme entier devienne peu à peu varioleux, rubéoleux ou scarlatineux, avant que ces divers exanthèmes puissent apparaître à la peau.

[§ 67] Mais, pour toutes ces maladies miasmatiques aiguës, la nature humaine possède en général le pouvoir salutaire de les anéantir en deux ou trois semaines, c'est-à-dire de se débarrasser dans ce laps de temps de la fièvre et de l'exanthème spécifiques, et de les éteindre d'elle-même dans l'organisme, par un procédé à nous inconnu (crise), de manière qu'en général l'homme s'il n'y succombe pas, s'en trouve complètement délivré, et cela dans un court espace de temps (1).

 

(1) Ou bien ces divers miasmes aigus sont-ils de nature telle, qu'après avoir pénétré la force vitale dans le premier moment de l'infection, et l'avoir rendue malade, chacun à sa manière, après y avoir pris rapidement leur croissance, à la façon des parasites, et s'y être développés, la plupart du temps au moyen d'une fièvre particulière, ils périssent d'eux-mêmes dès qu'ils ont produit leur fruit, c'est-à-dire assuré à maturité l'exanthème cutané capable de les propager, et permettent alors à l'organisme vivant de rentrer dans les conditions de la santé ? D'un autre côté, les miasmes chroniques ne sont-ils pas des principes qui continuent de vivre dans l'homme dont l'organisme les a une fois admis, mais qui ne périssent pas d'eux-mêmes, comme les précédents, après avoir déterminé un exanthème (gale, chancre, fic), et ne peuvent être détruits que par une infection antidotaire à l'aide d'un agent susceptible de faire naître une maladie médicamenteuse analogue et plus intense (par les antipsoriques) ?

 

[§ 68] Dans les maladies miasmatiques chroniques, la nature suit la même marche, sous le rapport du mode d'infection et de développement préliminaire de la maladie interne, avant que le symptôme extérieur qui annonce son entière formation apparaisse à la surface du corps. Mais lorsque les choses en sont venues là, elles offrent cette grande et remarquable différence d'avec les maladies miasmatiques aiguës, que l'affection interne entière persiste pendant toute la vie, comme je l'ai déjà dit, et croît même d'année en année, lorsque l'art ne réussit pas à l'éteindre et à la guérir d'une manière radicale.

[§ 69] Parmi ces miasmes chroniques, je me bornerai ici à citer les deux que nous connaissons avec un peu plus de précision que les autres, savoir le chancre vénérien et la gale.

[§ 70] Il est probable que, dans un cas de coït impur, l'infection spécifique s'opère instantanément à l'endroit du contact et du frottement.

[§ 71] Lorsque l'infection a pris, le corps vivant tout entier en est aussitôt pénétré. Immédiatement après le moment de l'infection, la formation de la maladie vénérienne commence dans tout l'intérieur.

[§ 72] Sur le point des parties génitales où l'infection a eu lieu, on n'aperçoit dans les premiers jours rien d'extraordinaire, aucune trace de maladie, d'inflammation ou de corrosion. C'est en vain aussi qu'on lotionne et qu'on nettoie la partie après le coït impur. La place reste saine en apparence ; l'intérieur de l'organisme seul est mis en action par l'infection, reçue ordinairement en un instant, et cette action de sa part a pour but de s'incorporer le miasme vénérien, de se pénétrer d'outre en outre de la maladie vénérienne.

[§ 73] C'est seulement après que tous les organes sont ainsi pénétrés par le mal reçu dans le corps, quand l'organisme entier est devenu d'outre en outre vénérien, c'est-à-dire lorsque la maladie vénérienne a complété son développement intérieur, que la nature malade s'efforce de soulager le mal interne et de le réduire au silence, en faisant apparaître un symptôme local, qui se manifeste d'abord sous la forme d'une petite vésicule, ordinairement née à l'endroit qui a été primitivement infecté, puis sous celle d'un ulcère douloureux, auquel on donne le nom de chancre. Mais cet ulcère ne paraît que cinq, sept ou quinze jours, quelquefois même trois, quatre ou cinq semaines, après le moment de l'infection. C'est donc évidemment un symptôme produit du dedans au dehors par l'organisme devenu vénérien de part en part, symptôme qui tient lieu du mal interne, et qui est apte à communiquer le même miasme, c'est-à-dire la maladie vénérienne, à d'autres personnes, par l'effet du contact.

[§ 74] Si la maladie entière qui s'est déclarée ainsi vient à être éteinte par des médicaments spécifiques administrés à l'intérieur, le chancre disparaît aussi, et l'individu est guéri.

[§ 75] Mais si, comme font les médecins de l'ancienne école, avant de guérir la maladie interne, on détruit le chancre localement (1), la maladie miasmatique chronique, la syphilis, reste dans le corps, et, si ensuite on ne la guérit point elle-même intérieurement, elle s'aggrave d'année en année jusqu'à la fin de la vie. La constitution même la plus robuste n'est point capable de l'anéantir en elle.

 

(1) La syphilis n'éclate pas seulement à la suite de l'application des caustiques, ce que de pauvres théoriciens expliquent en supposant que le virus a été refoulé du chancre dans le corps, sain encore, suivant eux, avant cette époque ; elle survient même lorsqu'on a fait rapidement disparaître le chancre sans recourir à aucun irritant, ce qui prouve d'une manière surabondante et sans réplique la préexistence de la syphilis dans l'intérieur. Petit excisa chez une femme une portion des petites lèvres, sur laquelle existaient depuis deux jours des chancres vénériens ; la plaie guérit, mais la syphilis n'en éclata pas moins (FASSE, Lettres supplémentaires à son Traité des Maladies vénériennes. Paris, 1786). La chose était bien naturelle, puisque la maladie vénérienne existait déjà dans tout l'intérieur du corps, avant l'apparition du chancre.

 

[§ 76] Ce n'est donc, comme je l'enseigne et le pratique depuis nombre d'années, qu'en guérissant la maladie vénérienne dont tout le corps est pénétré, et surtout en évitant avec soin les moyens répercussifs extérieurs, qu'on parvient à guérir en même temps son symptôme local, le chancre, tandis que, quand on se contente de détruire localement ce dernier, sans par avance procéder à une cure générale et débarrasser l'homme de toute sa maladie intérieure, l'apparition de cette dernière, la syphilis avec ses suites, est inévitable.

[§ 77] Comme la syphilis, la psore est aussi une maladie miasmatique chronique, et elle commence de la même manière à se former.

[§ 78] Cependant la maladie psorique est le plus contagieux de tous les miasmes chroniques. Elle possède cette propriété à un bien plus haut degré que les deux autres miasmes chroniques, la syphilis et la sycose. Pour que l'infection ait lieu avec ces deux dernières, il faut, à moins que le miasme n'ait été introduit dans une plaie, que des parties de notre corps très riches en nerfs et recouvertes d'un épiderme fort mince, comme sont les organes génitaux, aient éprouvé un certain degré de frottement. Mais le miasme psorique n'a besoin que du contact de l'épiderme général, surtout chez les jeunes enfants. Chacun a, et presque dans toutes les circonstances, l'aptitude à être infecté par ce miasme, ce qui n'est point le cas pour les autres.

[§ 79] Aucun miasme chronique n'infecte plus généralement, plus certainement, plus facilement et d'une manière plus absolue, que le miasme psorique. C'est, comme je viens de le dire, le plus contagieux de tous. Il se communique avec une telle facilité qu'en passant d'un malade à un autre pour leur tâter le pouls, un médecin l'inocule souvent à plusieurs personnes sans le savoir (1). Du linge lavé avec des hardes qui avaient été portées par des galeux (2), des gants neufs, mais qu'un galeux avait déjà essayés, un lit étranger, une serviette dont on se servait pour s'essuyer, ont suffi pour communiquer ce principe d'infection. Il arrive même souvent au nouveau-né de le contracter en traversant les parties génitales externes de sa mère atteinte de la maladie, de recevoir ce funeste présent d'une sage-femme qui s'en était souillé la main chez une autre accouchée, ou de le contracter, soit au sein de sa nourrice, soit dans les bras et par les caresses impures de celle qui est chargée de le soigner, sans compter les mille et mille autres occasions qui se rencontrent dans la vie de toucher à des objets invisiblement entachés de ce miasme, occasions qu'on ne soupçonne souvent pas, que fréquemment même on ne peut point éviter, de sorte que les individus qui échappent à la contagion de la psore sont en bien petit nombre. Nous n'avons pas besoin d'aller la chercher dans les hôpitaux, les fabriques, les prisons, les hospices d'orphelins, ou les sales demeures de l'indigence ; elle se glisse jusque dans la vie ordinaire, dans la solitude comme dans le monde. L'ermite du Mont-Ferrat y échappe aussi rarement dans sa niche creusée au milieu des rochers, que le petit prince dans ses draps de batiste.

 

(1) C. MUSITANUS, Opera, de Tumoribus, cap. 20.

 

(2) Comme l'a observé Willis, dans TURNER, Traité des Maladies de la peau, trad. de l'anglais. Paris, 1783, t. II, chap. 3, p. 77.

 

[§ 80] Quand le miasme psorique a touché, par exemple, la main, il ne demeure plus local, du moment qu'il a pris. Tout lavage, tout moyen de nettoyer la partie est inutile. Les premiers jours on n'aperçoit rien encore à la peau ; elle n'éprouve aucun changement, et reste saine en apparence. On ne remarque alors ni exanthème, ni prurit sur le corps, pas même sur la partie qui vient de recevoir l'infection. Le nerf que le miasme a affecté d'abord, l'avait déjà communiqué d'une manière invisible et dynamique aux autres nerfs du corps, et l'organisme vivant avait tellement été pénétré en silence de cette excitation spécifique, qu'il s'est trouvé contraint de s'approprier peu à peu le miasme psorique, jusqu'à ce que l'individu tout entier fût devenu galeux, c'est-à-dire jusqu'à ce que le développement intérieur de la psore fût achevé.

[§ 81] Ce n'est que quand l'organisme entier se sent pénétré de cette maladie miasmatique chronique spéciale, que la force vitale s'efforce de soulager le mal interne, et de le réduire au silence, en provoquant l'apparition sur la peau d'un symptôme local approprié, de sorte qu'aussi longtemps que l'exanthème persiste à l'extérieur dans l'état et sous la forme qu'elle lui a assignés, la psore interne, avec ses affections secondaires, ne peut point éclater, mais est contrainte à rester cachée, sommeillante, latente et comme enchaînée.

[§ 82] Ordinairement il faut, à partir du moment de l'infection, six, sept, dix ou même quinze jours avant que l'organisme entier ait acquis cette modification intérieure qui constitue la psore. Ce laps de temps écoulé, après un froid plus ou moins vif qui se déclare le soir, et auquel succède pendant la nuit une chaleur générale, terminée par des sueurs, petite fièvre que beaucoup de personnes attribuent à un refroidissement, et à laquelle elles ne font aucune attention, on voit paraître sur la peau des pustules psoriques, d'abord très petites et miliaires, qui grossissent peu à peu (1). Ces pustules se montrent d'abord aux alentours du point qui a reçu l'infection. Elles sont accompagnées d'un prurit ou chatouillement voluptueux, et qu'on pourrait dire agréable jusqu'à en être insupportable. Ce prurit porte si irrésistiblement à se gratter et à déchirer les pustules psoriques, que quand, par empire sur soi-même, on s'abstient de se gratter, un frisson parcourt la peau du corps entier. L'action de se gratter procure un soulagement momentané, mais bientôt après la partie sur laquelle on l'a exercée devient le siège d'une ardeur brûlante, qui persiste longtemps. C'est le soir, et avant minuit, que le prurit se fait sentir le plus souvent, et qu'il est le plus insupportable.

 

(1) Bien loin que les pustules galeuses qui paraissent alors soient une affection cutanée à part et purement locale, elles ne sont, au contraire, que la preuve certaine du développement complet qu'a pris auparavant la psore interne, et l'exanthème n'est qu'un complément de cette dernière ; car cette éruption cutanée spéciale et cette espèce particulière de prurit appartiennent à l'essence de la maladie entière, dans son état naturel et le moins dangereux.

 

[§ 83] Les pustules galeuses contiennent, dans les premières heures de leur apparition, une lymphe claire comme de l'eau ; cette lymphe ne tarde pas à se convertir en pus, qui remplit la tête de la pustule.

[§ 84] Le prurit n'oblige pas seulement à se gratter ; sa violence, comme je l'ai dit, porte même à déchirer les vésicules, de sorte que le liquide qui s'échappe devient une source abondante d'infection pour les alentours du malade, et pour les personnes non encore atteintes. Toutes les parties du corps qui viennent à être souillées, même sans qu'on s'en aperçoive, par ce liquide, le linge, les habits, les ustensiles de toute espèce, propagent ensuite la maladie dès qu'on y touche.

[§ 85] Il n'y a cependant que ce symptôme cutané de la psore imprégnant l'organisme entier, symptôme auquel on applique spécialement le nom de gale, parce que c'est lui qui frappe le plus les yeux ; il n'y a, dis-je, que cet exanthème, les ulcères auxquels il donne lieu plus tard et dont les alentours deviennent le siège d'un prurit particulier, enfin les dartres pruriteuses, s'humectant par le frottement, et la teigne, qui puissent propager la maladie à d'autres personnes, parce que c'est là seulement que se trouve contenu le miasme communicable de la psore. Au contraire, les autres symptômes, ceux qui sont secondaires et ne surgissent qu'après la disparition spontanée de l'exanthème ou son effacement par l'art, en un mot, les affections psoriques générales, ne sauraient transmettre la maladie à d'autres, pas plus que ne le peuvent, à notre connaissance, les symptômes secondaires de la syphilis, ainsi que J. Hunter (1) l'a observé et enseigné le premier.

 

(1) Traité de la syphilis, annoté par Ph. Ricord, Paris, 1843, p. 390 et suiv.

 

[§ 86] Lorsque très peu de temps s'est écoulé depuis l'apparition de l'exanthème psorique et que par conséquent il n'a pas encore pu se répandre fort au loin sur la peau, on n'aperçoit chez le malade rien qui trahisse l'existence en lui de la psore interne ; il se trouve bien en apparence. Le symptôme extérieur tient lieu de la maladie interne, et oblige la psore, avec ses affections secondaires, à rester, pour ainsi dire, latente et enchaînée (1).

 

(1) C'est ainsi que le chancre fait taire la syphilis interne, et ne lui permet pas d'éclater, tant qu'il reste en place sans qu'on y touche (**2). J'ai observé une femme, exempte de tous symptômes secondaires de syphilis, chez laquelle un chancre subsistait au même endroit depuis deux ans ; il n'avait jamais été traité, et peu à peu s'était agrandi au point d'avoir alors près d'un pouce de diamètre. Une préparation mercurielle bien choisie et prise à l'intérieur guérit cette femme en peu de temps ; la guérison fut complète ; le mal interne et le chancre disparurent simultanément.

 

(**2) Note de l'éditeur : A première vue, cette observation de Hahnemann peut surprendre le médecin de la fin du XXe siècle. En effet, les auteurs modernes sont unanimes pour dire que, laissé à lui-même sans traitement, le chancre persiste 2 à 6 semaines et guérit ensuite spontanément, mais ils divergent sur le point de savoir s'il peut laisser après lui une fine cicatrice atrophique.

Les syphiligraphes allopathes contemporains de Hahnemann considéraient qu'il existait plusieurs variétés de chancres, dont certaines guérissaient spontanément. C'est ainsi qu'on a lu, jusqu'en 1852, sous la plume de RICORD (que la médecine officielle vénère, encore aujourd'hui, comme celui qui a découvert, notamment, la distinction entre la syphilis et les autres maladies vénériennes, -blennorragie et chancre mou,- ainsi que l'évolution et le mode de transmission de la syphilis) :

"Le chancre régulier (...) peut (...) arriver à une parfaite guérison, sans aucun secours de l'art". (Traité de la maladie vénérienne, par John HUNTER, avec des notes et des additions par le Docteur Ph. RICORD, 2e édition, Paris, Baillière, 1852, p. 418) ;

"Les trois variétés les plus importantes sont :

- 1° le chancre induré,

- 2° le chancre phagédénique diphtéritique ou pultacé, et,

- 3° le chancre phagédénique gangréneux par excès d'inflammation" (id, p. 418) ;

"Dans le chancre serpigineux, la cicatrisation ne se fait pas comme dans les autres variétés de chancres. (...) Leur durée est indéterminée : ils persistent pendant des mois, des années ; j'en ai vu un qui avait duré sept ans et qui fournissait encore du pus inoculable !" (id, p. 422).

Mais bientôt, à partir de 1851, les idées allaient se clarifier. RICORD publie ses Lettres sur la syphilis, dans lesquelles il annonce que les différences entre les chancres "tiendraient aussi à des modifications dans la cause morbifique ou le principe infectant" (p. 359 ; cité par le Dr Jules DAVASSE, dans La Syphilis, ses formes, son unité, Paris, Baillière, 1865, p. 36). Son élève L. BASSEREAU déclare clairement en 1852 qu'il faut scinder la syphilis en deux maladies distinctes : la première, caractérisée par le chancre simple ; la deuxième, par le chancre induré ; chacune d'elle ayant son virus propre et transmettant par inoculation ou contagion une espèce morbide parfaitement distincte (Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis, Paris, 1852 ; cité par DAVASSE, op. cit. pp. 36-37).

Voici comment RICORD introduisait le sujet dans les leçons qu'il donnait sur le chancre :

"Les manifestations pathologiques consécutives au chancre sont loin d'être identiques sur tous les sujets. Ici, le chancre s'accompagne fatalement à quelques semaines, à quelques mois d'intervalle, et au delà, d'accidents constitutionnels qui envahissent tour à tour les différents systèmes de l'organisme, la peau, les muqueuses, les viscères, les os. Là, au contraire, le chancre se borne à une action purement locale ; respectant l'économie et n'entraînant à sa suite aucun accident d'infection générale (...)

"Dans le premier cas, c'est la diathèse qui s'établit ; c'est un principe toxique qui circule dans le sang ; c'est l'économie tout entière qui se trouve infectée. Dans le second, le chancre reste une lésion locale qui borne son effet à la région sur laquelle elle se développe". (Leçons sur le chancre, professées par le Docteur RICORD et publiées par Alfred FOURNIER, 2ème édition, Paris, Adrien Delahaye, 1860, pp. 3 et 4).

Plus loin, il nous enseignera comment reconnaître le chancre simple : "Il est un signe qui suffit à lui seul à établir le diagnostic de la façon la plus solide, et qui, je n'hésite pas à le dire, constitue le seul caractère pathognomique du chancre.

"De toutes les ulcérations d'origine vulgaire, vénérienne ou même syphilitique, il n'en est qu'une seule dont le pus soit susceptible de reproduire par l'inoculation une ulcération semblable à celle qui l'a fourni : c'est le chancre (sous-entendu : simple).

"L'inoculabilité du pus sécrété est le seul signe absolu de la spécificité virulente". (Op. cit., p. 50).

Notons en passant qu'il s'agit ici de l'inoculation au sujet même qui a fourni le pus, c'est à dire de l'auto-inoculation. A propos du phagédénisme, RICORD nous enseignera encore ceci : "Le chancre simple (...) est la forme qui subit le plus souvent la terrible complication du phagédénisme". (Op. cit., p. 36).

"On a fait du phagédénisme -bien à tort, il est vrai- une sorte d'immunité contre la vérole. C'est une croyance généralement acceptée qu'un chancre devenu phagédémique n'infecte pas l'économie, comme si toute la virulence de la maladie s'épuisait sur le siège même de l'accident.

"Mais hélas ! les conséquences locales du phagédénisme ne sont pas une préservation contre la diathèse, lorsque l'accident originel est de nature infectieuse (...), si l'ulcère destructeur porte en lui le germe de la vérole". (Op. cit., p. 150).

A propos de la durée du chancre simple : "Le chancre simple n'a pas de durée limitée. Sans doute, dans l'immense majorité des cas, il se cicatrise dans le courant de quelques septénaires, mais il n'est pas rare de voir la période de réparation se faire attendre bien au delà de ce terme.

"C'est la forme du chancre qui persiste le plus longtemps" (Op. cit., p. 36).

"Le pus qu'ils sécrètent reste inoculable tant que l'ulcération progresse, comme je l'ai observé sur une ulcération semblable qui avait plus de SEPT ANS de durée". (Op. cit., p. 59).

Joseph ROLLET, dont le Traité des maladies vénériennes date de 1865, est le premier à parler du chancre mixte, et Ernest GAUCHER, dont le Traité de la syphilis date de 1899, nous dira que "devant tout chancre mou on doit systématiquement soupçonner la syphilis" (cité par H. GOUGEROT, dans le Traitement de la syphilis en clientèle, 4ème édition, Maloine, Paris, 1927, p. 280).

Le germe responsable du chancre mou sera découvert à la fin du XIXe siècle par l'italien DUCREY, puis par l'allemand UNNA. Quant au tréponème pâle, il faudra attendre SCHAUDINN et HOFFMANN, en 1905.

L'observation de Hahnemann, qui signale avoir vu un chancre qui durait depuis deux ans, n'a donc rien d'exceptionnel. Il est évidemment impossible de savoir s'il s'agissait d'un chancre mou, induré ou mixte. (Voir également le § 117)

 

[§ 87] C'est dans cet état qu'il est le plus facile de guérir la maladie entière par des remèdes spécifiques administrés à l'intérieur.

[§ 88] Mais si on laisse la psore suivre la marche qui lui est propre, sans employer aucun remède interne propre à la combattre, ni aucun moyen externe susceptible d'effacer l'exanthème, la maladie entière grandit rapidement dans l'intérieur, et cet accroissement du mal interne rend nécessaire une augmentation proportionnelle du symptôme cutané. Il faut donc alors, pour réduire encore au silence le mal interne devenu plus grave, et pour l'obliger à rester latent, que l'éruption psorique finisse par envahir toute la superficie du corps.

[§ 89] Lors même que la maladie a déjà atteint ce terme, l'homme semble encore jouir d'une bonne santé sous les autres rapports. Tous les symptômes de la psore qui a pris tant de développement à l'intérieur, sont encore couverts et réduits au silence par le symptôme cutané, qui s'est accru dans la même proportion. Mais l'homme même le plus robuste ne peut pas supporter longtemps un tourment pareil à celui que cause un si insupportable prurit répandu par tout le corps. Il veut à tout prix s'en délivrer, et comme les médecins de l'ancienne école ne peuvent pas lui procurer une guérison radicale, il exige qu'au moins, dut-il lui en coûter la vie, on le débarrasse de l'éruption qui cause de si intolérables démangeaisons. Les moyens d'y parvenir ne tardent pas à lui être fournis, soit par d'autres ignorants comme lui, soit par des médecins ou chirurgiens allopathistes. Il cherche à se délivrer de sa plaie extérieure, sans soupçonner les maux bien plus graves qui seront la conséquence inévitable de la répression du symptôme cutané, comme le démontrent assez les observations qui ont été rapportées plus haut. En faisant disparaître ainsi une éruption psorique, il agit d'une manière aussi insensée que celui qui, pour se tirer tout à coup de la pauvreté et devenir plus heureux à ce qu'il croit, dérobe une grosse somme, et s'attire ainsi la peine de l'emprisonnement et des galères.

[§ 90] Lorsque la maladie psorique dure depuis longtemps, que l'exanthème se soit répandu, comme il arrive ordinairement, sur la plus grande partie de la peau, ou, ce qui a lieu dans certains cas d'inertie de cet organe, qu'il soit demeuré borné à un petit nombre de pustules (1), dans les deux cas, la répression de l'exanthème abondant ou rare entraîne les suites les plus fâcheuses, parce qu'elle détermine infailliblement la manifestation de la psore interne, qui a eu jusque-là le temps de faire des progrès considérables.

 

(1) Voyez ci-dessus l'observation dans la note 7 du [§ 54-47].

 

[§ 91] Cependant on doit excuser l'impéritie des personnes étrangères à l'art de guérir, lorsqu'en se plongeant dans l'eau froide, se roulant dans la neige, se faisant appliquer des ventouses, ou se frottant soit le corps entier, soit seulement les articulations, avec un mélange de soufre et de graisse, elles font disparaître l'éruption et le prurit insupportable qu'elles éprouvent ; car elles ignorent à quels symptômes terribles de la maladie psorique interne elles ouvrent ainsi la porte. Mais peut-on pardonner à des hommes dont la mission et le devoir sont de connaître l'étendue des maux qui résultent infailliblement du réveil de la psore interne par la suppression de l'exanthème, et de tout faire pour les prévenir en guérissant d'une manière radicale la maladie entière (1), quand on les voit traiter ainsi les galeux, leur prescrire même des moyens, internes et externes, plus violents, des purgatifs âcres, puis l'emplâtre de Jasser, les lotions avec l'acétate de plomb, le sublimé corrosif ou le sulfate de zinc, mais principalement la pommade avec l'axonge et les fleurs de soufre, les précipités mercuriels, et s'empresser de faire disparaître l'exanthème, en assurant que c'est un mal qui siège uniquement à la peau, qu'on doit se hâter de l'en chasser, qu'ensuite tout est fini, et que l'homme reste sain et exempt de toute incommodité ? Peut-on les excuser quand les exemples consignés dans les écrits d'anciens observateurs consciencieux, et des milliers d'autres analogues qui se reproduisent souvent, journellement même, sous leurs yeux, ne les éclairent point, ne font pas pénétrer dans leur esprit la conviction qu'en anéantissant l'exanthème ils attirent aux galeux des maux certains, rapidement mortels, ou aussi durables que la vie, en déchaînant ainsi la maladie psorique interne, au lieu de l'anéantir et de la guérir, en lâchant sur leurs malades déçus, par le brisement des liens qui l'enchaînaient, le monstre à mille têtes qu'ils auraient dû abattre !

 

(1) Car, même à ce haut degré d'intensité de la maladie psorique, l'exanthème et le mal intérieur, c'est-à-dire, la psore entière, quoique plus graves qu'au début, immédiatement après leur première apparition, sont beaucoup plus faciles à guérir, par des médicaments homœopathiques spécifiques, que la psore interne ne l'est, après la simple suppression de l'éruption extérieure, lorsqu'elle étale ses symptômes secondaires et, se déploie sous la forme de maladies chroniques. Dans cet état, si elle est encore entière, la maladie psorique, bien que parvenue à un très haut degré, est encore infiniment plus facile à guérir, avec son exanthème, par des remèdes internes appropriés, sans concours d'aucun moyen local, de même que la maladie chancreuse vénérienne cède souvent, de la manière la plus certaine et la plus facile, à une seule des plus petites doses de la meilleure préparation mercurielle, administrée à l'intérieur, traitement à l'aide duquel, sans qu'il soit besoin de recourir à aucun topique, le chancre se réduit rapidement à n'être plus qu'un ulcère de bon caractère, et guérit de lui-même en peu de jours, de manière qu'ensuite on ne voit jamais paraître aucune trace d'accidents secondaires (de syphilis), parce que le mal interne a été guéri en même temps que le symptôme local. Comment excuser les médecins qui, depuis plus de trois cents ans qu'ils traitent la maladie vénérienne, si généralement répandue aujourd'hui, en ignorent encore à tel point la nature, qu'à l'aspect d'un chancre, ils n'admettent d'autre partie malade que celle qui en est le siège, ne soupçonnent pas que la syphilis était déjà développée dans l'organisme avant sa manifestation, et ne voient qu'en lui seul le symptôme vénérien à combattre, au moyen de remèdes purement externes, pour rendre, suivant eux, la santé au malade ? Des milliers de faits n'ont pu leur apprendre qu'en détruisant ainsi le chancre, ils nuisent seulement ; qu'ils ne font que priver la syphilis préexistante de son symptôme local dérivatif, et obliger le mal interne à éclater sous une forme plus redoutable, moins facile à guérir. Comment excuser une erreur si pernicieuse et si générale ? Pourquoi les médecins n'ont-ils jamais réfléchi sur la manière dont se développent les fics ? Pourquoi ont-ils toujours méconnu, dans ce cas, le mal interne général, qui fait la base des excroissances, et n'ont-ils pas cherché à guérir radicalement, par des moyens homœopathiques, ce mal préexistant, après la destruction duquel les fics disparaissent d'eux-mêmes, sans le secours d'aucun remède externe ? Mais quand bien même il y aurait quelque motif spécieux d'excuser cette triste négligence et cette ignorance, quand même on dirait que les médecins n'ont eu que trois siècles et un tiers pour réfléchir sur la vraie nature de la syphilis, et que la vérité aurait peut-être fini par leur apparaître après une plus longue pratique, rien ne justifie l'aveuglement général qui, pendant une si longue suite de siècles, leur a fait méconnaître la maladie interne préexistante à l'éruption psorique, et les a portés à rejeter orgueilleusement tous les faits capables de leur ouvrir les yeux, afin de prolonger l'erreur, et de laisser le monde dans la pernicieuse croyance que les pustules accompagnées d'un insupportable prurit sont une simple affection cutanée, dont la destruction locale délivre le sujet de toute maladie. Les médecins même les plus célèbres ont accrédité cette grave erreur, depuis Van Helmont jusqu'aux coryphées les plus modernes de la pratique allopathique. Il est vrai qu'en appliquant les moyens que j'ai indiqués plus haut, ils atteignaient la plupart du temps leur but, celui de faire cesser l'exanthème et la démangeaison, qu'ils croyaient ou du moins affirmaient avoir anéanti complètement la maladie elle-même, et qu'ils prenaient congé de leurs malades en les assurant d'une guérison parfaite. Quant à tous les maux entraînés par cette destruction de l'exanthème qui appartient à la forme naturelle de la psore, ou ils ne voulaient pas les voir, ou ils les donnaient pour des maladies nouvelles ayant une tout autre origine. Dans la préoccupation de leur esprit, ils n'avaient aucun égard à ces innombrables témoignages, parlant si haut, d'observateurs consciencieux des temps anciens, qui établissaient les tristes suites de la destruction locale de l'exanthème psorique, survenant souvent d'une manière si prompte après sa répercussion, qu'il faudrait renoncer à l'exercice de sa raison si l'on ne voulait voir en elles des produits immédiats d'une grande maladie interne, ainsi privée du symptôme local destiné par la nature à la tenir dans le silence, et réduite à ne plus pouvoir se manifester que par ses symptômes secondaires.

 

[§ 92] On conçoit aisément, et l'expérience le démontre, que quand l'éruption psorique négligée a exercé pendant plusieurs mois ses ravages sur la peau, et qu'ainsi la gale interne a pu librement atteindre son plus haut degré d'intensité dans une période de temps médiocre, les suites inévitables de la répercussion d'un exanthème ancien doivent être beaucoup plus dangereuses encore.

[§ 93] Il n'est pas moins certain que la suppression d'une éruption psorique qui succède à une infection récente, et qui se borne à un petit nombre de boutons, entraîne bien moins de danger immédiat, la psore interne qui s'est développée dans tout l'organisme n'ayant point encore eu le temps d'arriver à un haut degré. On doit avouer même que cette répercussion de boutons psoriques survenue depuis peu n'entraîne souvent aucune suite bien fâcheuse d'une manière immédiate. Aussi est-il ordinaire, surtout chez les personnes délicates ou des hautes classes de la société, et chez leurs enfants, qu'on ignore que des boutons peu nombreux, apparus seulement depuis quelques jours, et accompagnés de démangeaisons vives, avaient pour cause la gale, surtout lorsqu'un médecin s'est empressé de les faire disparaître dès le lendemain par des lotions ou des pommades saturnines.

[§ 94] Mais quelque faible que puisse être la psore interne au moment de la prompte répression d'un exanthème psorique qui vient de se manifester et qui n'est encore composé que d'un petit nombre de vésicules, ainsi que le démontre souvent le peu d'importance des incommodités qu'on observe ensuite, et que le médecin, par ignorance, attribue à d'autres causes légères, cette psore interne n'en demeure pas moins, dans son essence et dans sa nature chronique, la même maladie psorique générale de l'organisme entier, c'est-à-dire incurable sans les secours de l'art, incapable de céder aux seuls efforts de la constitution, même la plus robuste, et toujours croissante jusqu'au terme de la vie. A la vérité, lorsqu'on s'est hâté de la dépouiller aussi promptement que possible, par des moyens locaux, des premières traces de son symptôme cutané, elle a coutume de ne croître d'abord que peu à peu, et de ne faire dans l'organisme que des progrès lents, infiniment plus lents que quand l'exanthème a été toléré pendant longtemps, cas dans lequel, comme je l'ai déjà dit, ses progrès ont lieu d'une manière très rapide. Mais elle n'en continue pas moins à grandir sans relâche, et, si les circonstances extérieures sont favorables, elle le fait tellement en silence, elle y emploie souvent tant d'années, que celui qui ne connaît pas les signes de sa présence à l'état de sommeil, croirait et déclarerait le sujet parfaitement sain et exempt de tout mal interne. Il se passe fréquemment des années avant qu'elle donne lieu à de grands symptômes qu'on puisse appeler une maladie évidente.

[§ 95] De nombreuses observations (1) (*3) m'ont révélé peu à peu les signes à l'aide desquels la psore qui sommeille dans l'intérieur (2), et qui jusqu'alors est demeurée la tente, peut être reconnue, même dans les cas où elle n'a point encore pris le caractère d'une maladie prononcée. Au moyen de ces signes, on peut extirper le mal jusque dans ses racines, et le guérir radicalement, avant que la psore interne se soit déclarée sous la forme d'une maladie chronique évidente, et qu'elle ait atteint ce redoutable degré d'intensité, dont les suites fâcheuses rendent la guérison souvent difficile et dans certains cas impossible.

 

(1) Il m'a été plus facile qu'à beaucoup d'autres de reconnaître les signes de la psore, tant sommeillante encore et latente dans l'intérieur du corps, que déployée en maladies chroniques considérables. Je n'avais pour cela qu'à comparer ce qu'éprouvent toutes les personnes qui se trouvent dans ce cas avec ce que je ressentais moi-même ; car, chose rare (*4), je n'ai jamais eu la gale, ce qui fait que, depuis ma naissance jusqu'à ma quatre-vingtième année, je suis demeuré exempt de tous les maux, grands et petits, dont je vais faire l'énumération, quoique d'ailleurs je sois très accessible aux maladies aiguës, épidémiques, et que j'aie eu bien des tracas, que ma vie intellectuelle ait été fort active.

 

(2) L'allopathie avait également admis, chez l'homme malade, un état morbide caché ou latent, afin de motiver ou au moins d'excuser l'emploi souvent irréfléchi qu'elle fait de moyens violents, émissions sanguines, applications douloureuses, etc. Mais ces qualités occultes de Fernel sont de pures chimères, puisque, de l'aveu même des allopathes, il n'y a pas de symptômes appréciables auxquels on puisse les reconnaître. Or ce qui ne dénote sa prétendue existence par aucun signe n'existe pas pour nous autres hommes, à qui le Créateur n'a permis de connaître les choses que par l'observation. C'est donc le fantôme d'une imagination égarée. Il en est tout autrement de plusieurs forces sommeillantes (latentes) dans la nature ; bien qu'ordinairement cachées, elles ne s'en manifestent pas moins dans certaines circonstances et conditions, comme le calorique latent par le frottement, la psore latente par des douleurs rhumatismales dans les gaines des muscles, lorsque celui qui en est affecté s'expose à un courant d'air, etc.

 

(*3) Note de l'éditeur : Le texte original dit "Ville hundert Beobach tungen", plusieurs centaines d'observations.

 

(*4) Note de l'éditeur : Texte original : "car, ce qui est rare.. je n'ai jamais été psorique" (der ich, as selten ist, nie psorisch war) -les soulignements sont de Hahnemann.

 

[§ 96] Il y a beaucoup de signes indiquant que la psore grandit peu à peu dans l'intérieur, qu'elle sommeille cependant encore, et qu'elle n'a point déployé pleinement le caractère d'une maladie évidente ; mais un même sujet ne les présente pas tous à la fois ; celui-ci en offre davantage, et celui-là moins ; chez tel individu on ne trouve que certains d'entre eux dans un moment donné, et les autres surviennent par la suite des temps, ou ne se manifestent jamais, suivant sa constitution et les circonstances au milieu desquelles il vit.

[§ 97] On observe, surtout chez les enfants, excrétion fréquente de vers, démangeaisons insupportables dans le rectum, causées par des ascarides.

Dans beaucoup de cas ballonnement du bas-ventre.

Tantôt une faim insatiable, et tantôt point d'appétit.

Pâleur de la face et flaccidité des muscles.

[§ 97 -5] Fréquentes ophtalmies.

Gonflement des glandes du cou (scrofules).

Sueurs à la tête, le soir, après que le sujet s'est en dormi.

Saignement de nez chez les jeunes filles et les jeunes garçons, plus rare chez les adultes, et souvent d'une grande violence.

Mains ordinairement froides ou mouillées de sueur dans l'intérieur (chaleur brûlante à la paume des mains).

[§ 97 -10] Pieds froids et secs, ou baignés d'une sueur fétide (chaleur brûlante à la plante des pieds).

A la moindre cause, engourdissement des bras ou des mains, des jambes ou des pieds.

Des crampes fréquentes dans les mollets (dans les muscles des bras et des mains).

Des soubresauts, sans douleurs, de certaines parties musculaires, çà et là dans le corps.

Des coryza (1), des enrouements très fréquents ou chroniques (ou l'impossibilité de contracter un rhume de cerveau, même par l'effet des causes les plus fortes, quoique, du reste, il y ait continuellement quelque malaise du côté des fosses nasales).

 

(1) Ici ne se rangent pas les fièvres catarrhales (par exemple la grippe) épidémiques, qui attaquent presque tous les hommes, ceux même dont la santé est la meilleure.

 

[§ 97 -15] Obstruction habituelle d'une des narines ou des deux.

Ulcération des narines (mal au nez).

Sentiment pénible de sécheresse dans le nez.

Angines fréquentes ; raucité fréquente de la voix.

Petite toux brève, le matin.

[§ 97 -20] Fréquents accès d'asthme.

Facilité de se refroidir, soit le corps entier, soit seulement la tête, le cou, la poitrine, le bas-ventre, les pieds, par exemple dans un courant d'air (1) (ordinairement avec tendance de ces parties à suer) ; incommodités diverses, souvent continues, qui résultent de là.

 

(1) Quoique les courants d'air et le froid humide ne soient point agréables aux personnes qui n'ont pas la psore, elles n'en éprouvent ni refroidissement ni accidents consécutifs.

 

Grande tendance à se donner des tours de reins, quelquefois seulement en portant ou soulevant un petit poids, ou même en allongeant et étendant les bras vers des objets élevés (avec une foule d'accidents résultant de cette extension souvent médiocre des muscles, comme mal de tête, nausées, chute des forces, douleur tensive dans les muscles de la nuque et du dos, etc.).

Fréquents maux de tête ou de dents d'un seul côté, à l'occasion même d'affections morales légères.

Fréquents accès de chaleur et de rougeur passagères à la face, assez souvent accompagnés d'un peu d'anxiété.

[§ 97 -25] Chute fréquente des cheveux, sécheresse de la chevelure, nombreuses écailles sur le cuir chevelu.

Tendance à l'érysipèle, çà ou là.

Absence ou désordre des règles, qui sont trop ou trop peu abondantes, retardées ou avancées, trop prolongées, trop aqueuses, avec diverses incommodités physiques.

Mouvements convulsifs dans les membres au moment de s'endormir.

Lassitude le matin, en s'éveillant ; sommeil non réparateur.

[§ 97 -30] Sueurs le matin, dans le lit.

Facilité extrême de suer pendant la journée, au moindre mouvement (ou impossibilité d'entrer en sueur).

Langue blanche, ou du moins très pâle, et plus souvent encore fendillée.

Beaucoup de mucosités dans la gorge.

Fétidité de la bouche, souvent ou presque toujours,

surtout le matin et pendant les règles ; odeur fade, ou acide, ou semblable à celle d'une personne qui a l'estomac malade, ou analogue à celle du moisi, quelquefois même putride.

[§ 97 -35] Saveur acide dans la bouche.

Nausées, le matin.

Sentiment de vacuité dans l'estomac.

Répugnance pour les aliments cuits et chauds, la viande surtout (principalement chez les enfants). Répugnance pour le lait.

[§ 97 -40] Sécheresse dans la bouche, pendant la nuit ou le matin. Tranchées fréquentes ou journalières (surtout chez les enfants), le matin principalement.

Selles dures, retardant ordinairement de plus d'un jour, maronnées, souvent coiffées de mucosités (ou selles presque constamment molles, diarrhéiques, féculentes).

Tumeurs hémorroïdales à l'anus ; flux de sang avec les selles.

Émission de mucus par l'anus, avec ou sans matières fécales.

[§ 97 -45] Prurit à l'anus.

Urine foncée en couleur.

Veines gonflées, dilatées, aux jambes (varices).

Engelures et douleurs d'engelures dans des temps autres que celui du froid rigoureux de l'hiver, et même en été.

Douleurs dans les cors, sans pression extérieure de la chaussure.

[§ 97 -50] Facilité extrême de se disloquer l'une ou l'autre articulation.

Craquement dans quelques-unes ou dans plusieurs articulations, pendant le mouvement.

Douleurs tiraillantes, tensives, dans la nuque, le dos, les membres, les dents surtout (pendant les temps humides, orageux, lorsque le vent du nord-est souffle, après un refroidissement, un tour de reins, des émotions désagréables, etc.).

Renouvellement, pendant le repos, des douleurs et des malaises, qui se dissipent par l'effet du mouvement.

La plupart des accidents se font sentir la nuit, et se renouvellent ou s'aggravent quand le baromètre est très bas, pendant les vents du nord et du nord-est, en hiver et vers le printemps.

[§ 97 -55] Rêves causant de l'agitation, effrayants, ou du moins par trop vifs.

Peau malsaine : la plus petite lésion dégénère en ulcère ; gerçures de la peau des mains et de la lèvre inférieure.

Fréquents furoncles ; fréquents panaris.

Peau sèche aux membres, aux bras, aux cuisses et même aux joues.

Çà et là sur la peau des places sèches, tombant en écailles, qui occasionnent quelquefois un prurit voluptueux, et, après qu'on s'est gratté, une chaleur brûlante.

[§ 97 -60] Çà et là quelquefois, bien que rarement, une ampoule isolée, causant un prurit voluptueux, mais insupportable, dont le sommet ne tarde pas à se remplir de pus, et qui, après le frottement, occasionne une chaleur brûlante ; cette vésicule paraît à un doigt, au poignet, ou ailleurs.

[§ 98] En butte à quelques-uns ou à plusieurs de ces accidents, l'individu se croit encore bien portant, et d'autres partagent son illusion. Il peut aussi, malgré cela, mener pendant longues années une vie très supportable, et vaquer assez librement à ses occupations, tant qu'il est jeune ou encore dans la force de l'âge, qu'il n'éprouve aucun revers, qu'il jouit des nécessités de la vie, qu'il n'essuie ni chagrin ni contrariétés, qu'il ne travaille pas au delà de ses forces, et surtout qu'il est d'un caractère gai, facile, tranquille, patient. Alors la psore, que le connaisseur découvre à quelques-uns ou à plusieurs des symptômes énumérés précédemment, peut sommeiller pendant nombre d'années dans l'intérieur, sans attirer au sujet une maladie chronique continue.

[§ 99] Cependant, même au milieu de ces circonstances extérieures favorables, dès que la personne avance en âge, il suffit souvent d'une cause légère, d'un petit chagrin, d'un refroidissement, d'un écart de régime, etc., pour produire un accès violent, quoique peu durable, de maladie, une colique vive ; une angine, une inflammation de poitrine, un érysipèle, une fièvre, ou autre affection dont l'intensité n'est fréquemment point en rapport avec la cause déterminante. C'est ce qui arrive la plupart du temps en automne et en hiver, mais se voit souvent aussi au printemps. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : Texte original : "ou autre affection dont la violence n'est fréquemment point en rapport avec le peu d'intensité de la cause déterminante. C'est ce qui arrive la plupart du temps en automne et en hiver, mais on voit souvent des cas où cela se produit de préférence au printemps."

 

[§ 100] Lorsque le sujet, enfant ou adulte, qui offre toute l'apparence de la santé, malgré la psore latente dans son intérieur, tombe au milieu de circonstances contraires à celles dont j'ai fait l'énumération (*3), lorsque par exemple son organisme entier vient à être fortement débilité et ébranlé par une épidémie régnante, par une maladie contagieuse, aiguë (1), la variole, la rougeole, la coqueluche, la fièvre scarlatine, le pourpre, etc., par une grave lésion extérieure, un coup, une chute, une blessure, une brûlure considérable, une fracture de la jambe ou du bras, un accouchement laborieux, ou par le séjour dans le lit que nécessitent ces divers accidents (ordinairement avec le concours de traitements allopathiques, mal combinés et débilitants) ; lorsque l'habitude d'une vie sédentaire, dans un logement humide et obscur, affaiblit la force vitale, que la mort de personnes chéries plonge le moral dans une tristesse accablante, que des soucis journaliers abreuvent la vie d'amertume, que le dénuement, la misère, le manque des choses nécessaires aux premiers besoins, abattent le courage et les forces ; alors la psore sort de l'état de léthargie dans lequel elle était demeurée plongée jusqu'alors, et elle annonce, par l'apparition des symptômes dont je parlerai plus loin, qu'elle va donner lieu à la manifestation d'accidents graves ; l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques (2) (psoriques) éclate et s'aggrave de temps en temps, sans presque aucune rémission (*4), souvent jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au degré le plus redoutable, à moins qu'il ne survienne bientôt, pour le malade, de nouveaux événements extérieurs favorables, qui déterminent la maladie à suivre une marche plus lente et plus modérée dans ses progrès.

 

(1) Il n'est pas rare, à la fin des fièvres aiguës, qu'on voie, comme effet en quelque sorte excité par ces fièvres, l'ancienne psore existante dans le corps reparaître sous la forme d'une éruption psorique, que les médecins attribuent à une nouvelle production de la maladie dans un corps supposé par eux rempli d'humeurs viciées, parce qu'ils n'ont aucune idée de la psore chronique qui sommeille souvent dans l'intérieur de l'organisme. Mais la maladie psorique ne peut plus aujourd'hui s'engendrer d'elle-même chez nul individu de l'espèce humaine, de même que la petite vérole, la vaccine, la rougeole, la maladie vénérienne chancreuse, etc., ne sauraient non plus éclater, chez aucun homme, sans infection préalable.

 

(2) C'est tantôt l'une et tantôt l'autre qui éclatent, suivant que la constitution primitive, le genre de vie adopté, la disposition d'esprit, souvent acquise par l'éducation, la susceptibilité ou l'affaiblissement de telle ou telle partie du corps, dirige la maladie psorique, et la détermine à se manifester par l'une ou l'autre de ses modifications. Un caractère aigre, emporté, favorise singulièrement l'éruption de la psore, effet que produisent aussi l'épuisement des couches fréquentes, par un allaitement prolongé ou des fatigues excessives, un mauvais traitement médical, l'inconduite, la débauche. La maladie psorique interne a cela de singulier dans sa nature, comme je l'ai dit, qu'au milieu de circonstances extérieures très favorables, elle peut rester longtemps cachée et comme enchaînée, de sorte que l'observateur superficiel juge le sujet bien portant durant des années entières, souvent même pendant une longue suite d'années, jusqu'à ce que des circonstances physiques ou morales, seules ou réunies, fassent sortir le mal de son état de repos, et sollicitent le germe endormi à se développer : alors les parents, le médecin, le malade lui-même ne peuvent concevoir pourquoi sa santé a éprouvé tout à coup une si rude atteinte. Pour citer ici quelques exemples qui m'ont été fournis par ma propre expérience, on voit, en pareil cas, après une fracture simple, qui a retenu le sujet au lit pendant cinq ou six semaines, survenir des états morbides d'une autre espèce, dont la source ne peut être découverte, états qui, bien que réduits à un degré supportable par les traitements qu'on leur oppose, ne s'en reproduisent pas moins au bout de quelque temps, même sans aucun écart de régime, et chaque fois reparaissent avec plus de gravité qu'auparavant, surtout en automne, en hiver et au printemps, et dégénèrent en une affection chronique croissant d'année en année, contre laquelle on cherche vainement dans les conseils des médecins et dans l'usage des eaux minérales des secours durables, dont l'application ne soit pas suivie d'un autre mal plus fâcheux encore. Ces secousses dans la vie, ces circonstances défavorables qui réveillent la psore interne endormie jusqu'alors, et peut-être depuis longtemps déjà, qui en déterminent le germe à se développer, sont innombrables ; elles sont souvent de nature telle qu'il n'y a pas le moindre rapport entre elles et les grands maux qu'elles traînent peu à peu à leur suite, de sorte que, ne pouvant les considérer comme une cause suffisante des maladies chroniques, fréquemment énormes, qui leur succèdent, on se voit forcé d'attribuer à celles-ci une cause plus profonde, qui ne fait alors qu'être appelée à se développer, à se manifester. Ainsi, par exemple, une jeune femme qu'on jugeait bien portante en raisonnant d'après les idées ordinaires, et qui avait été atteinte de la psore dans son enfance, eut le malheur, au troisième mois de sa grossesse, d'être renversée avec sa voiture ; elle éprouva une vive frayeur, reçut une blessure assez légère, accoucha avant terme, et eut une forte perte de sang, qui l'affaiblit beaucoup. Cependant elle se remit en quelques semaines, et l'on pouvait croire qu'elle allait renaître à une santé durable, lorsque la nouvelle d'une maladie dangereuse dont était atteinte une sœur chérie, éloignée d'elle, la replongea dans l'état d'où elle venait de sortir, et y ajouta une multitude d'accidents nerveux et de spasmes, qui la rendirent sérieusement malade. Elle ne tarda cependant pas à être rassurée sur le compte de sa sœur, qui vint même la voir après son rétablissement. Mais la jeune femme n'en resta pas moins malade, et quoiqu'elle parût reprendre la santé pendant huit ou quinze jours, les affections dont elle était atteinte reparaissaient toujours sans cause appréciable. Chaque couche, même heureuse, chaque hiver rigoureux, ajoutait de nouvelles souffrances aux anciennes, ou bien celles-ci semblaient faire place à d'autres, mais plus graves encore, sans qu'on pût concevoir comment la force de la jeunesse, aidée de toutes les circonstances extérieures favorables, ne parvenait point à triompher des suites d'un seul accouchement avant terme, et moins encore comment l'impression fâcheuse d'une triste nouvelle n'avait point été effacée par celle de la guérison de sa sœur, par la visite même de cette dernière. Si la cause doit toujours être proportionnée à ses effets, ce qui est de règle générale dans la nature, personne ne conçoit comment ici, après la cessation des influences fâcheuses sur la santé, les maux qui en avaient été la conséquence pouvaient, non-seulement persister, mais même s'accroître d'année en année, à moins qu'ils ne dépendissent de quelque autre cause d'un ordre plus élevé, en sorte que l'avortement et la nouvelle affligeante, dans lesquels il était impossible de voir la raison suffisante de la maladie chronique, puisque ces événements avaient disparu d'eux-mêmes, ne se présentaient plus que comme une impulsion donnée au développement d'une puissance morbifique déjà existante dans l'organisme, mais jusqu'alors retenue dans une sorte de sommeil. Ainsi un marchand robuste, et qui parait bien portant, à cela près seulement de quelques traces de psore interne appréciables pour un œil exercé, vient à être atteint d'incommodités de toutes espèces, et finit par tomber gravement malade, lorsque des revers multipliés compromettent sa fortune et l'exposent à faire banqueroute. La mort d'un parent riche, ou un gros gain à la loterie, rétablit ses affaires ; il redevient riche, mais sa maladie n'en dure pas moins, et augmente même d'année en année, malgré toute les recettes des médecins, malgré des voyages répétés aux eaux minérales le plus en réputation, ou plutôt sous l'influence même de ces eaux. Une jeune fille de bonnes mœurs, et qui passe pour bien portante ; parce qu'on n'a point égard aux signes d'une psore interne, est contrainte à un mariage qui l'accable de tristesse ; sa santé décroît aussi dans la même proportion, sans nulle trace d'infection vénérienne. Aucun médicament allopathique ne soulage ses maux, qui deviennent plus graves de jour en jour. Après une année de souffrances, la mort la délivre d'un époux détesté, et elle se persuade que, n'ayant plus aucun sujet d'affliction, elle va recouvrer la santé, tous ses amis partagent cet espoir. En effet, son état s'améliore promptement ; mais, ce qu'on n'avait pas prévu, elle ne se rétablit point d'une manière complète, malgré sa jeunesse ; les accidents qu'elle éprouve la quittent rarement, pour se renouveler de temps en temps sans cause extérieure, et ils vont même en s'aggravant chaque année pendant la mauvaise saison. Une personne sur laquelle plane un injuste soupçon qui l'implique dans un procès criminel, jouissait auparavant d'une santé en apparence bonne, à part les signes d'une psore latente : pendant les mois que durent ses angoisses morales, elle est prise d'affections morbides diverses. Enfin son innocence est reconnue ; elle recouvre l'honneur et la liberté. On devrait croire que cet événement heureux va lui rendre la santé. Mais il n'en est rien ; sa maladie n'en reparaît pas moins par intervalles, elle renaît après des interruptions plus ou moins longues, et s'aggrave chaque année, surtout pendant l'hiver. Si l'événement désagréable avait été la cause suffisante des accidents morbides, l'effet n'aurait-il pas dû cesser entièrement après la suppression de la cause ? Mais les maux ne discontinuent point ; ils s'aggravent même peu à peu avec le temps, et il devient évident que les événements désagréables n'ont point pu être la cause suffisante de la maladie actuellement existante ; on conçoit qu'ils n'ont été que l'occasion du développement d'un mal jusqu'alors latent dans l'intérieur. La connaissance de cet ancien ennemi interne, qui est si fréquent, et l'art de le vaincre démontrent que, la plupart du temps, une maladie psorique intérieure est la cause de tous ces maux, dont les forces de la nature la mieux constituée ne sauraient triompher, et qui ne cèdent qu'à la puissance de l'art.

 

(*3) Note de l'éditeur : Il faut lire "tombe au milieu de circonstances contraires aux circonstances favorables dont j'ai fait l'énumération".

 

(*4) Note de l'éditeur : Si JOURDAN traduit fort bien "l'une ou l'autre des innombrables maladies chroniques éclate et s'aggrave" (bricht aus und verschlimmert sich), à la ligne suivante, il oublie de traduire toute une parenthèse : "de temps en temps (surtout sous le traitement aberrant, débilitant et épuisant des médecins allopathes), sans presque aucune rémission" -c'est Hahnemann qui souligne le texte de la parenthèse. Nous avons traduit le mot "schiefe" (littéralement "de travers, mal fichu, absurde, stupide, mal tourné, etc..") par "aberrant".

 

[§ 101] Cependant, lors même qu'une amélioration dans les circonstances extérieures tempère les progrès du mal déchaîné, aucun des modes de traitement usités jusqu'à ce jour ne parvient à rétablir véritablement la santé d'une manière durable, et les méthodes allopathiques ordinaires, avec les moyens énergiques et inconvenants qu'elles emploient, tels que bains, mercure, acide hydrocyanique, iode, digitale, quinquina, privation des aliments, ou autres remèdes préconisés par la mode du jour, ne font que hâter la mort, ce terme de tous les maux que les médecins ne peuvent guérir.

[§ 102] Quand les circonstances extérieures défavorables dont je viens de tracer le tableau tirent la psore de son état latent, l'éveillent, la font éclater, et que le malade s'abandonne aux conseils nuisibles des médecins allopathistes ordinaires, quelques heureux changements qui surviennent dans sa situation ou dans ses affaires, la maladie dont il est atteint n'en continue pas moins toujours à devenir de plus en plus fâcheuse.

[§ 103] L'éveil de la psore interne, jusqu'alors latente et en quelque sorte enchaînée par la force de la constitution et l'influence des circonstances extérieures, sa manifestation sous la forme de maladies sérieuses, se trahit par l'exaltation des symptômes annonçant sa présence à l'état de sommeil, et par une foule d'autres signes (*1), qui varient suivant la constitution du sujet, sa prédisposition héréditaire, les différents vices qu'il présente dans son éducation, ses habitudes, son genre de vie, son régime, ses occupations, la direction de son esprit, sa moralité, etc.

 

(*1) Note de l'éditeur : "Sa manifestation" : le texte original dit : "son éclatement (ihr Ausbruch) sous la forme de maladies sérieuses, se trahit par l'exaltation des symptômes annonçant sa présence à l'état de sommeil, et par une foule d'autres signes et incommodités, qui varient (...)".

 

[§ 104] Lorsque la maladie psorique se développe sous la forme de maladies secondaires manifestes (**1), on aperçoit les symptômes suivants, dont j'emprunte l'énumération aux cas dans lesquels j'ai appliqué moi-même ma méthode de traitement avec succès, et où, de l'aveu des malades, il y avait eu infection psorique, sans aucun mélange, soit de syphilis, soit de sycose. Je n'hésite pas à avouer que d'autres pourront, d'après leur propre expérience, en accroître beaucoup le nombre.

 

(**1) Note de l'éditeur : Texte original : "Lorsque la maladie psorique se développe sous la forme d'une maladie secondaire manifeste".

 

[§ 105] Je me bornerai seulement à rappeler que si, dans le nombre des symptômes rapportés, il s'en trouve qui sont tout à fait contradictoires, l'on doit chercher la cause de ce phénomène dans la différence des constitutions chez lesquelles la psore interne éclate. Cependant l'un de ces symptômes se rencontre plus rarement que l'autre, et il ne naît de là aucun obstacle particulier à la guérison.

[§ 106] Vertige ; démarche chancelante.

Vertige ; quand le sujet ferme les yeux, tout tourne autour de lui ; il éprouve des envies de vomir.

Vertige ; en se retournant brusquement, il tombe presque à la renverse.

Vertige ; comme s'il recevait une secousse dans la tête, ce qui le prive de ses sens pendant un instant.

[§ 106-5] Vertige ; avec de fréquents rapports.

Vertige en regardant de haut en bas, quelquefois même sur un sol plan, ou en levant les yeux.

Vertige en marchant dans un chemin non bordé des deux côtés, dans une plaine libre.

Vertige ; il se croit lui-même tantôt trop grand, tantôt trop petit ; ou bien d'autres objets s'offrent à lui sous cette apparence.

Vertige simulant la syncope.

[§ 106-10] Vertige dégénérant en perte de connaissance.

Étourdissements ; incapacité de penser et d'exécuter des travaux de tête.

Il n'est pas maître de ses pensées.

Dans certains moments il est tout à fait sans penser (il reste assis comme enseveli dans ses réflexions).

Le grand air l'étourdit, et lui rend la tête comme étonnée.

[§ 106-15] Il lui arrive quelquefois d'avoir la vue obscurcie, ou de ne plus voir du tout, lorsqu'il marche, ou se baisse, ou se redresse après s'être baissé.

Afflux du sang vers la tête (1).

 

(1) Pendant la durée duquel il est de mauvaise humeur, avec inquiétudes et horreur du travail.

 

Chaleur à la tête (et au visage) (1).

 

(1) Assez souvent avec froid aux mains et aux pieds.

 

Sentiment de pression froide sur le sommet de la tête (1).

 

(1) Ordinairement avec anxiété.

 

Mal de tête sourd, le matin en s'éveillant, ou l'après-midi, soit après avoir marché longtemps, soit en parlant haut.

[§ 106-20] Migraine, à certaines époques (au bout de vingt-huit, de quatorze, ou d'un moindre nombre de jours), plus prononcée pendant la pleine lune ou la nouvelle lune, ou après des excitations morales, des refroidissements, etc. ; pression ou autre douleur sur le sommet ou dans l'intérieur de la tête, ou bien douleur térébrante au-dessus d'un œil (1).

 

(1) En même temps, le sujet éprouve souvent beaucoup d'agitation et d'anxiété à l'intérieur, surtout dans le bas-ventre ; il ne va point à la selle, ou il a des selles fréquentes, peu abondantes accompagnées d'anxiété ; il ressent de la pesanteur dans les membres, des tremblements dans tout le corps, une sorte de tension dans tous les nerfs, avec exaltation de l'irritabilité et de la sensibilité ; l'œil ne peut supporter la lumière, il larmoie, et parfois se gonfle ; les pieds sont froids ; il y a quelquefois enrouement, souvent du froid, bientôt suivi d'une chaleur passagère ; mal de cour continuel, serrement de gorge et vomissement ; le malade reste étendu comme s'il était frappé de stupeur, ou s'agite avec anxiété sur sa couche. Ces accès durent douze, vingt-quatre heures, ou davantage. Lorsqu'ils sont passés, on éprouve beaucoup d'abattement, avec de la tristesse ou un sentiment de tension dans tout le corps. Avant les accès on ressent souvent des secousses dans les membres pendant le sommeil, avec réveil en sursaut, rêves effrayants, grincement de dents durant le sommeil, et grande disposition à s'effrayer du moindre bruit.

 

Mal de tête tous les jours, à certaines heures ; par exemple, des élancements dans les tempes (1).

 

(1) Qui quelquefois se gonflent, avec larmoiement d'un œil.

 

Accès de céphalalgie pulsative (par exemple, au front), avec des nausées assez fortes pour faire tomber à terre, ou pour déterminer le vomissement, depuis le matin jusqu'au soir, tous les quinze jours, ou à des époques soit plus rapprochées, soit plus éloignées.

Mal de tête, comme si le crâne s'ouvrait.

Mal de tête tiraillant (1).

 

(1) Dans quelques cas, une douleur tiraillante, remontant de la nuque à l'occiput, ou même à toute la tête et à la face, qui en devient souvent bouffie ; en même temps, la tête est douloureuse au toucher, et il y a souvent des nausées.

 

[§ 106-25] Céphalalgie ; palpitations dans la tête, aboutissant aux oreilles (1).

 

(1) Ordinairement en marchant, surtout lorsqu'on marche et se remue après avoir mangé.

 

Céphalalgie ; élancements dans la tête, aboutissant aux oreilles (1).

 

(1) Quelquefois la vue se couvre alors d'un voile noir.

 

Bruit dans la tête, chant, bourdonnement, tintement, grondement, etc.

Cuir chevelu rempli d'écailles, avec ou sans prurit.

Éruptions cutanées à la tête ; teigne, avec des croûtes plus ou moins épaisses, et élancements douloureux lorsqu'un point va devenir humide ; démangeaisons insupportables quand il s'humecte ; tout le sinciput douloureusement affecté par le contact de l'air ; en même temps, gonflements glandulaires durs à la nuque.

[§ 106-30] Cheveux comme torréfiés.

Les cheveux tombent fréquemment, surtout sur le devant et au sommet de la tête ; ou calvitie par places.

Des tubercules douloureux dans le cuir chevelu, qui paraissent et disparaissent, et ressemblent à des tumeurs arrondies (1).

 

(1) Qui même, dans ces cas rares, passent à la suppuration.

 

Sentiment de constriction dans la peau de la tête et du visage.

Pâleur de la face pendant le premier sommeil, avec un cercle bleu autour des yeux.

[§ 106-35] Fréquentes rougeur et chaleur de la face (1).

 

(1) Le sujet devient alors très faible, et comme épuisé, ou accablé d'anxiété, et le haut de son corps se couvre de sueur : les yeux se troublent, ils se couvrent d'un voile noir ; l'esprit devient triste, la tête semble être trop pleine, avec chaleur brûlante aux tempes.

 

Couleur jaunâtre, jaune, de la face.

Couleur jaunâtre, livide, de la face.

Érysipèle à la face (1).

 

(1) Dans certains cas, avec beaucoup de fièvre, parfois aussi avec des ampoules pleines de sérosité à la face, qui causent du prurit, de l'ardeur, des picotements, et qui se convertissent en croûtes (érysipèle pustuleux).

 

Douleur compressive au-dessus des yeux, surtout tard dans la soirée ; le malade est obligé d'appuyer ses mains sur la partie souffrante.

[§ 106-40] Il ne peut rien fixer pendant longtemps, autrement tout tremble autour de lui ; les objets paraissent se mouvoir.

Paupières comme fermées, surtout le matin ; il est des minutes, quelquefois même des heures, sans pouvoir les ouvrir ; elles sont pesantes, comme paralysées, ou fermées spasmodiquement.

Yeux extrêmement sensibles à la lumière du jour, qui leur cause une impression douloureuse, et les oblige à se fermer involontairement (1).

 

(1) Ordinairement avec plus ou moins d'inflammation.

 

Sentiment de froid dans les yeux.

Angles des yeux pleins de mucus purulent (chassie).

[§ 106-45] Bords des paupières couverts de croûtes sèches.

Inflammation d'une (orgelet) ou de plusieurs glandes de Meibomius, au bord des paupières.

Ophtalmies d'un grand nombre d'espèces (1).

 

(1) Il est probable que la fistule lacrymale n'a jamais d'autre origine qu'une affection psorique.

 

Cercle jaune autour des yeux.

Couleur jaune du blanc des yeux (1).

 

(1) Ou couleur grise de la conjonctive.

 

[§ 106-50] Tache trouble, opaque, à la cornée (1).

 

(1) Même sans qu'il y ait eu d'ophthalmie auparavant.

 

Hydropisie de l'œil.

Obscurcissement du cristallin ; cataracte.

Strabisme.

Presbytie. Le sujet voit de loin, mais il ne distingue pas nettement les petits objets qu'il regarde de près.

[§ 106-55] Myopie. Il distingue fort bien, même les très petits objets, quand il les tient rapprochés de l'œil ; mais il les aperçoit d'autant moins nettement qu'ils sont plus éloignés, et il ne les voit plus du tout à une grande distance.

Hallucinations de la vue. On aperçoit les objets doubles ou multiples, on ne les voit qu'à moitié.

Il passe comme des mouches, des points noirs, des bandelettes obscures ou des réseaux devant les yeux, surtout quand on regarde au grand jour.

Les objets sont vus comme à travers une gaze ou un nuage ; la vue se trouble en certains temps.

Héméralopie. On voit bien pendant le jour, mais on ne distingue plus rien au crépuscule.

[§ 106-60] Nyctalopie. On ne voit bien que pendant le crépuscule.

Amaurose. Trouble permanent de la vue (1), qui s'aggrave enfin jusqu'au degré de la cécité complète.

 

(1) Plus souvent sans qu'avec l'opacité du cristallin.

 

Sensibilité douloureuse de plusieurs points de la face, des joues, des os de la pommette, de la mâchoire inférieure, etc., lorsqu'on y touche, qu'on parle, ou qu'on mâche ; il semble qu'une suppuration intérieure a lieu dans ces points, ou qu'on y éprouve des élancements, une sorte de soulèvement ; la tension, le tiraillement, les élancements, sont surtout si forts pendant la mastication, qu'ils empêchent de manger (1).

 

(1) On éprouve souvent aussi, en mangeant, en parlant, des tiraillements semblables sur les côtés de la tête, où fréquemment alors surviennent des saillies douloureuses. Lorsque la douleur est plus insupportable encore, et même accompagnée d'ardeur brûlante, on l'appelle tic douloureux de la face.

 

Ouïe excessivement irritable et sensible ; on ne peut point entendre sonner les cloches sans tressaillir ; le bruit du tambour donne des convulsions, etc. ; certains sons causent de la douleur dans l'oreille.

Il y a des élancements dans l'oreille (1).

 

(1) Principalement en marchant au grand air.

 

[§ 106-65] Fourmillement et prurit dans l'oreille.

Sécheresse et croûtes sèches dans les oreilles, sans cérumen.

Écoulement par l'oreille d'un pus ténu, ordinairement fétide.

Pulsations dans l'oreille.

Bruits et sons divers dans l'oreille (1).

 

(1) Comme tintement, bruissement, ébrouement, bourdonnement, trémoussement, etc.

 

[§ 106-70] Surdité à différents degrés, jusqu'à celle qui est absolue, avec ou sans bruit intérieur ; symptôme dont l'intensité varie aussi suivant le temps.

Gonflement des parotides (1).

 

(1) Souvent avec des élancements dans ces glandes.

 

Saignement de nez plus ou moins copieux, plus ou moins fréquent.

Narines comme bouchées (1).

 

(1) Ou l'une des deux, ou toutes deux à la fois, ou alternativement l'une et l'autre ; souvent il n'y a qu'un sentiment d'obturation, quoique l'air passe bien.

 

Sentiment pénible de sécheresse dans le nez, même quand l'air y passe librement.

[§ 106-75] Polypes du nez, ordinairement avec anosmie, qui parfois dépassent l'ouverture postérieure des fosses nasales et descendent dans la gorge.

Diminution, perte de l'odorat.

Perversion de l'odorat (1).

 

(1) Par exemple, odeur de fumier ou autre, surtout dans le nez.

 

Exaltation excessive de l'odorat, sensibilité extrême pour les odeurs, même les moins prononcées.

Dans l'intérieur du nez, des croûtes, des écoulements de pus, ou des masses endurcies de mucus (1).

 

(1) Quelquefois aussi écoulement d'un mucus âcre par le nez.

 

[§ 106-80] Fétidité du nez.

Narines souvent ulcérées, parsemées de boutons et de croûtes.

Gonflement et rougeur du nez entier, ou du bout du nez, souvent ou toujours.

Sous le nez, ou sur la lèvre supérieure, des croûtes qui durent longtemps, sans rougeur pruriteuse. La partie rouge des lèvres est toute pâle.

[§ 106-85] Elle est sèche, écailleuse, croûteuse, fendillée.

Gonflement des lèvres, surtout de la supérieure (1).

 

(1) Parfois avec douleur brûlante, mordicante.

 

L'intérieur des lèvres est parsemé de petits ulcères ou de vésicules (1).

 

(1) Ce symptôme, souvent très douloureux, paraît et disparaît.

 

Éruptions cutanées dans la barbe ou à la racine de la barbe, avec prurit.

Éruptions d'une foule d'espèces à la face (1).

 

(1) Croûtes de lait, boutons, bourgeons, couperose, dartres et ulcérations (jusqu'au cancer du nez, des lèvres et de la face), avec douleur brûlante et lancinante.

 

[§ 106-90] Glandes sous-maxillaires tuméfiées, et quelquefois aussi passant à la suppuration chronique.

Gonflements glandulaires sur les parties latérales du cou, en descendant.

Gencives saignantes au moindre attouchement.

Le côté interne ou externe des gencives douloureux, comme s'il était excorié.

Prurit rongeant aux gencives.

[§ 106-95] Gencives blanchâtres, gonflées, douloureuses au toucher.

Les gencives s'affaissent, laissant à nu les dents de devant et leurs racines.

Grincement de dents pendant le sommeil.

Ébranlement et altérations diverses des dents, même sans odontalgie.

Maux de dents de toute espèce, avec plus ou moins d'excitation.

[§ 106-100] Le mal de dents ne permet pas de garder le lit pendant la nuit.

Vésicules douloureuses et excoriation à la langue.

Langue blanche, couverte d'un enduit blanc, ou chargée d'aspérités blanches.

Langue pâle, d'un blanc bleuâtre.

Langue pleine de sillons profonds, disséminés à sa surface, comme si elle avait été déchirée en dessus.

[§ 106-105] Langue sèche.

Sentiment de sécheresse à la langue, quoiqu'elle soit humectée.

Bredouillement, bégaiement, ou même accès inopinés d'impossibilité de parler.

Vésicules ou ulcérations douloureuses à l'intérieur des joues.

Saignement, souvent abondant, par la bouche.

[§ 106-110] Sentiment de sécheresse dans tout l'intérieur de la bouche, ou seulement dans quelques-unes de ses parties, ou profondément dans la gorge (1).

 

(1) Principalement lorsqu'on s'éveille dans la nuit, ou le matin, avec ou sans soif ; lorsque la sécheresse dans la gorge est portée à un haut degré, il y a souvent des douleurs picotantes en avalant.

 

Puanteur de l'haleine.

Chaleur brûlante dans la gorge.

Afflux continuel de salive, surtout en parlant, et principalement le matin.

Crachotement continuel.

[§ 106-115] Accumulation fréquente de mucosités dans le fond de la gorge, qu'on est obligé d'arracher et de cracher souvent, dans la journée, et surtout le matin.

Fréquentes inflammations de gorge, et gonflement des parties qui servent à la déglutition.

Goût fade et muqueux dans la bouche.

Goût sucré insupportable et presque continuel dans la bouche.

Goût amer dans la bouche, plus particulièrement le matin (1).

 

(1) Ce symptôme n'est pas rare : on l'observe même toujours.

 

[§ 106-120] Goût acide ou acidulé dans la bouche, surtout après le repas, quoique la saveur des aliments soit bien perçue (1).

 

(1) Dans des cas rares, saveur douce répugnante, hors des moments où l'on mange et boit.

 

Goût fétide et putride dans la bouche.

Mauvaise odeur de la bouche, rappelant quelquefois celle du moisi, dans d'autres cas, celle d'un corps en putréfaction, comme du vieux fromage, ou celle de la sueur fétide des pieds, ou celle de la choucroute pourrie.

Rapports ayant le goût des aliments, deux heures après le repas.

Éructations bruyantes, insupportables, qui durent souvent des heures entières, et qui ont lieu assez fréquemment, la nuit même.

[§ 106-125] Rapports incomplets, qui n'occasionnent que des secousses spasmodiques dans le pharynx, sans rien faire sortir de la bouche.

Rapports acides, soit à jeun, soit après avoir mangé, surtout du lait.

Rapports qui excitent au vomissement.

Rapports ayant un goût rance (surtout après avoir mangé des corps gras).

Rapports ayant un goût putride ou de moisi, le matin.

[§ 106-130] Rapports fréquents avant de se mettre à table, avec une sorte de boulimie.

Soda (*1) plus ou moins fréquent ; on sent de l'ardeur le long de la poitrine, surtout après le déjeuner, ou quand on se remue.

 

(*1) Note de l'éditeur : Soda : ce mot, qui a disparu de la langue française vers la fin du siècle dernier, signifie tout simplement pyrosis et traduit l'allemand Soodbrennen.

 

Affluence à la bouche d'un courant de liquide salivaire remontant de l'estomac, après des douleurs tortillantes autour de ce dernier organe, nausées causant presque la syncope, et afflux de la salive à la bouche, même pendant la nuit (1).

 

(1) Ce symptôme dégénère souvent en vomissement d'eau, de mucus ou d'acide âcre : on l'observe surtout après l'usage des farineux, des aliments venteux, des pruneaux, etc.

 

Excitation des maux dominants dans une partie quelconque du corps, après l'usage des fruits, notamment de ceux qui sont aigrelets, et après celui du vinaigre (en salade, etc.).

Nausées le matin (1).

 

(1) Survenant souvent d'une manière inopinée.

 

[§ 106-135] Nausées allant parfois jusqu'au vomissement, le matin, aussitôt après la sortie du lit, et diminuant par le mouvement.

Nausées chaque fois qu'on a mangé des corps gras ou du lait.

Vomissement de sang.

Hoquet après avoir mangé ou bu.

Dysphagie spasmodique, allant parfois jusqu'à faire périr de faim.

[§ 106-140] Déglutition spasmodique, involontaire.

Fréquente sensation de vacuité dans l'estomac (ou le bas-ventre), assez souvent avec afflux abondant de salive à la bouche.

Faim dévorante (boulimie), surtout le matin. Le sujet est obligé de manger sur-le-champ, sans quoi il se trouve mal, devient faible et tremblant, et, s'il se trouve en plein champ, il est obligé de s'étendre sur la terre.

Boulimie, avec borborygmes dans le ventre.

Appétit sans faim ; le malade a envie d'avaler précipitamment toutes sortes de choses, sans en éprouver le besoin dans l'estomac.

[§ 106-145] Une sorte de faim ; mais, pour peu qu'on mange alors on est rassasié sur-le-champ.

Lorsque le sujet veut manger, il éprouve un sentiment de plénitude dans la poitrine, et il a la gorge remplie de mucosités.

Défaut d'appétit. Il n'y a qu'un sentiment de rongement, de torsion et de tortillement dans l'estomac qui l'oblige à manger.

Répugnance pour les aliments chauds, surtout pour la viande ; le malade ne demande presque que du pain et du beurre ou des pommes de terre (1).

 

(1) Surtout dans la jeunesse et l'enfance.

 

Soif continuelle, dès le matin.

[§ 106-150] La région épigastrique est comme tuméfiée et douloureuse au toucher.

Sentiment de froid à l'épigastre.

Pression à l'estomac, ou à l'épigastre, semblable à celle que produirait l'application d'une pierre ou une crampe (1).

 

(1) Dans quelques cas aussi à jeun, et même la nuit, en s'éveillant ; la respiration aussi est gênée.

 

Battements et pulsations dans l'estomac, même à jeun.

Spasme d'estomac ; douleur à l'épigastre, comme s'il était resserré (1).

 

(1) Ordinairement peu de temps après avoir mangé.

 

[§ 106-155] Douleur à l'estomac (1), comme si on l'arrachait, surtout après l'usage d'une boisson froide.

 

(1) Assez souvent avec vomissement de mucus et d'eau, sans lequel le mal d'estomac ne se calme point dans ce cas.

 

Douleur à l'estomac, comme s'il était ulcéré, après l'usage des aliments, même les plus innocents.

Pression à l'estomac, même à jeun, mais plus encore après l'usage de tous les aliments, ou de certains d'entre eux, des fruits, des légumes verts, du pain bis, des substances vinaigrées, etc. (1).

 

(1) On voit aussi survenir, même après le moindre usage de ces choses, des coliques, des douleurs ou de l'engourdissement dans les mâchoires, des élancements dans les dents, un amas abondant de mucosités dans la gorge, etc.

 

Étourdissements et vertige pendant que le sujet mange ; il est sur le point de tomber de côté.

Après le moindre souper, chaleur la nuit dans le lit, et, le matin suivant, constipation, avec abattement extrême.

[§ 106-160] Après avoir mangé, anxiété et sueurs occasionnées par elle (1).

 

(1) Souvent aussi des douleurs qui se renouvellent çà et là, par exemple, des élancements dans les lèvres, des coliques et des remuements dans le bas-ventre, des pressions dans la poitrine, de la pesanteur dans le dos et au sacrum, portée jusqu'à la nausée ; il n'y a alors que l'excitation du vomissement qui soulage. Chez quelques personnes, l'anxiété croit après le repas, jusqu'à les pousser à se détruire par la strangulation.

 

Sueur, aussitôt après avoir mangé.

Vomissement, aussitôt après avoir mangé.

Après le repas, pression et chaleur à l'estomac ou à l'épigastre, presque comme dans le soda.

Après le repas, ardeur qui remonte dans le pharynx.

[§ 106-165] Après le repas, gonflement du ventre (1).

 

(1) Quelquefois il y a en même temps lassitude dans les bras et les jambes.

 

Après le repas, beaucoup de lassitude et de somnolence (1).

 

(1) La somnolence est souvent poussée jusqu'au point que le malade se couche et s'endort.

 

Après le repas, état semblable à celui de l'ivresse.

Après le repas, mal de tête.

Après le repas, battements de cœur.

[§ 106-170] Soulagement de plusieurs maux, même éloignés, par le repas.

Les vents ne sortent pas, changent de place à chaque instant, et occasionnent une multitude de désordres dans le physique (1) et le moral.

 

(1) Quelquefois des tiraillements dans les membres, surtout les inférieurs, ou des élancements soit à l'épigastre, soit dans le bas-ventre, etc.

 

Les vents gonflent le ventre (1) ; l'abdomen est comme rempli, surtout après le repas.

 

(1) Les vents remontent souvent ; dans des cas plus rares, il en sort, surtout le matin, une énorme quantité, qui n'ont pas d'odeur, et dont l'expulsion soulage les autres accidents ; dans d'autres cas, le malade rend une grande quantité de vents d'une fétidité extrême.

 

Les vents semblent remonter. Il survient des rapports, puis souvent de l'ardeur dans la gorge, ou des vomissements, le jour et la nuit.

Douleurs dans les hypocondres quand on y touche, ou qu'on se remue, ou même aussi en restant tranquille.

[§ 106-175] Étreinte douloureuse dans le ventre, immédiatement au-dessous des côtes.

Tranchées comme causées par des vents qui se déplacent ; le bas-ventre est alors toujours comme plein, et les vents remontent.

Tranchées presque tous les jours, surtout chez les enfants, le matin plus souvent qu'à aucune autre époque de la journée, et, dans quelques cas, nuit et jour, sans diarrhée.

Tranchées, surtout dans un côté du ventre, ou dans une aine (1).

 

(1) Les douleurs descendent souvent jusque dans le rectum et la cuisse.

 

Sentiment désagréable de vacuité dans le bas-ventre (1) ; lors même que le malade sort de table, il lui semble n'avoir pas mangé.

 

(1) Parfois il alterne avec des étreintes douloureuses dans le bas-ventre.

 

[§ 106-180] Tout autour du bas-ventre, à partir du sacrum, mais surtout au-dessous de l'estomac, sentiment d'étreinte, comme par une ligature, lorsque le sujet n'a point été à la selle depuis quelques jours.

Douleur au foie lorsqu'on palpe le côté droit du ventre.

Douleur au foie ; sentiment de pression et de tension sous les côtes droites.

Sous les fausses côtes (dans les hypocondres), tension et pression, qui gênent la respiration, tourmentent l'esprit du malade et l'inquiètent.

Douleur au foie ; picotement, surtout lorsqu'on se baisse brusquement.

[§ 106-185] Inflammation du foie.

Pression dans le bas-ventre, comme par une pierre (1).

 

(1) Pression qui remonte souvent à l'épigastre, où elle excite le vomissement.

 

Dureté du bas-ventre.

Colique spasmodique, crampe douloureuse des intestins.

Dans la colique, froid d'un des côtés du ventre.

[§ 106-190] Gargouillements sensibles à l'oreille dans le bas-ventre (1).

 

(1) Quelquefois seulement au côté gauche du ventre, remontant dans l'inspiration et descendant dans l'expiration.

 

Spasmes dits hystériques, simulant les douleurs de l'accouchement ou les crampes, obligeant souvent à se coucher, et dans beaucoup de cas gonflant tout à coup le ventre, sans flatuosités.

Dans le bas-ventre, sensation de quelque chose qui pousse vers les parties génitales (1).

 

(1) La pression s'exerce de haut en bas, comme s'il voulait survenir un prolapsus ; après qu'elle est passée, tous les membres s'engourdissent, et la femme est forcée de les étendre.

 

Hernies inguinales, souvent douloureuses en parlant et chantant (1).

 

(1) Les hernies inguinales ne dépendent en général que de la psore interne, les cas peu nombreux exceptés où les parties qui en sont le siège ont éprouvé une grande violence extérieure, et ceux où la hernie provient d'un effort trop considérable pour soulever ou tirer un fardeau.

 

Gonflements glandulaires dans l'aine, qui passent quelquefois à la suppuration.

[§ 106-195] Constipation ; rétention des selles, souvent pendant plusieurs jours, et dans beaucoup de cas avec fréquentes et inutiles envies de s'en débarrasser.

Selles dures, comme brûlées, en petites boules, souvent entourées de mucosités, et parfois aussi de stries de sang.

Selles purement muqueuses (hémorroïdes blanches.)

Sortie de vers lombrics par l'anus.

Sortie de portions de tænia.

[§ 106-200] Selles dont la première partie est ordinairement fort dure et difficile à expulser, tandis que le reste est diarrhéique.

Matières fécales très pâles, blanchâtres.

Matières fécales grises.

Matières fécales vertes.

Selles de couleur d'argile.

[§ 106-205] Selles d'odeur putride aigre.

Tranchées dans le rectum, en allant à la selle.

Selles diarrhéiques pendant des semaines, des mois, des années (1).

 

(1) Ordinairement précédées de borborygmes ou de fermentation dans le bas-ventre, et survenant de préférence le matin.

 

Diarrhée de plusieurs jours, avec tranchées, qui se reproduit souvent.

Grand épuisement après avoir été à la selle, surtout après en avoir rendu une molle et copieuse (1).

 

(1) On observe surtout un sentiment d'épuisement à l'épigastre, de l'anxiété, de l'agitation, parfois aussi du froid au bas-ventre ou au sacrum, etc.

 

[§ 106-210] Diarrhée qui affaiblit rapidement à tel point que le sujet ne peut marcher seul.

Tumeurs hémorroïdales indolentes et douloureuses (1), à l'anus, dans le rectum.

 

(1) Qui assez souvent exsudent un liquide muqueux.

 

Hémorroïdes fluentes à l'anus ou dans le rectum (1), coulant surtout pendant les selles, après quoi les tumeurs restent souvent douloureuses pendant longtemps.

 

(1) Les fistules à l'anus ne dépendent presque jamais d'une autre cause que de l'affection psorique, surtout lorsqu'à celle-ci se joignent un régime fort irritant, l'usage abondant des boissons alcooliques, l'abus des purgatifs et celui des jouissances de l'amour.

 

Pendant que le sang coule par l'anus, bouillonnement de ce liquide dans tout le corps et respiration courte.

Fourmillement et prurit dans le rectum, avec ou sans sortie d'ascarides.

[§ 106-215] Prurit et rongement à l'anus et au périnée.

Polypes dans le rectum.

Pendant l'écoulement de l'urine, anxiété, malaise et parfois aussi épuisement.

Quelquefois il sort trop d'urine, et alors le malade éprouve un accablement subit (1).

 

(1) Les diabètes, qui sont si ordinairement mortels sous l'influence des moyens allopathiques, ne reconnaissent guère jamais d'autre cause que la psore interne.

 

Rétention d'urine douloureuse (chez les enfants et les sujets avancés en âge).

[§ 106-220] Quand le sujet a froid (qu'il est transi), il ne peut point uriner.

Quelquefois il ne peut point uriner, parce qu'il est gonflé.

L'urètre est rétréci sur plusieurs points, particulièrement le matin (1).

 

(1) Le jet d'urine est souvent alors aussi mince qu'un fil ; il se partage en deux ; l'urine ne sort plus que par saccades, séparées souvent par de longs intervalles, dernier phénomène qui cependant tient fréquemment à un spasme du col de la vessie, provenant de la même cause morbide. De même aussi la cystite par rétrécissement de l'urètre, et les fistules urinaires qui en sont la suite, n'ont jamais qu'une origine psorique, quoique, dans des cas rares, la sycose puisse être compliquée avec la psore.

 

Pression sur la vessie, comme une envie d'uriner, immédiatement après avoir bu.

Le sujet ne peut pas retenir longtemps son urine ; elle sort quand il marche, éternue, tousse ou rit.

[§ 106-225] Envies fréquentes d'uriner pendant la nuit : le malade est obligé de se relever plusieurs fois pour lâcher de l'eau.

L'urine s'échappe involontairement tandis qu'il dort.

Elle coule encore longtemps goutte à goutte après qu'il a lâché de l'eau.

Une urine blanchâtre, d'odeur et de saveur douceâtres, coule en quantité énorme, avec chute des forces, amaigrissement et soif inextinguible (diabètes).

Douleurs brûlantes et quelquefois déchirantes, en urinant, dans l'urètre et au col de la vessie.

[§ 106-230] Urine d'une odeur âcre et pénétrante.

L'urine dépose promptement un sédiment.

Elle est trouble comme du petit lait, au moment même de sa sortie.

Un sable rouge (gravelle) sort de temps en temps avec l'urine.

L'urine est d'un jaune foncé.

[§ 106-235] Urine brune.

Urine noirâtre.

Urine contenant des parcelles de sang, ou même hématurie complète.

Sortie de la liqueur prostatique après que le sujet a uriné, mais surtout après qu'il a poussé une selle un peu dure (et aussi suintement presque continuel de cette humeur) (1).

 

(1) Quelquefois épuisement par suite d'une perte continuelle de liquide prostatique.

 

Trop fréquentes pollutions nocturnes, une, deux, trois fois par semaine, ou même toutes les nuits (1).

 

(1) Chez les jeunes gens bien portants et chastes, elles n'arrivent naturellement que tous les douze ou quinze jours, sans inconvénient, et en procurant un sentiment de force, de bien-être.

 

[§ 106-240] Pollutions nocturnes, chez la femme, avec rêves voluptueux.

Pollutions nocturnes, sinon fréquentes, du moins entraînant immédiatement des suites fâcheuses (1).

 

(1) Mélancolie, engourdissement de la pensée, diminution de l'imagination, perte de la mémoire, abattement de l'esprit ; la vue s'affaiblit, ainsi que la digestion et l'appétit ; les selles deviennent moins fréquentes, le sang se porte à la tête, à l'anus, etc.

 

Le sperme sort presque involontairement pendant le jour, à la moindre excitation, et même sans rigidité de la verge.

Érections très fréquentes, prolongées, fort douloureuses, sans pollution.

La semence ne sort pas, même dans un coït prolongé, et malgré l'état d'érection de la verge (1), mais elle s'échappe ensuite en pollutions nocturnes, ou avec l'urine.

 

(1) Les testicules ne sont point alors remontés vers l'abdomen, et appliqués au ventre, mais ils pendent plus ou moins.

 

[§ 106-245] Amas de sérosité dans la tunique vaginale du testicule (hydrocèle).

La verge n'entre jamais complètement en érection, malgré même les titillations les plus voluptueuses.

Convulsions douloureuses dans les muscles de la verge.

Prurit au scrotum, qui souvent aussi est parsemé de boutons et de croûtes.

Gonflement ou endurcissement chronique d'un testicule ou des deux (sarcocèle).

[§ 106-250] Rapetissement, atrophie, disparition d'un testicule ou des deux.

Endurcissement et tuméfaction de la prostate.

Tiraillements dans le testicule et le cordon spermatique.

Douleurs contusives dans le testicule.

Absence des désirs vénériens chez les deux sexes, souvent ou toujours (1).

 

(1) Souvent pendant des années, et même de longues années. Alors rien ne peut exciter le sentiment de volupté dans les organes génitaux de l'homme et de la femme : la verge est flasque et pendante, plus mince que le gland, qui est froid au toucher, et bleuâtre ou blanc ; chez la femme, les lèvres de la vulve sont flasques et petites, le vagin presque insensible et ordinairement sec ; parfois chute partielle ou totale des poils du pubis.

 

[§ 106-255] Lasciveté effrénée, insatiable (1), avec teint plombé et complexion maladive.

 

(1) La nymphomanie a la même source.

 

Stérilité, impuissance, sans lésions organiques primitives des parties génitales (1).

 

(1) L'abus du coït, avec émission trop précipitée d'une semence aqueuse, non élaborée, le défaut d'érection, d'éjaculation, ou de désirs vénériens, des règles trop abondantes, continuelles, aqueuses, ou trop peu abondantes, ou nulles, un écoulement copieux de mucus par le vagin (flueurs blanches), des squirrhes de l'ovaire, l'atrophie ou le gonflement des glandes du sein, l'insensibilité ou la sensibilité douloureuse des parties génitales, ne sont que les annonces ordinaires de la stérilité dans l'un et l'autre sexe.

 

Désordres de la menstruation. L'écoulement ne reparaît pas régulièrement vingt-huit jours après le précédent ; il ne s'établit jamais sans que la femme éprouve quelque incommodité, et ne continue pas sans interruption pendant trois ou quatre jours, en donnant une quantité médiocre de sang d'une bonne couleur, jusqu'à ce qu'enfin il atteigne insensiblement son terme vers le quatrième jour, sans que le physique ou le moral s'en ressente ; sa durée ne se prolonge pas non plus jusqu'à la quarante-huitième ou cinquantième année de la vie, époque à laquelle il doit cesser peu à peu et sans incommodités.

Les règles tardent à paraître jusqu'après la quinzième année, ou même davantage, et, après s'être montrées une ou plusieurs fois, elles restent des mois ou des années sans couler de nouveau (1).

 

(1) De là pâleur terreuse et bouffissure de la face, pesanteur dans les jambes, gonflement des pieds, frissonnements, accablement, asthme (chlorose), etc.

 

L'écoulement ne s'astreint pas d'une manière rigoureuse à ses époques ; il avance de plusieurs jours, et reparaît souvent toutes les trois semaines, ou même tous les quinze jours (1).

 

(1) Rarement il retarde de quelques jours, et alors il est trop abondant, ce qui entraîne l'épuisement et beaucoup d'autres accidents.

 

[§ 106-260] Il ne dure qu'un seul jour, que quelques heures, ou se réduit presque à rien.

Il dure cinq, six, huit jours, ou davantage, mais ne se montre qu'à peu près toutes les six, douze ou vingt-quatre heures, et s'arrête ainsi un demi-jour ou un jour entier, avant de reparaître.

Il coule en trop grande abondance, pendant des semaines entières, ou revient presque tous les jours (1).

 

(1) Ensuite, fréquemment, bouffissure de la face, des mains et des pieds, spasmes douloureux dans la poitrine et le ventre, symptômes innombrables de faiblesse nerveuse, d'excès de sensibilité, tant générale qu'appartenant seulement à quelque organe des sens, etc., et, avant l'apparition de l'écoulement sanguin, rêves fatigants, réveil fréquent par des bouillonnements de sang, battements de cœur, agitation, etc. Dans le cas d'écoulement sanguin plus abondant, souvent des douleurs lancinantes dans un côté du ventre et dans l'aine ; la douleur descend parfois aussi vers le rectum et dans la cuisse ; ensuite il arrive souvent que la malade ne peut pas uriner, ou que la douleur l'empêche de s'asseoir ; après cette douleur, le ventre fait mal, comme s'il était ulcéré en dedans.

 

Le sang qu'il fournit est aqueux, ou mêlé de caillots bruns.

Le sang menstruel a une très mauvaise odeur.

[§ 106-265] Les règles sont accompagnées d'incommodités nombreuses, de syncopes, de céphalalgies (la plupart du temps d'élancements dans la tête), ou de tranchées, ou de douleurs dans le sacrum ; la femme est obligée de se coucher ; elle vomit, etc.

Polypes dans le vagin.

Écoulement blanc par le vagin, quelques jours ou plusieurs jours avant le flux menstruel, plus souvent immédiatement après, ou pendant tout le temps compris entre une période et l'autre, avec diminution de l'écoulement sanguin, qu'il remplace même quelquefois tout à fait ; flux semblable à du lait, à du mucus blanc ou jaune, ou à de l'eau âcre et parfois même fétide (1).

 

(1) Une innombrable quantité de maux accompagnent la leucorrhée, surtout celle de la plus fâcheuse espèce, sans parler des incommodités légères, savoir, du prurit au pudendum et dans le vagin, avec excoriation des parties génitales externes et des régions avoisinantes de la cuisse, surtout pendant la marche. Cette affection portée a un haut degré détermine assez souvent des accidents hystériques de toute espèce, des dérangements d'esprit, la mélancolie, l'aliénation mentale, l'épilepsie, etc. Souvent la leucorrhée vient par accès, et alors elle est fréquemment précédée de remuements dans un côté du ventre, ou d'ardeur dans l'estomac, le bas-ventre, le vagin, ou d'élancements dans le vagin et le museau de tanche, ou d'une douleur compressive dans la matrice et de pesanteur dans le vagin, comme si l'utérus allait sortir, accidents que précèdent parfois les douleurs les plus aiguës au sacrum. Les vents se déplacent d'une manière douloureuse, etc. Ce qu'on appelle le cancer utérin a-t-il bien une autre origine que la psore interne ?

 

Accouchement avant terme.

Pendant les grossesses, beaucoup d'abattement, des nausées, des vomissements fréquents, des syncopes, des gonflements douloureux des veines (varices aux cuisses, aux jambes, ou même aux grandes lèvres), des accidents hystériques divers, etc.

[§ 106-270] Coryza dès que le sujet s'expose au grand air ; ensuite ordinairement enrouement dans la chambre.

Enrouement et obstruction du nez, souvent ou presque toujours, ou aussi par intervalles.

Coryza au moindre refroidissement ; par conséquent de préférence dans la saison froide et par un temps humide.

Coryza, très souvent, ou presque toujours, ou aussi par intervalles.

Impossibilité de contracter un coryza, malgré des signes précurseurs très prononcés de cette affection, avec d'autres maux graves dépendants de la maladie psorique interne.

[§ 106-275] Enrouement pour peu que le malade parle ; il est obligé de tussiculer pour que sa voix redevienne nette.

Enrouement, ou même aphonie, qui ne permet pas au malade de parler haut, après le moindre refroidissement.

Enrouement et aphonie continuels durant des années entières ; le sujet ne peut articuler hautement aucun mot.

Suppuration du larynx et de la trachée-artère (phtisie laryngée, trachéale, pulmonaire) (1).

 

(1) La trachéite (croup) ne peut pas se déclarer chez un enfant qui est exempt de psore latente, ou qui en a été débarrassé par un traitement.

 

Enrouement et catarrhe très souvent, ou presque toujours ; le catarrhe affecte toujours la poitrine.

[§ 106-280] Toux ; souvent de l'irritation et des fourmillements dans le larynx ; la toux tourmente le malade jusqu'à ce que la sueur lui inonde le visage (et les mains).

Toux qui ne désempare pas, qui va jusqu'à causer des nausées et des vomissements, et qui survient surtout le matin ou le soir.

Toux qui se termine chaque fois par l'éternuement.

Toux la plupart du temps le soir, après s'être mis au lit, et toutes les fois qu'on est couché la tête basse.

Toux après le premier sommeil, qui réveille bientôt le malade.

[§ 106-285] Toux principalement la nuit.

Toux le matin, fatigante surtout après le réveil.

Toux après avoir mangé, la plupart du temps.

Toux aussitôt après avoir fait une inspiration profonde.

Toux qui produit comme une sensation d'excoriation dans la poitrine, ou parfois des élancements dans un côté de la poitrine ou du ventre.

[§ 106-290] Toux sèche.

Toux avec expectoration purulente jaune, avec ou sans crachement de sang (1).

 

(1) Les phtisies pulmonaires ulcéreuses ont rarement une autre cause que cette affection, même lorsqu'elles paraissent avoir été déterminées par les vapeurs du mercure ou de l'arsenic ; du moins proviennent-elles, pour la plupart, d'inflammations de poitrine pour lesquelles on a abusé de la saignée, et qui doivent être toujours considérées comme des réveils d'une psore latente.

 

Toux avec expectoration muqueuse extrêmement abondante et perte des forces (phtisie muqueuse).

Accès de toux spasmodique (1).

 

(1) Le malade est pris subitement d'envie de tousser, mais il ne le peut pas, parce que la respiration lui manque tout à coup, jusqu'au point d'amener la suffocation, avec rougeur violacée et bouffissure de la face. Ordinairement alors le gosier est fermé aussi, de sorte que le sujet ne peut point avaler une seule goutte d'eau ; au bout de huit à dix minutes, il survient communément des rapports de l'estomac, et le spasme cesse.

 

Élancements violents, parfois insupportables, dans la poitrine, à chaque inspiration, toux rendue impossible par la douleur, sans fièvre inflammatoire (fausse fluxion de poitrine).

[§ 106-295] Douleur dans la poitrine en marchant, comme si elle allait s'ouvrir.

Douleur compressive dans la poitrine, en respirant profondément et en éternuant.

Souvent une légère douleur anxieuse à l'extérieur de la poitrine, qui, lorsqu'elle ne se dissipe pas promptement, dégénère en mélancolie profonde (1).

 

(1) Ordinairement par accès qui durent du soir au matin, pendant toute la nuit.

 

Douleur brûlante dans la poitrine.

Élancements fréquents dans la poitrine, avec ou sans toux.

[§ 106-300] Point de côté aigu ; le corps étant très chaud, impossibilité presque complète de respirer, à cause des élancements dans la poitrine, avec crachement de sang et mal de tête ; le sujet est obligé de s'aliter.

Cauchemar ; le sujet est réveillé la nuit, ordinairement par un rêve pénible ; mais il ne peut ni se mouvoir, ni appeler à son secours, ni parler, et quand il cherche à se toucher, il ressent des douleurs aussi intolérables que s'il allait se déchirer (1).

 

(1) Ces accès se répètent plusieurs fois dans une même nuit, surtout lorsque le sujet n'a pas pris l'air pendant la journée.

 

Suspension de la respiration, avec élancements dans la poitrine à la moindre marche (1) ; le malade ne peut faire un pas (angine de poitrine).

 

(1) Principalement en gravissant un endroit escarpé.

 

Asthme seulement dans les mouvements des bras, non en marchant.

Accès d'étouffement, surtout après minuit ; le malade est obligé de se mettre sur son séant, quelquefois même de sortir du lit, de se tenir debout, le corps ployé en deux et appuyé sur les mains, d'ouvrir la fenêtre, ou d'aller au grand air, etc. ; le cœur lui bat ; il survient ensuite des rapports ou des bâillements, et le spasme se dissipe, avec ou sans toux et expectoration.

[§ 106-305] Battements de cœur, avec anxiété, surtout pendant les nuits.

Asthme ; respiration bruyante, difficile, parfois même sifflante.

Respiration courte.

Asthme pendant les mouvements, avec ou sans toux.

Asthme, surtout étant assis.

[§ 106-310] Asthme spasmodique ; lorsqu'il survient en plein air, il coupe la respiration.

Asthme par accès qui durent plusieurs semaines.

Disparition des seins ou grossissement extrême de ces glandes, avec affaissement des mamelons.

Érysipèle à l'un des seins (surtout chez les femmes qui allaitent).

Une glande dure, qui grossit et durcit toujours, avec des élancements, dans l'un des seins (1).

 

(1) Les diverses variétés de ce qu'on appelle cancer au sein ont-elles bien une autre origine que la psore interne ?

 

[§ 106-315] Éruptions pruriteuses, ou même humides et croûteuses, autour des mamelons.

Douleurs tiraillantes, tensives (déchirantes), dans le sacrum, le dos, la nuque.

Raideur douloureuse, tiraillante, lancinante, à la nuque, au sacrum.

Pression entre les omoplates.

Sentiment d'un poids qui pèse sur les épaules.

[§ 106-320] Douleurs tiraillantes, tensives (déchirantes), dans les membres, soit dans les muscles, soit dans les articulations (rhumatisme).

Douleurs tiraillantes et compressives çà et là dans le périoste des os, surtout des os longs (1).

 

(1) Alors les parties sont douloureuses au toucher, comme si elles étaient brisées ou excoriées.

 

Élancements dans les doigts ou les orteils (1).

 

(1) Qui, dans les cas graves et invétérés, s'exaspèrent beaucoup.

 

Élancements dans le talon et la plante du pied, en appuyant le pied par terre.

Ardeur à la plante des pieds (1).

 

(1) Surtout la nuit, dans le lit.

 

[§ 106-325] Douleur dans les articulations, comme si on raclait l'os, avec gonflement rouge et chaud, qui est excessivement sensible au toucher et au contact de l'air ; irritabilité extrême du moral et morosité du caractère (goutte, podagre, chiragre, gonagre, etc.) (1).

 

(1) Les douleurs sont plus vives ou le jour ou la nuit. Après chaque accès, et quand l'inflammation est passée, les articulations de la main, du genou, du pied, du gros orteil, causent des douleurs en marchant ; elles sont alors le siège d'un insupportable engourdissement, et le membre est affaibli.

 

Les articulations des doigts gonflées, douloureuses quand on y touche et qu'on les ploie.

Les articulations se tuméfient, restent dures et gonflées, et causent de la douleur quand on les ploie.

Articulations comme raides, avec mouvements difficiles et douloureux ; les ligaments articulaires semblent être trop courts (1).

 

(1) Par exemple, le tendon d'Achille en posant le pied à terre ; raideur de l'articulation du pied, du genou, soit passagère (après être demeuré assis, en se levant), soit permanente (contracture).

 

Articulations douloureuses pendant le mouvement (1).

 

(1) Par exemple, l'articulation huméro-cubitale, quand on lève le bras, et celle du pied, quand on marche, sont douloureuses, comme si elles allaient se rompre.

 

[§ 106-330] Les articulations crient ou craquent quand le sujet se meut.

Les articulations se disloquent très facilement (1).

 

(1) Par exemple, les articulations du pied, de la main, du pouce.

 

Disposition toujours croissante à se donner des tours de reins, ou, comme on dit, à se blesser par le moindre effort musculaire, en exécutant de petits travaux avec les mains, en s'allongeant pour atteindre à quelque chose de haut, en soulevant des objets qui ne sont pas lourds, en se tournant brusquement, etc. Cette distension, souvent peu considérable, des muscles produit alors, dans beaucoup de cas, les accidents les plus graves, des syncopes, tous les degrés de l'affection hystérique (1), la fièvre, le crachement de sang, etc., tandis qu'une personne non atteinte de la psore soulève des fardeaux en rapport avec son énergie musculaire sans en éprouver le moindre inconvénient (2).

 

(1) Souvent aussi il se déclare sur-le-champ une forte douleur au vertex, qui est même douloureux quand on y touche, ou des douleurs soit dans le sacrum, soit dans la matrice, assez souvent des élancements dans le côté de la poitrine ou entre les deux épaules, ce qui coupe la respiration ; ou bien une raideur douloureuse de la nuque ou de l'épine du dos ; fréquentes éructations bruyantes, etc.

 

(2) Le vulgaire, surtout l'homme de la campagne, cherche alors à se soulager par une sorte de frottement mesmérique, dont il obtient quelquefois du succès, mais passagèrement. Il arrive souvent, dans ce cas, qu'une commère promène les extrémités de ses pouces sur les omoplates, en allant vers les aisselles, ou le long de l'épine du dos, ou enfin depuis l'épigastre jusque sous les côtes ; seulement presque toujours on emploie une pression trop forte.

 

Les articulations se dérangent très facilement dans les mouvements qui portent à faux (1).

 

(1) Par exemple, l'articulation du pied dans un faux pas, ou aussi celle de l'épaule. Il faut également ranger ici la luxation lente et graduelle de l'articulation coxo-fémorale, la sortie de la tête du fémur hors de la cavité cotyloïde, avec allongement ou raccourcissement du membre et claudication.

 

Douleur dans l'articulation du pied, quand on pose le pied à terre, comme si elle allait se briser.

[§ 106-335] Ramollissement des os, courbure de l'épine du dos (gibbosité) ; courbure des os longs du bras ou de la jambe (rachitisme).

Fragilité extrême des os.

Sensibilité douloureuse de la peau, des muscles et du périoste, à une pression modérée (1).

 

(1) Un choc léger contre un corps étranger cause une douleur violente et très prolongée : les points sur lesquels le corps appuie dans le lit sont très sensibles : de là vient que le sujet se retourne souvent pendant la nuit ; les muscles fessiers et l'os ischion sont le siège d'une sensation douloureuse ; il suffit d'un petit coup donné avec la main sur la cuisse pour causer une grande douleur. Un léger choc contre un corps dur laisse des taches bleues, des ecchymoses.

 

Douleur insupportable (1) dans la peau (les muscles ou ou le périoste) d'une partie du corps, au moindre mouvement de cette partie ou d'une autre éloignée ; par exemple, en écrivant, douleur dans l'aisselle ou le côté du cou, etc., tandis que l'action de scier ou tout autre travail avec la même main ne cause point de douleur ; douleur semblable dans les parties voisines, causée par l'action de parler et par le mouvement de la bouche ; douleur aux lèvres et aux joues, par l'effet d'un attouchement léger.

 

(1) Cette douleur varie à un point incroyable. Souvent brûlante, convulsive, lancinante, souvent aussi indescriptible, elle exalte à un degré insupportable la susceptibilité morale ; on l'observe surtout à la partie supérieure du corps, à la face (tic douloureux), à la peau du cou, etc., par l'effet d'un léger attouchement, de l'action de parler ou de mâcher, dans l'épaule par suite d'une faible pression ou du mouvement des doigts.

 

Engourdissement de la peau ou des muscles de certaines parties et de certains membres (1).

 

(1) Il y a absence du toucher : les muscles sont comme raides ou comme débandés, soit par accès, soit d'une manière permanente.

 

[§ 106-340] Quelques doigts, ou les mains, ou les pieds, paraissent comme morts (1).

 

(1) Le membre est alors blanc, exsangue, insensible et froid, souvent pendant des heures entières, surtout lorsque l'air est frais (le frottement avec un morceau de zinc en descendant vers le bout des doigts ou des orteils, dissipe ordinairement ce symptôme avec promptitude, mais n'agit cependant que d'une manière palliative).

 

Fourmillement ou même picotement semblable à celui qui succède aux crampes, dans les bras, les jambes et autres parties (même au bout des doigts).

Agitation fourmillante ou tournoyante, ou intérieurement pruriteuse, surtout dans les membres inférieurs (le soir dans le lit, ou le matin en s'éveillant) ; le sujet est obligé de changer de place à tout moment.

Froid douloureux dans quelques parties du corps.

Ardeur douloureuse dans certaines parties (souvent sans changement de la chaleur extérieure ordinaire du corps).

[§ 106-345] Froid fréquent ou continuel du corps entier ou d'un côté du corps, quelquefois aussi d'une seule partie ; froid aux mains, aux pieds, que le sujet ne peut même pas échauffer la nuit dans le lit.

Frissonnement continuel, même sans changement extérieur de chaleur à la peau.

Fréquentes bouffées passagères de chaleur, surtout à la face, plus souvent avec que sans rougeur ; manifestation rapide d'une vive chaleur pendant le repos ou au moindre mouvement, souvent même déjà en parlant, avec ou sans sueur.

La moindre chaleur de l'air dans la chambre est extrêmement désagréable, cause de l'agitation, oblige le malade à changer sans cesse de position (quelquefois avec pression dans la tête, au-dessus des yeux, sensation que soulage assez souvent un saignement de nez).

Bouillonnement de sang, ou même sentiment de pulsation dans tous les vaisseaux (pendant lequel le malade est souvent tout pâle, et éprouve comme une sorte de détente dans le corps entier).

[§ 106-350] Afflux du sang vers la tête.

Afflux du sang vers la poitrine.

Varices aux membres inférieurs (aux parties génitales), parfois aussi aux bras (même chez les hommes), souvent avec douleurs déchirantes (surtout par les temps orageux), ou prurit dans ses tumeurs (1).

 

(1) Les anévrismes paraissent n'avoir pas d'autre source que la psore.

 

Érysipèle, soit à la face (avec fièvre), soit aux membres, soit au sein, chez les femmes qui allaitent, et surtout dans un point déjà blessé (avec élancements semblables à des coups d'épingle, et ardeur brûlante).

Panaris, mal d'aventure.

[§ 106-355] Engelures (même en d'autres saisons que l'hiver) aux doigts et aux orteils, causant du prurit, de l'ardeur et des élancements.

Cors, qui déterminent une douleur brûlante et lancinante, même lorsque rien ne les comprime.

Furoncles qui reparaissent de temps en temps, surtout aux fesses, aux cuisses, aux bras et au tronc. En y touchant, on provoque de petits élancements.

Ulcères aux jambes, surtout aux chevilles et au-dessus, ainsi qu'à la partie inférieure des mollets, avec chatouillement et sentiment de corrosion sur les bords et mordication comme causée par la présence d'un sel dans le fond ; les alentours sont bruns ou bleuâtres, parsemés de varices qui, dans les temps d'orage et de pluie, causent des douleurs déchirantes, surtout la nuit ; souvent il y a en même temps érysipèle, après le chagrin ou la peur ; souvent aussi crampes du mollet.

Gonflement et suppuration des os longs du bras, de la cuisse, de la jambe, même des phalanges des doigts et des orteils (spina ventosa).

[§ 106-360] Tuméfaction et raideur des articulations.

Éruptions cutanées consistant soit en vésicules purulentes isolées, accompagnées d'un prurit voluptueux, qui apparaissent et disparaissent de temps en temps, surtout aux doigts ou à d'autres parties, qui causent de l'ardeur brûlante après avoir été écorchées, et qui ont la plus grande analogie avec l'exanthème psorique primitif ; soit en un exanthème ortié, ayant l'apparence de papules blanches et de vésicules pleins d'eau, la plupart du temps avec une douleur brûlante ; soit en boutons, sans douleur, à la face, à la poitrine, au dos, aux bras et aux cuisses ; soit en dartres ayant la forme de petits grains, de taches rondes et serrées, plus ou moins larges, la plupart du temps rougeâtres, tantôt sèches, tantôt humides, avec un prurit semblable à celui que cause l'éruption psorique, et une chaleur brûlante après qu'on s'est gratté (1) ; soit en croûtes élevées au-dessus du niveau de la peau, ayant une forme ronde, d'un rouge intense aux alentours, et non douloureuses, avec de fréquents élancements vifs dans les portions de la peau qui en sont encore exemptes ; soit en écailles sèches, furfuracées, qui couvrent de petites plaques arrondies des téguments, se détachent et se reproduisent souvent, sans être accompagnées d'aucune sensation particulière ; soit enfin en rougeurs sèches au toucher, accompagnées d'une douleur brûlante, et dépassant un peu le niveau de la peau.

 

(1) Ces taches, entourées d'une auréole rouge, s'étendent toujours de plus en plus, tandis que le milieu semble se débarrasser de l'exanthème, la peau y devenant lisse et luisante.

 

Taches de rousseur, petites et rondes ; taches brunes ou brunâtres à la face, aux mains et sur la poitrine, non douloureuses.

Taches hépatiques ; grandes taches brunâtres, qui couvrent souvent les membres entiers, les bras, le col, la poitrine, etc. ; et ne causent ni douleur ni prurit.

Teinte jaune de la peau, taches jaunes, de même nature, autour des yeux, autour de la bouche, au col, etc., sans douleurs (1).

 

(1) Après l'exercice en voiture, la couleur jaune de la peau se manifeste surtout lorsque la voiture est sur le point de s'arrêter, sans être encore en repos.

 

[§ 106-365] Verrues à la face, aux avant-bras, aux mains, etc. (1).

 

(1) Surtout dans la jeunesse. Beaucoup de ces verrues ne durent pas longtemps, et disparaissent pour faire place à d'autres symptômes de psore.

 

Tumeurs enkystées dans la peau, le tissu cellulaire sous-jacent, ou les gaines des tendons (ganglions), de forme et de grosseur diverses, froides, sans douleurs (1).

 

(1) Le fondus hématode, devenu si terrible dans ces derniers temps, n'a pas d'autre origine que la psore, comme je crois devoir le conclure de quelques faits.

 

Gonflements glandulaires au col, à l'aine, dans le pli des articulations, au pli du bras, dans le jarret, sous l'aisselle (1), et aussi dans les seins.

 

(1) Quelquefois, après des douleurs lancinantes, ils dégénèrent en une espèce d'ulcération chronique, qui, au lieu de pus, ne sécrète qu'un mucus incolore.

 

Aridité de l'épiderme, soit par tout le corps, avec impossibilité de suer ou de transpirer sensiblement par l'exercice et la chaleur, soit seulement sur quelques parties (1).

 

(1) Principalement aux mains, au côté externe des bras et des jambes, et même à la face ; la peau est sèche, âpre, râpeuse, souvent aussi couverte d'écailles furfuracées.

 

Sentiment insolite de sécheresse par tout le corps (même à la face, dans la bouche, dans la gorge ou dans le nez, quoique l'air inspiré passe librement).

[§ 106-370] Propension extrême à suer au moindre mouvement, même par accès en restant assis, ou seulement de quelques parties du corps ; par exemple, sueur continuelle des mains et des pieds (1) ; sueur abondante sous les aisselles (2) et autour des parties génitales.

 

(1) D'une odeur ordinairement très fétide, et quelquefois si abondante qu'elle inonde et excorie les plantes des pieds, les talons et les orteils, au moindre exercice.

 

(2) Assez souvent de couleur rouge, ou d'odeur hircine, alliacée.

 

Tous les jours, le matin, la sueur coule souvent à flots, pendant des années, fréquemment d'odeur acide ou mordicante (1).

 

(1) Ici se rangent aussi les sueurs que les enfants psoriques éprouvent à la tête, le soir, après s'être endormis.

 

Sueur d'un seul côté du corps, ou seulement soit dans sa moitié supérieure, soit aux extrémités inférieures.

Propension toujours croissante à se refroidir, soit le corps entier (parfois après s'être mouillé les mains avec de l'eau chaude ou froide, comme en lavant du linge), soit seulement quelque partie, la tête, le col, la poitrine, le bas-ventre, les pieds, etc., dans un courant d'air médiocre ou faible, ou après s'être mouillé légèrement cette partie (1) ; il suffit même pour cela que la chambre soit fraîche, l'air chargé d'humidité, ou le baromètre bas.

 

(1) Les accidents qui surviennent immédiatement après sont graves et variés ; douleurs dans les membres, maux de tête, coryza, mal de gorge et angine, catarrhe, gonflement des glandes du cou, enrouement, toux, gêne de la respiration, picotements dans la poitrine, fièvre, troubles de la digestion, coliques, vomissement, diarrhée, mal d'estomac, parfois même convulsions à la face et dans d'autres parties, couleur ictérique de la peau, etc. Nul individu non psorique n'éprouve la moindre incommodité sous l'influence de causes pareilles.

 

Le sujet ressemble à un almanach vivant, c'est-à-dire qu'à l'approche d'un grand changement de temps, d'un froid vif, d'un ouragan, d'un orage, il ressent des douleurs vives dans des parties du corps, actuellement guéries et cicatrisées, qui ont été autrefois lésées, blessées, fracturées.

[§ 106-375] Gonflement séreux soit des pieds seulement ou d'un seul pied, soit des mains, de la face, du ventre ou du scrotum, etc., seulement ; quelquefois œdématie générale (hydropisies).

Accès de pesanteur soudaine des bras ou des jambes.

Accès de faiblesse comme paralytique d'un bras, d'une main, d'une jambe, sans douleurs, tantôt survenant d'une manière subite et passant rapidement, tantôt commençant peu à peu et allant toujours en augmentant.

Craquement dans les genoux.

Propension des enfants à tomber sans cause visible. On observe aussi chez les adultes de ces accès de faiblesse dans les jambes, de sorte qu'en marchant un pied glisse par-ci, et l'autre par-là, etc.

[§ 106-380] Accès soudains de faiblesse, surtout dans les jambes, en marchant au grand air (1).

 

(1) Quelquefois le sentiment de faiblesse parait remonter alors jusqu'à l'épigastre, où il dégénère en une boulimie, qui brise soudainement les forces du malade ; celui-ci devient tremblant, et il est obligé de se coucher sans délai pour quelque temps.

 

En s'asseyant le malade ressent une insupportable faiblesse ; il devient plus fort en marchant.

La propension des articulations à se luxer dans les faux pas augmente toujours, et arrive jusqu'à la production d'une luxation complète, par exemple du pied, de l'épaule, etc.

Le craquement des articulations au moindre mouvement du membre va en augmentant, avec une sensation désagréable.

L'engourdissement des membres augmente et reparaît à la moindre occasion, par exemple en s'appuyant la tête sur le bras, en croisant les jambes étant assis, etc.

[§ 106-385] Les crampes douloureuses dans plusieurs parties musculeuses augmentent et se reproduisent sans cause appréciable.

Rétraction lente, spasmodique, des muscles fléchisseurs des membres.

Convulsions rapides de certains muscles, de certains membres, même pendant l'état de veille, par exemple, de la langue, des lèvres, des muscles de la face, de ceux du pharynx, de l'œil, des mâchoires, des mains et des pieds.

Raccourcissement tonique des muscles fléchisseurs.

Tournoiement ou torsion involontaire de la tête ou des membres, en pleine connaissance (danse de Saint-Gui).

[§ 106-390] Accès subits de défaillance et chute des forces, avec perte de connaissance.

Accès de tremblement des membres, sans anxiété. Tremblement continuel ; battement même des mains, des bras, des jambes.

Accès de perte de connaissance durant un instant ou une minute, la tête étant penchée sur une épaule, avec ou sans convulsions dans l'une ou l'autre partie du corps.

Épilepsie de diverses espèces.

Bâillements et pendiculations presque continuelles.

[§ 106-395] Somnolence pendant le jour, souvent aussitôt après s'être assis, surtout à la suite des repas.

Difficulté de s'endormir le soir, dans le lit, souvent pendant plusieurs heures.

Le malade ne fait que sommeiller durant la nuit.

Insomnie chaque nuit, à cause d'une chaleur accablante, causant une anxiété qui oblige souvent à quitter le lit et à se promener dans la chambre.

Plus de sommeil, ou du moins de sommeil profond, après trois heures du matin.

[§ 106-400] Perception de toutes sortes d'images fantastiques par le seul fait de l'abaissement des paupières.

Idées bizarres, inquiétantes, qui assaillent l'esprit au moment de s'endormir, et obligent à se lever, à se promener longtemps.

Rêves très vifs, simulant l'état de veille, ou songes tristes, effrayants, accablants, lascifs.

Habitude de parler haut, de crier en dormant.

Somnambulisme. Le malade se relève la nuit, les yeux fermés, et accomplit aisément ainsi toutes sortes de choses, même dangereuses, sans en conserver le souvenir quand il est éveillé.

[§ 106-405] Accès de suffocation pendant le sommeil (cauchemar).

Douleurs diverses et insupportables la nuit, ou soif nocturne, sécheresse de la gorge, de la bouche, ou fréquentes envies d'uriner la nuit.

Le matin, en s'éveillant, le malade est triste, engourdi, accablé, et plus fatigué que quand il s'est couché ; il lui faut des heures entières pour se remettre, et la fatigue ne se dissipe qu'après qu'il s'est levé.

Après une nuit fort agitée, il a souvent plus de force le matin qu'après un sommeil calme et profond.

Fièvre intermittente très variée, quant au type, à la durée, à la forme, quotidienne, tierce, quarte, quintane, septane, lorsqu'il n'en règne aucune ni sporadiquement, ni épidémiquement (1), ni endémiquement, dans la contrée.

 

(1) Les fièvres intermittentes épidémiques n'atteignent jamais les hommes exempts de psore, de sorte que la tendance à les contracter doit être considérée comme un symptôme de cette affection.

 

[§ 106-410] Tous les soirs un accès de froid fébrile, avec couleur bleue des ongles.

Tous les soirs quelques frissonnements.

Tous les soirs de la chaleur, avec afflux du sang vers la tête et rougeur des joues ; cette chaleur est souvent mêlée de froid.

Fièvre intermittente de quelques semaines de durée, à laquelle succède, durant quelques autres semaines, une éruption pruriteuse humide, qui guérit à l'apparition de nouveaux accès d'une fièvre typique, et ainsi de suite alternativement, pendant des années.

Toutes sortes de dérangements du caractère et de l'esprit (1).

 

(1) Je n'ai jamais vu, ni dans ma pratique, ni dans aucune maison d'aliénés, un mélancolique, un homme en démence, ou un fou furieux, dont la maladie n'eût point pour cause la psore, quoique cependant celle-ci fût parfois, mais rarement, compliquée avec la syphilis.

 

[§ 106-415] Mélancolie seule, ou alternant soit avec la démence, soit même avec la fureur, et avec des moments lucides.

Anxiétés le matin, en sortant du sommeil.

Anxiétés le soir, après s'être mis au lit (1).

 

(1) Qui provoquent des sueurs abondantes chez quelques personnes. D'autres n'éprouvent ensuite que des bouillonnements de sang et des pulsations dans tous les vaisseaux ; chez certaines, l'anxiété va jusqu'à resserrer le larynx, en sorte qu'elles paraissent être sur le point de suffoquer ; chez d'autres, le sang semble s'arrêter dans tous les vaisseaux, ce qui est la cause de l'anxiété qu'elles éprouvent. L'anxiété est parfois accompagnée d'images et de pensées désagréables, qui paraissent la causer ; mais cet effet n'a pas lieu toujours.

 

 

Anxiétés plusieurs fois dans la journée (avec ou sans douleurs), ou à certaines heures, soit du jour, soit de la nuit : ordinairement alors la personne ne goûte jamais de repos ; elle est obligée de courir çà et là, et souvent aussi elle tombe en sueur.

Mélancolie, battements de cœur et anxiétés qui éveillent la nuit le malade (la plupart du temps immédiatement avant l'apparition des règles).

[§ 106-420] Monomanie-suicide (1) (spleen ?).

 

(1) On parait n'avoir pas fait attention à cette espèce d'aliénation mentale, qui également est purement psorique. Sans éprouver d'anxiété, sans avoir d'idées qui les tourmentent, et jouissant en apparence de leur pleine raison, les personnes qui en sont atteintes se trouvent poussées par un certain sentiment de nécessité à se donner la mort. On ne les guérit qu'en les débarrassant de la psore, lorsqu'on reconnaît à temps les symptômes par lesquels celle-ci se manifeste chez elles. Je dis à temps, parce que quand l'aliénation est portée au dernier degré, elle a pour caractère particulier que le malade ne communique à personne son inébranlable résolution. Elle ne revient que par accès durant une demi-heure ou quelques heures, ordinairement tous les jours sur la fin, et souvent à des époques fixes de la journée. Cependant, outre leurs accès de monomanie-suicide, les malades en ont communément encore d'anxiété, qui paraissent cependant indépendants des autres, se montrent à d'autres heures, et sont la plupart du temps accompagnés de pulsations à l'épigastre, mais pendant la durée desquels le désir de la mort ne se fait pas sentir. Ces accès d'anxiété, qui semblent être plus physiques et ne pas se rattacher à des pensées désagréables, peuvent cependant manquer, tandis que ceux d'envie de se suicider dominent au plus haut degré parfois aussi ils reviennent plus fréquemment, après que ceux-ci ont été guéris en grande partie par les remèdes antipsoriques, de sorte que les uns et les autres paraissent être indépendants, quoiqu'ils aient pour source le même mal fondamental.

 

Caractère larmoyant. Le malade pleure souvent des heures entières sans savoir pourquoi (1).

 

(1) Symptôme que la nature malade parait cependant, surtout chez les femmes, produire pour réduire au silence plusieurs affections nerveuses plus graves.

 

Accès de frayeur. Le malade craint par exemple le feu ; il redoute de rester seul, d'être atteint d'apoplexie, de délire, etc.

Accès de propension à la colère, avoisinant l'aliénation mentale.

Frayeur, souvent à la moindre cause ; les malades sont fréquemment alors pris de sueur et de tremblement.

[§ 106-425] Horreur du travail chez les personnes d'ailleurs les plus actives ; nul goût pour les affaires ; au contraire, répugnance prononcée pour toute espèce d'occupation (1).

 

(1) Une femme, dans ce cas, était atteinte d'anxiété, toutes les fois qu'elle voulait se livrer aux occupations de son ménage ; les membres lui tremblaient, et elle devenait tout à coup si accablée, qu'elle était obligée de se coucher.

 

Sensibilité excessive.

Irritabilité par faiblesse (1).

 

(1) Toutes les impressions, physiques et morales, même les plus faibles, déterminent une irritation maladive, portée souvent à un haut degré. Les événements non-seulement tristes, mais même heureux, causent souvent des maux et des souffrances extraordinaires ; des récits touchants, et même seulement des idées qui s'y rapportent, ou leur simple souvenir, agitent les nerfs, troublent la tête, etc. Il suffit de lire pendant quelque temps des choses même indifférentes, de regarder un objet avec attention, par exemple en cousant, d'écouter attentivement des choses même qui n'ont aucun attrait, d'une lumière trop vive, d'une conversation à voix haute entre plusieurs personnes, même des sons isolés d'un instrument de musique, du bruit des cloches, etc., pour produire des impressions fâcheuses, du tremblement, de l'abattement, des maux de tête, du froid, etc. Assez souvent aussi le goût et l'odorat sont exaltés. Il est même, dans beaucoup de cas, nuisible de se livrer à un exercice modéré, de parler, de s'exposer à une chaleur ou à un froid même médiocre, d'aller en plein air, de se mouiller la peau avec de l'eau, etc. Beaucoup de personnes ressentent les chargements subits de temps jusque dans leur chambre, où la plupart se plaignent quand le temps est orageux et humide, un plus petit nombre quand il est sec et le ciel serein. La pleine lune, chez les uns, et la nouvelle lune, chez d'autres, exercent aussi une influence défavorable.

 

[§ 106-428] Changement d'humeur fréquent. Le sujet est souvent fort gai et d'une gaieté immodérée, souvent aussi soudainement abattu par l'idée de sa maladie, ou par d'autres objets sans importance. Passage rapide de la gaieté à la tristesse, ou affliction sans cause.

[§ 107] Tels sont quelques-uns des principaux symptômes observés par moi, qui, lorsqu'ils se répètent souvent ou deviennent continus, annoncent que la psore interne sort de son état latent. Ce sont en même temps les éléments dont le miasme psorique, développé par des circonstances extérieures défavorables, se compose, quand il s'exprime par une foule innombrable de maladies chroniques, auxquelles la constitution individuelle, les habitudes, le genre de vie, les influences du dehors et les impressions physiques ou morales apportent tant de modifications, qu'elles sont bien loin d'être épuisées par la longue série des espèces nominales que la pathologie ordinaire donne faussement pour autant de maladies particulières et distinctes (1). (**2)

 

(1) Sous les noms de scrofules, rachitisme, spina ventosa, atrophie, marasme, phtisie, pulmonie, asthme, phtisie muqueuse, phtisie laryngée, catarrhe chronique, coryza habituel, dentition difficile, maladies vermineuses, dyspepsie, spasme du bas-ventre, hypocondrie, hystérie, œdématie, ascite, hydropisie des ovaires, hydromètre, hydrocèle, hydrocéphale, aménorrhée, dysménorrhée, métrorrhagie, hématémèse, hémoptysie et autres hémorragies, flueurs blanches, dysurie, ischurie, énurésis, diabètes, catarrhe de la vessie, hémorroïdes vésicales, néphralgie, gravelle, rétrécissement de l'urètre, rétrécissement des intestins, hémorroïdes borgnes et fluentes, fistule à l'anus, constipation, diarrhée chronique, induration du foie, jaunisse, cyanose, maladies du cœur, battements de cœur, spasmes de poitrine, hydropisie de poitrine, avortement, stérilité, nymphomanie, impuissance, induration du testicule, atrophie du testicule, prolapsus de la matrice, hystéroloxie, hernies inguinales, crurales et ombilicales, luxations spontanées, déviations de la colonne vertébrale, ophtalmies chroniques, fistule lacrymale, myopie et presbyopie, nyctalopie et héméralopie, obscurcissement de la cornée, cataracte, glaucome, amaurose, surdité, absence de l'odorat et du goût, migraine, tic douloureux de la face, teigne, croûtes laiteuses, dartres, urtication, tumeurs enkystées, goitre, varices, anévrisme, érysipèle, ulcères, carie, squirrhes, cancer aux lèvres et aux joues, cancer au sein, cancer de matrice, fongus hématode, rhumatisme, ischiagre, goutte noueuse, podagre, apoplexie, syncope, vertiges, paralysies, contractures, tétanos, convulsions, épilepsie, chorée, mélancolie, manie, démence, faiblesse nerveuse, etc.

 

(**2) Note de l'éditeur : Il faut corriger la traduction de la manière suivante : "Ce sont en même temps les éléments dont la maladie psorique (das Krätz-Siechthum -litt. la maladie chronique galeuse), devenant manifeste (sous la pression des circonstances extérieures défavorables), se compose pour former une foule innombrable de maladies chroniques, (...) donne faussement pour autant de maladies bien définies, particulières et distinctes (abgeschlossene, ständige, eigne Krankheiten)".

 

[§ 108] Ce sont là les symptômes secondaires caractéristiques (*2) du mal miasmatique primitif devenu manifeste au dehors, de ce monstre à mille têtes, qu'on a si longtemps méconnu (1).

 

(1) Je conviens qu'une doctrine suivant laquelle une origine psorique doit être attribuée à toutes les maladies chroniques (non vénériennes) qui, non susceptibles d'être guéries par la seule force vitale, avec le secours d'un genre de vie réglé et d'autres circonstances favorables, font même des progrès continuels d'année en année, ne peut manquer de surprendre les esprits bornés et ceux qui n'ont pas pesé mûrement mes motifs. Mais elle n'en est pas moins vraie. Faudrait-il ne pas regarder une de ces maladies comme psorique uniquement parce qu'en remontant jusqu'au jour de sa naissance, le malade ne se souvient pas d'avoir eu jamais de démangeaisons, de pustules à la peau, ou parce que la gale passe pour une affection honteuse ? Comme les maladies chroniques qui éclatent à la suite d'une gale avouée (et qui n'a pas été guérie) résistent au pouvoir de la force vitale, qu'elles suivent la même marche que les affections psoriques, et que, comme elles, elles vont toujours en s'aggravant, tant que les adversaires de la doctrine de la psore ne pourront pas assigner une autre source, au moins aussi vraisemblable, à une maladie non vénérienne qui empire sans cesse, malgré la réunion des circonstances les plus favorables sous le point de vue des conditions extérieures, du régime, de la moralité et de la vigueur du corps, sans que l'on puisse arriver à la réminiscence d'une infection psorique antérieure, j'aurai pour moi les mêmes chances de probabilité, cent contre un à parier que cette maladie dépend de la psore, quoique le malade ne puisse ou ne veuille pas se souvenir du passé. Douter de choses qui ne sauraient être mises matériellement sous les yeux est facile, mais ne prouve rien ; car negantis est probare, suivant un ancien axiome de droit. Nous n'avons même pas besoin d'invoquer l'efficacité des remèdes antipsoriques pour démontrer la nature psorique de ces maladies chroniques dans lesquelles l'infection antérieure n'est point avouée ; elle ne nous sert ici que comme la preuve après une opération d'arithmétique bien faite. D'un autre côté, aucun moyen homœopathique ne convenant ici autant que les antipsoriques, parce que ces derniers sont mieux appropriés au nombre des symptômes de la grande maladie de la psore, je ne vois pas pourquoi on refuserait de leur donner cette épithète d'antipsoriques. On n'est pas fondé non plus à me faire un reproche de ce que je mets sur le compte du réveil de la psore latente (Organon de l'art de guérir, § 78), les maladies aiguës, par exemple, inflammations de la gorge, de la poitrine, etc., qui reparaissent de temps en temps, et cela sous le prétexte que l'état inflammatoire doit être la plupart du temps combattu par des médicaments antiphlogistiques non antipsoriques (aconit, belladone, mercure). Elles n'en ont pas moins aussi leur source dans la psore latente, puisqu'on ne peut en prévenir les retours habituels que par un traitement consécutif dont les antipsoriques font la base.

 

(*2) Note de l'éditeur : Il manque ici une note : "Ce sont là les symptômes secondaires caractéristiques (*3) du mal miasmatique (...)

 

(*3) Note de l'éditeur : "Le Grand Conseiller aulique Kopp, un allopathe, qui s'intéresse à contrecœur et d'une façon fort superficielle à l'homœopathie, prétend avoir vu des maladies chroniques s'éteindre d'elles-mêmes -il est possible qu'il ait vu disparaître d'eux-mêmes des symptômes isolés, que la vieille école, dans sa manière bornée de voir les choses, donne, avec lui, pour autant de maladies entières !"


 

DU TRAITEMENT DES MALADIES CHRONIQUES.

 

[§ 109] Nous passons maintenant au traitement homœopathique des maladies chroniques, en nombre incalculable, dont la guérison devient, d'après ce qui a été dit précédemment sur la nature de leur triple origine, sinon facile, du moins possible, chose qui avait été absolument impraticable avant qu'on en connût la source. Cette notion permet, en effet, de les guérir depuis que les remèdes homœopathiquement spécifiques contre les trois miasmes différents ont été en grande partie découverts.

[§ 110] Les deux premiers miasmes desquels dépendent les moins nombreuses d'entre les affections chroniques, savoir, la syphilis, ou la maladie vénérienne chancreuse, et la sycose, ou la maladie des fics, avec leurs suites, seront celles dont nous nous occuperons d'abord, afin de nous ouvrir un champ libre pour la thérapeutique du nombre infiniment plus considérable des maladies chroniques variées à l'infini qui tirent leur origine de la psore.


 

DE LA SYCOSE.

 

[§ 111] Il sera donc question en premier lieu de la sycose, comme étant le miasme qui engendre le moins de maladies chroniques, et celui qui n'entraîne de suites que de temps en temps. Cette maladie des fics a été fort répandue pendant les dernières guerres, depuis 1809 jusqu'à 1814 ; mais, à dater de cette dernière époque, elle est devenue de plus en plus rare. Comme on la croyait de même nature que la maladie vénérienne chancreuse, on l'a presque toujours traitée sans succès, et d'une manière capable seulement de nuire au malade, par des préparations mercurielles données à l'intérieur. Quant aux excroissances des parties génitales, endroit où la maladie a coutume de se manifester d'abord, excroissances qui, plusieurs jours ou même plusieurs semaines après l'infection par le coït, surviennent accompagnées généralement, mais non toujours, d'une sorte d'écoulement gonorrhéique (1) par l'urètre, sont rarement sèches et en forme de verrues, plus souvent molles, spongieuses, imbibées d'un liquide fétide, saignantes à la moindre cause, et semblables à des crêtes de coq ou à des choux-fleurs, et pullulent, chez l'homme, sur le gland, ainsi qu'à la surface et au-dessous du prépuce, chez la femme, aux alentours de la vulve, puis à la vulve elle-même tuméfiée, souvent en très grand nombre ; les allopathes ne les ont jamais attaquées que par le traitement externe le plus violent, par la cautérisation, l'ustion, l'excision ou la ligature. Le résultat immédiat et naturel de cette méthode était ordinairement qu'elles reparaissaient au bout de quelque temps, et qu'alors on les soumettait vainement à un nouveau traitement non moins cruel et douloureux, ou que, quand on parvenait ainsi à les détruire, la sycose, privée du symptôme local qui tenait lieu de l'affection interne, se manifestait d'une autre manière plus fâcheuse, par des maux secondaires, les moyens de destruction extérieurs employés contre les excroissances et le mercure administré intérieurement contre une maladie à laquelle il n'était point approprié, n'étant point capables de diminuer en rien le miasme sycosique, dont l'organisme entier se trouvait comme imprégné. Non-seulement le mercure, ici toujours nuisible, qu'on donnait en général à très fortes doses et sous la forme des préparations les plus âcres, détériorait la santé générale, mais encore on voyait survenir ensuite tantôt des excroissances analogues sur d'autres points du corps, tantôt des élévations spongieuses, blanchâtres, sensibles et plates, dans la bouche, sur la langue, au palais, aux lèvres, tantôt de gros tubercules saillants et bruns dans les aisselles, au col, au cuir chevelu, etc. ; ou bien il se manifestait d'autres affections, parmi lesquelles je ne citerai ici que le raccourcissement des tendons des muscles fléchisseurs, notamment de ceux des doigts.

 

(1) Ordinairement, dans cette sorte de gonorrhée, l'écoulement ressemble dès le début à du pus épais, l'émission de l'urine cause peu de douleurs, mais le corps de la verge est gonflé et dur ; on remarque des nodosités glandulaires sur le dos de cet organe, et il est fort douloureux au toucher.

 

[§ 112] Mais la gonorrhée dépendante du miasme sycosique (1), les excroissances dont il est la source, c'est-à-dire la sycose entière, sont guéries de la manière la plus certaine et la plus radicale par l'usage intérieur du suc de thuya, homœopathique en pareil cas (2). Il suffit de donner ce suc à la dose de quelques globules de sucre gros comme des graines de pavot et imbibés d'une solution au décillionième (3), avec laquelle, au bout de quinze, vingt, trente ou quarante jours, on fait alterner une dose tout aussi faible d'acide nitrique étendu au billionième, qu'on doit laisser agir pendant le même laps de temps, pour obtenir la guérison parfaite de l'écoulement et des excroissances, c'est-à-dire de la sycose entière, sans qu'il soit nécessaire de rien appliquer à l'extérieur, sinon dans les cas les plus invétérés et les plus graves, où il convient de toucher une fois par jour les plus gros fics avec le suc entier des feuilles fraîches de thuya, étendu de parties égales d'alcool.


(1) Le miasme des autres gonorrhées ordinaires parait ne point pénétrer l'organisme entier, et ne faire qu'irriter localement les organes urinaires. Ces gonorrhées cèdent, soit à une dose d'une goutte de suc frais de persil, lorsque la fréquence des envies d'uriner en indique l'emploi, soit à une petite dose de suc de cannabis, de cantharides, ou de baume de Copahu, suivant les circonstances et la nature des autres accidents, mais toujours à de très hautes dilutions, quand un autre traitement violent, excitant ou débilitant, administré par des allopathes, n'a pas déterminé le réveil de la psore latente ; car alors, comme on le voit fréquemment, il reste une gonorrhée consécutive, souvent fort opiniâtre, qui ne peut être guérie que par un traitement antipsorique.

 

(2) Voyez mon Traité de matière médicale pure, traduit de l'allemand par A. J. L. Jourdan, Paris, 1834, t. III, p. 734.

 

(3) Si l'on est obligé de recourir à d'autres doses de thuya, on les choisit de préférence parmi les dilutions VIII, VI, IV, II ; en alternant ainsi les modifications du médicament, on facilite et l'on accroît son pouvoir d'affecter la force vitale.

 

[§ 113] Cependant si le malade est atteint simultanément d'autres affections chroniques, comme il arrive souvent après des méthodes aussi violentes que celles auxquelles les médecins allopathes ont recours contre les fics, on trouve souvent la sycose compliquée d'une psore développée (1), lorsque, ainsi qu'on le voit fréquemment, cette dernière existait déjà auparavant à l'état latent, ou bien même encore d'une syphilis, quand le malade a été préalablement mal traité d'une affection vénérienne chancreuse. En pareil cas, il est nécessaire d'attaquer d'abord la maladie la plus fâcheuse, c'est-à-dire la psore, par les médicaments antipsoriques spécifiques dont l'énumération sera donnée plus bas, et ensuite de mettre en usage les moyens indiqués contre la sycose, avant d'administrer la dose convenable de la préparation mercurielle qui, comme on le verra bientôt, convient le mieux contre la syphilis. Après avoir agi ainsi, on recommence le même traitement, s'il est nécessaire, en faisant alterner les trois méthodes jusqu'à parfaite guérison. Seulement il faut laisser à chacune des trois sortes de médicaments le temps d'accomplir son action.

 

(1) On ne la rencontre presque jamais à l'état développé, c'est-à-dire susceptible de se compliquer avec d'autres miasmes, chez les jeunes gens qui viennent d'être infectés de la sycose, sans avoir subi auparavant, de la part des allopathes, un traitement mercuriel ordinaire, qui ne peut jamais avoir lieu sans porter une atteinte grave à la constitution, et dont l'influence pernicieuse sur l'économie entière fait sortir la psore de son sommeil profond, lorsqu'elle existait déjà, comme il arrive souvent, dans l'intérieur du corps.

 

[§ 114] En ayant recours à cette méthode certaine contre la sycose, on n'a besoin d'appliquer aucun topique sur les excroissances, si ce n'est le suc de thuya, dans les cas invétérés et graves ; on se contente de les couvrir avec de la charpie sèche, lorsqu'elles fournissent un suintement.

 

 

DE LA SYPHILIS.

 

[§ 115] Le second miasme chronique, bien plus répandu que la sycose, et qui depuis près de trois siècles et demi alimente beaucoup d'autres affections chroniques, est la maladie vénérienne proprement dite, ou la maladie chancreuse (syphilis). La guérison de cette affection n'offre cependant de difficulté que dans le cas où elle est déjà compliquée avec une psore fort développée. On la trouve rarement associée à la sycose, mais alors elle l'est ordinairement aussi à la psore.

[§ 116] Dans le traitement de la maladie vénérienne, il faut distinguer trois états :

-1°) lorsque la maladie n'existe encore qu'avec son symptôme local propre, le chancre, ou, après la suppression de ce dernier, avec l'autre symptôme local tenant lieu de l'affection interne, le bubon ou poulain (1) ;

-2°) quand elle est seule à la vérité, c'est-à-dire non encore compliquée avec un second ou troisième miasme chronique, mais privée de son symptôme local, le chancre ou le bubon ;

-3°) quand elle est compliquée d'une psore développée, soit que le symptôme local existe encore, soit qu'il ait été détruit.

 

(1) Il est très rare que le coït impur soit suivi immédiatement d'un bubon, sans que des chancres aient précédé ; presque toujours le bubon ne survient qu'après la destruction extérieure du chancre, qu'il remplace d'une manière fort désagréable.

 

[§ 117] Le chancre survient ordinairement du septième au quatorzième jour après un coït impur, rarement plus tôt ou plus tard. Il apparaît la plupart du temps au membre qui a été infecté par le miasme. D'abord il se manifeste sous la forme d'une petite vésicule ; celle-ci dégénère en un ulcère solide à bords élevés, causant des élancements, et qui, lorsqu'on ne le guérit pas, reste pendant toute la vie fixé à la même place, s'accroissant seulement d'année en année, sans que les symptômes secondaires de la maladie vénérienne, de la syphilis, puissent éclater. (**1)

 

(**1) Note de l'éditeur : Voir ci-dessus la note n°1 du § 86 (ainsi que notre note complémentaire).

 

[§ 118] Pour porter secours au malade, le médecin allopathe détruit ce chancre par des applications âcres, cathétériques, dessicatives, parce qu'il le regarde, à tort, comme un ulcère produit, d'une manière purement locale, par l'infection locale elle-même, en un mot comme un simple symptôme local, s'imaginant, non moins à tort, qu'à l'époque de son apparition rien n'autorise encore à admettre l'existence d'une maladie vénérienne intérieure. Il conclut de ces prémisses fausses, qu'en détruisant localement le chancre, tout mal vénérien se trouve écarté du malade, et coupé en quelque sorte par la racine, pourvu qu'on ne laisse pas l'ulcère subsister trop longtemps, et que les vaisseaux absorbants n'aient point le temps de charrier le poison dans l'intérieur de l'organisme, de produire ainsi une infection vénérienne générale. Il ignore que l'infection vénérienne du corps entier a commencé dès le premier moment du coït impur, et qu'elle était accomplie avant même l'apparition du chancre. Dans son aveuglement, il anéantit localement le symptôme extérieur que la bonne nature destinait à réduire au silence la grande maladie vénérienne intérieure. Il oblige ainsi l'organisme à remplacer ce symptôme par un autre bien plus douloureux, par un bubon, qui marche rapidement vers la suppuration, et lorsque son art pernicieux réussit encore, comme c'est l'ordinaire, à faire disparaître ce nouvel accident, la nature n'a plus d'autre ressource que de déployer la maladie intérieure sous la forme d'affections secondaires bien autrement fâcheuses, que de faire éclater toute la syphilis chronique ; ce qu'elle fait avec lenteur, quelquefois seulement dans l'espace de plusieurs mois, mais d'une manière certaine et infaillible. Ainsi le médecin allopathe nuit au malade, bien loin de le servir.

[§ 119] Jean Hunter (1) dit qu'il n'y a pas un malade sur quinze qui échappe à la syphilis quand on ne détruit le chancre que d'une manière locale ; et, dans un autre endroit de son livre, il assure que l'apparition de la syphilis est le résultat constant de la destruction locale du chancre, même lorsqu'elle a lieu aussi promptement que possible, et dès le jour même de l'apparition de l'ulcère.

 

(1) Traité de la syphilis, avec des additions, par Ph. Ricord, Paris, 1815. (*2)

 

(*2) Note de l'éditeur : Hahnemann fait ici référence, non à l'édition française mais à la traduction allemande de cet ouvrage : "Abh. über die vener. Krankheit, Leipzig 1787. Pp. 551-553".

 

[§ 120] Fabre (*1) assure, non moins positivement, que la syphilis succède constamment à l'anéantissement local du chancre.

Petit excisa, chez une femme, une partie de la grande lèvre sur laquelle des chancres vénériens avaient paru depuis deux jours ; la plaie guérit, mais la syphilis ne s'en déclara pas moins.

 

(*1) Note de l'éditeur : Il manque ici une note : "Fabre (*2) assure (...)

 

(*2) Note de l'éditeur : "FABRE, Lettres, Supplément à son traité des maladies vénériennes, Paris 1786." (En français dans le texte).

 

[§ 121] Comment, après tous ces faits, après tous ces témoignages, les allopathes peuvent-ils encore refuser de voir et d'entendre la vérité ? Comment ont-ils pu ne pas reconnaître que la maladie vénérienne entière (la syphilis) est déjà complètement développée dans l'intérieur du corps avant que le chancre puisse apparaître, que c'est une faute impardonnable de s'exposer infailliblement à favoriser la manifestation de la syphilis déjà existante ? en détruisant le chancre par des moyens externes, et de laisser échapper l'occasion de la guérir facilement et sûrement, tandis que l'ulcère existe encore, par l'emploi du spécifique intérieur ? La maladie n'est point guérie tant que le chancre ne guérit pas de lui-même par l'action du remède interne ; mais elle l'est complètement dès que le remède seul, sans concours d'aucun topique, a fait disparaître le chancre et effacé jusqu'aux moindres traces de sa présence.

[§ 122] Je n'ai jamais vu, dans ma longue pratique, la syphilis éclater le moins du monde lors même que le chancre, qui ne disparaît jamais spontanément, restait en place pendant plusieurs années, sans qu'on y touchât, et que, comme on le conçoit aisément, il avait fait des progrès considérables, par suite de l'accroissement de la maladie vénérienne interne, ainsi qu'il arrive à tout miasme chronique quelconque abandonné à lui-même.

[§ 123] Mais, à quelque époque qu'on soit assez mal avisé pour détruire le symptôme local qui tient lieu de la maladie interne, l'organisme est prêt à faire éclater cette dernière sous la forme de syphilis, puisque la maladie vénérienne générale existe déjà dans l'intérieur du corps depuis le moment même de l'infection.

[§ 124] En effet, dès que, par suite d'un coït impur, le miasme syphilitique s'est trouvé imprégné dans la partie sur laquelle il a frotté, dès ce moment même il n'est plus local, et le système nerveux entier, tout le corps vivant a déjà perçu sa présence ; le miasme est déjà devenu la propriété de l'organisme entier. On a beau s'essuyer et se laver, avec quelque liqueur que ce soit (*1), et même, comme nous l'avons vu, on a beau exciser la partie, il est trop tard, tout est inutile. Il est vrai qu'alors on ne remarque, pendant les premiers jours, aucun changement morbide dans la partie qui a été infectée. Mais, à partir du premier moment de l'infection, le changement vénérien spécifique s'accomplit sans interruption dans l'intérieur du corps, jusqu'à ce que la syphilis se soit complètement développée dans l'organisme entier. Alors seulement, et point avant, la nature, chargée du mal interne, provoque le symptôme local propre à cette maladie, le chancre, et fait naître, ordinairement sur le point qui a été infecté d'abord, l'ulcère qu'elle destine à réduire l'affection intérieure au silence.

 

(*1) Note de l'éditeur : Il faut lire ici : "On a beau s'essuyer et se laver même sur-le-champ, avec quelque liqueur (...)".

 

[§ 125] Voilà pourquoi la guérison de la maladie vénérienne n'est jamais plus facile et plus prompte que quand le chancre ou le bubon n'a point été supprimé localement, que quand il existe encore sans changement, comme symptôme tenant lieu de la syphilis intérieure : car, dans cet état de choses, et surtout lorsqu'il n'y a point de complication avec la psore, on peut dire avec raison, et en s'appuyant sur une longue expérience, que nul miasme chronique, nul mal chronique provenant d'un miasme n'est plus curable et plus facile à guérir que celui-là.

[§ 126] Lorsque le chancre ou le bubon existe encore, et qu'il n'y a, ce qui est ordinaire chez les personnes jeunes et d'un caractère ouvert, aucune complication de psore développée, aucune affection chronique saillante d'origine psorique, car la syphilis ne se complique pas plus que la sycose avec la psore encore latente ; dans ce cas, dis-je, il suffit d'une seule petite dose de la meilleure préparation mercurielle pour guérir radicalement et à jamais, dans l'espace de quinze jours, la syphilis entière, avec son symptôme local ; alors, quelques jours après la prise d'une semblable dose de mercure, le chancre, sans aucun topique, se convertit spontanément en un ulcère de bon caractère, qui fournit une petite quantité de pus louable, et guérit de lui-même. Cette circonstance prouve sans réplique que le mal vénérien a été éteint aussi dans l'intérieur du corps. La guérison du chancre a lieu sans qu'il reste la moindre cicatrice, et sans que l'endroit où il siégeait conserve une couleur différente de celle des téguments sains. Mais le chancre auquel on n'oppose pas de moyens externes, ne guérirait jamais si la syphilis intérieure n'était pas déjà anéantie par la dose de mercure, puisqu'il est l'annonce naturelle et infaillible du moindre reste de syphilis encore existante.

[§ 127] En 1822, j'ai décrit la préparation d'un oxydule de mercure pur (1) (*2), que je considère encore aujourd'hui comme un des meilleurs remèdes antisyphilitiques, mais qu'il est difficile d'obtenir parfaitement bon. Pour arriver au but d'une manière plus simple, sans faire aucun détour, et sans cependant courir le risque de ne point y atteindre (car on ne saurait mettre trop de simplicité dans la préparation des médicaments), le mieux est de procéder comme il suit : on prend un grain de mercure coulant pur, qu'on broie pendant trois heures avec trois fois cent grains de sucre de lait ; après quoi on dissout un grain de la poudre, et on élève la liqueur à la puissance X, en la faisant passer successivement dans 27 flacons à dilution, d'après la méthode que je ferai connaître plus loin pour développer la vertu des autres substances médicamenteuses sèches.

 

(1) Voyez mon Traité de matière médicale, Paris, 1834, t. III, pages 22 et suiv. (*3)

 

(*2) Note de l'éditeur : Texte original : "Dans la deuxième édition du volume I de la "reine Arzneimittellehre" -matière médicale pure- (Dresden, 1822), j'ai décrit la préparation (...)".

Ce texte se trouve en effet dans la préface à Mercurius de cette 2e édition. Il est intéressant de noter que Hahnemann, dans la 3e édition de 1830, ne donne plus cette préparation, parce qu'il considère qu'elle est trop difficile à réussir.

 

(*3) Il est évident, par ailleurs, que la note qui se trouve ici dans le texte français, au bas de la page 125, est un ajout de JOURDAN (ou de BAILLIÈRE).

 

[§ 128] Autrefois je me servais de la dilution au billionième (II), dont, pour une dose, j'imbibais 1, 2, 3 globules, quoique les dilutions supérieures (IV, VI, VIII et enfin X) eussent quelques avantages à cause de leur action plus rapide, plus pénétrante, et cependant plus douce ; mais dans les cas où il devient nécessaire d'administrer une seconde ou une troisième dose (ce qui est rare), on peut prendre une dilution moins élevée.

[§ 129] Comme la présence du chancre ou du bubon, pendant le traitement, annonce que la syphilis subsiste encore dans l'intérieur, de même, lorsque ce chancre ou ce bubon disparaît, sous l'influence du seul médicament mercuriel donné à l'intérieur, sans qu'on ait recours à aucun remède dirigé contre le symptôme local lui-même, et sans que celui-ci laisse la moindre trace, il est parfaitement certain que tout vestige de la syphilis intérieure se trouve éteint au moment de la cicatrisation achevée du chancre, ou de la disparition du bubon.

[§ 130] Mais il suit non moins clairement de là que toute disparition du chancre ou du bubon qui succède à l'emploi de moyens purement externes, n'étant point l'effet de l'anéantissement de la maladie vénérienne interne par l'administration intérieure du remède mercuriel approprié, laisse la certitude que la syphilis existe encore dans le corps, et que tous ceux qu'on leurre de l'espoir d'une guérison parfaite, après les avoir soumis à un pareil traitement local, n'en demeurent pas moins pénétrés de la maladie vénérienne tout comme ils l'étaient avant la destruction du chancre.

[§ 131] Le second état dans lequel on peut rencontrer la syphilis à traiter, est celui, assez rare, où, chez un sujet d'ailleurs bien portant, qui n'est atteint d'aucune autre maladie chronique, qui n'a par conséquent point de psore développée, la suppression intempestive du chancre a été rapidement déterminée, par un allopathe (*1), à l'aide de moyens purement locaux, sans qu'on ait employé aucun remède interne ou externe capable d'ébranler fortement l'organisme. Comme il n'y a ordinairement point encore de complication de psore dans ce cas, l'apparition des symptômes vénériens secondaires, ou de la syphilis, est également prévenue, et l'homme se trouve débarrassé de toute trace de miasme vénérien, par le traitement interne fort simple qui vient d'être indiqué, c'est-à-dire par une égale dose de mercure au billionnième degré de puissance. Cependant la certitude de la guérison est moins patente que quand le chancre existe encore, et que l'influence du seul médicament interne en détermine la cicatrisation, après l'avoir ramené d'abord aux conditions d'un ulcère de bon caractère.

 

(*1) Note de l'éditeur : Au lieu de "par un allopathe", lire "par un médecin ordinaire" (vom gemeinen Arzte).

 

[§ 132] Cependant il existe aussi dans ce cas un signe annonçant que la maladie interne, non encore arrivée au degré de développement de la syphilis, est ou n'est point guérie ; ce signe demande seulement une grande attention pour être aperçu. En effet, lorsque le chancre n'a été que chassé de son siège par des moyens locaux, même dépourvus de toute âcreté, on découvre toujours, dans l'endroit qu'il occupait, un indice certain de non-extinction de la syphilis interne, c'est-à-dire une cicatrice livide, rougeâtre, rouge ou bleuâtre, tandis qu'au contraire lorsque la guérison (de la maladie entière) a été opérée seulement par le remède interne, que le chancre a disparu de lui-même sans la coopération d'aucun moyen externe, et que par conséquent il n'est plus nécessaire pour réduire au silence la maladie vénérienne interne, qui elle-même n'existe plus, on ne saurait distinguer la place qu'il occupait, la peau étant devenue là aussi unie et de la même teinte que partout ailleurs.

[§ 133] Si le médecin homœopathiste s'aperçoit, après une prompte extinction purement locale du symptôme vénérien extérieur, qu'il existe une cicatrice livide, annonçant la syphilis interne non encore éteinte, et si le sujet, auquel il s'agit maintenant de procurer une guérison absolue, jouit d'ailleurs d'une bonne santé, si par conséquent son affection vénérienne n'est point encore compliquée avec la psore, une seule dose de la meilleure préparation mercurielle, administrée comme il vient d'être dit, le délivre également et aussi facilement de tout reste de miasme vénérien. On peut se convaincre que la guérison est achevée lorsque, pendant l'action du spécifique, la cicatrice reprend la couleur des téguments sains, et que toute teinte livide disparaît.

[§ 134] Dans les cas même où, après la cicatrisation locale du chancre, un bubon s'est déjà manifesté, mais où le sujet ne se montre atteint d'aucune autre maladie chronique, où par conséquent la syphilis interne n'est point encore compliquée de psore développée, ce qui arrive rarement, alors le même traitement procure aussi une guérison complète, dont on acquiert la certitude à l'aide du même caractère.

[§ 135] Si l'on procède d'une manière convenable dans l'une et l'autre circonstance, la guérison est absolue, et l'on n'a plus à craindre que la syphilis éclate jamais.

[§ 136] Le plus difficile de tous les cas, le troisième, nous reste encore à examiner. Dans cet état, tantôt le sujet est déjà atteint d'une maladie chronique au moment où il contracte l'infection syphilitique, et par conséquent la syphilis se trouve compliquée de la psore pendant même l'existence du chancre ; tantôt, s'il n'y avait point encore de maladie chronique dans le corps à l'apparition du chancre, et s'il ne se montrait que les signes d'une psore sommeillant à l'intérieur, un médecin allopathe non-seulement a détruit le symptôme local par un long emploi de moyens externes fort douloureux, mais encore il a soumis le malade à un traitement interne très débilitant ou imprimant une violente secousse à la constitution. Il est résulté de là que la santé générale a été altérée (*1), que la psore, jusqu'alors latente, est sortie de son sommeil, et qu'elle a provoqué la manifestation d'affections chroniques, qui se sont alors associées à celles de la syphilis interne dont le symptôme extérieur avait été traité d'une manière si peu rationnelle : car il n'y a que la psore développée et dessinée sous la forme de maladies chroniques évidentes, qui puisse se compliquer avec le mal vénérien, la psore encore latente et sommeillante n'ayant pas cette faculté. Cette dernière ne s'oppose donc point à la guérison de la syphilis ; mais quand la maladie vénérienne se trouve compliquée avec la psore développée, il est impossible de la guérir seule.

 

(*1) Note de l'éditeur : "Il est résulté de là que la santé générale a été altérée". Le mot "altérée" est bien faible pour traduire l'allemand "untergraben", qui signifie "(creusée), minée, sapée".

 

[§ 137] Il n'est que trop commun, dis-je, après la destruction locale du chancre, de rencontrer la syphilis non guérie compliquée avec la psore sortie de sa léthargie, non pas toujours parce que celle-ci était déjà développée avant l'infection vénérienne, car ce phénomène est rare chez les personnes jeunes, mais parce que les traitements ordinaires de la maladie vénérienne la tirent violemment de son état de sommeil, et la déterminent à se déclarer. Des frictions mercurielles, des doses considérables de calomélas, de sublimé corrosif et d'autres mercuriaux âcres analogues, qui occasionnent de la fièvre, des diarrhées dysentériques, une longue salivation épuisant les forces, des douleurs dans les membres, l'insomnie, etc., sans posséder assez de vertu antisyphilitique, sont souvent employés, pendant des mois entiers, alternativement avec une multitude de bains chauds et de purgatifs débilitants ; en sorte que la psore interne latente, dans l'essence de laquelle il entre d'éclater toutes les fois que la santé générale reçoit une forte atteinte, s'éveille plus tôt que la syphilis ne cède à un traitement si mal conçu (**1), et vient s'associer à cette dernière, qu'ensuite elle complique.

 

(**1) Note de l'éditeur : Il faut lire : "sans posséder assez de vertu antisyphilitique pour guérir le miasme chancreux de façon douce, rapide et parfaite, sont souvent employés (...) la syphilis ne cède à un traitement si contraire au but que l'on se propose d'atteindre (eine so zweckwidrige Behandlung), (...)".

 

[§ 138] De cette manière, et par l'effet de cette association, naît ce qu'on appelle la syphilis larvée, et chez les Anglais pseudosyphilis, monstre produit par la réunion de deux maladies (1), qu'aucun médecin jusqu'à présent n'a pu ramener à la santé, parce que nul d'entre les médecins n'a jusqu'à ce jour connu la psore dans toute son étendue et dans sa nature, soit à l'état latent, soit à celui de développement, et qu'aucun n'a soupçonné même, bien loin de l'observer, cette effrayante complication avec la syphilis. Il ne s'en est donc trouvé aucun parmi eux qui pût guérir la psore développée, seule cause de cette syphilis bâtarde, qui, par conséquent, fût capable de débarrasser la syphilis de cette cruelle complication, afin qu'elle devînt curable, ce qu'elle n'est point sans cela, pas plus que ne l'est la psore quand on ne détruit pas la syphilis en même temps qu'elle.

 

(1) Il y a même plus de deux maladies après de pareils traitements ; les mercuriaux âcres à doses élevées et répétées ont ajouté aussi leur maladie médicamenteuse, ce qui, joint à la débilitation causée par de telles méthodes curatives, met le malade dans une position très fâcheuse. Ici le foie de soufre calcaire est encore préférable au soufre pur, comme antipsorique.

 

[§ 139] Il est de règle générale, pour attaquer avec succès cette syphilis dite larvée, qu'après avoir écarté tout ce qui pourrait exercer du dehors une influence nuisible sur le malade, en prescrivant un régime léger et nourrissant, et régularisant le reste du genre de vie, le médecin homœopathiste commence par employer contre la psore le remède antipsorique le plus homœopathique à l'état morbide présent, en se conformant aux préceptes qui seront tracés plus loin ; que, quand ce remède a épuisé son action, il en oppose aux symptômes encore saillants de la psore un second aussi approprié que possible ; qu'il donne à celui-là aussi le temps d'accomplir tout ce qu'il lui est possible de faire pour amender l'état du malade ; qu'ensuite il administre la dose, précédemment indiquée, du meilleur médicament mercuriel, et qu'il la laisse agir pendant trois, cinq ou sept semaines (**1), c'est-à-dire jusqu'à ce que les symptômes syphilitiques s'améliorent.

 

(**1) Note de l'éditeur : Ici, la traduction de JOURDAN est carrément fausse. Il faut lire : "trois, cinq ou sept semaines, c'est-à-dire tant qu'il continue à produire une amélioration des symptômes syphilitiques".

 

[§ 140] On n'arrive cependant point tout à fait au but par ce premier traitement, dans les cas anciens et difficiles. D'ordinaire alors il reste encore des maux et des incommodités qu'on ne peut pas dire positivement psoriques, d'autres aussi qu'on ne saurait mettre d'une manière précise sur le compte de la syphilis, et qui réclament des secours d'une autre espèce. Il est nécessaire, en pareil cas, de recommencer le traitement tel qu'il a été suivi la première fois, c'est-à-dire de commencer par choisir, entre les médicaments antipsoriques dont on ne s'est point encore servi, un ou plusieurs de ceux qui sont le plus homœopathiques, et de les donner au malade jusqu'à ce que ce qui semble encore ne point être syphilitique, c'est-à-dire ce qui a l'apparence psorique, disparaisse ; après quoi on administre de nouveau la dose indiquée du remède mercuriel, mais à un autre degré de dynamisation, et on laisse agir cette dernière non seulement jusqu'à ce que les symptômes évidemment syphilitiques des ulcères douloureux et picotants aux amygdales, les taches rondes et cuivrées à la peau, au cuir chevelu, à la verge, etc. ; les ulcères pâles, uniquement couverts de mucus, indolents et presque de niveau avec la peau, les boutons non pruriteux, sur un fond violacé, principalement à la face, les douleurs térébrantes nocturnes dans les os, les exostoses, etc.) aient disparu, mais encore des symptômes secondaires de la syphilis étant si peu fixes, que leur disparition n'est point une preuve de leur extinction totale) jusqu'à ce qu'on voie survenir les signes indicateurs de l'anéantissement complet du miasme syphilitique, le retour de la couleur naturelle, et l'entier effacement de la lividité qu'offrent les cicatrices produites par la destruction du chancre à l'aide de cathérétiques extérieurs. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : Les médicaments cathérétiques sont des topiques faiblement caustiques, ou des caustiques employés en petites quantités, de manière que l'effet s'en borne à produire une vive irritation et la formation d'une escarre très superficielle -d'après le dictionnaire de LITTRÉ (1863-72) et le Nouveau Larousse illustré (1897-1904).

 

[§ 141] Ma pratique ne m'a offert que deux cas (1) dans lesquels il y eût complication des trois miasmes chroniques, de la sycose avec la syphilis et la psore développée. L'affection triple fut traitée d'après les mêmes principes, c'est-à-dire que le traitement fut dirigé d'abord contre la psore, puis contre celui des deux autres miasmes chroniques dont les symptômes se montrèrent ensuite prédominants, et enfin contre le dernier. Il fallut combattre de nouveau un reste des symptômes psoriques encore subsistants, et leur opposer les remèdes appropriés ; après quoi les médicaments dont j'ai parlé plus haut firent disparaître ce qui restait encore de la sycose et de la syphilis. A cette occasion je ferai remarquer que la guérison parfaite de la sycose, qui s'est également emparée de l'organisme entier avant l'apparition de son symptôme local, s'annonce, comme celle du miasme chancreux, par la disparition absolue de la couleur livide qui reste après la simple destruction locale des fics, et qui est une preuve que la sycose interne n'est point encore éteinte.

 

(1) Un homme que sa femme avait infecté de la syphilis aux parties génitales (*2), sans qu'on pût savoir, d'après son rapport, s'il avait eu des chancres ou des fics, fut tellement maltraité par les mercuriaux les plus violents, qu'il perdit la luette, avec perforation du palais, érosion de la plupart des parties molles du nez, tuméfaction et phlogose du reste, qui paraissait percé de trous comme un gâteau d'abeilles, douleurs extrêmes et puanteur insupportable. Cet homme avait en outre un ulcère psorique à la jambe. Les remèdes antipsoriques amendèrent les ulcères jusqu'à un certain point, guérirent celui de la jambe, enlevèrent les douleurs cuisantes, et firent cesser en grande partie la fétidité du nez ; les moyens contre la sycose procurèrent aussi quelque bien : mais, somme totale, on ne parvint à produire des effets plus saillants qu'après avoir donné une petite dose d'oxydule de mercure, qui guérit le malade promptement, et le remit en pleine santé, à la perte près du nez.

 

(*2) Note de l'éditeur : JOURDAN a parfois l'art d'assécher un texte dont l'original est souvent bien savoureux ! Il faut lire : "Un maître briquetier des montagnes de Saxe, que sa femme, qui menait une vie dissolue, avait infecté de la syphilis (...)".

 

 

DE LA PSORE.

 

[§ 142] Avant de passer à ce qui concerne le troisième miasme chronique, le plus important de tous, ou la psore, il me paraît nécessaire de placer encore ici la remarque générale suivante.

[§ 143] La contagion, dans les trois seules maladies miasmatiques chroniques qu'on connaisse, n'exige ordinairement qu'un seul instant ; mais il faut un temps plus long pour que le principe contagieux ainsi reçu se développe en une maladie générale de l'organisme entier. Ce n'est qu'alors, an bout de plusieurs jours, quand la maladie miasmatique a acquis son développement interne complet dans l'homme tout entier, que, du fond de l'affection intérieure, sort le symptôme local destiné par la nature à exprimer le mal interne dans un certain sens, à le pallier, à lui servir de dérivatif, à le réduire au silence, de manière qu'il ne puisse pas porter un trop grand préjudice à l'économie et mettre la vie en danger, tant que ce symptôme persiste sur une des parties du corps dont les lésions sont le moins à craindre, c'est-à-dire à la peau, et dans la région de cette membrane où le miasme s'est trouvé immédiatement en contact avec les nerfs au moment de l'infection.

[§ 144] J'aurais dû penser que cette marche constante et toujours de la même nature dans les miasmes chroniques, et même dans les miasmes aigus fixes, n'échapperait point aux médecins, du moins en ce qui concerne la maladie vénérienne, au traitement de laquelle ils se livrent déjà depuis plus de trois cents ans, et que, de ce qui arrive dans cette affection, ils tireraient des conclusions applicables à ce qui se passe dans les deux autres miasmes chroniques ; mais le même vertige, la même irréflexion impardonnable qui leur a fait soutenir que, chez tout individu atteint du mal vénérien, le chancre provoqué, au bout de plusieurs jours et souvent d'un laps de temps considérable, par l'affection complètement développée dans l'intérieur, n'était qu'un accident venu du dehors, une chose fixée seulement à la peau (**1), de sorte qu'il suffisait de cautériser l'excoriation pour empêcher le virus d'être porté dans le corps par l'absorption et d'infecter l'économie entière ; la même irréflexion qui leur a fait admettre cette fausse théorie sur l'origine du chancre vénérien, et leur a suggéré une si funeste méthode de traitement, dont l'inévitable résultat est de provoquer certainement la manifestation de la syphilis jusqu'alors confinée dans le fond de l'organisme resté toujours malade ; ce même défaut de réflexion les a conduits, jusque même dans ces derniers temps, à considérer faussement aussi la gale comme une simple affection de la peau, à laquelle l'intérieur du corps ne prend aucune part, et contre laquelle, par conséquent, il n'y a rien de mieux à faire que de la détruire extérieurement, tandis que l'anéantissement de la maladie psorique interne, foyer de l'éruption cutanée, était le seul moyen de guérir celle-ci d'une manière conforme à la nature (*2).

 

(**1) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN est ici approximative et incomplète. Il faut lire : "de sorte qu'il suffisait de cautériser l'excoriation" pour empêcher que le poison provenant du chancre (scilicet !) ne puisse être absorbé dans l'intérieur de l'organisme et qu'ainsi l'être humain ne devienne un "malade vénérien" ; la même irréflexion qui leur a fait admettre cette fausse théorie sur l'origine du chancre vénérien, et leur a suggéré une si funeste méthode de traitement, dont l'inévitable résultat est de provoquer certainement la manifestation de la syphilis jusqu'alors confinée dans le fond de l'organisme resté toujours malade (chez quelque cent mille personnes ces trois derniers siècles) ; ce même défaut de réflexion les a conduits, jusque même dans ces derniers temps, à considérer faussement aussi la gale comme une simple affection de la peau, a laquelle l'intérieur du corps ne prend aucune part, et contre laquelle, par conséquent, il n'y a rien de mieux à faire que de la détruire extérieurement, tandis que l'anéantissement de la maladie psorique interne, qui engendre (Erzeugerin -la mère, celle qui engendre) l'éruption cutanée, était le seul moyen de guérir celle-ci d'une manière conforme à la nature, puisque cette éruption est nécessairement la conséquence de la maladie interne -cessante causa, cessat effectus."

Les guillemets dans l'intérieur du texte sont de Hahnemann. Traduisons les citations latines : "scilicet !", vraiment ! c'est cela ! c'est bien dit ! (cet emploi est évidemment ironique !) "cessante causa, cessat effectus", quand la cause cesse, l'effet cesse également.

 

(*2) Note de l'éditeur : Nous profitons de l'occasion pour signaler au lecteur que Hahnemann connaissait fort bien le sarcopte de la gale. On en a des preuves écrites. Dans sa traduction du Traité de chimie médicale et pharmaceutique de MONRO, qu'il publia en 1791, il ajoute quelque part une note dans laquelle il affirme que la maladie est due à une cause vivante, que cette cause est tuée par l'hydrogène sulfuré, et que tous les insectes (de ce temps-là, l'acare était considéré comme un insecte) sont tués par l'hydrogène sulfuré, Dans un quotidien allemand (Der Anzeiger, etc.) paru en juillet 1792, à la suite d'un article qui démontrait que la gale était due à de petits insectes vivants, Hahnemann ajoutait en note qu'il confirmait cette opinion, la seule qui se fondait sur l'expérience, disait-il ; il continuait en citant les noms de quelques autres auteurs qui avaient également observé la présence du parasite, et il terminait en vantant les mérites du traitement externe à base d'un mélange de foie de soufre et de crème de tarte. Le tout était signé "Dr Samuel Hahnemann" -d'après "The life and letters of Dr Samuel Hahnemann", par Thomas L. Bradford, first Indian édition, Calcutta, Roy Publishing House, 1970, pp. 186 a 188.

 

[§ 145] En effet, c'est dans son état complet, aussi longtemps que subsiste encore l'exanthème primitif destiné à faire taire l'affection interne, que la maladie entière est le plus facile à guérir et cède le plus promptement aux remèdes. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : Il faut lire : "que la maladie entière, la psore se laisse guérir le plus facilement, et de la manière la plus prompte et la plus sûre".

 

[§ 146] Mais dès qu'on l'a dépouillée de cette éruption cutanée primitive qui a la puissance de remplacer le mal interne, l'affection psorique se trouve dans un état contre nature ; elle est forcée de se jeter uniquement sur les parties intérieures du corps, et de déployer ses symptômes secondaires.

[§ 147] Il suffit donc, pour apprécier combien l'éruption cutanée est essentielle à la psore commençante, et combien on doit soigneusement éviter de la faire disparaître quand on veut attaquer cette dernière par l'intérieur, seule manière de la guérir radicalement, il suffit, dis-je, d'avoir égard à ce fait, que les maladies chroniques les plus graves qui, après la destruction de l'exanthème commençant, se sont manifestées comme autant de symptômes secondaires de la psore interne, ont souvent disparu avec tant de rapidité, par l'effet de révolutions considérables dans l'organisme qui faisaient renaître l'éruption à la peau, qu'on voyait cesser ainsi comme par miracle, du moins pour quelque temps, des maux quelquefois graves et datant même de plusieurs années. On peut consulter à cet égard, dans les observations qui ont été rapportées d'après d'anciens médecins, les numéros 1, 3, 5, 6, 8, (9), 16, (17), (21), 23, 33, 35, 39, 41, 54, 58, 60, 72, 81, 87, 89, 94. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "72, 81, 87, 89, 94, ci-dessus, mentionnés". Ces observations se trouvent au § 54 ci-dessus.

 

[§ 148] Mais qu'on ne se laisse point aller à conclure de là qu'après avoir éclaté sous la forme de maladies chroniques secondaires, lorsque son éruption cutanée a été détruite au dehors, la psore interne soit ramenée, par la réapparition de l'exanthème, au même état naturel qu'auparavant, et qu'il soit alors aussi facile de la guérir qu'avant la suppression de l'éruption primitive.

[§ 149] Il n'en est point ainsi. Car, comme l'exanthème qui succède primitivement à l'infection ne tient point d'une manière aussi fixe à la peau que les chancres ou les fics aux parties sur lesquelles ils se sont montrés d'abord (1), mais que, loin de là, il lui arrive fort souvent d'abandonner la peau, même par des causes autres (2) que l'application calculée d'un moyen propre à le faire disparaître, ou même par des circonstances inconnues (3) ; que, par conséquent, le médecin ne doit point perdre de temps pour recourir aux remèdes antipsoriques internes tandis que l'affection psorique est encore complète : tout délai convient beaucoup moins encore quand il s'agit de traiter ces éruptions secondaires, que la cause la plus légère suffit pour effacer, parce qu'elles sont généralement moins fixes encore, circonstance d'où on doit conclure qu'il leur manque une grande partie de ce qui caractérise l'exanthème primitif, et que le médecin ne doit point compter sur elles dans le traitement radical de la psore.

 

(1) Les chancres et les fics ne disparaissent jamais d'eux-mêmes, lorsqu'on ne les détruit pas par des moyens externes, ou qu'on ne guérit point la maladie entière par des remèdes intérieurs.

 

(2) Par exemple, sous l'influence du froid (voyez plus haut, n° 67), de la petite vérole (n° 39), des bains chauds (n° 35).

 

(3) Voyez les numéros 9, 17, 26, (36), 50, 58, 61, 64, 65, qui montrent en même temps qu'après ces disparitions spontanées de l'éruption psorique primitive, il ne survient pas, d'ordinaire, moins d'accidents qu'après sa destruction par des moyens locaux.

 

[§ 150] Cette facilité à disparaître de l'éruption psorique rappelée pour la seconde fois à la peau paraît dépendre évidemment de ce qu'après l'anéantissement local de l'exanthème primordial, la psore interne n'a plus le pouvoir de communiquer au nouveau qu'elle provoque les propriétés complètes de celui qui s'est montré la première fois à la suite de l'infection, et de ce qu'elle est beaucoup plus disposée à se déployer sous la forme d'autres maladies chroniques diverses ; circonstance qui multiplie singulièrement les difficultés d'une guérison radicale, et ne permet de l'effectuer qu'autant qu'on se borne exclusivement à attaquer la psore interne.

[§ 151] Il n'est donc d'aucun avantage pour le traitement que l'exanthème soit rappelé à la peau au moyen de remèdes internes, comme on y parvient quelquefois (voyez numéros 3, 9, 59, 89), ou que d'autres causes inconnues (voy. numéros 1, 5, 6, 8, 16, 23, 28, 29, 33, 35, 39, 41, 54, 58, 60, 72, 80, 81, 87, 89, 94), principalement une fièvre (voy. numéros 64, et aussi 55, 56, 74), le fassent reparaître. Cette éruption secondaire n'est jamais que très passagère ; en général, sa manifestation est un événement si peu certain et si rare, qu'il n'y a point à s'en servir pour baser le traitement, et qu'on ne doit pas compter sur elle pour rendre la cure radicale plus facile.

[§ 152] Lors même que nous posséderions les moyens de provoquer certainement cet exanthème, et qu'il serait en notre puissance de le maintenir plus longtemps à la peau, il n'y aurait encore aucun fond à faire sur lui pour diminuer les difficultés du traitement de la maladie psorique entière (1).

 

(1) Il fut un temps où n'étant pas encore bien convaincu de cette vérité, je croyais rendre la guérison de la psore entière plus facile en mettant l'art à contribution pour rappeler l'éruption cutanée, c'est-à-dire en déterminant une espèce de suspension de la faculté perspiratoire de la peau, afin de diriger homœopathiquement son activité vers le rappel de l'exanthème. Je trouvais convenable pour cela d'appliquer, la plupart du temps, sur le dos, on, si le cas l'exigeait, sur d'autres parties du corps, un emplâtre préparé en faisant fondre doucement six onces de poix de Bourgogne dans laquelle, après l'avoir retirée du feu, on délayait une once de térébenthine de Venise, jusqu'à ce que le mélange fût complet. Cet emplâtre était étalé sur un morceau de peau de chèvre chamoisée, et appliqué encore chaud. Cependant on peut aussi se servir du mélange de cire jaune et de térébenthine commune qu'emploient les jardiniers, ou d'un taffetas enduit de gomme élastique, ce qui prouve que la provocation de l'exanthème pruriteux n'était point due à une faculté irritante positive de la masse, car le même emplâtre ne fait naître ni éruption ni prurit, quand on l'applique à un sujet non atteint de la maladie psorique. Telle était, comme j'ai pu m'en convaincre, la méthode la plus efficace pour exciter cette sorte d'activité de la peau. Cependant, quelque patience qu'eussent les malades, et quelque atteints qu'ils fussent de la psore à l'intérieur, jamais il ne survenait une éruption psorique complète, ni moins encore durable pendant quelque temps. L'effet se bornait à ce que, parfois, il survenait quelques boutons pruriteux, qui ne tardaient pas à disparaître quand on débarrassait la peau de l'emplâtre. Le plus souvent il se manifestait une dénudation suintante de la peau, on, dans les cas les plus favorables, un prurit plus ou moins violent, dont le malade ressentait les atteintes le soir, qui rarement s'étendait à des parties du corps autres que celles sur lesquelles portait l'emplâtre, et qui alors soulageait incontestablement pour quelque temps les maladies chroniques, même les plus graves, reconnaissant la psore pour source, par exemple la suppuration des poumons. Mais tantôt les choses ne pouvaient pas être portées jusqu'à ce point sur la peau d'un grand nombre de malades, et l'effet se bornait souvent à un prurit modéré ou peu sensible ; tantôt, lorsque je parvenais à provoquer des démangeaisons vives, elles étaient trop insupportables pour que le malade pût les tolérer pendant tout le temps qu'exigeait le traitement interne si alors on enlevait l'emplâtre, pour lui procurer quelque soulagement, le prurit même le plus factieux disparaissait en peu de temps, avec l'exanthème encore subsistant, et le traitement n'avait reçu de là aucun avantage. Ceci confirme ce qui a été dit précédemment, que l'exanthème rappelé à la peau, comme aussi le simple prurit, ne possède pas, à beaucoup près, les propriétés pleines et entières de l'éruption primitive qui a disparu, et que par conséquent il n'est pas d'un secours fort efficace pour la cure radicale de la psore par des médicaments internes. D'ailleurs le peu de bien qu'il procure perd toute valeur à cause du tourment souvent insupportable que causent l'éruption et les démangeaisons excitées par l'art, et de l'affaiblissement général qui est l'inévitable suite de la douleur occasionnée par le prurit.

 

 

[§ 153] C'est donc une vérité bien établie, que l'époque à laquelle on guérit le plus facilement la psore entière par les remèdes antipsoriques est celle où existe encore l'éruption psorique primitive. Il s'ensuit également que, sous ce rapport aussi, les médecins allopathes agissent sans conscience lorsqu'ils anéantissent l'exanthème par des moyens locaux, au lieu de recourir à un traitement interne, facile encore alors, qui attaque cette redoutable maladie dans tout l'organisme, et d'étouffer ainsi en germe les suites fâcheuses qu'elle ne manquera pas d'entraîner un jour, c'est-à-dire toute la cohorte des affections chroniques secondaires.

[§ 154] En vain le médecin qui exerce son art dans le civil (car celui qui pratique dans les hôpitaux n'a pas la moindre excuse) s'écrie-t-il que, quand on ignore, ce qu'on ne peut presque jamais savoir d'une manière positive, où, quand, en quelle occasion et par quels rapports avec une personne manifestement galeuse la contagion a eu lieu, on ne saurait reconnaître si l'exanthème actuel, souvent fort peu considérable, tient réellement à la gale ; que, par conséquent, on ne doit pas le rendre responsable des suites fâcheuses quand il le prend pour une tout autre chose, et cherche, cédant aux vœux des parents, à l'effacer le plus promptement possible de la peau, soit par des lotions saturnines, soit par des frictions avec des pommades dans lesquelles il entre du blanc de plomb, de la calamine ou du précipité blanc.

[§ 155] Cette excuse, dis-je, n'est point admissible. Car, d'abord, lorsque le médecin veut agir avec conscience et d'une manière rationnelle, il ne doit jamais employer de moyens externes pour combattre une éruption cutanée, de quelque espèce qu'elle soit (1). La peau humaine ne produit aucun exanthème d'elle-même, sans le concours du reste de l'organisme, sans y être contrainte par l'état maladif du corps entier. Une éruption cutanée, quelle qu'elle soit, se rattache constamment à un état anormal de l'économie vivante, que, par conséquent, on doit, avant tout, prendre en considération et attaquer avec des moyens capables de modifier, d'amender, de guérir l'organisme entier, méthode par laquelle l'exanthème fondé sur la maladie interne guérit et disparaît de lui-même, sans qu'on ait besoin de recourir à aucun remède externe, et souvent avec plus de rapidité que quand on lui oppose des topiques.

 

(1) Voyez Organon de l'art de guérir, 5ème éd., §§ 187 à 203.

 

[§ 156] En second lieu, quand bien même le médecin ne serait point à portée de voir l'exanthème dans son état primitif, avant qu'il ait été détruit, c'est-à-dire sous la forme de boutons d'abord transparents, qui ne tardent pas à se remplir de pus, avec une petite auréole rouge, ne fut-il alors que très peu considérable, semblable à des papules miliaires, isolées, ou même ayant l'aspect soit de boutons excoriés, soit de petites croûtes, cependant il lui est impossible de douter un seul instant qu'il a affaire à l'éruption galeuse, quand l'enfant ou le nourrisson, âgé de quelques jours, frotte et gratte sans cesse la partie qui en est le siège, ou lorsque l'adulte se plaint d'éprouver un chatouillement pruriteux insupportable, surtout le soir et la nuit, qui ne permet pas qu'on s'abstienne de se gratter, et qui ensuite cause une ardeur brûlante. En pareil cas on ne saurait jamais douter de l'infection psorique, quoique, chez les gens riches et les personnes des hautes classes de la société, on parvienne rarement à savoir quand, où et par qui cette infection a été produite ; car, ainsi que je l'ai dit précédemment, il y a une foule de circonstances insaisissables qui peuvent y donner lieu.

[§ 157] Lorsque le médecin remarque (*1) ces symptômes à temps, il lui suffit, en évitant toute application extérieure, d'administrer un ou deux globules de sucre, gros comme des graines de pavot, et imbibés de l'alcool soufré dynamisé dont je parlerai plus loin, pour guérir un enfant de la maladie psorique tout entière, c'est-à-dire de l'éruption et de la psore interne ; ce remède sera bien suffisant et au delà.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "Lorsque le médecin de famille (der Hausarzt) remarque (...)"

 

[§ 158] Il est rare que, dans la pratique civile, l'homœopathe ait occasion de voir et de traiter une éruption psorique récemment produite par infection, qui s'étende au loin sur la peau. Le prurit insupportable qu'elle occasionne détermine les malades à réclamer le plus promptement possible les conseils de quelque bonne femme ou d'un apothicaire, qui leur prescrit des répercussifs d'une efficacité presque instantanée, par exemple, un mélange d'axonge de porc et de fleurs de soufre. C'est seulement dans les casernes, les prisons, les hôpitaux, les maisons de détention et les asiles d'orphelins, que les sujets atteints de l'affection sont obligés de s'adresser au médecin. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : JOURDAN a amputé la fin de l'alinéa : "s'adresser au médecin de la maison, si toutefois le chirurgien résidant ne l'a pas devancé".

 

[§ 159] Dès les temps les plus anciens où la gale s'offrait à l'observation, car elle ne dégénérait pas partout jusqu'au point de produire la lèpre, on reconnaissait au soufre une sorte de vertu spécifique contre cette affection ; mais on ne savait non plus, comme la plus grande partie des médecins modernes, qu'employer ce moyen à l'extérieur pour faire disparaître l'exanthème. Plusieurs onguents et pommades, dont quelques-uns consistent en soufre mêlé seulement avec du goudron, mais dont certains contiennent en outre du cuivre ou autres substances, sont indiqués dans Celse (*1) pour déterminer cette destruction de l'éruption cutanée qu'il regardait comme une guérison. De même aussi les anciens médecins faisaient, comme ceux d'aujourd'hui, baigner les galeux dans des eaux minérales sulfureuses chaudes. Les sujets atteints de la gale étaient ordinairement délivrés de l'exanthème par ces préparations sulfureuses extérieures ; mais ils n'étaient point réellement guéris par là, ce que prouvaient clairement les graves maladies qu'on voyait éclater à la suite ; par exemple, l'hydropisie générale dont mourut cet Athénien qui s'était débarrassé de la gale en prenant les bains sulfureux chauds de l'île de Mélos, ainsi que nous l'apprend l'auteur du cinquième livre des Épidémies, qui vivait trois siècles avant Celse, et dont l'ouvrage est rangé parmi ceux qu'on attribue à Hippocrate.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "sont indiqués dans Celse (V. 28) pour déterminer (...)". CELSE (Aulus Cornelius Celsus), célèbre écrivain romain contemporain d'Auguste (1er siècle de notre ère), qui nous a laissé un traité de médecine en huit livres, le De re medica.

 

[§ 160] Les anciens médecins ne donnaient pas de soufre à l'intérieur contre la gale, parce qu'ils ne s'étaient pas plus aperçus que les modernes que cette maladie miasmatique est simultanément et principalement intérieure.

[§ 161] Les modernes n'ont jamais non plus prescrit le soufre à l'intérieur seulement, pour la guérison de la gale, parce qu'ils n'ont également jamais reconnu cette affection pour une maladie interne en même temps qu'externe, et principalement interne. Ils ne l'ont administré que de concert avec le répercussif extérieur de l'exanthème, et à des doses qui déterminaient un effet purgatif, à celles de dix, vingt et trente grains par prise, souvent répétées, de sorte qu'ils ne pouvaient jamais apercevoir à quel point avait été utile ou nuisible cet emploi du soufre à l'intérieur, concurremment avec des moyens externes. Au moins était-il impossible que la maladie psorique entière fût jamais guérie radicalement par là. Cette méthode ne faisait, comme l'administration de tout autre purgatif quelconque, que déterminer la disparition de l'exanthème, avec des conséquences tout aussi fâcheuses que s'il n'eût point été donné de soufre à l'intérieur. Car le soufre, administré même à l'intérieur seulement, mais à doses aussi fortes que celles dont je viens de parler, ne peut jamais procurer la guérison radicale d'une psore, soit parce que, pour agir comme remède antipsorique et homœopathique, il exige qu'on ne le fasse prendre qu'aux plus petites doses, attendu qu'en proportions plus considérables et souvent répétées (1), il aggrave la maladie dans certains cas, ou du moins en ajoute une nouvelle à celle qui existait déjà, soit parce que l'action violente qu'il exerce fait que la nature l'expulse par les selles ou le vomissement, sans profiter de sa vertu curative.

 

(1) Je crois devoir placer ici les réflexions d'un homme qui a jugé l'homœopathie sans partialité et même avec connaissance de cause (*2). Après avoir admis qu'un moyen qui, dans l'étal normal, provoque déjà les symptômes a, b, g..., analogues à d'autres phénomènes physiologiques, agit, dans l'état anormal, de manière à convertir les symptômes morbides α, β, γ..., en symptômes a, b, g..., qui ont pour caractère de n'être que passagers, Bucquoy ajoute : "Mais ce groupe a, b, g (de symptômes médicamenteux), substitué au groupe α, β, γ (de symptômes morbides), n'acquiert le caractère d'une courte durée que parce qu'on a employé le médicament indiqué à une dose extrêmement faible. Si le médecin homœopathiste donne une trop forte dose du remède homœopathique, la maladie α, β, γ, peut bien être convertie en la maladie a, b, g ; mais cette nouvelle maladie tient autant au corps que l'ancienne, et l'organisme ne peut pas plus s'en débarrasser qu'il ne pouvait se délivrer de l'autre. Si l'on administre une dose très forte du remède, il se produit une maladie nouvelle, souvent fort dangereuse, ou bien l'organisme fait tout ce qui dépend de lui pour se débarrasser promptement du poison (par la diarrhée, le vomissement, etc.)"

 

(*2) Note de l'éditeur : Lire "un homme qui a jugé l'homœopathie sans partialité et même avec connaissance de cause, le comte Buquoy, dans ses Anregungen für ph. w. Forschung (Leipzig 1825, p. 386 sqq.)".

 

[§ 162] Maintenant si, comme le démontre l'expérience, la gale même la plus facile à guérir, c'est-à-dire l'affection psorique interne récente et accompagnée de son exanthème primitif, ne peut jamais l'être par l'emploi de répercussifs extérieurs combinés avec l'administration à l'intérieur de doses énormes et multipliées de soufre en poudre, on conçoit aisément que la psore dépouillée de son éruption cutanée, réduite à ne plus être qu'une maladie interne invétérée et déployée peu à peu en symptômes secondaires, sous la forme d'affections chroniques de toute espèce, ne saurait non plus être guérie ni par des quantités considérables de soufre en poudre, ni par une multitude de bains dans des eaux minérales sulfureuses, ni par l'usage simultané en boisson de ces eaux et d'autres semblables, en un mot par l'administration sans mesure et fréquemment répétée de ce moyen, qui est cependant par lui-même antipsorique (1). Il est vrai qu'un grand nombre de personnes ainsi atteintes de maladies chroniques paraissent être débarrassées pour quelque temps de leurs symptômes morbides primitifs, la première fois qu'elles font usage de ces bains ; ce qui explique pourquoi les malades affluent en si grand nombre à Tœplitz, Bade, Aix-la-Chapelle, Nenndorf, Warmbrunn, etc. Mais elles n'ont pas pour cela recouvré la santé ; au lieu de l'affection psorique qui les affligeait auparavant, une maladie sulfureuse, qui est d'une autre nature et peut-être plus supportable, est devenue pour quelque temps dominante en elles. Cette maladie s'éteint peu à peu, et alors la psore relève de nouveau la tête, soit avec les mêmes symptômes que par le passé, soit avec des symptômes d'une autre espèce, mais graduellement de plus en plus graves, ou fixés sur des parties plus essentielles à l'existence. Dans ce dernier cas, l'ignorant se réjouit de ce qu'au moins l'ancienne maladie, c'est-à-dire la série primitive des symptômes psoriques, a disparu, et il espère que la nouvelle maladie cédera complètement à un second voyage aux eaux minérales. Mais il ne sait pas que le changement survenu dans l'état du malade n'est que le résultat d'une modification de la même affection psorique ; l'expérience vient lui apprendre qu'une seconde saison passée aux eaux procure moins de soulagement que la première, et même que, quand le sujet a pris un plus grand nombre encore de bains sulfureux, sa santé s'en trouve bien plus détériorée qu'elle ne l'a jamais été.

 

(1) Employé à faible dose, le soufre, en sa qualité de remède antipsorique, ne laisse pas que de procurer un léger commencement de guérison des maladies chroniques non vénériennes. Je connais un médecin (*2) qui s'est fait une grande réputation uniquement parce que, sans savoir pourquoi il agit ainsi, il ajoute du soufre à toutes ses recettes, dans la plupart des maladies chroniques, ce qui, au début de pareils traitements, a coutume de produire des effets salutaires bien prononcés ; mais ce résultat favorable n'a lieu que dans les commencements, et bientôt on n'en voit plus aucune trace.

 

(*2) Note de l'éditeur : Lire : "Je connais un médecin, en Saxe, qui s'est fait (...)".

 

[§ 163] Ainsi, d'une part, l'administration à trop hautes doses du soufre sous toutes les formes, d'autre part, la répétition trop fréquente de son emploi tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, lui ont enlevé jusqu'à présent toute importance, toute utilité dans le traitement de la cohorte entière des maladies chroniques ou des affections psoriques secondaires, et l'on peut affirmer que jusqu'à ce jour les allopathes n'ont guère fait que nuire aux malades en le leur administrant.

[§ 164] Mais, en supposant même qu'on voulût, suivant les préceptes qui seront tracés plus loin, ne faire que l'usage convenable du soufre dans ces sortes de maladies, il sera néanmoins rare qu'on arrive par là au résultat désiré, à moins que le médecin homœopathe ne rencontre à traiter une maladie psorique éclatée depuis peu et encore munie de son exanthème. Car si, en vertu de l'incontestable propriété antipsorique dont il jouit par lui-même, il lui est possible de procurer un commencement de guérison, soit dans la psore encore cachée et sommeillante, soit dans celle qui s'est déjà plus ou moins prononcée sous la forme d'affections chroniques diverses, on peut rarement l'employer dans tous ces états, parce que d'ordinaire son efficacité a déjà été épuisée en pure perte, que les médecins allopathes l'ont déjà prescrit aux malades dans une intention ou dans une autre, que souvent même ils y ont déjà eu recours à plusieurs reprises, tandis que ce médicament, semblable sous ce rapport à la plupart des autres remèdes antipsoriques, doit à peine être administré deux ou trois fois de suite, même après qu'on a fait usage d'autres moyens dans les intervalles, si l'on ne veut pas que la cure rétrograde, au lieu d'avancer.

[§ 165] Jamais la guérison d'une psore ancienne, privée de son exanthème, qu'elle soit encore récente, ou qu'elle ait déjà éclaté en maladies chroniques, ne peut être accomplie avec du soufre seulement. On ne doit donc jamais l'attendre des bains sulfureux, naturels ou artificiels.

[§ 166] Je tombe ici sur une circonstance remarquable : c'est que, si l'on excepte la psore encore accompagnée de son exanthème primordial, et qu'il est si facile de guérir par l'intérieur, comme je l'ai déjà dit (1), toute autre constitution psorique (**2), soit encore latente dans l'organisme, soit manifestée sous la forme de quelqu'une d'entre les nombreuses maladies chroniques dont elle est la source, ne peut jamais être guérie par un seul remède antipsorique, mais exige qu'on emploie contre elle plusieurs de ces moyens, et réclame même, dans les cas les plus fâcheux, qu'on les administre tous l'un après l'autre, si l'on veut obtenir une guérison complète. (**3)

 

(1) La maladie psorique contractée récemment et encore pourvue de son exanthème cède la plupart du temps, sans nul remède externe, à une seule très petite dose d'une préparation de soufre convenablement dynamisée, et guérit ainsi dans l'espace de deux, trois ou quatre semaines. Une fois, la dose d'un demi-grain de charbon de bois à la millionnième puissance suffit pour une famille entière de sept personnes, et trois fois une pareille dose de sépia, amenée au même degré de dynamisation, se montra également suffisante.

 

(**2) Note de l'éditeur : "Toute autre constitution psorique" : le texte original dit "jede andre Psora-Verfassung", toute autre forme de psore, tout autre état psorique.

 

(**3) Note de l'éditeur : Il y a deux erreurs de traduction dans la suite du même alinéa. Il faut donc lire : "toute autre forme de psore, soit encore latente dans l'organisme, soit manifestée sous la forme de quelqu'une d'entre les nombreuses maladies chroniques dont elle est la source, ne peut que très rarement (sehr selten) être guérie par un seul remède antipsorique, mais exige qu'on emploie contre elle plusieurs de ces moyens, et réclame même, dans les cas les plus fâcheux, qu'on en administre un assez grand nombre (auch wohl vieler) l'un après l'autre, si l'on veut obtenir une guérison complète".

 

[§ 167] Cette circonstance ne doit point surprendre, si l'on réfléchit que la psore est un miasme chronique d'un caractère tout particulier, qui, après avoir depuis tant de siècles traversé plusieurs millions d'organismes humains, doit avoir fini par acquérir un immense cortège de symptômes, éléments de ces innombrables maladies chroniques non vénériennes sous le poids desquelles gémit l'humanité, et par être susceptible de revêtir, quand il se manifeste, des formes tellement diversifiées chez les différents individus, en raison de leur éducation, de leurs habitudes, de leurs occupations (1), de leur genre de vie, de leur régime, et d'autres influences physiques ou morales, qu'il n'y a pas lieu d'être étonné de ce qu'un seul médicament ne suffise jamais pour la guérison de la psore entière et de toutes ses formes, mais qu'il soit nécessaire d'en administrer plusieurs, afin de pouvoir agir d'une manière homœopathique, et par cela même curative, au moyen des effets morbides que chacun d'eux a le pouvoir de produire chez les sujets bien portants, sur l'immense quantité des symptômes psoriques, c'est-à-dire sur toutes les maladies chroniques non vénériennes (2).

 

(1) Occupations qui exercent davantage tel ou tel organe du corps, telle ou telle faculté de l'esprit ou du corps.

 

(2) Je m'abstiens de dire ici combien il m'a fallu d'observations, de recherches, de réflexions et d'expériences variées pour arriver enfin, dans l'espace de onze années, à pouvoir combler ce vide immense dans l'édifice de la médecine homœopathique, à compléter le traitement des innombrables maladies chroniques, et à rendre ainsi cet art aussi profitable que possible à l'humanité souffrante.

 

[§ 168] Ce n'est donc, comme je viens de le dire, que pendant la durée de l'éruption psorique, et quand il ne s'est encore écoulé que peu de temps depuis l'infection, qu'on peut guérir complètement la psore par le soufre seul, dont alors il suffit quelquefois d'une seule dose. Je laisse de côté la question de savoir si cet effet aurait lieu d'une manière certaine dans tous les cas d'exanthème encore existant à la peau, parce que l'ancienneté de cette éruption varie à l'infini ; car si elle souille la peau depuis quelque temps déjà, et que, bien qu'on ne l'ait point attaquée par des répercussifs extérieurs, elle commence d'elle-même à abandonner cette membrane, il est clair qu'alors la psore interne a déjà commencé à devenir prédominante, que l'exanthème n'en tient plus lieu d'une manière complète, et que déjà paraissent des maux d'une autre espèce, qui sont ou des signes de la psore latente, ou des affections chroniques développées par la psore interne. En pareil cas, le soufre ne suffit généralement pas plus qu'aucun autre remède antipsorique employé seul, pour procurer une guérison absolue, et il faut avoir recours aux autres médicaments antipsoriques, parmi lesquels on choisit tantôt celui-ci, tantôt celui-là, d'après l'état des symptômes qu'on observe, et en suivant les règles de l'homœopathie.

[§ 169] Le traitement homœopathique des innombrables maladies chroniques non vénériennes ressemble, quant aux points essentiels, à celui des maladies en général, tel qu'il est tracé dans mon Organon de l'art de guérir. Je vais seulement signaler ici les précautions spéciales qu'il importe d'observer dans les affections chroniques.

[§ 170] Je n'ai rien à dire que de général relativement au genre de vie et au régime du malade. C'est au médecin homœopathiste qu'il appartient de prescrire la marche qu'on doit suivre, sous ce rapport, dans chaque cas particulier. Je me contenterai de faire remarquer qu'en général il faut également écarter tout ce qui pourrait mettre obstacle à la cure. Cependant, comme il s'agit ici de maladies souvent fort anciennes, qu'on ne saurait en conséquence guérir d'une manière rapide, qui fréquemment pèsent sur des personnes avancées en âge et placées dans des conditions sociales diverses, auxquelles il est rarement possible de faire subir des modifications, soit chez les riches, soit chez les nécessiteux, soit même chez les pauvres, on est souvent obligé d'apporter des restrictions et des modifications au genre de vie sévère dont l'homœopathie fait un précepte : car sans cela on ne parviendrait point à guérir des affections si invétérées chez des individus qui diffèrent tant les uns des autres.

[§ 171] Ce n'est pas, comme les adversaires de l'homœopathie le disent, afin d'en diminuer le mérite, par la sévérité du régime et du genre de vie dont elle impose la loi, que cette méthode guérit les maladies chroniques : sa principale efficacité repose sur le traitement médical qu'elle leur fait subir. C'est ce dont on peut se convaincre chez une foule de malades, qui, ajoutant foi à ces illusions, se sont astreints pendant longues années au régime homœopathique le plus rigoureux, sans pouvoir diminuer l'affection chronique qui les tourmentait ; bien loin de là cette affection allait peu à peu en croissant, comme le font, d'après leur nature, toutes les maladies qui doivent leur origine à un miasme chronique.

[§ 172] Par ces motifs donc, et afin de rendre la cure possible et praticable, le médecin homœopathiste doit accommoder le régime et le genre de vie aux circonstances. En agissant ainsi il atteint au but du traitement d'une manière bien plus certaine, et par conséquent aussi beaucoup plus complète, que s'il s'en tenait obstinément à toute la rigueur des préceptes, qui sont inapplicables dans une multitude de cas.

[§ 173] Le journalier, quand il en a la force, doit continuer de se livrer à ses travaux ; le manufacturier, de remplir ses occupations ; le campagnard, de veiller à la culture des champs ; la femme, de soigner son ménage. Il faudra seulement interdire ce qui compromettrait la santé d'une personne même bien portante, point qui doit être abandonné à la sagacité du médecin.

[§ 174] Les hommes qui se livrent, non à des travaux exigeant un grand déploiement de forces, mais à des occupations qui les retiennent dans la chambre et les obligent ordinairement à rester assis, doivent, pendant le traitement, prendre l'air de temps en temps, sans pour cela mettre tout à fait de côté le genre d'industrie auquel ils se livrent.

[§ 175] On doit également faire un devoir aux gens riches d'aller plus souvent à pied qu'ils n'en ont l'habitude. Le médecin peut leur permettre les distractions innocentes d'une danse modérée, les plaisirs de la campagne qui ne dérangent point le régime, les réunions dont le principal but est de se livrer à des conversations familières ; il ne les privera pas de la musique, qui ne saurait leur être nuisible ; il ne leur interdira pas de suivre des leçons qui ne fatiguent pas trop l'esprit. Mais il leur permettra rarement le spectacle, et jamais le jeu de cartes. Il exigera qu'ils aillent moins souvent à cheval ou en voiture ; il écartera d'eux toute société qui pourrait exercer une influence nuisible sur leur moral, parce que le physique ne manquerait pas de s'en ressentir aussi. Les agaceries sans but sérieux des deux sexes l'un envers l'autre, la lecture des romans graveleux, des poésies érotiques, des livres de superstition seront totalement interdites (1).

 

(1) Certains médecins cherchent souvent à se donner un air d'importance en interdisant tout à fait l'acte vénérien aux personnes mariées qui sont atteintes de maladies chroniques. Mais si les deux parties y sont aptes et enclines, cette défense est au moins ridicule, puisqu'elle n'est ni observable ni observée. Un législateur ne doit jamais ordonner ce qui ne peut être ni exécuté ni contrôlé, et moins encore ce qui entraînerait de graves inconvénients si l'on s'y conformait. Quand l'un des deux époux est inapte au coït, l'union des sexes s'interdit d'elle-même. Mais de toutes les fonctions d'un couple uni par les liens du mariage, cet acte est celui qu'on peut le moins prescrire ou interdire. En pareil cas, l'homœopathie se borne à recourir aux médicaments, soit pour rendre l'aptitude à l'une des deux parties par l'usage d'antipsoriques ou d'antisyphilitiques, soit pour ramener des désirs trop impérieux au degré de vivacité qu'ils doivent naturellement avoir.

 

[§ 176] L'homme de cabinet recevra également le conseil de prendre davantage d'exercice au grand air, et, quand le temps ne le lui permet pas, de se livrer chez lui à de petits travaux mécaniques. Mais, pendant la durée du traitement, il ne lui sera permis d'occuper son esprit qu'à des travaux de tête, parce que, toutes les fois qu'il s'agit de guérir une maladie chronique grave, la lecture ne doit presque jamais être accordée, ou du moins elle ne doit l'être qu'avec de grandes restrictions, portant et sur la nature des livres sur lesquels elle peut s'exercer, et sur le temps qu'il est licite d'y consacrer ; elle doit être interdite à ceux qui ont l'esprit malade.

 

[§ 177] A quelque classe qu'appartiennent les malades atteints d'affections chroniques, il leur sera défendu d'employer aucun remède domestique, de prendre aucun médicament dans les intervalles qu'on sera obligé de laisser entre les prescriptions des moyens homœopathiques. Les parfumeries, les eaux de senteur et les poudres dentifrices seront également interdites à ceux des classes élevées. Si le sujet est habitué depuis longtemps à porter de la flanelle sur la peau, il ne faudra pas lui faire perdre brusquement cet usage ; mais, à mesure que la maladie s'amendera, et lorsque la saison deviendra chaude, on lui fera prendre d'abord des vêtements de coton, jusqu'à ce qu'il puisse finir par s'accoutumer à la toile. Les cautères ne peuvent être supprimés, dans des maladies chroniques graves, que quand le traitement interne a déjà fait faire des progrès notables vers la guérison, surtout s'il s'agit de personnes avancées en âge.

[§ 178] Le médecin ne doit pas céder aux vœux du malade pour qu'on lui permette de continuer l'usage des bains domestiques dont il avait contracté l'habitude ; il ne permettra que des lotions rapides, dont l'entretien de la propreté rend l'usage nécessaire de temps en temps. Il n'accordera point non plus la saignée, quelque accoutumé que le malade lui assure être à la fréquente répétition des émissions sanguines.

[§ 179] Quant à ce qui concerne le régime, les hommes de toutes les classes qui veulent se débarrasser d'une maladie chronique doivent s'astreindre à quelques privations. Si cette maladie ne consiste point en affections du bas-ventre, il n'est pas nécessaire d'imposer des restrictions trop sévères aux personnes des classes inférieures, principalement lorsqu'elles peuvent continuer d'exercer leur profession et de se livrer aux occupations qui mettent leur corps en mouvement. Le pauvre peut aussi guérir par les médicaments, en mangeant du sel et du pain ; l'usage modéré des pommes de terre, des bouillies, du fromage frais, ne met point obstacle à la guérison, pourvu qu'il soit plus avare d'oignons et de poivre pour relever le goût de ses maigres aliments.

[§ 180] Celui qui est jaloux de recouvrer la santé peut trouver jusque sur la table des princes des aliments qui répondent à toutes les exigences d'un régime conforme aux lois de la nature.

[§ 181] Ce qu'il y a de plus difficile pour le médecin homœopathiste, c'est de régler les boissons. Le café exerce, sur la santé du corps et de l'âme, la plupart des fâcheux effets que j'ai énoncés dans ma petite brochure sur l'usage de cette liqueur (*1) ; mais il est tellement passé en habitude, il est devenu un besoin si impérieux chez la plupart des nations dites civilisées, qu'on ne parviendrait pas plus à le supprimer qu'à extirper les préjugés et la superstition. Le médecin homœopathiste ne peut donc point songer à l'interdire d'une manière générale et absolue, dans le traitement des maladies chroniques. Les jeunes gens jusqu'à vingt ans, ou tout au plus jusqu'à trente, sont les seuls auxquels il puisse le défendre brusquement sans inconvénients notables ; mais les personnes qui ont passé la trentaine ou la quarantaine ne sauraient s'en déshabituer que peu à peu ; il faut donc que celles-là en prennent un peu moins de jour en jour, jusqu'à ce qu'elles soient arrivées à s'en passer tout à fait. D'ailleurs, la plupart des hommes le quittent brusquement sans en souffrir, si ce n'est tout au plus pendant les premiers jours. Il n'y a pas plus de six ans, je pensais encore qu'on doit le tolérer dans une certaine mesure, aux personnes âgées, qui ne se prêtent pas volontiers à y renoncer ; mais j'ai reconnu depuis que l'ancienneté de l'habitude ne lui enlève rien de ses effets nuisibles, et comme le médecin ne peut permettre que ce qui tourne au bien de son malade, il doit se faire une loi d'interdire absolument aux sujets atteints de maladies chroniques une boisson qui n'est propre qu'à leur nuire. Tous, s'il ont confiance en lui, n'hésiteront pas à suivre son avis dès qu'il parviendra à les convaincre que c'est dans l'intérêt de leur santé.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "ma petite brochure sur l'usage de cette liqueur (Wirkungen des Kaffees -des effets du café-, Leipzig, 1803) ; mais il est tellement passé en habitude (...)".

 

[§ 182] On peut en dire autant du thé, qui, tout en flattant le système nerveux, y porte sourdement une atteinte à la fois si profonde et si débilitante. Même le thé très léger, pris en petite quantité et une seule fois par jour, n'est jamais sans nuire, dans le traitement des maladies chroniques, aux personnes jeunes, ou âgées, qui en ont contracté l'habitude, et elles doivent le changer contre quelque autre boisson innocente. L'expérience nous a convaincu qu'elles écoutent volontiers, à ce sujet, les avis d'un homme qui a su mériter leur confiance.

[§ 183] Le médecin pourra se montrer plus facile à l'égard du vin, dont il n'est jamais nécessaire de priver entièrement les personnes atteintes de maladies chroniques. Les malades qui, depuis leur jeunesse, ont bu copieusement du vin pur (1), peuvent d'autant moins y renoncer brusquement ou complètement qu'ils sont plus avancés en âge. L'interdiction absolue de cette boisson aurait pour effet chez eux de faire fléchir rapidement les forces, d'empêcher la cure, et même de mettre la vie en danger. Ils se contenteront, pendant les premières semaines, de le mêler avec parties égales d'eau ; puis, peu à peu, ils y ajouteront deux, trois, quatre, enfin cinq ou six parties de ce liquide, avec un peu de sucre, dernier mélange qu'on peut permettre, pour boisson ordinaire, à tous ceux qui sont atteints de maladies chroniques.

 

(1) Il est peu convenable et d'ailleurs nuisible, même à l'homme qui jouit d'une santé parfaite, de faire sa boisson ordinaire du vin pur. La morale veut qu'il n'en use qu'avec modération, et les jours fériés. Le jeune homme ne peut calmer la fougue de ses désirs et se soumettre aux devoirs du mariage qu'en tant qu'il évite avec soin l'abus de la boisson ; c'est toujours à cet abus que remontent la gonorrhée et les chancres.

 

[§ 184] Il est bien plus indispensable encore de renoncer à l'habitude de l'eau-de-vie. Mais le médecin a besoin d'autant de circonspection pour affaiblir cette habitude que de persévérance pour y réussir. Lorsque la suppression totale de l'eau-de-vie nuit sensiblement aux forces, on la remplace pendant quelque temps par une petite quantité de bon vin pur, qu'ensuite on mêle avec plus ou moins d'eau, suivant les circonstances.

[§ 185] Comme c'est une loi immuable de la nature que notre force vitale produit constamment le contraire de l'action exercée (*1) par les puissances physiques et médicamenteuses, dans tous les cas où il y a possibilité de l'inverse de cette action, on conçoit, et l'observation le prouve, que les boissons spiritueuses, après avoir accru la force et la chaleur, doivent, en vertu de la réaction de la force vitale, avoir l'effet contraire pour résultat consécutif. Leur usage est toujours suivi d'une diminution de la vigueur et de la chaleur vitale, état que le vrai médecin ne saurait trop éloigner des personnes qu'il traite de maladies chroniques. L'allopathe seul, qui n'a jamais pris la peine d'observer, de réfléchir, d'apprécier les conséquences nuisibles de ces palliatifs, peut donner à ses malades le funeste conseil de boire journellement un vin pur et généreux pour se fortifier ; le véritable homœopathe n'agira jamais de cette manière. (*2)

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "notre force vitale produit constamment, dans l'organisme humain, le contraire de l'action (...)".

 

(*2) Note de l'éditeur : "le véritable homœopathe n'agira jamais de cette manière (sed ex ungue leonem !)".

Traduisons la citation latine : "C'est à la griffe que l'on reconnaît le lion", chaque artiste, chaque génie imprime sa "patte" particulière à son œuvre.

 

[§ 186] L'usage de la bière est une chose qui mérite de graves réflexions. Les raffinements que les brasseurs ont apportés dans ces derniers temps à leur art, en ajoutant diverses substances végétales à la décoction de malt, ont pour but non de préserver la bière de l'acidification, mais principalement de la rendre plus agréable au goût et plus enivrante, sans égard à l'influence fâcheuse qu'exercent sur la santé ces funestes additions, dont la police chercherait en vain les traces. Le médecin consciencieux ne peut donc pas permettre à son malade de boire tout ce qui porte le nom de bière, d'autant plus qu'à celles même que leur défaut d'amertume fait paraître moins suspectes, on ajoute fort souvent des substances narcotiques, pour leur procurer la faculté inébriante que tant de gens y recherchent.

[§ 187] Au nombre des choses qui sont généralement nuisibles aux personnes atteintes de maladies chroniques, il faut ranger les substances imprégnées de vinaigre et de jus de citron, qui incommodent surtout les sujets attaqués d'affections du système nerveux et des organes abdominaux, et qui, pour ce qui concerne les médicaments, détruisent les effets des uns, tandis qu'elles exaspèrent ceux de quelques autres. On doit donc ne permettre les fruits acides qu'en petite quantité à ces malades, leur recommander même d'user avec modération de ceux qui sont doux, et ne point conseiller les pruneaux, comme palliatif, à ceux qui sont habituellement constipés. Le veau trop jeune ne convient également pas à ces sujets, non plus qu'à ceux qui ont la digestion languissante. Ceux qui ont les facultés sexuelles affaiblies se borneront au poulet et aux œufs : ils éviteront la vanille, les truffes, le caviar, qui, en agissant d'une manière palliative, ne feraient qu'entraver la guérison. Les femmes dont les règles coulent peu abondamment doivent, par la même raison, se garder d'employer le safran et la cannelle. Le girofle, le poivre, le gingembre et les amers nuisent également, dans le cours d'un traitement homœopathique, aux personnes qui ont l'estomac débile. Il faut interdire aussi les légumes venteux dans les affections du bas-ventre, et toutes les fois qu'il y a tendance à la constipation. Le bœuf, avec de bon pain de froment ou d'orge, du lait et une petite quantité de beurre frais, telle paraît être la nourriture la plus naturelle et la moins capable de nuire à l'homme, par conséquent aussi aux personnes atteintes de maladies chroniques, pourvu seulement qu'on y ajoute peu de sel. Après le bœuf, viennent le mouton, le gibier, les poules et les pigeonneaux. La chair et la graisse d'oie et de canard conviennent encore moins que celles de cochon. On doit user rarement, et toujours en petite quantité des viandes salées et fumées.

[§ 188] Il faut éviter les herbages crus et hachés sur la soupe, les herbes aromatiques ajoutées aux légumes et le vieux fromage.

[§ 189] La meilleure manière de préparer le poisson de bonne qualité, est de le faire cuire dans de l'eau qui ne soit pas trop aromatisée : on n'en mangera qu'en petite quantité. Le poisson sec et fumé sera proscrit : le poisson salé ne sera permis que rarement.

[§ 190] La modération en tout, même à l'égard des choses les plus innocentes, est un devoir capital pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

[§ 191] L'usage du tabac exige une attention spéciale. On peut bien, dans quelques cas de maladies chroniques, permettre de fumer à ceux qui en ont contracté de longue main l'habitude, et qui ne crachent point ; mais il faut toujours y apporter des restrictions, surtout lorsque les facultés intellectuelles, le sommeil, la digestion, la défécation, sont en souffrance. Alors même que le sujet ne peut aller à la garde-robe qu'après avoir fumé, c'est un effet purement palliatif, qu'il faut supprimer, afin de régulariser les fonctions d'une manière durable par l'application homœopathique d'antipsoriques bien choisis. Mais une coutume plus fâcheuse encore est celle de priser, à titre de palliatif, contre l'enchifrènement et l'ophthalmie habituels ; elle apporte de grands obstacles au traitement des maladies chroniques, de sorte que, loin de la tolérer, il faut la diminuer d'abord, puis la supprimer le plus tôt possible, surtout parce que, dans l'enchifrènement, les substances médicamenteuses avec lesquelles se préparent les sauces qu'on ajoute à presque tous les tabacs, entrent en contact immédiat avec les nerfs de l'intérieur du nez, et nuisent comme pourraient le faire des médicaments étrangers administrés à l'intérieur.

[§ 192] Je passe à l'indication des autres circonstances qui apportent à la guérison des maladies chroniques des obstacles qu'on doit éviter.

[§ 193] Tous les événements de la vie qui sont capables de déterminer la psore encore latente, et reconnaissable seulement à quelques-unes des incommodités qui ont été signalées plus haut, à se manifester sous la forme de maladies chroniques (**1), ont aussi le pouvoir, quand ils tombent sur une personne atteinte d'une pareille affection, non-seulement de l'exalter et de la rendre plus difficile à guérir, mais encore, lorsqu'ils sont portés à un haut degré, de faire qu'elle devienne absolument incurable, à moins que la fâcheuse position du sujet ne change, d'une manière subite, à son avantage.

 

(**1) Note de l'éditeur : "A se manifester sous la forme de maladies chroniques". Le texte original dit : "zum Ausbruch in offenbare, chronische Krankheiten zu bringen", à (la) faire éclater sous la forme de maladies chroniques manifestes, évidentes.

 

[§ 194] Cependant ces événements sont de nature très diversifiée, et par conséquent aussi l'influence fâcheuse qu'ils exercent présente des degrés fort différents.

[§ 195] Des fatigues excessives, des travaux dans les endroits marécageux, des lésions et blessures considérables du corps, l'excès du froid ou de la chaleur, le défaut d'aliments suffisants pour apaiser la faim, ou leur insalubrité, etc., n'ont pas à beaucoup près autant de pouvoir que quelques mois d'une union mal assortie ou d'une conscience bourrelée, au milieu des superfluités de la vie, pour tirer le redoutable fléau de la psore du sommeil profond dans lequel elle était ensevelie, et faire qu'elle se manifeste sous la forme de maladies chroniques, ou aggrave celles qui existent déjà ; la santé d'un innocent souffrirait même moins d'un séjour de dix années dans une prison ou au bagne. La psore, jusqu'alors endormie au fond de l'organisme, et dont le sommeil donnait au favori du prince l'apparence d'une santé presque florissante, se déploie rapidement en affections chroniques du corps, ou dérange ses facultés intellectuelles et le conduit à la folie, lorsqu'un caprice de la fortune le précipite du rang brillant qu'il occupait, pour le faire tomber dans le mépris et l'indigence. La mort subite d'un fils unique provoque, chez une mère délicate et déjà malade de la psore, une suppuration incurable du poumon ou un cancer du sein. Un amour dédaigné plonge dans la mélancolie la vierge sensible déjà tourmentée par des accès d'hystérie psorique.

[§ 196] Combien n'est-il pas difficile, combien n'est-il pas rare, que le traitement homœopathique le mieux conduit améliore la situation de pareils infortunés !

[§ 197] Cependant ce sont les chagrins et les soucis (*1) qui contribuent le plus fréquemment à faire apparaître la psore latente sous la forme d'affections chroniques, et à rendre plus sérieux les maux chroniques déjà existants.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "Cependant ce sont le chagrin et les contrariétés (Gram und Verdruss) qui contribuent (...)".

 

[§ 198] Une tristesse continuelle ne tarde pas (*1) à exaspérer les traces même les plus faibles d'une psore encore latente, à faire qu'elle s'épanouisse rapidement en symptômes plus graves, et qu'elle donne lieu inopinément à l'apparition de maladies chroniques redoutables. Elle produit ce résultat d'une manière plus certaine et plus fréquente qu'aucune autre influence pernicieuse agissant sur l'organisme. Il n'est pas moins certain ni moins commun que cette cause aggrave les maux déjà existants.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "Un chagrin ininterrompu ou une vexation (ununterbrochner Kummer oder Aergerniss) ne tardent pas (...)" (les italiques sont de la main de Hahnemann).

 

[§ 199] Comme un bon médecin, lorsqu'il s'agit d'un traitement qui ne commence pas sous des auspices si défavorables, se fait un plaisir d'égayer autant que possible l'esprit de son malade et de le garantir de l'ennui, de même ici, et à plus forte raison encore, son devoir est de faire tout ce qui dépend de lui, tout ce que son influence peut produire, sur le sujet même ou sur ceux qui l'entourent, pour éloigner les sujets d'affliction et de contrariété. C'est là, ce doit être là le but principal de ses soins et de sa philanthropie.

[§ 200] Mais si la situation du malade sous ce rapport est sans remède, s'il n'a pas assez de philosophie, de religion ou d'empire sur soi-même pour supporter avec patience et résignation les maux et les malheurs qui ne viennent pas de sa faute, s'il s'abandonne sans frein à la tristesse (**2), au chagrin, sans qu'il soit au pouvoir du médecin d'écarter d'une manière durable cette cause destructive de la vie, la plus énergique de toutes, on agit avec prudence en s'abstenant de traiter la maladie chronique (1) et abandonnant le malade à son sort, parce que le traitement le mieux dirigé, avec les remèdes les plus appropriés aux souffrances physiques, ne peut absolument rien chez un homme en proie à des chagrins continuels, dont les ressorts de la vie sont à chaque instant détruits par les atteintes profondes que son moral reçoit. Il est absurde de continuer la plus belle de toutes les constructions, lorsque les fondements sont minés chaque jour, quoique peu à peu et graduellement, par le choc des vagues.

 

(1) Il faudrait alors que le malade eût des causes bien légères de chagrin ou de tristesse, qu'on pût par conséquent se borner à le traiter d'une affection morale par les remèdes antipsoriques appropriés au reste de sa maladie chronique : circonstance dans laquelle la guérison est non-seulement possible, mais même assez souvent facile à obtenir.

 

(**2) Note de l'éditeur : JOURDAN dit ici le contraire de Hahnemann. Il faut lire : "les maux et les malheurs qui ne viennent pas de sa faute, si le chagrin et les contrariétés s'abattent invariablement sur lui (stürmt Gram und Verdruss unabänderlich auf ihn ein), sans qu'il soit au pouvoir (...)". Hahnemann ne veut pas du tout dire que, si le malade ne fait pas un petit effort, il faut l'abandonner à son sort, mais que s'il est impossible de lever l'obstacle à la guérison constitué par des vexations continuelles, il y a peu d'espoir d'aboutir jamais à la guérison.

 

[§ 201] Les maladies chroniques sont presque aussi incurables chez les grands et les riches qui, sans compter les eaux minérales dont ils ont fait usage à plusieurs reprises (1) (*2), se sont déjà trouvés pendant quelques années entre les mains de médecins allopathistes divers, et souvent très nombreux, qui ont essayé sur eux tous les remèdes préconisés par la mode, en Angleterre, en France ou en Italie, et qui les ont accablés d'une multitude de drogues mélangées, jouissant d'une action très violente. Tant de médicaments inconvenants, qui sont déjà nuisibles par le seul fait de leur énergie et de leur fréquente répétition à hautes doses, rendent la psore de laquelle dépend toujours la maladie, même lorsqu'elle n'est point combinée avec la syphilis, plus difficile à guérir d'année en année, et finissent par la mettre absolument au-dessus des ressources de l'art, après que l'organisme a été pendant un grand nombre d'années en butte à de pareilles atteintes, si contraires au but qu'on se propose. Que ces puissances héroïques non homœopathiques aient ajouté, comme il est présumable, à la maladie primitive des maux nouveaux, devenus fixes et en quelque sorte chroniques par l'énormité et la fréquente répétition des doses, ou qu'un traitement si mal conduit n'ait fait qu'attaquer les diverses facultés de la vie organique, l'irritabilité, la sensibilité, la nutrition, et que, probablement par la réunion de ces deux causes, la fusion de tant de maux divers ait produit le monstre dans lequel nulle personne sensée ne saurait plus voir un mal naturel et simple, cette dégénérescence des parties et des forces les plus indispensables à la vie offre un chaos que le médecin homœopathiste doit hésiter à regarder comme susceptible de guérison.

 

(1) Chaque traitement aux eaux, même lorsque ces dernières ne sont pas contraires au mal (*3), doit être considéré comme emploi de doses considérables et souvent répétées d'un même médicament violent, dont l'action perturbatrice réussit rarement à procurer la guérison, mais contribue souvent à aggraver l'état du malade, et porte même atteinte aux sources de la vie.

 

(*2) Note de l'éditeur : "Les eaux minérales" : le texte original dit "mineralische Bäder", établissements où l'on prend des bains d'eaux minérales, bains, thermes. Hahnemann parle ici des gens qui "allaient aux eaux", qui "allaient prendre les eaux".

 

(*3) Note de l'éditeur : "Chaque traitement aux eaux". Le texte original dit "Bade-Kur", cure par les bains, traitement par les eaux minérales. A l'époque où JOURDAN traduisit les Maladies chroniques, les mots "cure thermale" désignaient uniquement une cure par les eaux naturellement chaudes (et le mot "cure hydro-minérale" n'avait pas encore été inventé !). -D'après les dictionnaires de BESCHERELLE (1843-46), LITTRÉ (1863-72), etc.

 

[§ 202] Non-seulement ces traitements incapables de guérir le mal primitif, et propres uniquement à ruiner, à débiliter l'organisme, hâtent l'exaspération de la psore, de dedans en dehors, mais encore ils engendrent de nouvelles maladies artificielles, de sorte que la force vitale sait souvent à peine comment elle doit s'y prendre pour résister à la double attaque qui la menace.

[§ 203] Si les tristes conséquences des atteintes indirectes que l'ancienne méthode de traitement porte à la vie n'étaient que des modifications purement dynamiques, elles s'effaceraient d'elles-mêmes par le seul fait de l'abandon de la méthode, ou du moins pourraient être combattues avec efficacité par les moyens de l'homœopathie. Mais elles ne sont pas dans ce cas ; elles persistent. Très probablement ces atteintes indirectes, continuelles et répétées, que l'allopathie porte à la libre sensible et irritable, par les hautes doses de ses médicaments énergiques et mal choisis, obligent la force vitale de faire les plus grands efforts pour prévenir sa ruine, et de chercher à modifier, dynamiquement ou matériellement, les organes internes attaqués avec si peu de ménagement, afin de les mettre à l'abri de l'orage. De même que l'instinct qui guide ses efforts conservateurs la porte à couvrir d'une épaisse couche de corne la peau délicate des mains, que des travaux grossiers exposent à être fréquemment endommagée par des corps durs ou des substances âcres : de même, dans les traitements allopathiques prolongés, qui n'ont pas le véritable pouvoir de guérir le mal chronique, qui, sans égard aux caractères propres de cette affection, attaquent indistinctement tous les organes internes, la force vitale, pour préserver ces derniers et l'économie entière d'une destruction inévitable, change leur texture et leurs propriétés, c'est-à-dire d'un côté diminue leur action ou les paralyse, émousse ou même éteint leur sensibilité, d'un autre côté épaissit ou endurcit les fibres les plus délicates, atrophie ou anéantit les plus énergiques, en un mot fait naître des dégénérescences, qu'à l'ouverture des corps on met ensuite sur le compte de la maladie primitive, et qui, dans tous les cas, constituent des états beaucoup moins susceptibles que cette dernière d'être guéris. Ce n'est que quand il reste encore assez de force dans un corps non courbé par le poids de l'âge, que l'homœopathie parvient à débarrasser dynamiquement la force vitale, qui, rendue à la liberté, se ranime peu à peu, et réussit à ramener aux conditions normales toutes ces productions hétérogènes que la nécessité l'avait obligée d'engendrer ; œuvre presque créatrice, qu'elle ne peut d'ailleurs accomplir qu'autant que les circonstances extérieures sont favorables, et qui souvent exige un long espace de temps, ordinairement même n'arrive point tout à fait à sa fin. L'expérience démontre chaque jour que plus l'allopathe met de soins, de patience et de persévérance à faire l'application de ses fausses et pernicieuses méthodes dans les maladies chroniques, plus il compromet l'organisation matérielle et la vie des malades.

[§ 204] Comment la meilleure de toutes les médecines, la vraie médecine elle-même, qui n'a jamais eu la prétention d'agir immédiatement sur des lésions organiques, pourrait-elle ramener en peu de temps à la santé des sujets qui ont été soumis, souvent pendant des années entières, à de telles causes d'altération ?

[§ 205] Le médecin n'a pas sous les yeux une maladie psorique naturelle et simple ; et lors même que les forces ne sont pas trop épuisées, ce qui arrive souvent, pour qu'au premier aspect même il ne se voie pas obligé de renoncer au traitement, ce n'est qu'après un très long espace de temps qu'il peut se flatter de procurer quelque soulagement, et jamais il ne doit promettre une guérison parfaite. Il faut que l'amélioration du genre de vie et la régularisation du régime fassent d'abord disparaître en quelque sorte d'eux-mêmes les nombreux maux chroniques engendrés par les médicaments, que cette cure préliminaire, objet de plusieurs mois, s'opère presque sans remède, à la campagne, avant qu'il retrouve une affection pure, semblable à la maladie primitive, et qu'il soit capable de la combattre (1).

 

(1) Au contraire, les maladies chroniques les plus redoutables, qui n'ont point été dénaturées par l'imprudence des médecins, guérissent ordinairement comme par miracle, en très peu de temps, et d'une manière durable, sous l'influence des antipsoriques, chez de pauvres artisans, dans l'humble demeure desquels on conçoit bien que n'afflue pas la foule des praticiens.

 

[§ 206] Malheur au jeune homœopathiste qui voudrait fonder sa réputation sur la guérison de pareilles maladies, dégénérées en véritables monstruosités par l'influence d'une multitude de mauvais procédés allopathiques ! De quelque soin qu'il soit capable, il échouera.

[§ 207] Un autre grand obstacle à la guérison de maladies chroniques avancées dépend de la constitution faible et énervée que les jeunes gens, mal élevés par des parents riches, se font au milieu des superfluités et des désordres d'une mauvaise société, par l'influence des passions destructives, des excès de toute espèce, de l'abus des femmes, des jeux de hasard, etc. On voit des êtres, souvent doués d'une complexion robuste dans l'origine, que leurs vices, frappant également sur le physique et sur le moral, ont réduits à n'être plus que des ombres d'hommes, et qui, par des traitements mal dirigés de leurs maladies vénériennes, ont ordinairement miné à tel point les sources de la vie en eux, que la psore, si fréquemment inhérente à leur organisme, se déploie en affections chroniques des plus déplorables, auxquelles même, lorsque les malades sont revenus de leur immoralité, les reproches qu'ils se font et le peu d'énergie des forces vitales qui leur restent encore, ne permettent qu'avec une peine extrême d'appliquer quelques remèdes antipsoriques. Le médecin homœopathiste doit n'entreprendre le traitement de pareils malades qu'avec hésitation, et mettre beaucoup de réserve dans ses promesses de guérison.

[§ 208] Mais alors même que l'on ne rencontre pas ces obstacles, souvent presque insurmontables, à la guérison des innombrables maladies chroniques (1), il se présente cependant quelquefois, surtout dans les basses classes de la société, une difficulté qui tient à la source même de l'affection. C'est quand, à la suite de plusieurs infections successives, suivies chacune de la suppression de l'exanthème, la psore s'est peu à peu déployée, dans l'intérieur, en une ou plusieurs maladies chroniques graves. En pareille circonstance, la guérison est certaine, à la vérité, au moyen d'un emploi bien dirigé des remèdes homœopathiques, mais elle exige beaucoup de temps, une grande patience, et, de la part du malade, une exactitude scrupuleuse à suivre les prescriptions, pourvu encore qu'il ne soit pas trop avancé en âge, et qu'il n'ait pas trop perdu de ses forces.

 

(1) Il y a encore un obstacle très commun, mais presque toujours négligé, au traitement homœopathique des maladies chroniques, c'est la non-satisfaction de l'appétit vénérien (*2) chez les adultes des deux sexes, soit que le mariage n'ait pu avoir lieu, par des causes diverses au-dessus des ressources de la médecine, soit qu'un médecin inintelligent, comme il n'arrive que trop souvent, ait interdit d'une manière absolue les plaisirs de l'hyménée à une femme faible unie à un homme robuste, ou à un homme débile uni a une femme robuste. En pareil cas, l'homme de l'art qui prend en considération les circonstances et les penchants innés, lèvera l'interdiction, et par cela seul rendra souvent curables une multitude de symptômes hystériques ou hypochondriques, même parfois la mélancolie et l'aliénation mentale.

 

(*2) Note de l'éditeur : La "non-satisfaction de l'appétit vénérien". Le texte allemand dit "Der unterdrückte Geschlechtstrieb", ce qui signifie littéralement "la suppression de l'instinct sexuel" (remarquer que ces mots sont soulignés dans le texte allemand).

 

[§ 209] Cependant il n'est pas jusqu'à ces cas difficiles dans lesquels on ne reconnaisse les sages dispositions de la nature pour nous soulager, lorsque nous savons saisir le moment favorable. En effet, l'expérience prononce que, dans une gale récemment produite par contagion, lors même qu'après plusieurs infections et répercussions successives la maladie psorique interne à déjà fait des progrès considérables vers la production d'affections chroniques d'espèces diverses, la gale survenue en dernier lieu, si on ne l'a point encore privée de son exanthème primitif, est presque aussi facile à guérir que si elle était la première et unique ; qu'en conséquence, elle cède ordinairement à une seule dose des préparations sulfureuses indiquées plus haut, et que, de cette manière, la psore due à toutes les infections précédentes se trouve elle-même guérie, ainsi que les maladies chroniques dont elle avait provoqué la manifestation (1).

 

(1) Ce cas est aussi celui de la syphilis, lorsqu'après la destruction locale d'un chancre ou d'un bubon, suivie de la manifestation d'une vérole constitutionnelle, il survient une nouvelle infection. Tant que le nouveau chancre subsiste, la maladie produite par la nouvelle infection et l'ancienne cèdent ordinairement à une seule dose de la meilleure préparation mercurielle, et sont aussi faciles à guérir de cette manière que si l'on avait le premier chancre sous les yeux, en supposant qu'il n'y ait point de complication avec l'un des deux autres miasmes chroniques, notamment avec le psorique, car alors il faudrait commencer par détruire ce dernier, comme je l'ai enseigné précédemment.

 

[§ 210] Il n'est cependant pas toujours possible de recourir (**1), pour faire naître ces circonstances favorables à la guérison d'anciennes psores plusieurs fois renouvelées, à dés moyens artificiels qui consistent à inoculer la maladie, en supposant qu'ils n'inspirent pas de répugnance au sujet, comme il arrivé fréquemment. En effet, lorsque la constitution est en proie à dés maladies chroniques gravés, d'origine non vénérienne et par conséquent psorique, par exemple à une suppuration déjà fort avancée dés poumons, à une paralysie complète d'une ou plusieurs parties du corps, etc., le miasme de la gale prend rarement (*2), et même, à ce qu'il paraît, moins souvent après l'inoculation qu'à la suite d'une infection due au pur hasard.

 

(**1) Note de l'éditeur : La traduction, ici, va à contresens ; il faut lire : "Il ne convient cependant pas de recourir, pour faire naître (...)"

 

(*2) Note de l'éditeur : "le miasme de la gale prend rarement et, comme le montre l'expérience, il prend moins souvent après l'inoculation qu'à la suite d'une infection due au pur hasard".

 

[§ 211] Il me reste peu de choses encore à dire au médecin déjà versé dans la médecine homœopathique, afin de lui faire connaître la manière dont il doit s'y prendre pour traiter lés maladies chroniques, et je n'ai plus qu'à le renvoyer aux médicaments antipsoriques, à la fin de cet ouvrage : car c'est lui qui doit savoir s'en servir pour remplir le but qu'il se proposé. Je n'ai plus qu'à parler de quelques précautions qu'il est indispensable d'observer.

[§ 212] D'abord il reste bien établi que toutes les affections chroniques, même les plus graves, si l'on en excepte un petit nombre qui sont vénériennes, procèdent uniquement de la psore, et ne peuvent disparaître que par la guérison de cette dernière, en sorte qu'on doit les traiter exclusivement au moyen des remèdes antipsoriques, c'est-à-dire de ceux qui, dans leurs effets purs sur l'homme en santé, font naître la plupart des symptômes qu'on observe le plus fréquemment chez les personnes atteintes de psore latente ou déclarée.

[§ 213] En conséquence, il est de règle pour le médecin homœopathiste, quand il traite soit une maladie chronique non vénérienne, soit un des symptômes ou accidents de cette affection, quelque nom qu'il puisse porter dans le vulgaire ou dans la pathologie, de s'en tenir à l'emploi de médicaments antipsoriques, choisis exactement homœopathiques ; c'est là le seul moyen pour lui d'arriver sûrement à son but.

[§ 214] Si, pendant l'action d'un remède antipsorique (*1), il vient à se manifester, par exemple, une céphalalgie modérée, ou quelque autre accident léger, qu'on ne se laisse point aller à donner de suite un autre médicament, soit antipsorique, soit non antipsorique ; qu'on n'agisse pas de même (*2) s'il survient un mal de gorge, puis s'il se déclare de la diarrhée, ou des douleurs dans telle ou telle partie du corps, etc.

 

(*1) Note de l'éditeur : Compléter la traduction de la manière suivante : "Si, pendant l'action d'un remède antipsorique bien choisi, il vient à se manifester (...)".

 

(*2) Note de l'éditeur : "Qu'on n'agisse pas de même" : il faut lire ici, tout simplement : "de même s'il survient un mal de gorge (...)".

 

[§ 215] Ce n'est point ainsi qu'on doit agir. Il faut, dans la règle, après avoir choisi, aussi bien que possible, le médicament antipsorique, au degré convenable de dynamisation, et l'avoir donné à la dose nécessaire, lui laisser le temps d'épuiser son action, sans faire prendre aucun autre remède qui soit capable de la troubler.

[§ 216] En effet, si les accidents qui se déclarent pendant l'action de ce médicament ont déjà existé de la même manière chez le malade, sinon dans les derniers quinze jours, du moins plusieurs semaines ou même quelques mois auparavant, on peut ne voir en eux que le résultat de la simple excitation homœopathique, produite par le remède, d'un symptôme qui n'est point ordinaire dans la maladie, ou qui jadis s'est montré plus fréquemment. (**1) C'est alors un signe certain que le médicament a pénétré profondément dans l'essence de cette maladie, qu'en conséquence il sera d'autant plus efficace par la suite. Il faut donc laisser à ce remède tout le temps nécessaire pour épuiser son action, sans se permettre jusque-là d'en administrer aucun autre au malade.

 

(**1) Note de l'éditeur : C'est ici la première mention que fait Hahnemann de ce qui portera plus tard le nom de "Loi de Hering". Pour plus de détails, voir le § 254 (ainsi que notre note complémentaire sous le § 254).

 

[§ 217] S'il s'agit de symptômes qui n'aient encore jamais existé, du moins sous cette forme, qui, d'après cela, n'appartiennent qu'au remède, auxquels on ne doive point s'attendre dans le cours de la maladie, et qui cependant aient peu de gravité, ce n'est point encore là un motif suffisant pour interrompre sur-le-champ l'action du médicament. Ces symptômes se dissipent souvent, sans porter aucun préjudice à la vertu curative du remède bien choisi. Mais lorsqu'ils ont une intensité qui les rend à charge, on ne doit pas les souffrir : car ils annoncent que le médicament antipsorique a été mal choisi, qu'il n'était pas exactement homœopathique. Il faut alors ou détruire l'action de ce remède par un antidote, ou, si l'on ne connaît pas d'antidote qui puisse le combattre, administrer un autre moyen antipsorique plus en harmonie avec l'état maladif. En agissant ainsi, les faux symptômes persévèrent ou renaissent encore pendant quelques jours, mais ils finissent par disparaître d'une manière durable et faire place à un meilleur état de choses.

[§ 218] Ce dont on doit le moins s'inquiéter, c'est lorsque les symptômes ordinaires s'exaspèrent sous l'action (*1) des remèdes antipsoriques, reparaissent surtout pendant les premiers jours, se montrent encore dans quelques-uns des jours suivants, mais finissent ensuite par devenir de plus en plus rares. Cette aggravation, qu'on peut appeler homœopathique, est une preuve d'un commencement de guérison ; elle annonce peut-être qu'on peut compter à coup sûr, du moins pour le moment actuel, sur celle des symptômes qui sont portés à un tel degré d'exaltation.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire ici : "Ce dont on doit le moins s'inquiéter, c'est lorsque les symptômes habituels en cours (die gewöhnlichen, gangbaren Symptome) s'exaspèrent sous l'action (...)".

 

[§ 219] Mais si cette exaltation des symptômes primitifs est autant ou même plus considérable au bout de quelques jours que dans les premiers moments, c'est une preuve que le remède antipsorique, quoique parfaitement homœopathique, a été donné en trop grande proportion. Il est à craindre alors que la guérison ne soit pas effectuée par lui, attendu qu'administré à trop forte dose, il détermine bien des symptômes semblables à ceux de la maladie, mais qu'à raison de la violence avec laquelle son action s'exerce, il en provoque d'autres encore, destructeurs de cette ressemblance, qui à la maladie chronique naturelle en substituent une autre analogue, plus considérable et plus grave même, sans que l'affection ancienne et primitive soit éteinte pour cela.

[§ 220] Cet effet se décide, dans les seize, dix-huit ou vingt premiers jours de l'action du remède donné à trop forte dose, et dont on doit alors arrêter l'impression sur l'économie, soit en prescrivant son antidote, soit, si ce dernier n'est pas encore connu, en administrant, à dose très faible, un autre médicament antipsorique approprié le mieux possible à l'état des symptômes actuels, et, si ce dernier ne suffit pas encore pour détruire la maladie médicinale intercurrente, en ayant recours à un second moyen qui soit, autant que possible, homœopathique au reste des accidents (1).

 

(1) J'ai éprouvé moi-même ce revers, qui nuit tant à la guérison, et qu'on ne saurait par conséquent éviter avec trop de soin, lorsque je donnais à trop haute dose la sepia, dont l'énergie m'était encore inconnue. Mais je l'ai éprouvé d'une manière bien plus sensible encore en faisant prendre la dissolution au billionième du lycopode et de la silice, à la dose de quatre ou six globules de sucre gros comme des graines de pavot.

 

[§ 221] Lorsque, par le moyen d'un antidote, ou par l'emploi consécutif de quelques autres antipsoriques, on est parvenu à paralyser l'agression perturbatrice qu'un remède, parfaitement homœopathique d'ailleurs, mais donné à trop forte dose, avait exercée sur l'économie, ce même remède, qui n'avait nui que par son excès d'énergie, peut être remis en usage aussitôt qu'il redevient homœopathique, et le succès n'en couronne pas moins alors son administration. Seulement il faut le donner à dose beaucoup moins forte et infiniment plus étendu, c'est-à-dire doué de propriétés fort adoucies.

[§ 222] Généralement parlant, le médecin peut commettre trois fautes graves :

1°) de croire trop faibles les doses auxquelles l'expérience, appuyée sur de nombreux essais, m'a contraint de recourir pour chaque médicament antipsorique ;

2°) de choisir un médicament qui ne convienne pas ;

3°) de ne pas laisser à chaque dose le temps nécessaire pour qu'elle épuise son action. (*1)

 

(*1) Note de l'éditeur : Il faut lire ici : "3° la précipitation, qui fait que l'on ne laisse pas à chaque dose le temps d'épuiser son action (die Uebereilung, jede Gabe nicht hinlänglich auswirken zu lassen)".

 

[§ 223] Il vient d'être question de la première faute, et j'ajouterai seulement qu'on ne courrait aucun risque (*1) en prescrivant des doses plus faibles encore, s'il était possible, que celles qui ont été indiquées par moi-même. Ces doses ne peuvent presque jamais être trop faibles, pourvu que, dans le régime et la conduite du malade, on évite tout ce qui serait capable d'en empêcher ou d'en détruire l'action. Elles n'en produisent pas moins tout ce qu'on peut attendre de bon du médicament, quand celui-ci a été bien choisi, c'est-à-dire mis en accord parfait avec les symptômes bien observés de la maladie, et que le malade ne fait rien qui en trouble les effets ; et si le remède n'avait pas été parfaitement choisi, du moins resterait-il par là ce grand avantage, qu'alors on aurait moins de peine à faire cesser son action, ce qui permettrait de recourir sans délai à un antipsorique mieux approprié.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "j'ajouterai seulement qu'on ne pécherait en rien (dass man nichts damit versieht -qu'on ne commettrait aucune faute, aucune erreur) en prescrivant des doses plus faibles encore (...)".

 

[§ 224] Quant à la seconde faute, celle de pécher par un choix non homœopathique du médicament, l'homœopathe qui débute (et malheureusement il y en a beaucoup qui restent débutants toute leur vie) peut la commettre par légèreté ou par insouciance.

[§ 225] Pour remplir dignement sa mission, l'homœopathe doit bien se convaincre qu'il n'est point d'acte au monde qui exige plus de conscience que le traitement d'une vie d'homme mise en danger par la maladie. Son premier soin sera donc de bien étudier l'état entier du malade, d'aller à la recherche des circonstances commémoratives (*2), de découvrir les causes qui entretiennent son mal, de scruter son genre de vie, d'étudier son caractère, son esprit, sa constitution (d'après les préceptes qui sont tracés dans l'Organon) ; après quoi, il cherchera, tant dans le Traité des maladies chroniques lui-même, que dans la Matière médicale pure et ailleurs, le médicament dont les effets propres ont le plus de ressemblance, sinon avec toutes les particularités du cas présent, du moins avec les plus saillantes. Il ne se contentera pas, pour cela, de recourir aux répertoires (1) (**3), qui ne sont propres qu'à mettre sur la voie de telle ou telle substance susceptible d'être choisie, mais qui ne sauraient jamais dispenser de recourir aux sources elles-mêmes. Quand on n'a pas la précaution et la patience de suivre cette marche dans les cas critiques et compliqués, quand on s'en rapporte aux vagues indications des répertoires, et qu'on expédie à la hâte les malades les uns après les autres, on ne mérite pas l'honorable nom d'homœopathe on n'est qu'un brouillon qui change à chaque instant de remède, jusqu'à ce que le malade, perdant patience, abandonne l'indigne auteur de l'accroissement de ses maux, sur la tête duquel devrait retomber une responsabilité qu'on impute cependant à la science elle-même.

 

(1) Voyez Jahr, Nouveau manuel de médecine homœopathique, 4e édit, Paris, 1845, 4 vol. in-12. (*5)

 

(*2) Note de l'éditeur : "Circonstances commémoratives" ; le texte allemand dit "die erinnerliche Veranlassung", la cause occasionnelle, déclenchante, dont on peut se souvenir. Cf. Organon, §§ 7 et 93 (note).

 

(**3) Note de l'éditeur : "Recourir aux répertoires". Le texte original dit "mit den vorhandnen Repertorien", aux répertoires qui existent actuellement. Ce texte, remarquons-le, a été écrit en 1834 (voir la première note de la préface du volume III, p. 213). A cette époque, le seul répertoire de symptômes qui avait été publié était le "systematisch alphabetischen Repertorium der antipsorischen Arzneien" (répertoire systématiquement alphabétique des médicaments antipsoriques) de BŒNNINGHAUSEN, -qui ne contient que 52 remèdes (et où il manque, notamment, antimonium crudum et cuprum- deux remèdes dont la pathogénésie figure dans les Maladies chroniques). Si remarquable soit-il, ce petit ouvrage (sa traduction anglaise, seule version dont nous disposions actuellement, n'occupe que 266 pages in-8°, dont 34 de préfaces et introductions diverses) ne peut être comparé aux volumineux répertoires qui verront le jour ultérieurement et ne peut non plus manifestement suffire qu'à orienter le choix du remède. Il est évident que Hahnemann fait ici allusion aux petits répertoires cliniques qui circulaient déjà à cette époque, et dans lesquels, sur base d'un diagnostic nosologique, complété d'un ou deux symptômes concomitants, voire d'une modalité d'aggravation ou d'amélioration, on pouvait, comme encore aujourd'hui d'ailleurs (et sans aucun recours à la totalité des symptômes), faire choix d'un remède.

Certains ont voulu tirer argument de ce passage contre les partisans de l'utilisation des répertoires (notamment du répertoire de KENT). Nous leur répondrons que le Maître lui-même avait écrit de sa propre main un répertoire de symptômes, qu'il utilisait quotidiennement dans ses propres consultations mais qui ne fut jamais publié (*4).

On relira aussi avec intérêt la note du § 153 de l'Organon, où Hahnemann recommande le répertoire de Bœnninghausen dont nous venons de parler (dans la 6e édition, -au même paragraphe,- il recommandera en plus le répertoire de JAHR). Dans la note du § 149, le Maître dit nettement qu'il n'est pas interdit de se faciliter la tâche en utilisant les répertoires, à condition de toujours étudier les sources elles-mêmes (c'est-à-dire d'avoir pour ultime recours la matière médicale).

 

(*4) Note de l'éditeur : D'après "The life and letters of Samuel Hahnemann", par Thomas Lindsley BRADFORD, 1895, réédition indienne, Roy Publishing House, Calcutta, 1970, p. 510, et "Samuel Hahnemann, his life and work", par Richard Haehl, traduction anglaise de M. L. WHEELER et W. H. R. GRUNDY, Indian reprint, 1983, B. Jain Publishers, New Delhi, vol. I, p. 372 et vol. II, p. 475.

 

(*5) Note de l'éditeur : Cette note ne figure évidemment pas dans le texte allemand original.

 

[§ 226] Cette insouciante paresse, dans l'œuvre humaine qui exige le plus de conscience, va même trop souvent jusqu'à pousser de prétendus homœopathes à choisir les médicaments ab usu in morbis (**1), procédé absolument faux et qui rentre dans les allures de l'allopathie, car les indications ab usu in morbis ne signalent la plupart du temps que des symptômes isolés ; elles ne doivent servir qu'à confirmer le choix déjà fait du médicament d'après ses effets purs, et ne peuvent jamais être prises pour guide dans ce choix lui-même, puisqu'elles ne sont souvent que problématiques. Et cependant il y a des écrivains qui conseillent cette marche empirique !

 

(*1) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN est ici nettement incomplète. Il faut lire : "à pousser de prétendus homœopathes à choisir les médicaments d'après les indications cliniques (ab usu in morbis) qui figurent dans les avant-propos (Note du traducteur : qui précèdent la liste des symptômes) de chaque médicament (nach Den Nutz-Angaben -ab usu in morbis-, wie sie in den Vorberichten zu den Arzneien verzeichnet sind), procédé absolument faux et qui rentre (...)".

Traduction de la citation latine ab usu in morbis : "pour l'avoir administré aux malades".

 

[§ 227] La troisième grande faute dont le médecin homœopathiste ne saurait apporter trop de soin et de persévérance à se garantir, dans le traitement des maladies chroniques, consiste, après avoir administré (*1) aux doses convenables un remède antipsorique bien choisi et qui s'est montré utile pendant quelques jours, à en prescrire de suite un autre, dans la supposition qu'une si petite dose ne peut pas agir plus de huit ou dix jours ; erreur dans laquelle on cherche à se confirmer par le fait qu'effectivement, lorsqu'on permet au premier remède d'exercer en liberté son action tout entière, les symptômes morbides qu'il est destiné à éteindre reparaissent un jour ou l'autre et de temps en temps.

 

(*1) Note de l'éditeur : JOURDAN a résumé le texte original. Il faut lire : "La troisième grande faute (...) consiste dans la précipitation et l'étourderie qui font que, après avoir administré à la dose modérée qui convient un remède antipsorique bien choisi, et qui s'est montré utile pendant quelques jours, on en fait prendre de suite un autre, parce qu'on suppose erronément qu'il est impossible qu'une si petite dose puisse agir et rendre de fort utiles services pendant plus de 8 ou 10 jours ; erreur dans laquelle (...)".

 

[§ 228] Mais, une fois qu'un médicament dont le choix homœopathique a été bien fait, agit d'une manière efficace et avantageuse, ce dont on est déjà convaincu du huitième au dixième jour, quoiqu'il puisse bien arriver soit un moment, soit même une demi journée, où les symptômes s'aggravent homœopathiquement, les résultats favorables ne sont cependant pas détruits par là (**2), et ce n'est parfois, dans les maladies très chroniques, qu'au bout de vingt-quatre ou trente jours qu'ils apparaissent dans toute leur évidence. En pareil cas, la dose n'a complètement exercé son action salutaire que vers le quarantième ou le cinquantième jour, laps de temps avant lequel il serait absurde et contraire aux intérêts du malade d'administrer un nouveau médicament. Qu'on ne s'imagine pas qu'il faille à peine attendre l'écoulement du temps fixé approximativement à la durée d'action d'un remède antipsorique, pour recourir à un autre, et que par conséquent on doive s'empresser de faire choix d'un nouveau moyen, afin de rendre la guérison plus rapide. L'expérience parle hautement contre cette opinion. Elle témoigne qu'au contraire il n'y a pas de méthode plus certaine, pour hâter la guérison, que de laisser au médicament antipsorique bien choisi le temps d'épuiser entièrement son action, de rester spectateur oisif tant que l'amélioration produite par lui continue, dut-elle même se prolonger bien au delà du terme assigné par conjecture à son efficacité (1), et de n'en prescrire alors un autre que le plus tard possible. Celui qui peut, sous ce rapport, modérer son impatience, n'en arrive que plus certainement et plus rapidement au but. C'est seulement lorsque les anciens symptômes, déjà éteints ou très diminués par le dernier remède, commencent depuis quelques jours à reparaître de nouveau ou à s'exaspérer d'une manière un peu notable, que le moment est arrivé enfin de recourir au médicament le plus homœopathique à l'ensemble des accidents actuels. Il n'y a que l'expérience qui puisse prononcer à cet égard, et sa réponse a déjà été si claire dans mes nombreuses observations, qu'elle ne permet plus d'élever le moindre doute. (***3)

 

(1) Dans un cas, par exemple, où la sepia était parfaitement homœopathique (**4) à une céphalalgie revenant par accès, où elle avait diminué la force et la durée du mal, et allongé les intervalles entre les retours des accès, j'en prescrivis une seconde dose, qui supprima les accès pendant cent jours, qui par conséquent continua d'agir tout ce temps-là ; lorsqu'ils commencèrent à reparaître un peu, j'administrai une troisième dose, après laquelle il n'y en eut plus ; et depuis sept ans, la santé, d'ailleurs parfaite, n'a pas été troublée.

 

(**2) Note de l'éditeur : Ici la traduction de JOURDAN manque de précision. Il faut lire : "Mais, une fois qu'un médicament dont le choix homœopathique a été bien fait, agit d'une manière efficace et avantageuse, ce dont on est déjà convaincu du huitième au dixième jour, il peut toujours arriver par-ci par-là une heure ou une demi-journée où il se produit à nouveau une aggravation homœopathique modérée ; les résultats favorables ne sont cependant pas détruits par là (...)".

 

(***3) Note de l'éditeur : Ici l'imprécision de la traduction de JOURDAN peut avoir des conséquences doctrinales importantes. Il faut lire : "il n'y a pas de méthode plus certaine, pour hâter la guérison, que de laisser au médicament antipsorique bien choisi le temps d'épuiser entièrement son action, tant que l'amélioration produite par lui continue (dut-elle même se prolonger plusieurs et même de nombreux (*4) jours au-delà du terme assigné par conjecture à sa durée d'action), et de n'en prescrire un autre que le plus tard possible. Celui qui peut, à cet égard, modérer son impatience, n'en arrive que plus certainement et plus rapidement au but. C'est seulement lorsque les anciens symptômes, déjà éteints ou très diminués par le dernier remède, commencent depuis quelques jours à reparaître de nouveau ou à s'exaspérer d'une manière un peu notable, que le moment est arrivé enfin de donner à nouveau une dose du médicament qui convient homœopathiquement le mieux. Il n'y a que l'expérience qui puisse prononcer à cet égard, et sa réponse a déjà été si claire dans mes nombreuses observations, qu'elle ne permet plus d'élever le moindre doute.

 

(*4) Note de l'éditeur : "P. ex. dans un cas où Sepia s'était montré l'antipsorique parfaitement homœopathique pour un mal de tête particulier qui survenait par accès, où il avait diminué la violence et la durée du mal, et où il avait allongé considérablement les intervalles entre les retours des accès, j'ai prescrit, lorsque ces derniers reparurent, une seconde dose, qui fit cesser les accès pendant 100 jours (ce qui montre que le remède a continué son action pendant tout ce temps). Puis le mal commença de reparaître, ce qui rendit nécessaire l'administration d'une troisième dose, après laquelle plus aucun accès ne survint, et cela fait 7 ans que cette personne continue à jouir d'une santé par ailleurs parfaite".

 

[§ 229] Lorsqu'on réfléchit aux grands changements que le médicament est obligé de produire, dans les parties nombreuses et diversement organisées du corps, avant d'anéantir le miasme de la psore, qui est si profondément enraciné et en quelque sorte devenu parasite dans l'économie, avant de pouvoir ainsi rétablir la santé, ou conçoit sans peine combien il est naturel que, l'action d'une dose de remède antipsorique durant si longtemps, elle porte plus d'une fois atteinte à l'organisme dans une maladie chronique à un si haut point (***2), et qu'après quelques jours d'un amendement bien prononcé, il survienne des instants plus ou moins longs où le traitement semble faire des pas rétrogrades. Cependant, lorsque les accidents primitifs ne se renouvellent point, et qu'il n'éclate pas de nouveaux symptômes graves, on doit voir dans cette exaspération momentanée un effet homœopathique qui favorise la guérison, bien loin d'y mettre obstacle, c'est-à-dire un simple renouvellement des attaques que le remède dirige contre le mal lui-même (1), quoiqu'il s'écoule parfois seize, vingt ou vingt-quatre jours depuis la prise du médicament antipsorique avant qu'elle éclate.

 

(1) Lorsque le remède a été choisi parfaitement homœopathique, et qu'on l'a fait prendre a dose assez faible, ces attaques deviennent chaque jour de plus en plus rares et de plus en plus faibles, par les progrès de son action ; tandis que, si la dose a été trop forte, elles sont toujours en augmentant de fréquence et d'intensité, au grand détriment du malade.

 

(***2) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN contient ici un contresens important. Il faut lire : "combien il est naturel (...) qu'après quelques jours d'un amendement bien prononcé, il survienne des périodes d'une demi-heure, ou d'une heure, ou même de plusieurs heures où l'amélioration semble rétrograder. Cependant, tant que seuls les accidents primitifs se renouvellent, et qu'il n'éclate pas de nouveaux symptômes graves, on doit voir dans cette exaspération momentanée un effet homœopathique qui favorise la guérison, bien loin d'y mettre obstacle, c'est-à-dire un simple renouvellement des attaques que le remède dirige contre le mal lui-même (1), quoiqu'il soit habituel qu'elles apparaissent parfois encore 16, 20 ou 24 jours après la prise du médicament antipsorique".

 

[§ 230] Ainsi, en général, l'action des médicaments antipsoriques dans les maladies chroniques se prolonge d'autant plus que celle-ci ont un caractère de chronicité plus décidé. Mais, d'un autre côté aussi, les remèdes dont l'action dure longtemps chez des sujets sains, par exemple la belladone, le soufre, l'arsenic, n'agissent que peu de temps dans les maladies aiguës et d'une courte durée, où leur action s'épuise d'autant plus rapidement que ces dernières sont elles-mêmes plus aiguës. Le médecin doit donc laisser chaque remède antipsorique agir seul pendant trente, quarante ou même cinquante jours, c'est-à-dire aussi longtemps que la maladie continue à s'amender, quoique d'une manière lente : car, tant que cette amélioration fait des progrès, son action salutaire s'exerce encore, et il ne faut ni la troubler ni la suspendre par l'administration d'un autre médicament quelconque (1).

 

(1) La nécessité d'éviter ces deux fautes trouvera difficilement accès parmi les médecins. Ces grandes vérités ont été révoquées en doute pendant des années entières, par la plupart même des homœopathistes, qui ne s'y sont point conformés rigoureusement dans la pratique, par suite de l'opinion purement théorique (*2) qu'il faut déjà se faire trop de violence pour croire qu'une si faible dose de médicament soit capable de produire le moindre effet dans l'organisme, notamment contre des maladies chroniques souvent énormes, et que ce serait exiger du médecin qu'il renonçât à l'usage de sa raison, si l'on voulait qu'il admit que l'action de ces infiniment petites doses dure, non pas seulement deux, trois jours, mais vingt, trente, quarante jours et plus, et détermine jusqu'au dernier moment des effets importants, des résultats incontestablement salutaires. Cependant ce principe n'est pas de ceux qu'on doit concevoir, ni de ceux non plus pour lesquels je réclame une foi aveugle. Moi-même je ne le conçois point ; mais il me suffit que le fait existe, et qu'il ne soit pas autrement. C'est l'expérience qui le proclame, et je crois plutôt à ses décisions qu'aux conceptions de mon intelligence. Qui prétendrait s'arroger le droit de peser les forces invisibles, cachées au sein de la nature, ou de les révoquer en doute, lorsque, dans une substance réputée inerte, elles sont mises en évidence par un procédé nouveau, inconnu jusqu'à ce jour, comme par le frottement prolongé et les secousses dont l'homœopathie démontre l'efficacité pour exalter l'énergie des médicaments ? (**3) Mais qu'en résulte-t-il pour celui qui ne veut pas faire ce que j'enseigne d'après une longue pratique et des expériences multipliées ? Il suit de là que le plus grand problème de l'art est insoluble pour lui, c'est-à-dire qu'il ne peut pas guérir les maladies chroniques, dont le traitement exact et rigoureux est demeuré inconnu jusqu'au moment où j'ai proclamé ma doctrine. Je n'ai rien de plus à dire sur ce sujet. Il m'a semblé que mon devoir était de faire connaître une grande vérité, sans m'inquiéter si l'on pourrait obtenir des hommes qu'ils s'y conformassent ponctuellement ou non. Si l'on ne suit pas exactement la marche tracée par moi, qu'on ne se vante pas de m'avoir imité, et qu'on ne s'attende point à de bons résultats.

Ou bien ne voudrait-on imiter une pratique que quand les forces admirables de la nature sur lesquelles elle se fonde seraient dévoilées clairement à nos yeux, et faciles à saisir pour l'intelligence même d'un enfant ? Ne serait-il point absurde de ne pas vouloir battre le briquet, parce qu'on ne pourrait concevoir comment il y a tant de calorique latent dans l'acier et la pierre à fusil, ou comment le frottement brusque de ces deux corps l'un contre l'autre peut produire assez de chaleur pour fondre les particules que le choc détache du métal, et les précipiter en globules rouges sur l'amadou, qui prend feu par là ? Cependant nous battons le briquet sans comprendre cette merveille d'un feu inépuisable caché dans l'acier froid, sans concevoir la possibilité que ce feu soit mis en évidence par l'effet du choc et du frottement. Ne serait-il pas tout aussi absurde de ne point vouloir apprendre à écrire, parce qu'on ne concevrait pas comment un homme peut communiquer ses pensées à un autre avec une plume, de l'encre et du papier ? Cependant nous faisons part de nos idées à un ami sans pouvoir, sans même chercher à comprendre ce miracle physico-psychique ! Pourquoi donc hésiterions-nous à employer contre les plus cruels ennemis de nos frères, contre les maladies chroniques, une méthode qui, ponctuellement suivie, les détruit de la manière la plus certaine, et cela uniquement parce que nous n'apercevons pas de suite comment les guérisons peuvent s'opérer de cette manière ?

 

(*2) Note de l'éditeur : La traduction de la première partie de cette note est incomplète. Il faut lire : "(...) par suite de l'opinion purement théorique et de l'idée régnante qu' "il faut déjà se faire trop de violence pour croire qu'une si faible dose de médicament soit capable de produire le moindre effet dans l'organisme, notamment contre des maladies chroniques souvent énormes", et que "ce serait exiger du médecin qu'il renonçât à l'usage de sa raison, si l'on voulait qu'il admît que l'action de ces infiniment petites doses dure, non pas seulement 2, 3 jours, mais 20, 30, 40 jours et plus, et détermine jusqu'au dernier moment des effets importants, des résultats qui font un bien irremplaçable". Cependant ce principe (...)".

 

(**3) Note de l'éditeur : "(...) les secousses dont l'homœopathie démontre l'efficacité pour exalter l'énergie des médicaments ? Mais qu'en est-il de celui qui refuse d'admettre ces vérités et qui pour cette raison ne veut pas faire ce que j'enseigne ici après de nombreux essais et de longues années d'expérience ? (Et que risque donc le médecin s'il m'imite exactement ?) Il s'ensuit que le plus grand problème de l'art est insoluble pour celui qui refuse de m'imiter exactement : il lui est impossible de guérir les graves maladies chroniques, qui d'ailleurs n'ont jamais été correctement soignées avant mon enseignement. Je n'ai rien de plus à dire (...)".

 

[§ 231] Avec quelque soin que l'on ait choisi les médicaments antipsoriques (***1), si on ne leur laisse pas le temps d'épuiser leur action, le traitement entier n'aboutit à rien. Le nouvel antipsorique auquel on a recours avant le temps opportun, quelque excellent qu'il soit par lui-même, ne peut dans aucun cas réparer le dommage qu'a causé l'interruption de l'action salutaire qu'exerçait le remède administré avant lui. Je ne connais pas de méthode qui puisse parer le moins du monde aux inconvénients inséparables d'une pareille erreur de conduite.

 

(***1) Note de l'éditeur : Encore une fois, la traduction de JOURDAN est approximative et très incomplète. Il faut lire : "Cependant, avec quelque soin que l'on ait choisi les médicaments antipsoriques, si on ne leur laisse pas le temps d'épuiser leur action, le traitement entier n'aboutit à rien. Si l'on prescrit trop tôt, et avant l'expiration de l'action du présent remède, soit un autre antipsorique, quelque excellent qu'il soit par lui-même, soit même une nouvelle dose du premier remède, qui vient d'avoir une action si bénéfique, cette deuxième prescription ne peut en aucun cas remplacer le bon effet que l'on a perdu en interrompant l'action complète et salutaire du remède précédent. C'est une faute qu'il est difficile de réparer par quoi que ce soit".

 

[§ 232] La règle fondamentale, dans le traitement des maladies chroniques (***1), est donc, quand on a choisi un médicament dont les symptômes propres soient en accord avec ceux du cas bien étudié, de le laisser agir tant qu'il favorise visiblement la guérison et que le mal s'amende d'une manière évidente ; par conséquent de ne point interrompre son action par celle d'autres médicaments, et d'éviter avec non moins de soin de le répéter lui-même immédiatement. Le médecin n'a rien à désirer de plus que de voir la maladie marcher vers la guérison sans que rien y mette obstacle. Les cas ne sont pas rares où l'homœopathe exercé voit une seule dose du médicament qu'il a bien choisi, continuer pendant plusieurs semaines, ou même plusieurs mois, de diminuer peu à peu une maladie chronique très grave, arriver même à la guérir, ce qui n'aurait pu avoir lieu si l'on avait réitéré les doses ou changé de médicament. On conçoit, jusqu'à un certain point, ce phénomène en admettant, hypothèse assez probable, qu'un antipsorique parfaitement en harmonie avec les symptômes morbides, et administré à la plus faible dose de sa plus haute dynamisation, ne déploie son action curative et ne finit par amener la guérison, qu'en déterminant une sorte d'infection, en inoculant une maladie médicamenteuse chronique fort analogue à la maladie primitive, d'après cette loi de la nature (Organon, § 45) qui veut que quand deux maladies qui diffèrent l'une de l'autre, mais qui pourtant se ressemblent beaucoup sous le point de vue de leurs symptômes, viennent à se rencontrer dans l'organisme, la plus forte (qui est toujours celle à laquelle le médicament a donné naissance, (Organon, § 33), anéantit la plus faible (la maladie naturelle). En pareil cas, toute dose nouvelle de remède, tout nouveau médicament, interromprait l'œuvre d'amélioration, et provoquerait de nouveaux maux, trouble qui souvent ne pourrait être apaisé de longtemps.

 

(***1) Note de l'éditeur : JOURDAN a ici considérablement atténué la force expressive du texte original allemand. Il faut donc lire : "La règle fondamentale, dans le traitement des maladies chroniques, est donc la suivante : quand, après une étude soigneuse et approfondie des symptômes du cas de maladie, on a choisi un médicament qui lui convient de manière homœopathique, il faut en laisser la dose épuiser son action sans la perturber, tant qu'elle favorise visiblement la guérison et que le mal s'amende d'une manière évidente ; cette façon de faire interdit toute nouvelle prescription, toute interruption par un autre remède, tout autant que la répétition immédiate du même remède. Le médecin n'a rien à désirer de plus (...)".

 

[§ 233] Mais lorsque la dose unique du médicament (***1) suscite quelques effets excentriques, c'est-à-dire des symptômes étrangers à la maladie, et que le moral du malade s'affecte de plus en plus, ne fût-ce même qu'à un léger degré, une seconde dose de la même substance, administrée immédiatement après la première, ne pourrait que devenir très nuisible. Car, bien que la première ait déterminé une amélioration soudaine, évidente, considérable, on n'en est pas moins fondé à soupçonner que le médicament a agi d'une manière purement palliative, de sorte qu'il ne faut plus y revenir, même après en avoir donné d'autres.

 

(***1) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN manque ici de précision. Il faut lire : "Mais lorsque la dose unique du médicament suscite quelques effets inattendus (*2), c'est-à-dire des symptômes pénibles, étrangers à cette maladie, et que le moral du malade se dégrade, même si ce n'est que très peu au début, mais que cela se fait de façon toujours progressive, une seconde dose de la même substance, administrée immédiatement après la première, ne parviendrait qu'à faire beaucoup de tort au malade. Car, bien que la première (...)".

 

(*2) Note du traducteur : "Schiefe Wirkungen", litt. des effets "qui dévient de la ligne droite", c'est-à-dire anormaux, inattendus.

 

[§ 234] Cependant il y a des cas qui font exception à la règle (**2) ; seulement ceux qui débutent dans la pratique ne doivent pas se flatter tous de les découvrir (1).

 

(1) Il a pourtant été fait, dans ces derniers temps, un grand abus de la répétition immédiate des doses d'un même médicament, parce que les jeunes homœopathes trouvaient plus commode de répéter, même souvent, le remède qui s'était montré d'abord approprié et par conséquent salutaire ; c'était, suivant eux, un moyen d'arriver plus promptement à la guérison. Ainsi, l'usage adopté par tant d'homœopathes modernes et recommandé même dans les feuilles publiques, de remettre entre les mains du malade plusieurs doses du même médicament qu'il doit prendre de lui-même à certains intervalles, sans souci des effets qui pourraient en résulter pour lui, dénote un empirisme très superficiel et n'est pas digne d'un véritable homœopathe, qui ne doit jamais donner ou laisser prendre une nouvelle dose d'un médicament quelconque, sans avoir préalablement acquis la conviction qu'elle est réellement indiquée.

 

(**2) Note de l'éditeur : Traduction imprécise et incomplète. Il faut lire : "Cependant il y a des cas qui font exception à la règle, mais il ne faut pas que n'importe quel débutant se croie capable de les découvrir (*3).

C'est peut-être ici le lieu de souligner que ce texte, comme d'ailleurs l'entièreté des paragraphes §§ 232 à 241, ne figure pas dans la première édition et a donc paru pour la première fois en 1835.

 

(*3) Note de l'éditeur : "Il y a pourtant eu ces derniers temps un grand abus de cette répétition immédiate des doses du même médicament, parce que les jeunes homœopathes ont estimé qu'il était plus commode de répéter, même fréquemment, et sans avoir revu le cas, le remède qui avait été trouvé homœopathiquement convenable et qui s'était par conséquent montré utile au départ, et cela dans le but d'obtenir une guérison plus rapide.

"Il apparaît dès à présent que la pratique adoptée par un si grand nombre ces derniers temps, qu'on a même recommandée publiquement dans les journaux, et qui consiste à remettre au malade plusieurs doses du même médicament, qu'on lui laisse le soin de prendre à certains intervalles, sans se soucier du tort que cette répétition pourrait lui faire, dénonce un empirisme très irréfléchi et n'est pas digne d'un médecin homœopathe, car celui-ci ne doit administrer ni laisser prendre aucune nouvelle dose de quelque médicament que ce soit, sans s'être chaque fois persuadé au préalable de son opportunité".

 

[§ 235] Cette exception unique à la règle (**3) qui interdit la répétition immédiate du même médicament a lieu quand la dose de celui qui convenait sous tous les rapports, et dont l'action s'est montrée salutaire, amène bien un commencement d'amélioration, mais épuise trop vite son action, et ne fait plus faire aucun progrès à la guérison, cas rare dans les maladies chroniques, mais fréquent dans les affections aiguës et dans les maladies chroniques qui s'élèvent à l'état aigu. Quand l'observateur exercé reconnaît que les symptômes propres à la maladie chronique qu'il traite cessent de diminuer au bout de 14, 10, 7 jours, ou moins, que par conséquent l'amélioration s'arrête, sans que le moral s'affecte, sans qu'il survienne de nouveaux symptômes, d'où il conclut que le moyen employé d'abord serait encore parfaitement homœopathique, alors seulement il convient, il est même nécessaire d'administrer une seconde dose, non moins minime ; mais le plus sûr est de prendre un autre degré de dynamisation (1) : sous l'influence de cette modification, la force vitale se prête encore plus volontiers à l'action du médicament, et lui permet d'accomplir tout ce qu'il est permis d'attendre de lui dans le cas donné (2).

 

(1) Si, par exemple, on a donné d'abord la trentième dynamisation, on choisit pour la seconde fois la dix-huitième, puis, s'il faut encore y revenir, la vingt-quatrième, ensuite la douzième ou la sixième, etc., en supposant que la maladie chronique ait pris un caractère aigu. La dose d'un médicament peut aussi avoir été détruite tout à coup par une faute de conduite du malade, auquel cas il conviendrait peut-être de la répéter. (*4)

 

(2) Lorsque le médecin est arrivé à la certitude quant au spécifique homœopathique qui doit être mis en usage, il peut en dissoudre la première dose dans environ quatre onces d'eau, et diviser le liquide en trois portions, dont il fait prendre l'une sur-le-champ, la seconde le lendemain, et la troisième le surlendemain, avec l'attention de bien remuer chaque fois, afin d'accroître encore un peu la dynamisation des deux dernières portions, et par conséquent de modifier le médicament. Administré ainsi, le remède semble affecter plus profondément l'organisme, et hâter la guérison, chez les sujets encore robustes, qui ne sont pas par trop irritables.

 

(**3) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN ne rend pas la précision du texte allemand. Il faut lire : "Cette exception, la seule qui soit autorisée, à la règle qui interdit la répétition immédiate du même médicament, a lieu quand la dose du remède bien choisi, qui convient à tous les égards et qui s'est montré salutaire, provoque un début d'amélioration mais que cette dose cesse trop vite d'agir, que sa force s'épuise trop promptement, et qu'à partir de ce moment elle ne peut plus faire progresser la guérison (ce qui est rarement le cas dans les maladies chroniques, mais qui arrive fréquemment dans les maladies aiguës et dans les états aigus provenant de l'exacerbation d'une maladie chronique). C'est seulement lorsque l'observateur exercé reconnaît que les symptômes distinctifs de la maladie chronique à traiter cessent visiblement de diminuer après 14, 10, 7 jours, ou même moins, et qu'il est donc évident que l'amélioration s'est arrêtée, sans que s'aggrave le moral du malade et sans qu'apparaissent de nouveaux symptômes pénibles, et que par conséquent le dernier médicament doit encore convenir d'une manière parfaitement homœopathique, c'est seulement alors, dis-je, qu'il est opportun, et même tout à fait nécessaire, d'administrer au malade une dose du même médicament, aussi petite que la première, mais, pour plus de sûreté, à un degré différent de dynamisation (*4) : sous l'influence de cette modification, la force vitale continue à se prêter encore plus volontiers à l'action du médicament, et lui permet d'accomplir tout ce qui est permis d'attendre de lui dans le cas donné (2).

 

(*4) Note de l'éditeur : "Si par exemple on a commencé par lui donner la 30e dynamisation, on choisira peut-être maintenant la 18e, et si l'on trouvait à nouveau qu'une répétition fût utile et nécessaire, on donnerait peut-être la 24e, et plus tard on ferait bien aussi de donner la 12e ou la 6e, etc., s'il se trouvait p. ex. que la maladie chronique eût pris un caractère aigu. Il se peut également que tout à coup la dose médicamenteuse ait été détruite, et son effet annihilé, par une faute grave dans la conduite du malade, auquel cas il faudrait peut-être redonner une dose du même remède, à condition d'en modifier la dynamisation, comme il vient d'être dit".

 

[§ 236] Pour citer un exemple, l'exanthème psorique de date récente est une des maladies qui permettent le plus volontiers la répétition immédiate des doses (soufre), et cela d'autant mieux qu'on est plus voisin du moment de l'infection, attendu que la gale se rapproche alors beaucoup de la nature des maladies aiguës, et qu'en conséquence elle exige l'administration réitérée du remède à des intervalles plus rapprochés qu'une éruption psorique subsistante déjà depuis longtemps à la peau. Cependant, même alors, il faut, comme je l'ai dit, que la répétition n'ait lieu qu'après que la première dose a presque entièrement épuisé son action (au bout de 6, 8, 10 jours), et non-seulement que la seconde dose ne dépasse pas la précédente (*2), mais encore qu'elle soit empruntée à un degré différent de dynamisation. Au reste, quelque modification survenue dans les symptômes pourra faire souvent qu'il soit utile d'administrer de temps en temps, entre les prises de soufre pur, une petite dose de foie de soufre calcaire, dont il faudra également varier la dynamisation, s'il y a lieu de le répéter ; il n'est pas rare non plus qu'on soit dans le cas d'employer, comme moyen intercurrent, la noix vomique (1/X), ou même le mercure (1/X), suivant les circonstances (1).

 

(1) Il va sans dire que, dans un pareil traitement, les malades doivent éviter tous les moyens externes, quelque innocents qu'ils puissent sembler, par exemple les lotions avec le savon noir. (*3)

 

(*2) Note de l'éditeur : Lire : "(...) il faut (...) non seulement que la seconde dose soit aussi petite que la précédente, mais encore qu'elle soit empruntée à un degré différent de dynamisation".

 

(*3) Note de l'éditeur : Lire : "(...) tous les moyens externes (...) par exemple se laver avec du savon noir".

 

[§ 237] Si l'on excepte le soufre, le foie de soufre calcaire et, dans certains cas, la sepia, il est rare qu'on trouve l'occasion de répéter immédiatement avec avantage les doses des autres médicaments homœopathiques  (***1), ce qui d'ailleurs n'est presque pas nécessaire dans le traitement des maladies chroniques, puisque nous avons à notre disposition un grand nombre de médicaments antipsoriques, parmi lesquels, quand celui qu'on avait choisi d'abord a épuisé son action, et qu'une modification des symptômes annonce un changement de la maladie elle-même, il vaut toujours mieux, dans l'intérêt du malade, en choisir un autre en harmonie avec le nouvel état de choses, que de répéter le premier, qui a cessé de convenir parfaitement. Toutefois, dans les maladies très chroniques compliquées, et la plupart du temps dénaturées par l'allopathie, il est presque toujours nécessaire, pendant la durée du traitement, de réadministrer de temps en temps une dose de soufre, ou de foie de soufre calcaire, suivant les circonstances, quand bien même les malades auraient été antérieurement traités par des doses allopathiques de soufre et par des bains sulfureux ; seulement alors il convient de ne le faire qu'après une dose de mercure (1/X).

 

(***1) Note de l'éditeur : Il y a ici deux erreurs de traduction. Il faut lire : "(...) il est rare qu'on trouve avantage à répéter immédiatement les doses des autres médicaments homœopathiques, ce qui d'ailleurs n'est presque pas nécessaire dans le traitement des maladies chroniques, puisque nous avons à notre disposition un grand nombre de médicaments antipsoriques, parmi lesquels, quand celui qu'on avait choisi d'abord a épuisé son action, et qu'il apparaît une modification des symptômes chez le malade, c'est-à-dire quand le tableau de la maladie s'est modifié, il vaut toujours mieux, dans l'intérêt du malade, en choisir un autre en harmonie avec le nouvel état de choses, que de répéter le premier, qui a cessé de convenir parfaitement. (...)".

Remarquons que, 65 ans plus tard, James Tyler KENT ne sera pas du tout du même avis. Il nous dit en effet, dans sa 36e leçon sur la doctrine homœopathique : "Même si les symptômes ont été changés, ne changez pas de remède, pourvu que le patient se soit amélioré sans interruption. (...) C'est là une des choses les plus préjudiciables que l'on puisse faire. Changez de remède si les symptômes ont changé, à condition que le patient ne se soit pas amélioré ; mais si le patient s'est amélioré, et malgré que les symptômes aient changé, continuez le remède aussi longtemps que le patient s'améliore" (Lectures on Homœopathic Philosophy, Lancaster, PA. : Examiner Printing House, 1900, p. 278). Une manière de concilier les deux opinions est de ne donner jamais deux fois la même dynamisation du même remède.

 

[§ 238] Lorsque, comme il arrive ordinairement, les maladies chroniques réclament l'emploi de médicaments antipsoriques divers (*1), une mutation trop fréquente annonce que le choix n'a pas été bien fait, et qu'il n'a point été réglé par le tableau des symptômes existants. C'est une faute que l'homœopathe commet souvent par précipitation, dans les maladies chroniques graves, et plus encore dans les maladies aiguës, surtout lorsque la personne qu'il traite lui est chère. Je ne saurais trop mettre en garde contre une pareille erreur.

 

(*1) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN n'est pas très claire. Il faut lire : "Lorsque (...) les maladies chroniques réclament l'emploi de médicaments antipsoriques divers, le changement trop fréquent de remède annonce que le choix n'a pas été bien fait, et qu'il n'a point été réglé par le tableau des symptômes principaux du cas de maladie. C'est une faute (...)".

 

[§ 239] Le malade tombe alors dans un tel état de surexcitation, que nul médicament ne produit plus son effet sur lui (1) (***2), et que la moindre dose suffirait pour amener promptement la mort. Il n'y a plus rien à attendre des substances médicamenteuses : mais on peut encore recourir aux manœuvres calmantes du mesmérisme (répétées aussi au besoin), en passant lentement les mains du sommet de la tête (où on les laisse posées à plat pendant une minute environ) sur le cou, les épaules, les bras, les mains, les genoux, les jambes, les pieds et les orteils.

 

(1) Je regarde comme une chose impossible que, dans un traitement convenablement dirigé, une dose de médicament dynamisé et bien choisi puisse demeurer sans action aucune : je n'ai jamais rien vu de semblable.

 

(***2) Note de l'éditeur : Erreur de traduction. Il faut lire : "Le malade tombe alors dans un tel état de surexcitation que nul médicament ne produit plus son effet sur lui (1) et que son excitabilité (*3) court maintenant le risque, à la moindre dose supplémentaire d'un médicament, de flamber comme un feu de paille et de s'éteindre en quelques instants. Il n'y a plus rien à attendre des substances médicamenteuses (...)".

 

(*3) Note de l'éditeur : Erregbarkeit, disposition à recevoir les impressions et à réagir sur elles (Nouveau Dictionnaire des langues allemande et française, par C. G. Th. SCHUSTER et Ad. REGNIER, tome premier, allemand-français, Paris, 1850). JOURDAN a traduit "irritabilité", mais nous avons estimé que ce mot prêtait doublement à confusion, tant avec la disposition à se mettre en colère qu'avec la contractilité musculaire (car, au siècle dernier, le mot "irritabilité" avait aussi ce sens -cf. le dict. de LITTRÉ). Nous avons hésité à utiliser le mot "susceptibilité", que le Nouveau Dictionnaire national de BESCHERELLE (vers 1890) définit comme la "propriété de recevoir les impressions qui déterminent l'exercice des actions organiques", parce que ce terme aurait dépassé la pensée de Hahnemann, puisqu'il a aussi le sens de "disposition à subir l'influence des milieux et à contracter les maladies" (op. cit.), sans compter le sens de "disposition à se choquer trop aisément" (dict. de l'Académie française, 6ème éd., 1835), qui était le sens le plus courant vers 1835. Si JOURDAN n'a pas utilisé le terme "excitabilité", c'est parce que ce dernier commençait seulement à se répandre à cette époque avec le sens de "faculté qu'ont les êtres vivants d'être sensibles à l'action des stimulants" (Dict. national de BESCHERELLE, 1843-46), comme le prouve le fait qu'il soit absent des dictionnaires de BOISTE (2ème éd., 1803), de GATTEL (1819) et de l'Académie française (6ème éd., 1835), et qu'on le trouve avec un sens légèrement différent dans ceux de BOISTE (7ème éd., 1829) et de LANDAIS (1836).

 

[§ 240] D'un autre côté, le meilleur moyen (**2) de calmer et de diminuer les effets d'une dose de médicament homœopathique sur un sujet fort irritable, est de placer sous le nez du malade, pour qu'il fasse une seule petite inspiration, un flacon contenant un globule imbibé de la substance convenable, qui a été portée à un haut degré de dynamisation (1). A l'aide du même procédé, on peut communiquer au malade la vertu de tous les médicaments dynamisés, et cela à toutes les doses qu'on juge convenables, en multipliant les globules, et faisant faire des inspirations plus énergiques et plus prolongées (**3). La durée d'action de la substance qui agit ainsi sur la large surface du nez et du poumon n'est pas moindre que quand on a fait avaler une petite dose massive.

 

(1) Les personnes privées de l'odorat, ou qui l'ont perdu par fait de maladie, éprouvent de ce moyen les mêmes effets que celles chez lesquelles ce sens jouit de toute sa perfection, d'où il suit que ce sont uniquement les nerfs tactiles qui reçoivent l'impression curative et la transmettent au système nerveux entier.

 

(**2) Note de l'éditeur : Encore une fois, la traduction de JOURDAN manque de précision. De plus il oublie des mots et même une phrase à la fin de l'alinéa. Il faut donc lire : "D'un autre côté, quand on a affaire à un malade extrêmement susceptible (*4), le meilleur moyen d'adoucir et de diminuer la dose du remède homœopathique est de lui placer sous le nez, pour qu'il fasse une seule petite inspiration (...).

 

(**3) Note de l'éditeur : "(...) en multipliant les globules, en augmentant leur taille et en faisant faire des inspirations plus énergiques et plus prolongées. On peut ainsi multiplier par cent la force de la dose minime susmentionnée. La durée d'action (...)".

 

(*4) Note de l'éditeur : reizbar, qui ressent vivement les impressions stimulantes ou irritantes (dict. allemand français de SCHUSTER et REGNIER, 1850). Nous avons choisi de traduire "susceptible" (qui, d'après LITTRÉ, "se dit aussi, au sens absolu, de ce qui reçoit facilement les impressions") parce qu'il s'agit ici, manifestement, de susceptibilité à l'action des médicaments.

 

[§ 241] Les globules enfermés dans des flacons bouchés conservent leur vertu médicinale intacte pendant un grand nombre d'années, alors même qu'on ouvre souvent les flacons pour les faire flairer, pourvu qu'on ait soin de les garantir de la chaleur et des rayons solaires. Cette manière de faire agir les médicaments dynamisés sur les malades présente de grands avantages (***1) dans les circonstances imprévues qui viennent si souvent empêcher ou interrompre le traitement des maladies aiguës ; l'antidote exerce ainsi plus promptement son influence sur les nerfs, et produit avec plus de rapidité les effets salutaires qu'on attend de sa part. Il y a plus même, après que l'accident a été écarté, le médicament antipsorique, qui avait été administré auparavant, continue quelquefois encore d'agir pendant quelque temps. Mais il faut pour cela que la dose de celui qu'on fait respirer soit précisément suffisante pour opérer l'effet désiré, sans qu'elle puisse étendre son action plus loin, ni la prolonger au delà du temps voulu.

 

(***1) Note de l'éditeur : Il y a ici un contresens qui rend le texte de JOURDAN incompréhensible. De plus, il manque une phrase. Il faut lire : "(...) Cette manière de faire agir les médicaments dynamisés sur les malades présente de grands avantages dans les contretemps de diverse nature qui viennent si souvent empêcher ou interrompre le traitement des maladies chroniques ; pour écarter ces contretemps au plus vite, le mieux est d'administrer l'antidote avec plus ou moins de force au patient en le lui faisant flairer ; il exerce ainsi plus promptement son influence sur les nerfs et produit avec plus de rapidité les effets salutaires qu'on attend de sa part. C'est ainsi que la continuation du traitement de la maladie chronique est le moins retardée. Il y a plus même, après que l'accident (...)".

 

[§ 242] Lorsqu'un médecin homœopathiste, scrupuleux hors de propos, m'interroge sur ce qu'il doit faire pendant tout le temps qui s'écoule depuis l'administration d'une dose de médicament jusqu'à ce que l'action de celui-ci soit épuisée sans que rien la trouble, et sur la manière dont il doit s'y prendre afin, sans nuire au malade, de satisfaire aux demandes journalières qui lui sont faites (1) de médicaments, je réponds, en deux mots, qu'en pareil cas on peut donner tous les jours trois grains environ de sucre de lait (2) (**4). Je saisis l'occasion de dire que, sous ce rapport, je considère le sucre de lait comme un don inappréciable de la Providence (3).

 

(1) Il n'y a pas d'ancien préjugé populaire, quelque pernicieux qu'il soit, qu'on puisse extirper tout d'un coup. Le médecin homœopathiste ne doit donc pas balancer, lorsqu'il traite un nouveau malade atteint d'affection chronique, lui faire prendre au moins une petite poudre chaque jour ; il y a loin encore de là à l'abus que beaucoup d'allopathistes font de leurs drogues. En observant cette précaution, c'est un grand bonheur pour le pauvre malade, qu'aveuglent souvent les calomniateurs de la meilleure des médecines, de ne pas savoir s'il y a une dose de médicament dans chaque poudre, et d'ignorer dans laquelle il s'en trouve une. S'il était instruit de cette dernière circonstance, s'il savait que la poudre de tel jour contient le médicament dont il attend de si grands effets, son imagination lui jouerait souvent de mauvais tours, et lui ferait croire qu'il éprouve des sensations, des changements qui n'auraient aucune réalité ; il tiendrait note de ces symptômes imaginaires, et serait dans une agitation d'esprit continuelle. Au lieu que, prenant chaque jour quelque chose, et chaque jour ne ressentant aucune atteinte fâcheuse à sa santé, il devient plus calme, ne s'attend plus à rien d'affligeant, observe avec plus de sang-froid les changements réels qui surviennent en lui, et ne rapporte ainsi que la vérité à son médecin. C'est pour cela qu'il y a beaucoup d'avantage à lui donner une poudre chaque jour, sans lui dire si toutes contiennent du médicament, ou s'il n'y en a que dans une seule : car alors, en prenant celle d'aujourd'hui, il ne s'attend pas de sa part à un effet plus prononcé que celui qu'a produit la poudre de la veille ou de la surveille.

 

(2) Les malades atteints d'affections chroniques, qui croient à la probité et au savoir de leur médecin, se laissent aisément persuader de prendre ainsi une dose de sucre de lait pendant deux, quatre, sept jours, plus ou moins, selon le caprice de chacun, sans pour cela perdre la confiance qu'ils ont mise en lui.

 

(3) Il s'est trouvé des puristes qui ont craint que le sucre de lait pur n'eût par lui-même des effets médicamenteux, ou qu'un frottement prolongé ne lui en communiquât. C'est une crainte sans fondement : je m'en suis convaincu par des expériences directes. On peut se nourrir de sucre de lait, et en prendre même des quantités notables, sans que la santé en souffre le moins du monde, alors même qu'il a été fortement trituré. Mais, pour détruire la crainte, manifestée aussi par quelques hypocondriaques, que, pendant la dynamisation des médicaments, un peu du mortier de porcelaine (silice) se détachât, et fût dynamisé par le frottement, c'est-à-dire élevé à la puissance de silicea 1/I, dont l'action est si violente, j'ai pris une capsule en porcelaine tout-à-fait neuve, dépolie à son fond, avec un pilon en porcelaine également neuf, et, sous mes yeux, j'y ai fait triturer avec force dix-huit fois, pendant six minutes chaque fois, cent grains de sucre de lait pur, par portions de trente-trois grains, en les faisant autant de fois remuer pendant quatre minutes, avec une spatule en porcelaine, afin d'obtenir par ce frottement continué pendant trois heures, une vertu médicinale appartenant, soit au sucre de lait, soit à des portions de silice détachées du mortier, ou à l'un et à l'autre. Mais ma préparation était demeurée tout aussi dépourvue de propriétés médicinales que le sucre de lait grossier (*6), ce dont je me suis convaincu sur des personnes extrêmement sensibles.

 

(**4) Note de l'éditeur : Traduction incomplète. Lire : "(...) je réponds, en deux mots, qu'en pareil cas on peut donner tous les jours, à l'heure habituelle, trois grains environ de sucre de lait, que l'on continue de numéroter comme à l'ordinaire (*5)".

 

(*5) Note de l'éditeur : Le grain valait un peu plus de 6 centigrammes. Pour plus de précision, se reporter à notre note au § 297 ci-dessous.

 

(*6) Note de l'éditeur : Voir le § 291 et sa note (ainsi que notre note).

 

[§ 243] Il ne faut pas se flatter que le remède antipsorique ait été bien choisi ou qu'il puisse contribuer à la guérison de la maladie chronique, si, dès les premiers jours, les plus graves symptômes, comme douleurs anciennes, violentes et continuelles, spasmes toniques ou cloniques, etc., disparaissent, comme par enchantement, sous son influence, de manière que, presque aussitôt après l'avoir pris, le malade se croie déjà guéri et délivré de tous ses maux. Cette illusion de la part du malade annonce que le médicament agit alors d'une manière énantiopathique, à titre seulement de contraire et de palliatif, et qu'on doit s'attendre les jours suivants à voir la maladie primitive augmenter beaucoup.

Aussitôt que cette fausse amélioration commence à être remplacée par une exaspération sensible des accidents, il faut se hâter de recourir à l'antidote du médicament, ou, si l'on n'en connaît pas, substituer à cette substance un autre remède homœopathique qui soit plus approprié au cas présent. En effet, il est extrêmement rare qu'elle continue d'agir d'une manière favorable. Cependant si le médicament qui, dès le principe, avait exercé une action antipathique, c'est-à-dire avait paru procurer un soulagement manifeste, a déterminé des effets alternants, il se pourrait, dans le cas où la première dose viendrait ensuite à aggraver l'état du malade, qu'une seconde dose du même moyen donnât lieu à un résultat inverse, c'est-à-dire produisît une amélioration soutenue. C'est du moins ce que j'ai observé pour la fève de saint Ignace.

[§ 244] On se trouve souvent très bien, en pareil cas, de combattre les accidents qui succèdent à l'administration d'un remède agissant ainsi d'une manière antipathique, en leur opposant, pendant quelques jours, un des autres médicaments indiqués dans la Matière médicale pure, les Archives ou les Annales de la Médecine homœopathique, jusqu'à ce que la maladie psorique soit rentrée dans sa voie ordinaire, époque à laquelle on continue le traitement, en ayant recours à un nouveau moyen choisi homœopathiquement. (**1)

 

(**1) Note de l'éditeur : Dans la première édition figure ici un court alinéa explicatif que nous reprenons ici, dans la traduction de JOURDAN :

"Il arrive quelquefois que le traitement antipsorique d'une maladie chronique est troublé ou même assez souvent interrompu pendant quelque temps, soit par un accident inopiné, soit par une maladie régnante, sporadique ou épidémique".

 

[§ 245] Parmi les accidents qui ne troublent le traitement que d'une manière transitoire, je range : la surcharge de l'estomac (à laquelle on peut remédier par l'abstinence, c'est-à-dire en ne mangeant qu'une soupe claire à son repas, et prenant un peu de café, l'irritation de ce viscère causée par des aliments gras et surtout par la viande de porc (on la combat par l'abstinence et la pulsatille) ; une lésion de l'estomac qui s'annonce par des rapports après avoir mangé, et surtout par des nausées et des envies de vomir (antimoine cru, à de hautes dynamisations) ; le refroidissement de ce viscère par des fruits (flairer l'arsenic), son affection par des boissons spiritueuses (noix vomique) son état de souffrance, avec fièvre gastrique, frissons et froid (bryone) ; la frayeur (à laquelle on remédie, quand on est appelé sur-le-champ, par l'opium, mais qui, à une époque plus éloignée, ou quand la frayeur est accompagnée de chagrin, exige l'aconit, et qui, lorsque la tristesse en a été la suite, cède à la fève de saint Ignace) ; la tristesse qui résulte de soucis intérieurs, d'un chagrin concentré ou d'une honte secrète (on la traite par la fève de saint Ignace) ; celle qui dépend de la colère, d'un caractère violent, emporté et morose (elle réclame la camomille, et, s'il y a en même temps froid par tout le corps, la bryone) ; celle à laquelle se joint l'indignation (staphysaigre) ; l'indignation concentrée (coloquinte) ; l'amour malheureux, avec chagrin concentré (fève de saint Ignace), l'amour malheureux, avec jalousie (jusquiame), un refroidissement considérable (séjour dans la chambre ou au lit, et noix vomique), quand la diarrhée en a été la suite (douce-amère), quand il a causé des douleurs (café cru), s'il en est résulté de la fièvre et de la chaleur (aconit) ; un refroidissement suivi d'accès de suffocation (ipecacuanha) ; un refroidissement auquel succèdent des douleurs et des envies de pleurer (café cru) ; un refroidissement suivi de coryza, avec perte de l'odorat et du goût (pulsatille) ; une dislocation ou une luxation (dans certains cas, l'arnica, mais bien plus sûrement le sumac vénéneux) ; des contusions et des lésions par des coups orbes (arnica) ; des brûlures (fomentations avec de l'eau mêlée d'une dissolution d'arsenic très dynamisé, ou l'application prolongée pendant des heures et continuée d'alcool échauffé par l'immersion dans de l'eau très chaude) ; la faiblesse par suite d'une déperdition d'humeurs ou de sang (quinquina) ; la mélancolie, avec rougeur des joues (capsicum). (**1)

 

(**1) Note de l'éditeur : Dans la première édition figurent ici 3 alinéas introduisant l'administration du remède par inhalation. Comme ils permettent de mieux comprendre ce que veut dire Hahnemann dans le § 241, nous en reproduisons ici l'essentiel :

"Si, en pareil cas, l'un des médicaments qui viennent d'être indiqués était donné en substance au malade, fût-ce même à la plus faible dose, l'action du remède antipsorique dont il avait fait usage en dernier lieu serait totalement détruite, ou du moins le traitement principal éprouverait un grand trouble ; ce qui serait d'autant plus à regretter que le médicament antipsorique aurait déjà déployé contre la maladie chronique primitive une efficacité plus prononcée, dont il ne serait pas facile de compenser la perte, le même remède ne pouvant guère être administré immédiatement après une première dose, sans qu'il en résulte des inconvénients, comme je viens de le faire voir tout à l'heure.

"Dans ce cas difficile, on se tire d'embarras par un expédient dont je n'ai point encore fait part au public (...)" -suivent des considérations sans grand intérêt doctrinal.

"Lors donc qu'il s'agit de parer aux obstacles que ces troubles subits du physique et du moral mettent au traitement antipsorique des maladies chroniques, en provoquant souvent des accidents fort graves au moment où le sujet était en pleine voie de guérison, et surtout afin d'y remédier, de telle sorte que les médicaments antipsoriques auxquels il faut alors avoir recours n'aient pas besoin d'être administrés sous forme substantielle, on prend un globule de sucre (...)" -Hahnemann décrit alors la technique d'administration du remède par inhalation, qui figure dans la 2e édition (ci-dessus aux §§ 240 et 241). Il termine de la manière suivante : "L'impression que l'olfaction instantanée de ce petit globule produit sur les nerfs est incomparablement plus rapide, dans les effets médicinaux qui en résultent, que ne le serait celle du médicament lui-même administré en substance ; elle a de plus l'avantage de durer si peu, d'être si passagère, qu'il n'en résulte rien au-delà de ce qui est nécessaire pour obvier aux suites fâcheuses de l'événement imprévu, et qu'elle n'a point le pouvoir d'agir assez longtemps pour entraver beaucoup ou suspendre tout à fait l'action exercée jusqu'alors par le médicament antipsorique. Cette dernière circonstance est inappréciable".

Remarque : Nous ne possédons pas le texte allemand de la première édition et n'avons par conséquent pas pu vérifier l'exactitude de la traduction de JOURDAN.

 

[§ 246] Cependant il n'est pas rare, dans le traitement des maladies chroniques par des remèdes antipsoriques, que nous ayons besoin aussi des autres médicaments (*1) qui n'appartiennent pas à cette classe. Ce cas arrive lorsque des maladies intercurrentes, épidémiques ou même seulement sporadiques, qui sont provoquées par des causes météoriques ou telluriques, agissent sur l'affection chronique, et non-seulement troublent le traitement antipsorique, mais encore l'interrompent, souvent pendant un laps de temps assez long. En pareille circonstance, il faut avoir recours aux autres pratiques homœopathiques déjà connues : c'est pourquoi je n'en dirai rien ici, sinon que le traitement antipsorique doit être suspendu jusqu'après la guérison de la maladie intercurrente dont le sujet a été frappé, fallut-il même pour cela attendre quelques semaines dans les cas les plus fâcheux. Toutefois, même alors, quand la nouvelle maladie n'est pas trop grave, il suffit quelquefois de faire flairer un globule imbibé du médicament qu'elle réclame, et de cette manière on abrège singulièrement le traitement.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "(...) des autres médicaments non antipsoriques. Ce cas arrive lorsque des maladies intercurrentes (..)".

 

[§ 247] Le médecin homœopathiste doué d'intelligence saura bientôt reconnaître l'époque à laquelle les moyens mis en usage par lui auront achevé la guérison de la maladie intercurrente (1), et où la maladie chronique aura repris la marche qui lui est propre.

 

(1) Les maladies intercurrentes apparaissent ordinairement sous la forme d'une fièvre qui (lorsqu'elles-mêmes ne sont pas dues à des miasmes fixes, variole, rougeole, dysenterie, coqueluche, etc.) est toujours d'une autre espèce, aiguë et continue, ou lente et rémittente, ou intermittente. Les fièvres intermittentes paraissent presque chaque année sous une forme un peu modifiée. Depuis que j'ai appris à guérir les maladies chroniques par l'anéantissement homœopathique de leur source chronique, j'ai trouvé que les fièvres intermittentes épidémiques différaient presque chaque année dans leur caractère et leurs symptômes, de manière que, chaque année presque, elles cédaient en peu de jours à d'autres spécifiques ; ici à l'arsenic, là à la belladone, ou à l'antimoine cru, à la spigélie, à l'aconit, à la noix vomique alternant avec l'ipécacuanha, au sel ammoniac, au sel commun, à l'opium, au cina seul ou alternant avec le capsicum, au capsicum seul, au trèfle d'eau, à la chaux, à la pulsatille, à l'un des deux charbons, à l'arnica seul ou alternant avec l'ipécacuanha. Cependant je ne prétends exclure aucun des autres médicaments non antipsoriques, pourvu qu'ils soient homœopathiques à tout l'ensemble des symptômes de la fièvre régnante, tant dans l'accès que dans l'apyrexie. J'excepterai seulement presque toujours le quinquina ; car, à doses élevées et répétées, et même sous la forme concentrée (quinine), il ne fait que supprimer leur type, et les convertir en une cachexie quinique, difficile à guérir. (Le quinquina ne convient qu'aux fièvres intermittentes endémiques dans les contrées marécageuses, qu'il guérit bien, mais seulement en tant qu'on l'associe à des moyens antipsoriques.) Le plus sûr, pour l'homœopathe, au début du traitement d'une fièvre intermittente épidémique, est de commencer toujours par une petite dose de soufre, ou, au besoin, de foie de soufre calcaire, et d'attendre ensuite quelques jours, jusqu'à ce que l'amélioration cesse de faire des progrès ; alors seulement il administre (après la fin de l'accès) le médicament antipsorique (***2) qui s'accorde le mieux avec les symptômes de l'épidémie présente. C'est parce que la psore joue un rôle capital dans toutes les épidémies de fièvre intermittente, qu'il y a nécessité de débuter ainsi ; on rend par 1à le rétablissement des malades plus certain et plus facile.

 

(***2) Note de l'éditeur : Il y a ici un contresens. Il faut lire "(...) alors seulement il administre (après la fin de l'accès) le médicament non antipsorique qui s'accorde le mieux (...)".

 

[§ 248] Cependant après la guérison d'une semblable maladie intercurrente, il arrivera toujours que l'affection chronique primitive offrira quelques modifications (**1) ; que, par exemple, elle portera davantage sur une partie du corps autre que celle sur laquelle elle était fixée auparavant. Le médecin homœopathiste doit alors régler exactement son choix d'un remède antipsorique sur l'état des symptômes qui existent encore, et non se borner à prescrire celui qu'il était dans l'intention d'administrer avant la manifestation de la maladie intercurrente.

 

(**1) Note de l'éditeur : Traduction imprécise. Lire : "(...) il arrivera toujours que les symptômes de l'affection chronique offriront quelques modifications (...)".

 

[§ 249] S'il est appelé à traiter d'une de ces maladies intercurrentes un sujet atteint d'une affection chronique pour laquelle on ne l'ait point déjà traité auparavant, il lui arrivera fréquemment, surtout si la fièvre était grave, de s'apercevoir qu'après en avoir triomphé par les médicaments reconnus spécifiques (**1) chez d'autres malades de la même espèce, la guérison parfaite ne peut cependant point être obtenue, malgré toute la régularité imaginable dans le genre de vie et le régime, mais que des accidents d'une autre nature (ordinairement appelés maladies consécutives) éclatent, s'aggravent peu à peu, et menacent de devenir chroniques. En pareil état de choses, il a presque toujours sous les yeux une psore qui est sur le point de prendre les dehors d'une maladie chronique, et il doit savoir la guérir antipsoriquement, d'après les préceptes consignés dans cet ouvrage.

 

(**1) Note de l'éditeur : Traduction incomplète. Lire : "(...) après en avoir triomphé par les médicaments reconnus homœopathiquement spécifiques chez d'autres malades (...)".

 

[§ 250] C'est ici le lieu d'appeler l'attention sur un phénomène remarquable, savoir que les grandes maladies épidémiques, la variole, la rougeole, le pourpre, la fièvre scarlatine, la coqueluche, la dysenterie, et autres espèces de typhus, lorsqu'elles atteignent leur terme, principalement sans avoir été soumises à un traitement homœopathique convenable, laissent l'organisme dans un tel état d'ébranlement et d'excitation que, chez beaucoup de ceux qui viennent d'en être débarrassés, la psore, précédemment latente dans l'intérieur du corps, s'éveille tout à coup et se prononce rapidement en exanthèmes analogues à l'éruption psorique (1), ou en d'autres affections chroniques qui, lorsqu'on ne les soumet pas à un traitement antipsorique rationnel, ne tardent point, l'organisme étant encore épuisé, à acquérir un haut degré d'intensité. En pareil cas, quand le malade succombe, ce qui arrive souvent, le médecin allopathiste ordinaire dit qu'il est mort des suites de la coqueluche, de la rougeole, etc.

 

(1) Lorsque ces exanthèmes sont un peu abondants, les auteurs leur donnent le nom de gales spontanées. Véritable être de raison ; car, l'histoire à la main, on ne trouve jamais de gale qui soit survenue autrement que par infection, et cette maladie ne peut plus maintenant se produire d'elle-même, sans le concours du miasme psorique. Quant au phénomène dont parle le texte, ce n'est autre chose que l'exanthème secondaire, dont j'ai déjà fait mention si souvent, qui doit naissance à la psore demeurée latente dans l'intérieur du corps après la suppression, ou, et ce qui est rare, après la disparition spontanée de son éruption. Cet exanthème quitte fréquemment la peau de lui-même avec une grande rapidité, et rien ne prouve encore qu'il soit capable de communiquer la gale à d'autres personnes.

 

[§ 251] Mais ces suites ne sont autre chose que la psore développée sous la forme d'innombrables maladies chroniques, dont jusqu'à ce jour la cause fondamentale a été ignorée, et qui, par conséquent, sont demeurées incurables.

[§ 252] Les fièvres épidémiques et sporadiques exigent donc souvent, comme les maladies miasmatiques aiguës, même lorsqu'on a trouvé et convenablement employé un spécifique homœopathique contre elles, qu'on ait ensuite recours à un traitement antipsorique, pour lequel il m'est fréquemment arrivé de trouver le soufre fort utile, quand le malade n'avait pas été peu de temps auparavant soumis à l'action d'un remède dans la composition duquel entrât cette substance ; car, dans ce cas, il faudrait aller chercher l'antipsorique parmi les autres médicaments appartenant à la classe.

[§ 253] L'opiniâtreté si manifeste des maladies endémiques tient presque uniquement à la psore modifiée par les circonstances de localité et par le genre de vie des habitants ; en sorte que, par exemple, les fièvres intermittentes nées dans les contrées marécageuses, ne cèdent souvent pas, malgré l'emploi du quinquina, chez les malades même qui ont été transportés dans des lieux secs, à moins qu'on n'administre le traitement antipsorique, et qu'on n'insiste même d'une manière spéciale sur cette dernière méthode. Les effluves des marais paraissent être une des causes physiques qui exercent l'influence la plus puissante, principalement dans les pays chauds, sur le développement de la psore latente chez un si grand nombre d'hommes (1). Si l'on n'a recours, dans presque tous les cas, à un traitement antipsorique aussi sagement dirigé que possible, on ne parviendra jamais à combattre ce qu'il y a de meurtrier dans les climats humides, et à les convertir en régions où il soit possible de jouir d'une santé supportable. L'homme s'accoutume aux extrêmes du chaud et du froid, et peut vivre bien portant dans l'un et l'autre cas ; pourquoi ne pourrait-il pas s'accoutumer aux contrées marécageuses, comme aux pays les plus secs, s'il ne recélait si souvent en lui-même un redoutable ennemi de sa santé, la psore, à laquelle, pour peu qu'elle existe à l'état latent dans le corps, les eaux stagnantes, et les effluves fournis par un sol humide, surtout lorsque la température est habituellement élevée, communiquent plus certainement qu'aucune autre influence physique pernicieuse la propension à se déployer sous la forme d'affections chroniques de toute espèce, notamment parmi celles dans lesquelles le foie souffre de préférence aux autres organes ?

 

(1) Probablement parce que ces effluves ont la propriété de paralyser en quelque sorte la force vitale de l'organisme, qui, dans l'état ordinaire, est capable de retenir la psore interne, sans cesse tendante à se développer.

 

* * * * *

 

[§ 254] Les symptômes qui ont apparu les derniers (***1), dans une maladie chronique abandonnée à elle-même, sont ceux qui cèdent les premiers au traitement antipsorique ; les plus anciens, qui sont aussi les plus constants, les moins sujets à changer de forme ou d'aspect, et qui comprennent les affections locales fixes, ne s'effacent que vers la fin, après la disparition seulement des autres accidents, lorsque la santé est déjà presque entièrement rétablie sous tous les autres rapports. Un antipsorique bien choisi peut souvent arrêter d'une manière rapide les accès d'une maladie périodique, telle que l'hystérie, l'épilepsie, etc. ; mais, pour que cette suppression soit durable, et qu'on puisse compter sur elle, il faut un traitement complet de la psore entière qui est cachée dans le corps.

 

(***1) Note de l'éditeur : Hahnemann exprime ici d'une manière extrêmement claire et précise la troisième loi de direction des symptômes -qu'il suggérait déjà, mais d'une façon plus vague, dans le § 216 ci-dessus. Les trois lois de direction des symptômes forment ce qu'on a accoutumé depuis de nommer la "loi de Hering". Rappelons-là brièvement : au cours d'une vraie guérison, les symptômes disparaissent 1. de haut en bas, 2. de dedans en dehors et 3. dans l'ordre inverse de leur apparition. Cette loi a été formulée par Constantin HERING dans la préface qu'il écrivit pour la première édition américaine des Maladies chroniques, parue en 1845 dans une traduction de Charles HEMPEL. Nous avons retraduit ce texte essentiel d'après la version américaine :

"Il y a des maladies aiguës qui se terminent par une éruption à la peau, qui se disperse, se dessèche et puis disparaît ; il en va de même pour beaucoup de maladies chroniques. Toutes les maladies diminuent d'intensité, s'améliorent et sont guéries par l'organisme interne qui se libère d'elles peu à peu ; la maladie interne s'approche de plus en plus des tissus externes, jusqu'à ce qu'elle arrive enfin à la peau.

"Tout médecin homœopathe a dû observer que l'amélioration de la douleur se fait de haut en bas ; et celle des maladies, de dedans en dehors. C'est la raison pour laquelle les maladies chroniques, si on les traite dans leur totalité, se terminent toujours par quelque éruption cutanée, qui diffère suivant les diverses constitutions des malades. On peut même apercevoir cette éruption quand la guérison est impossible, et même quand on a choisi les remèdes de manière inadéquate. Comme la peau est la surface la plus externe du corps, c'est à son niveau que se termine en tout dernier lieu la maladie. Cette éruption cutanée n'est pas seulement une sécrétion morbide qui a été chimiquement séparée de l'organisme interne sous la forme d'un gaz, d'un liquide ou d'un solide ; c'est la totalité de l'action morbide qui est poussée de dedans en dehors, et cela est caractéristique d'un traitement complètement et véritablement curatif. L'action morbide de l'organisme interne peut continuer soit entièrement, soit en partie en dépit de cette éruption cutanée. Néanmoins, cette éruption est toujours un symptôme favorable ; elle soulage les souffrances du patient et prévient en général une affection plus dangereuse.

"Ce qui indique la guérison complète d'une maladie chronique aux ramifications étendues dans l'organisme, c'est que les organes les plus importants sont les premiers à être soulagés ; la maladie disparaît dans l'ordre dans lequel les organes ont été affectés, les plus importants étant les premiers à être soulagés, les moins importants ensuite, et la peau en dernier lieu.

"Même un observateur superficiel ne peut manquer de reconnaître cette loi de succession des symptômes (*2). On ne peut jamais se fier à une amélioration qui se produit dans un ordre différent."

On remarque que HERING ne donne en fait ici que 2 lois de guérison :

1. de haut en bas,

2. de dedans en dehors, c'est-à-dire les organes les plus importants étant les premiers à être soulagés.

Il va même jusqu'à dire que "la maladie disparaît dans l'ordre dans lequel les organes ont été affectés", paroles malheureuses, car c'est exactement le contraire qui se passe : c'est l'ordre inverse de celui dans lequel les organes ont été affectés ; Hahnemann le dit bien au § 254 : "Les symptômes qui ont apparu les derniers sont ceux qui cèdent les premiers au traitement" !

Un point qu'il importe de souligner est que HERING insiste bien sur le fait que l'apparition d'une éruption ne signe ni la guérison, ni la curabilité du cas, ni l'exactitude du choix du remède. Pour cela il faut que les organes les plus importants soient les premiers soulagés.

Nous retiendrons donc que, des trois prétendues lois de Hering, seules les deux premières peuvent lui être attribuées, la troisième étant, en fait, de Hahnemann !

 

(*2) Note du traducteur : "This law of order", cette loi d'ordre, Le mot "order", en américain, a de multiples significations ; il peut signifier ici, notamment, l'ordre dans lequel les symptômes se succèdent dans le temps ou bien l'ordre hiérarchique des symptômes, auquel cas il vaudrait mieux traduire "cette loi de hiérarchisation des symptômes". Nous avons choisi la première traduction au vu du contexte -essentiellement la phrase qui suit. Les mots "des symptômes" ne figurent pas dans le texte original, nous les avons rajoutés pour la clarté.

 

[§ 255] Les malades témoignent souvent le désir de voir disparaître avant tous les autres un symptôme qui leur est plus particulièrement à charge ; il n'y a pas moyen de les satisfaire (*1) sous ce rapport ; mais il faut excuser un pareil vœu de leur part, en raison de leur ignorance.

 

(*1) Note de l'éditeur : Le texte allemand dit : "c'est impratiquable, inexécutable" (es ist unausführbar).

 

[§ 256] Dans le compte rendu qu'un malade éloigné de son médecin écrit jour par jour, pendant qu'il fait usage des médicaments antipsoriques, il doit avoir soin de souligner, parmi les symptômes de chaque jour, ceux qui reparaissent après avoir été longtemps sans se manifester ; mais ceux qu'il n'a point encore éprouvés, et qu'il remarque pour la première fois ce jour-là, doivent être marqués de deux barres. Les premiers annoncent que l'antipsorique a pris le mal par la racine, et qu'il avancera beaucoup la guérison radicale ; les autres indiquent, quand ils renaissent fréquemment, et toujours de plus en plus prononcés, que le remède n'a pas été choisi parfaitement homœopathique, et qu'il faut le suspendre pendant quelque temps, le remplacer par un autre qui soit plus en harmonie avec l'ensemble des symptômes.

[§ 257] Vers le milieu du traitement, la maladie diminuée commence à repasser insensiblement à l'état de psore latente ; les symptômes deviennent de moins en moins saillants, et le médecin attentif finit par n'en plus apercevoir que des traces, qu'il doit cependant poursuivre jusqu'à leur entière disparition : car le moindre reste pourrait être un germe dont le développement reproduirait un jour l'ancienne maladie (*1). Celui qui croirait alors la guérison achevée, comme ont coutume de le faire les personnes de toute classe étrangères à l'art de guérir, se tromperait beaucoup. Avec le temps, et surtout sous l'influence d'événements graves et désagréables, le faible résidu d'une psore ainsi réduite seulement à de plus petites proportions, redonnerait naissance à une nouvelle maladie chronique, qui peu à peu s'aggraverait d'elle-même sans relâche, suivant l'usage des affections entretenues par un miasme chronique qui n'a point été éteint.

 

(*1) Note de l'éditeur : Il manque ici une note en bas de page. Il faut donc lire : "(...) reproduirait un jour l'ancienne maladie (*2). Celui qui croirait (...).

 

(*2) Note de l'éditeur : Note de bas de page : "C'est ainsi que, si l'on coupe plusieurs bras à une hydre d'eau douce, avec le temps il en repousse toujours de nouveaux".

 

[§ 258] Le malade est fondé à exiger du médecin le citò, tutò et jucundè de Celse ; mais il doit avec raison l'attendre de l'homœopathiste dans les maladies aiguës provenant de causes accidentelles ainsi que dans les maladies intercurrentes. (**1)

 

(**1) Note de l'éditeur : Traduction approximative. Il faut lire : "(...) dans les maladies aiguës provenant de causes accidentelles ainsi que dans les maladies intermédiaires isolées, qui règnent de temps à autre (les soi-disant maladies intercurrentes)" (bei den abgesonderten, zu Zeiten herumgehenden -sogenannten interkurrenten -Zwischen-Krankheiten).

 

[§ 259] Quant à ce qui concerne particulièrement le citò, c'est-à-dire l'accélération de la guérison, la nature même des choses y met obstacle, du moins dans les maladies chroniques anciennes (1).

 

(1) Il n'y a qu'un médicastre qui puisse promettre légèrement de guérir une grave maladie chronique en un mois ou six semaines. Que lui importe de tenir parole ou non ? Que hasarde-t-il, si, comme on doit s'y attendre, le sujet sort de ses mains plus malade qu'il n'y est entré ? Ce n'est point l'honneur ! car ses confrères ne font pas mieux que lui. Serait-ce la conscience : Mais aurait-il donc encore quelque chose à perdre sous ce rapport ?

 

[§ 260] On peut dire que la guérison de grandes maladies chroniques qui datent de dix, vingt, trente ans et plus (***1), est rapide quand on l'obtient dans le cours d'une ou deux années. Si la moitié de ce temps suffit pour l'accomplir chez des sujets jeunes et robustes, il faut, quand on traite une personne avancée en âge, accorder tous les délais nécessaires pour qu'elle puisse avoir lieu, même en supposant que ni le médecin, ni le malade, ni ceux qui entourent ce dernier ne commettent aucune faute. On n'aura pas de peine à comprendre qu'une si ancienne affection chronique dont le miasme primitif a eu tout le temps nécessaire pour introduire ses racines parasites jusque dans les replis les plus cachés de l'organisme, finit par être tellement identifiée avec la constitution, qu'il ne suffit pas d'un traitement médical rationnel, d'un genre de vie régulier, et d'une grande soumission de la part du malade, mais qu'il faut encore beaucoup de temps et de patience, pour extirper toutes les parties de cet immense polype dynamique (*2), sans compromettre l'organisme lui-même et ses facultés.

 

(**1) Note de l'éditeur : Il manque ici une parenthèse importante : "On peut dire que la guérison de grandes maladies chroniques qui datent de dix, vingt, trente ans et plus (si elles n'ont pas été gâchées auparavant, voire tout à fait détériorées, par un excès de traitements allopathiques, au point d'en être devenues incurables), est rapide quand on l'obtient dans le cours d'une ou deux années (...)".

 

(*2) Note de l'éditeur : "extirper toutes les parties de ce polype dynamique qui a de nombreux bras, sans compromettre l'organisme lui-même (...)". Allusion à l'hydre d'eau douce, que l'on appelait autrefois le polype d'eau douce.

 

[§ 261] Il faut que, dans un traitement antipsorique, même long, même très prolongé, les forces du malade aillent toujours en augmentant, depuis le début jusqu'à la guérison et au rétablissement de l'état normal. Elles croissent pendant tout ce temps, sans qu'on administre le moindre d'entre les remèdes désignés sous le nom de fortifiants, et font d'elles-mêmes des progrès, à mesure que l'économie se débarrasse de l'ennemi qui la rongeait (1).

 

(1) On ne comprend pas que les médecins allopathistes aient pu concevoir l'idée de guérir des maladies chroniques par des traitements toujours violents et débilitants, sans que les résultats constamment fâcheux de cette méthode les aient jamais détournés d'y recourir de nouveau. Les amers et le quinquina qu'ils donnaient dans les intervalles ne faisaient qu'accroître la masse des maux déjà existants, sans pouvoir réparer les forces anéanties.

 

[§ 262] Le moment le plus favorable pour prendre une dose de médicament antipsorique paraît être le matin, à jeun. Lorsqu'on n'attend de sa part que l'action la plus faible qu'il puisse exercer, on en prend la poudre (1), qu'on applique sur la langue, soit sèche, soit humectée avec deux ou trois gouttes d'eau. Dans l'un et l'autre cas, on reste une demi-heure ou une heure entière sans rien boire ni manger.

 

(1) Le soin de désigner les poudres par des nombres courants a cela de commode que, quand un malade, surtout éloigné, envoie son compte rendu, en ayant soin d'indiquer la dose et le numéro de la poudre qu'il a prise le matin, on peut reconnaître le jour auquel il a pris sa dose de médicament, et calculer la marche de l'action d'après le nombre des jours qui se sont écoulés depuis.

 

[§ 263] Après avoir avalé le médicament, le malade doit rester au moins une bonne heure tranquille, mais cependant sans dormir, parce que le sommeil recule l'époque à laquelle commence l'effet du remède. Pendant cette heure, de même que pendant tout le traitement, il doit éviter toutes les secousses morales désagréables, et tout ce qui pourrait lui causer quelque contention d'esprit, la lecture, le calcul, l'écriture, les entretiens qui exigent de la réflexion.

[§ 264] La dose du médicament ne doit être prise ni peu avant l'instant où les femmes attendent leurs règles, ni pendant l'écoulement du flux menstruel ; mais on peut la faire prendre, s'il est nécessaire, le quatrième jour, environ quatre-vingt-seize heures, après l'apparition de ce dernier. Lorsqu'il a été ordinaire jusqu'alors que les règles avancent ou coulent trop abondamment, on est souvent obligé, ce quatrième jour, de faire respirer une petite dose de noix vomique, c'est-à-dire un globule imbibé d'une haute dynamisation ; on attend ensuite quatre ou six jours avant d'administrer l'antipsorique. Mais si la femme est fort sensible et très nerveuse, on aura soin presque à chaque époque, soixante et douze heures après l'apparition des règles, de lui faire flairer un globule imbibé de la dissolution précédente, ce qui n'empêche pas de continuer le traitement antipsorique (1).

 

(1) Dans un pareil dérangement des règles, tout traitement des maladies chroniques est inutile, si l'on n'a pas soin d'administrer ainsi de temps en temps la voix vomique, qui possède ici la vertu spécifique de remédier au défaut d'harmonie que les désordres menstruels occasionnent dans les fonctions nerveuses, et de calmer l'excès de sensibilité et d'irritabilité qui oppose un obstacle insurmontable à l'action salutaire des remèdes antipsoriques.

 

[§ 265] La grossesse, dans tous ses degrés, met si peu obstacle aux traitements antipsoriques, que, loin de là, c'est souvent alors qu'ils deviennent le plus nécessaires et le plus efficaces (1). Le plus nécessaires, parce que les maladies chroniques se déploient davantage pendant cet état. En effet, c'est pendant cette période de la vie des femmes que les symptômes de la psore interne deviennent le plus prononcés (2), à cause de l'excitation qu'éprouvent le physique et le moral. Aussi les médicaments antipsoriques n'agissent-ils jamais d'une manière plus sensible et plus prononcée qu'alors, ce qui indique au médecin la nécessité non-seulement de les prescrire à aussi petite dose et aussi étendus que possible, mais encore de s'attacher à les choisir parfaitement homœopathiques.

 

(1) Quel moyen plus certain aurait-on, par exemple, de prévenir les récidives de l'avortement, qui a sa source presque exclusivement dans la psore, et de les prévenir d'une manière durable, si ce n'est en soumettant la femme à un traitement antipsorique bien dirigé, avant ou du moins pendant sa grossesse ? Quel autre moyen serait plus efficace qu'un pareil traitement, administré à temps, pour écarter par avance ces états de la mère qui, dans les cas même où l'enfant se présente bien et où l'accouchement s'exécute d'une manière naturelle, mettent si souvent sa vie en danger, ou la conduisent à la mort ? Les positions vicieuses même de l'enfant n'ont fréquemment, sinon toujours, d'autre cause que l'affection psorique dont est atteinte la mère ; et telle est bien certainement la cause de l'hydrocéphale et des autres vices de conformation du fœtus. Il n'y a qu'un traitement antipsorique, administré sinon avant, du moins pendant la grossesse, qui puisse faire disparaître d'avance l'incapacité de la mère à nourrir elle-même son enfant, prévenir les affections si communes des seins, les excoriations auxquelles la succion expose les mamelons, la disposition si fréquente aux phlegmasies érysipélateuses des mamelles, les abcès dans ces parties du corps, et les écoulements de sang par la matrice pendant la durée de l'allaitement.

 

(2) Il n'est pas rare non plus que l'inverse précisément arrive, qu'une femme toujours valétudinaire, souvent même constamment malade, lorsqu'elle n'est point enceinte, se trouve fort bien pendant chaque grossesse, et seulement alors. En pareil cas, on doit profiter du temps de la gestation pour entreprendre le traitement antipsorique, qu'on dirige alors contre les symptômes qui se manifestaient antérieurement à cette époque.

 

[§ 266] Jamais on ne donne de médicaments aux enfants eux-mêmes qui sont à la mamelle. C'est la mère ou la nourrice qui les prend pour eux ; au moyen de son lait, ils agissent promptement, doucement et efficacement, sur le nourrisson.

[§ 267] La nature inintelligente, livrée à elle-même (**1), ne peut rien faire de mieux, dans les maladies chroniques, et dans les affections aiguës qui en procèdent de temps en temps, que de recourir à des palliatifs pour sauver temporairement le sujet du danger subit qui menace ses jours. De là les fréquentes évacuations (*2) qui surviennent d'elles-mêmes dans ces affections, les diarrhées, les vomissements, les sueurs, les ulcères, les hémorragies, etc., événements dont le résultat n'est qu'un soulagement momentané du mal primitif qui, par suite même des pertes en force et en humeurs qu'ils entraînent, ne fait au fond que s'aggraver de plus en plus.

 

(**1) Note de l'éditeur : Texte original : "La nature physique (Körper-Natur), privée d'intelligence (et que l'on appelle le principe conservateur de la vie ou la force vitale), livrée à elle-même, ne peut rien faire de mieux (...)"

 

(*2) Note de l'éditeur : "Les fréquentes évacuations". Le texte original dit "die (...) Absonderungen und Ausleerungen", les sécrétions et les excrétions / décharges / déjections / évacuations / éliminations.

 

[§ 268] L'allopathie n'a pas pu faire plus jusqu'à ce jour pour la vraie guérison des maladies chroniques. Elle n'a pu qu'imiter la nature inintelligente (*1) dans ses efforts palliatifs, sans même produire ce faible résultat, mais aussi sans manquer d'épuiser beaucoup les forces. Elle n'a donc jamais fait, comme la nature, que hâter la ruine générale, sans pouvoir le moins du monde contribuer à éteindre le mal fondamental. Ici se rangent les innombrables moyens décorés du titre de dissolvants (purgatifs), les saignées, les ventouses, les applications de sangsues, dont la mode est poussée aujourd'hui jusqu'à la démence, les sudorifiques, les exutoires, cautères, sétons, vésicatoires, etc.

 

(*1) Note de l'éditeur : "La nature inintelligente". Le texte original dit "die vernunftlose Körper-Natur", la nature physique inintelligente.

 

[§ 269] Le médecin homœopathiste, qui sait guérir radicalement la maladie chronique elle-même par l'application de la méthode antipsorique, a si peu besoin de tous ces moyens, propres seulement à assurer la perte des malades, qu'il doit au contraire éviter avec soin que ces derniers ne les emploient secrètement tandis que lui-même les traite. Le malade a beau lui assurer qu'il a l'habitude de se faire saigner ou purger à telles ou telles époques, que par conséquent une saignée, une purgation lui sont nécessaires, il ne cédera jamais, il ne permettra jamais rien de semblable.

[§ 270] L'homœopathe parfaitement versé dans son art, et, Dieu merci, il n'en manque pas aujourd'hui, ne soustrait jamais une seule goutte de sang à ses malades. Il n'a jamais besoin de recourir à ce moyen de débilitation, ni à aucun autre semblable ; il les laisse aux demi-homœopathes (1).

 

(1) On peut pardonner cette erreur aux débutants ; mais quand ils viennent proclamer dans les journaux et dans les livres que la saignée et les sangsues sont presque indispensables, ils se rendent ridicules, et l'on déplore leur aveuglement, ainsi que le sort des malades qui tombent entre leurs mains. Est-ce la paresse, ou la prédilection pour leur ancienne routine allopathique, ou le défaut de philanthropie, qui les empêche de saisir le vrai sens de l'homœopathie ?

 

[§ 271] Il n'est qu'un seul cas (lorsque, comme dans beaucoup de maladies chroniques, les selles retardées souvent de plusieurs jours incommodent beaucoup) où, au début du traitement, avant que le remède antipsorique ait encore eu le temps d'améliorer les choses sous ce rapport, l'homœopathiste se permet d'administrer au malade qui n'a point été à la garde-robe depuis trois ou quatre jours, un lavement d'eau tiède pure, sans la moindre addition, et quelquefois un second, quand le premier n'a pas produit d'effet au bout d'un quart d'heure. Il est rare qu'on ait besoin d'attendre encore un quart d'heure pour donner un troisième lavement. C'est là un moyen incapable de nuire, qui n'agit guère que d'une manière mécanique, en distendant les intestins, auquel il convient parfois de recourir, et qu'on peut renouveler au bout de trois ou quatre jours, parce que les médicaments antipsoriques, notamment le lycopode, plus encore que le soufre, ont la propriété de déterminer ordinairement la constipation peu de temps après qu'on vient de les administrer.

[§ 272] Les exutoires ne sont excusés par rien, et ne font qu'épuiser les forces ; cependant, lorsque le malade les porte depuis longtemps, souvent depuis des années, le médecin homœopathiste ne peut les supprimer qu'autant que le traitement antipsorique a déjà fait de notables progrès. Mais s'il est possible de les diminuer sans les faire disparaître tout à fait, on n'oublie pas cette précaution dès le début même du traitement.

[§ 273] A l'égard des vêtements de flanelle, qu'à défaut de moyens plus efficaces, les médecins ordinaires prescrivent comme étant capables, suivant eux, de prévenir les refroidissements, et dont ils ont tant abusé, à la grande incommodité des malades, l'homœopathiste est obligé d'attendre, pour les supprimer, que les antipsoriques commencent à amender la maladie, à diminuer l'impressionnabilité par le froid, et que la saison lui permette de le faire sans inconvénient. Lors même qu'il traite des sujets très délicats, il doit leur faire porter pendant une quinzaine de jours des chemises de coton, qui grattent et échauffent moins la peau, avant de mettre celle-ci en contact avec de la toile.

[§ 274] Par une multitude de motifs qu'il est facile d'entrevoir, entre autres pour ne pas mettre obstacle à l'action des faibles doses auxquelles sont prescrits ses médicaments, l'homœopathiste doit interdire, pendant toute la durée du traitement, l'usage des parfumeries, des eaux de senteur, des infusions aromatiques, des pastilles de menthe, de l'anis confit, des tablettes pectorales, des liqueurs, des chocolats aromatisés ou au lichen d'Islande, des électuaires, poudres et teintures dentifrices, enfin de tous les articles de luxe analogues.

[§ 275] Les bains dits de propreté (**1), que désirent souvent avec ardeur les malades auxquels on les a interdits, ne doivent pas être accordés, parce qu'ils ne manquent jamais de porter le trouble et le désordre dans l'économie. Jamais non plus ils ne sont nécessaires ; des lotions rapides, partielles ou générales, avec l'eau de savon, remplissent le même but parfaitement et sans nul inconvénient.

 

(**1) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN pourrait faire croire que Hahnemann était un adversaire de la propreté. Il faut lire : "Les bains chauds ou très chauds, que l'on appelle des bains de propreté et que désirent souvent avec ardeur les malades auxquels on les a interdits, ne doivent pas être accordés, parce qu'ils ne manquent jamais de porter le trouble et le désordre dans l'économie. Jamais non plus ils ne sont nécessaires ; on atteindra le même but, et sans nul inconvénient, en faisant des lotions rapides, d'une partie ou de l'entièreté du corps, avec de l'eau de savon tiède."

* * * * *

[§ 276] A la fin de cette instruction générale sur la manière de traiter les maladies chroniques, j'avais, dans l'édition précédente, donné le conseil de recourir à de très faibles commotions électriques, comme moyen de ranimer des parties devenues depuis longtemps presque paralysées ou presque insensibles. Je me repens d'avoir indiqué ce procédé, car l'expérience m'a appris qu'on n'a jamais agi ainsi, et que toujours on a employé de fortes secousses, au grand détriment des malades. Je recommande donc maintenant de s'abstenir d'une méthode dont on peut si facilement abuser, d'autant plus que l'application locale de l'eau à une température de dix degrés Réaumur (1) la remplace très bien. On peut recourir soit aux affusions pendant une, deux ou trois minutes, soit aux bains généraux de poussière d'eau pendant une à cinq minutes, plus ou moins, et une ou plusieurs fois par jour, conjointement avec un traitement antipsorique approprié, un exercice suffisant au grand air, et un régime convenable.

 

(1) A cette température, et plus froide, l'eau a pour premier effet de diminuer momentanément la sensibilité et la mobilité des parties, par conséquent d'agir comme moyen homœopathique local.

 


 

LES MÉDICAMENTS.

 

[§ 277] Les médicaments que l'expérience a démontré jusqu'à présent être les plus propres à combattre les maladies chroniques, seront exposés dans le reste de cet ouvrage, où je traiterai de ceux qui conviennent contre les maux d'origine tant psorique que syphilitique et sycosique.

[§ 278] Nous n'avons pas besoin, à beaucoup près, d'autant de médicaments contre la syphilis et la sycose que contre la psore. Aucun de ceux qui prennent la peine de réfléchir ne tirera de là un argument contre la nature miasmatique chronique de cette dernière affection, et ne cherchera bien moins encore à en conclure qu'elle n'est point la source commune de toutes les autres maladies chroniques.

[§ 279] La psore, cette maladie miasmatique si ancienne, ne pouvait manquer, en traversant tant de millions d'organismes, dont chacun possédait sa constitution propre et vivait dans un cercle de conditions particulières, de se modifier au point d'être capable d'engendrer l'incroyable multiplicité de maux que nous observons chez les sujets atteints d'affections chroniques, le symptôme extérieur, celui qui tient lieu de la maladie interne, c'est-à-dire l'éruption galeuse, considérable ou non, étant chassé de la peau par un art malencontreux, ou disparaissant de lui-même par l'effet de quelque autre cause violente.

[§ 280] Telle paraît être la cause (***2) qui a permis au miasme psorique de se développer sous tant de formes diverses, qu'il s'en trouve dans le nombre, qui, sans renier leur origine, diffèrent notablement les unes des autres, soit qu'elles tiennent à l'influence du climat (1), soit qu'elles dépendent de celle du genre de vie (rachitisme, déviation des os, teigne, scrofules). On conçoit, d'après cela, qu'il faut plus d'un médicament pour combattre toutes ces modifications de la psore.

 

(1) Par exemple le sibbens de l'Écosse, le radesyge de la Norvège, la pellagre de la Lombardie, la plique de la Pologne et de la Carinthie, le frambœsia, appelé yaws en Guinée et pian aux Antilles, le tsœmœr de la Hongrie, l'asthénie de la Virginie, le crétinisme dans les gorges des Alpes, le goitre, etc.

 

(***2) Note de l'éditeur : Le texte de JOURDAN n'est pas une traduction, mais un résumé ! Voici le texte complet de ce paragraphe : "Telle paraît être la cause qui a permis à ce miasme à demi spirituel (la psore), -qui, à la manière d'un parasite (*3), tend à introduire sa vie hostile dans l'organisme humain et à s'y établir,- de se développer sous tant de formes diverses au cours de nombreux milliers d'années, en sorte qu'il a été jusqu'à engendrer des ramifications modifiées, qui ont des propriétés caractéristiques et qui, il est vrai, ne renient pas leur origine (la psore commune), mais qui diffèrent toutefois nettement l'une de l'autre par quelques particularités ; il a produit des variations qui se sont modelées en partie sur les particularités physiques divergentes et les variantes climatiques de l'habitation des personnes atteintes de psore (1), et en partie sur leurs différentes façons de vivre ; par exemple, chez les enfants dans l'air vicié des villes, le rachitisme, la spina ventosa, l'ostéomalacie, les déviations des os, la carie osseuse, la teigne du cuir chevelu, les scrofules, l'herpès circiné ; chez les adultes l'asthénie nerveuse, l'irritabilité des nerfs, la goutte nouée, etc. Et ainsi les autres variations à l'infini dans le mode de vie et les occupations des hommes, jointes à leurs diverses complexions, qu'ils tiennent de naissance, impriment aux maladies psoriques tant de modifications que l'on comprend aisément qu'il faille nécessairement de nombreux médicaments différents pour extirper toutes ces modifications de la psore (ce sont les remèdes antipsoriques)".

 

(*3) Note de l'éditeur : "Nach Parasiten-Art". On ne peut dire plus clairement que la psore n'est pas provoquée par un parasite (l'acare), elle ne fait qu'en prendre le masque.

 

[§ 281] On m'a souvent demandé à quels signes on pouvait reconnaître d'avance une substance antipsorique. Il ne saurait y en avoir d'appréciables à la vue ; mais, quand j'étudiais les effets purs de certaines substances énergiques sur l'homme en santé, j'en trouvais dont les symptômes avaient une analogie marquée avec ceux des maladies psoriques. Cependant il y a eu quelquefois des indices qui m'ont mis sur la voie ; par exemple, l'utilité que les Polonais attribuent au lycopode contre la plique, le fait observé de la suspension de certaines hémorragies par le sel marin, les avantages du gaïac, de la salsepareille et du mezereum constatés dès les temps anciens, lorsqu'on ne pouvait guérir les maladies vénériennes, avec le mercure, qu'après avoir combattu la complication psorique par l'une ou l'autre de ces plantes.

[§ 282] En général, je reconnus, d'après leurs symptômes purs, que la plupart des terres (*1), des alcalis et des acides, les sels neutres auxquels ils donnent naissance, et plusieurs métaux, étaient indispensables pour la guérison des symptômes presque sans nombre de la psore. L'analogie de nature entre le principal d'entre les antipsoriques, le soufre, et le phosphore, ou autres substances combustibles du règne végétal ou du règne minéral, m'a conduit aussi à l'emploi de ces dernières, auxquelles l'analogie m'a fait également rattacher quelques matières animales.

 

(*1) Note de l'éditeur : Dans le langage chimique du temps de Hahnemann, on désignait sous le nom de terres certains oxydes, principalement métalliques, insolubles dans l'eau, et que l'on regardait autrefois comme des corps simples (parce qu'on n'était pas encore parvenu à les décomposer), notamment la chaux, la strontiane, la baryte, la magnésie, l'alumine et la silice (encore appelée terre silicieuse). A cette époque, d'ailleurs, on ne savait pas encore trop si le silicium était ou non un métal. Il est intéressant de noter que le nom de cet élément, "silicium", a été créé en 1808 par un chimiste anglais, Sir Humphry DAVY, qui lui a donné la terminaison "-ium", justement parce qu'il croyait que c'était un métal, comme le sodium, le potassium ou le calcium, qu'il fut le premier à isoler par électrolyse. Mais c'est BERZELIUS qui sera le premier à isoler le silicium, sous sa forme amorphe, en 1823 ; il fallut encore attendre 1854 pour que DEVILLE et WOEHLER l'obtiennent à l'état cristallin. -D'après, entre autres, les dictionnaires de LANDAIS (1834), BESCHERELLE (1843), LACHATRE (1856), LITTRÉ (1863), BOUILLET (13e éd., 1880) et le Nouveau Dict. de Chimie d'Émile BOUANT (1889).

 

[§ 283] Cependant on ne peut qualifier d'antipsoriques que les substances dont les effets purs sur l'homme en santé annoncent la possibilité d'en faire homœopathiquement usage contre les maladies psoriques (**1) dans lesquelles la contagion est patente, Le nombre pourra donc s'en accroître avec le temps. Du reste, je n'en suis pas moins convaincu que ceux en possession desquels nous sommes aujourd'hui, suffisent pour guérir sûrement presque toutes les maladies chroniques non vénériennes, lorsque les sujets n'ont point été surchargés par l'allopathie de graves maladies médicinales, que leur force vitale n'est pas tombée trop bas, et qu'il ne se rencontre point de circonstances extérieures rendant la guérison impraticable. Il va sans dire que les autres remèdes homœopathiques, le mercure même, sont parfois nécessaires dans les maladies psoriques.

 

(**1) Note de l'éditeur : La traduction de la première partie de l'alinéa est incomplète. Il faut lire : "Cependant on ne peut qualifier d'antipsoriques que les substances dont les effets purs sur l'homme en santé annoncent la possibilité d'en faire homœopathiquement usage contre les maladies psoriques manifestes dans lesquelles la contagion est avouée, de sorte que, avec l'élargissement de notre connaissance des effets médicinaux purs qui leur sont propres, il se peut qu'on trouve nécessaire, avec le temps, d'ajouter quelques autres remèdes au nombre des antipsoriques. Du reste, je n'en suis pas moins convaincu que ceux (...)".

 

* * * * *

 

[§ 284] En soumettant les substances médicinales brutes à un mode de traitement dont on n'avait aucune idée avant la découverte de l'homœopathie, celle-ci développe peu à peu les vertus qui leur sont inhérentes, de manière à pouvoir les appliquer aussi parfaitement que possible à la guérison des maladies. Certaines substances, comme le sel marin et le lycopode, paraissent n'avoir, à l'état grossier, que des propriétés médicinales fort incomplètes et insignifiantes ; quelques-unes, telles que l'or, le quartz, l'alumine, en sont totalement dépourvues. Mais l'homœopathie sait leur en procurer de fort énergiques par un mode particulier de préparation. Beaucoup d'autres, au contraire, ont des effets si violents, même à doses minimes, que quand elles entrent en contact avec la fibre animale, elles la brûlent et la détruisent (arsenic, sublimé corrosif). Celles-ci, l'homœopathie sait non-seulement les rendre douces dans leur action, mais encore leur faire déployer des vertus curatives jusqu'alors inconnues.

[§ 285] Le changement qu'une trituration prolongée avec une poudre non médicamenteuse, ou une longue agitation avec un liquide qui ne l'est pas davantage, produit dans les corps naturels, spécialement dans les substances médicinales, est tellement considérable, qu'il tient presque du miracle, et que l'homœopathie peut tirer vanité d'en avoir fait la découverte.

[§ 286] Ce traitement ne développe pas seulement les vertus des substances médicamenteuses à un degré incalculable ; il change encore à tel point leur manière chimique de se comporter (*1) que, si dans leur état ordinaire ou grossier on n'a jamais vu l'eau ni l'alcool les dissoudre, elles deviennent entièrement solubles par l'une et par l'autre, après avoir subi cette transformation particulière ; découverte inappréciable pour la médecine.

 

(*1) Note de l'éditeur : "Leur manière chimique de se comporter". Texte original : "ihr physisch chemisches Verhalten", on dirait aujourd'hui "leur comportement physico-chimique" -mais le mot physico-chimique ne date que de 1855 !

 

[§ 287] La sépia, dont on se sert pour peindre, n'est soluble que dans l'eau, et non dans l'alcool, à l'état de crudité, tandis que le frottement lui fait acquérir la propriété de se dissoudre dans ce dernier menstrue.

[§ 288] Le pétrole jaune n'abandonne quelque chose à l'alcool que quand il a été frelaté avec une huile essentielle végétale ; mais, à l'état de pureté, il est insoluble dans ce réactif et dans l'éther avec lesquels on le mêle en masse. Au contraire, après avoir subi la trituration, il est complètement soluble dans l'un et dans l'autre.

[§ 289] Le lycopode surnage l'alcool et l'eau, sans qu'aucun de ces liquides agisse sur lui ; il est insipide, et n'exerce aucune action quand on l'introduit dans l'estomac ; mais, après avoir été modifié par la trituration, outre qu'il est devenu complètement soluble dans les deux liquides, il a acquis une vertu médicinale si énergique, qu'on ne doit l'employer, à titre de médicament, qu'avec la plus grande circonspection.

[§ 290] Qui a jamais trouvé le marbre et les coquilles d'huîtres solubles dans l'eau pure ou dans l'alcool ? Mais ce carbonate calcaire si doux, le carbonate de baryte et la magnésie, qui ne le sont pas moins, deviennent complètement solubles dans l'une et dans l'autre, après avoir subi ce mode de préparation, et déploient alors une puissance de vertu médicinale, différente pour chacune d'elles, qui excite la surprise.

[§ 291] Le quarz, dont les cristaux emprisonnent quelquefois, depuis plusieurs milliers d'années, des gouttes d'eau qui n'y ont subi aucun changement, ou le sable blanc de rivière, est la substance à laquelle on serait le moins tenté d'accorder, soit la solubilité dans l'eau et l'alcool, soit des propriétés médicinales (**2). Cependant, par sa manière propre de développer les vertus des corps naturels au moyen du frottement (1), l'homœopathie rend la silice, non-seulement soluble dans l'eau et dans l'alcool, mais encore susceptible de déployer une puissance médicinale immense.

 

(1) La silice parait ne développer ses vertus médicinales par l'effet du frottement (**3) qu'après avoir subi une certaine préparation, que j'indiquerai : aussi peut-on triturer les médicaments avec du sucre de lait dans une capsule de porcelaine, sans crainte qu'il s'y mêle aucune parcelle de silice dynamisée.

 

(**2) Note de l'éditeur : La traduction de la deuxième moitié de l'alinéa est approximative. Il faut lire : "accorder, soit la solubilité (...), soit des propriétés médicinales. Cependant, grâce à la manière particulière dont l'homœopathie développe la force des remèdes (dynamisation) (*3), si l'on fait fondre de la silice avec du carbonate de soude, et qu'on la précipite ensuite du verre que l'on a ainsi obtenu, non seulement celle-ci devient, par la trituration, soluble dans l'eau et dans l'alcool, mais encore elle fait preuve alors de forces médicinales prodigieuses.

Il n'est pas impossible que le mode préparation décrit par Hahnemann (et qui figure avec plus de détails dans la préface à silicea, -volume V, p. 240 de l'édition allemande) aboutisse à la formation d'un précipité de silice gélatineuse (silice hydratée, dont l'état d'hydratation est très variable -une formule possible étant 3 SiO2 + 2 H2O) qui est connue pour être légèrement soluble dans l'eau, alors que la silice amorphe et la silice cristallisée sont totalement insolubles. Par ailleurs, il paraît peu probable que l'on puisse aboutir à un état de division très marqué en broyant de la silice dans un mortier de porcelaine, avec un pilon du même matériau ; il faudrait utiliser des instruments dont la dureté est supérieure à celle de la silice cristallisée. Ceci nous permet de comprendre ce que Hahnemann nous explique ici et dans la note 3 du § 242.

 

(*3) Note de l'éditeur : "A l'état brut et sans avoir subi la préparation que j'ai indiquée, le quartz et le silex semblent ne pas permettre le développement de leurs forces médicinales par la trituration ; c'est pourquoi la trituration des divers médicaments avec le sucre de lait, qui est indifférent, dans une capsule de porcelaine, ne semble pas provoquer l'incorporation de silicea, comme certains puristes anxieux l'ont craint inutilement".

 

[§ 292] Que puis-je dire des métaux natifs et des sulfures métalliques, sinon que tous, sans exception, deviennent solubles dans l'eau et l'alcool, après qu'on les a traités ainsi, et qu'en outre chacun d'eux manifeste alors à un degré incroyable, et de la manière la plus pure, la plus simple, la vertu médicinale dont il est doué.

[§ 293] Mais il est d'autres points de vue encore sous lesquels les substances médicamenteuses ainsi préparées se soustraient aux lois de la chimie.

[§ 294] Une dose de phosphore, ainsi dynamisé, peut être conservée une année entière dans une armoire, enveloppée de papier, sans qu'au bout de ce laps de temps elle ait acquis les propriétés de l'acide phosphorique ; elle jouit encore de celles qui appartiennent au phosphore pur et non changé de forme.

[§ 295] Il ne s'opère également plus de neutralisation dans cet état d'exaltation et en quelque sorte de transfiguration. Lorsqu'on administre une dose de soude, d'ammoniaque, de baryte, de chaux ou de magnésie, qui y a été portée, ses effets médicinaux ne sont plus neutralisés, modifiés ou détruits par une goutte de vinaigre avalée ensuite, comme il arriverait à ces mêmes substances, si on les introduisait à l'état grossier dans l'estomac.

[§ 296] L'acide nitrique, porté au degré de dynamisation que réclame l'homœopathie, et donné à la dose convenable, n'éprouve aucune modification, dans sa manière spéciale d'agir, de la part d'un peu de chaux ou de soude crue, qu'on administre après lui, et qui ne peut par conséquent point le neutraliser.

[§ 297] Pour mettre en pratique ce mode de préparation propre à l'homœopathie, soit sur quelqu'une des substances dont il est traité dans ma Matière médicale pure (1), soit sur un des médicaments antipsoriques suivants (2) : silice, carbonate de baryte, carbonate de chaux, carbonate de soude, sel ammoniac, carbonate de magnésie, charbon de bois, charbon animal, graphite, soufre, antimoine cru, antimoine métallique, or, platine, fer, zinc, cuivre, argent, étain (les métaux solides (**5) et non encore réduits en feuilles sont broyés sous l'eau ou sous l'alcool, comme le fer), on prend un grain de celles qui sont solides (y compris le mercure), ou une goutte de celles qui sont liquides, et on met cette petite quantité sur environ le tiers de cent grains de sucre de lait pulvérisé, dans une capsule en porcelaine non vernissée, ou dont on a dépoli le fond en le frottant avec du sable mouillé ; on mêle le médicament et le sucre de lait ensemble, pendant un instant, avec une spatule en porcelaine, et l'on broie le mélange avec quelque peu de force, durant six minutes ; on détache alors, pendant quatre minutes, la masse du fond de la capsule et du pilon en porcelaine (qui doit également être dépoli et non vernissé) (3), afin qu'elle devienne bien homogène ; puis on la broie de nouveau pendant six minutes avec la même force. Quatre autres minutes sont consacrées à réunir encore la poudre en tas, puis on y ajoute le second tiers du sucre de lait ; on mêle le tout un instant avec la spatule ; on le triture avec une égale force pendant six minutes. On le réunit en tas pendant quatre minutes, et on le broie de nouveau avec force pendant six minutes. Alors, après l'avoir raclé encore pendant quatre minutes, on ajoute le dernier tiers du sucre de lait, qu'on mêle en remuant avec la spatule ; on triture le tout avec force pendant six minutes ; on le racle pendant quatre ; puis on termine en le broyant encore six minutes. La poudre, bien détachée de la capsule et du pilon, est mise dans un flacon bouché, portant le nom de la substance, avec le signe 1/100, qui indique que la substance s'y trouve contenue au centième degré de dynamisation (4).

 

 

(1) Les substances végétales qu'on ne peut se procurer que sèches, par exemple le quinquina, l'ipécacuanha, etc., sont préparées par le même mode de trituration ; portées ainsi à la millionième puissance, elles ne sont pas moins susceptibles que toute autre substance de se dissoudre complètement dans l'eau et l'alcool, et sous cette forme elles conservent bien mieux leurs propriétés que les teintures alcooliques, qui sont si sujettes à s'altérer. S'agit-il de plantes qui ont peu de suc, comme le laurier-rose, le thuya, l'écorce de mezereum, on en prend environ un grain et demi, qu'on triture à trois reprises avec cent grains chaque fois de sucre de lait : dès lors elles sont devenues solubles dans l'eau et l'alcool. Pour les sucs de plantes, on en prend une goutte, qu'on traite de la même manière. Un grain de la poudre au millionième est ensuite dissous dans un mélange à parties égales d'eau et d'alcool, dont on fait successivement passer une goutte dans vingt-sept flacons, en imprimant chaque fois deux secousses au liquide, de manière à se procurer tous les degrés désirables de dynamisation (*9). Les sucs végétaux me paraissent mieux développer leurs vertus quand on commence aussi par les triturer, que quand on les mêle de suite avec l'alcool aqueux, en procédant avec trente flacons successifs.

 

(2) Le phosphore lui-même, qui s'altère à l'air avec tant de facilité, est susceptible d'acquérir ce degré d'atténuation, et de se dissoudre alors dans les deux liquides, ce qui le rend apte à servir aux besoins de l'homœopathie. Il faut cependant pour cela quelques précautions dont je parlerai plus loin.

 

(3) Après qu'on a terminé la trituration de chaque substance médicinale, qui dure trois heures, la capsule, le pilon et la spatule doivent être lavés à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante, puis essuyés et séchés soigneusement (*10). Cette précaution est indispensable pour qu'on ne puisse même pas soupçonner qu'il reste la moindre parcelle de médicament susceptible de se mêler avec un autre qu'on viendrait ensuite à pulvériser, et d'altérer ainsi ce dernier. Pour tranquilliser les esprits timorés, on fait passer les trois instruments au feu (*11), jusqu'à ce qu'ils soient sur le point de rougir.

 

(4) La préparation du phosphore est la seule qui offre quelques modifications, en ce qui concerne la première poudre, celle dont l'atténuation est portée au centième degré. Ici on met les cent grains de sucre de lait à la fois dans la capsule, avec environ quinze gouttes d'eau ; on en fait une bouillie épaisse, à l'aide du pilon humecté, et après avoir coupé un grain de phosphore en un grand nombre de petits morceaux (douze à peu près), on le pétrit avec cette pâte, en ayant soin de piler plutôt que de triturer, et de rejeter dans la capsule les portions de la masse qui restent souvent adhérentes au pilon (*9). De cette manière, les petits morceaux de phosphore se réduisent, dans la pâte épaisse du sucre de lait, en une poussière tellement fine, qu'elle est invisible, et dont la formation s'opère dans l'espace des deux premiers intervalles de six minutes, sans que la moindre étincelle se produise. Pendant les six minutes qui viennent ensuite, au lieu de piler (**10), on peut broyer, parce que la masse approche déjà de la forme pulvérulente. Sur la fin, on ne triture plus qu'avec une force modérée, et, toutes les six minutes, on racle pendant deux minutes la spatule et le pilon, ce qui est très facile, parce que la poudre ne s'attache pas. Après avoir été broyée ainsi six fois de suite, la poudre ne luit que faiblement dans l'obscurité, et n'a que fort peu d'odeur. On l'enferme dans un petit flacon bien bouché, qu'on marque du signe 1/100. Les deux autres atténuations 1/10000 et 1/I (*11) se préparent comme celles des autres substances médicinales sèches.

 

(**5) Note de l'éditeur : Celui qui veut se lancer dans ces préparations a besoin d'une traduction plus précise que celle que nous propose JOURDAN. Nous nous sommes ici permis une petite infidélité à la mémoire du Maître (que ses mânes nous pardonneront certainement) en introduisant des divisions dans le texte et en les numérotant pour la clarté. Nous n'avons toutefois pas changé un iota au texte lui-même. Il faut donc lire : "(...) or, platine, fer, zinc, cuivre, argent, étain (il faut pulvériser les métaux solides qui n'ont pas encore été réduits en feuilles en les frottant sur une pierre à aiguiser fine et dure, sous l'eau et certains, -comme le fer,- sous l'alcool) ;

A.

a) on prend un grain (*7) de la substance en poudre (pour le mercure à l'état liquide, on en prend également un grain ; pour le pétrole, au lieu d'un grain, une goutte) que l'on commence par mettre sur environ le tiers de 100 grains de sucre de lait pulvérisé, dans une capsule en porcelaine non vernissée (ou dont on a dépoli le fond en le frottant avec du sable mouillé) ;

b) on mêle le médicament et le sucre de lait ensemble, pendant un instant, avec une spatule en porcelaine,

c) et l'on triture le mélange avec quelque peu de force durant 6 minutes ;

d) on détache alors, pendant 4 minutes, la masse du fond de la capsule et du pilon en porcelaine (qui doit également être dépoli et non vernissé), en les raclant (2), afin qu'elle devienne bien homogène ;

a) puis on la triture de nouveau pendant 6 minutes avec la même force, sans y avoir rien ajouté ;

b) 4 autres minutes sont consacrées à réunir encore la poudre en tas, en raclant la capsule et le pilon (jusqu'à présent on n'a encore utilisé que le premier tiers des 100 grains de sucre de lait),

B.

a) puis on y ajoute le second tiers du sucre de lait ;

b) on mêle le tout un instant avec la spatule ;

c) on le triture avec une égale force pendant 6 minutes.

d) On le réunit en tas pendant 4 minutes (sans rien y ajouter)

a) et on le triture de nouveau avec force pendant 6 minutes.

b) Alors, après l'avoir raclé encore, et réuni en tas, pendant 4 minutes,

C.

a) on ajoute le dernier tiers du sucre de lait ;

b) qu'on mêle en remuant avec la spatule ;

c) on triture le tout avec force pendant 6 minutes ;

d) on le racle pendant 4 minutes ;

a) puis on termine en le triturant encore 6 minutes.

b) La poudre, bien détachée en raclant la capsule et le pilon,

est conservée dans un flacon bouché, portant le nom de la substance, avec le signe 1/100, qui indique que la substance s'y trouve contenue au centième degré de dynamisation (*6).

 

(*6) Note de l'éditeur : "La préparation du phosphore (...) après avoir coupé un grain de phosphore en un grand nombre de petits morceaux (12 à peu près), on le pétrit avec cette pâte, en ayant soin de piler plutôt que de triturer, et de rejeter dans la capsule les portions de la masse qui restent souvent adhérentes au pilon, en le grattant. De cette manière, les petits morceaux de phosphore se réduisent, dans la pâte épaisse du sucre de lait, en une poussière tellement fine qu'elle est invisible, et dont la formation s'opère dans l'espace des deux premiers intervalles de 6 minutes, sans que la moindre étincelle se produise. Durant la troisième période de 6 minutes, au lieu de piler, on peut broyer, parce que la masse approche déjà de la forme pulvérulente. Dans les trois périodes de 6 minutes qui suivent, on ne triture plus qu'avec une force modérée (...)".

Et à la fin :

"On l'enferme dans un petit flacon bien bouché, sur lequel on marque Phosphorus 1/100. Les deux autres atténuations (1/100 et 1/I) se préparent comme celles des autres substances médicinales sèches".

 

(*7) Note de l'éditeur : Un peu plus de 6 centigrammes (*8)

 

(*8) Note de l'éditeur : La valeur du grain variait avec les endroits. A Paris il valait 53,114 mg, en Prusse 60,90 mg, à Nuremberg 62,0 mg et dans le système Troy 64,799 mg. Pierre SCHMIDT et Jost KUENZLI, respectivement dans leurs traductions française et anglaise de l'Organon, dans une note au § 270, estiment que Hahnemann utilisait la mesure de Nuremberg, se basant sur la deuxième édition de la pharmacopée allemande de 1950. GOETZE, qui a traduit l'Organon en néerlandais, signale également dans sa préface cette précision de la pharmacopée allemande, mais ne prend pas position. Nous n'avons malheureusement pas pu consulter cette pharmacopée pour nous faire une opinion. A titre indicatif, nous donnons ci-contre une table que nous avons pu reconstituer après de nombreuses recherches et des calculs non moins nombreux (rendus nécessaires, vu quelques erreurs de chiffre des typographes du siècle dernier, pour corriger, par recoupement, les valeurs inexactes).

Remarque : Le dictionnaire allemand-français de K. ROTTECK, 7ème éd., Paris, 1876, donne pour la livre prussienne 467,515 g. Comme il donne par ailleurs le mark à 233,8 g, l'unze à 29,23 g, le loth à 14,616 g, le quentchen à 3,65 g et le skrupel à 1,22 g, il faut conclure à l'erreur typographique pour la valeur de la livre. Une autre erreur typographique évidente s'est glissée dans la valeur qu'il donne pour le grain : 80,061 g (au lieu de 0,061 g) !

PARIS

PRUSSE

ANGLETERRE

AUTRICHE

 

 

1 pound avoirdupois

= 453,59237 g

7000 grains

16 ounces

 

 

1 livre =

489,51 g

9216 grains

16 onces

2 marcs

 

1 pfund =

467,715 g

7689 Gran

16 Unze

2 Mark

1 pound troy (apoth. weight) =

373,242 g

5760 grains

12 ounces

 

1 Pfund =

560,1 g

 

16 Unze

1 marc =

8 onces

1 Mark =

8 Unze

233,8575 g

 

 

1 once =

30,594 g

576 grains

8 gros

8 drachmes

1 Unze =

29,2322 g

480 Gran

8 Quentchen

8 Drachme

2 Loth

1 ounce troy =

31,1035 g

480 grains

 

8 drams

1 Unze

35,006 g

 

 

 

2 Loth

 

1 Loth =

14,616 g

 

1 Loth =

17,5 g

1 gros =

1 drachme =

3,824 g

72 grains

3 scrupules

3 deniers

1 Quetchen =

1 Drachme =

3,654 g

60 Gran

3 Skrupel

 

1 dram =

3,888 g

60 grains

3 scrupules

 

1 scrupule =

1 denier =

1,275 g

24 grains

1 Skrupel =

 

1,218 g

20 Gran

1 scruple =

 

1,296 g

20 grains

 

1 grain =

53,115 mg

1 Gran =

60,90 mg

1 grain =

64,7989 mg

 

 

(*9) Note de l'éditeur : Lire : "(...) tous les degrés désirables de dynamisation. L'expérience m'a appris que les sucs végétaux paraissent mieux développer leur vertu (...)".

 

(*10) Note de l'éditeur : Texte incomplet ; il faut lire "essuyés et séchés soigneusement à chaque reprise. Cette précaution (...)".

 

(*11) Note de l'éditeur : Lire : "Si l'on veut tranquilliser les esprits timorés, on peut prendre la précaution de faire passer les instruments au feu, jusqu'à ce qu'ils soient sur le point de rougir, ce qui dissipera toute idée qu'il pourrait rester la moindre parcelle du dernier médicament trituré."

 

[§ 298] Pour élever alors la substance à, 1/10000 de puissance, on prend un grain de la poudre, 1/100 préparée comme il vient d'être dit, on l'ajoute au tiers de cent grains de sucre de lait frais et pulvérisé, on le remue bien dans la capsule, avec la spatule, et on agit de telle sorte qu'après avoir trituré chaque tiers avec force pendant six minutes (***2), on racle ensuite chaque fois le tout pendant environ quatre minutes. La poudre achevée, on l'enferme dans un flacon, qu'on bouche, et qui porte son nom, avec le signe 1/1000, indiquant qu'elle s'y trouve à la dix-millième puissance (1).

 

(1) Ainsi, chaque atténuation, tant celle jusqu'à 1/100, que celle jusqu'à 1/I (*2), et celle jusqu'à 1/10000, se prépare au moyen d'une trituration répétée six fois, pendant six minutes à chaque fois, et à chaque fois aussi suivie d'un raclage de quatre minutes, en sorte qu'elle exige au delà d'une heure.

 

(***2) Note de l'éditeur : La traduction de JOURDAN est fausse. Il faut lire (à la 5ème ligne) : "avec la spatule, et on agit de telle sorte que l'on triture chaque tiers avec force pendant deux fois 6 minutes, et qu'on racle le tout (pendant environ 4 minutes) après chaque période de trituration de six minutes, avant d'ajouter le deuxième tiers, que l'on traite ensuite de la même manière et que l'on réunit à nouveau en tas par raclage, avant d'y mêler le derniers tiers de sucre de lait, de triturer le tout deux fois 6 minutes et de rassembler le tout par raclage dans un flacon que l'on bouche et que l'on étiquette 1/10000, puisqu'il contient le médicament dynamisé à la dix-millième atténuation (*3).

 

(*3) Note de l'éditeur : La note de bas de page devient : "On voit d'après cela que chaque atténuation (tant celle jusqu'à 1/100, que celle jusqu'à 1/10000, que la troisième aussi jusqu'à 1/1000000 ou 1/I) se prépare au moyen de six fois 6 minutes de trituration et six fois 4 minutes de raclage, et que, par conséquent, chacune d'elles prend plus d'une heure."

 

[§ 299] On procède de même avec cette seconde poudre 1/1000 (*1), pour la porter à 1/I, c'est-à-dire à la millionième atténuation.

 

(*1) Note de l'éditeur : Traduction incomplète. Lire : "On procède de même avec un grain de cette seconde poudre 1/10000, pour la porter à 1/I, c'est-à-dire à la millionième atténuation."

 

[§ 300] Afin de mettre quelque uniformité dans la préparation des remèdes homœopathiques et notamment des moyens antipsoriques, au moins sous la forme de poudre, je conseille, ce que j'ai moi-même coutume de faire, de n'élever aucune substance au delà du millionième degré d'atténuation, dont on peut ensuite se servir (*1) pour préparer les dissolutions et les dilutions nécessaires de celles-ci.

 

(*1) Note de l'éditeur : Traduction incomplète et inexacte. Il faut lire : "je conseille (...) de n'élever aucune substance au delà du millionième degré d'atténuation, ni plus, ni moins, dont on peut ensuite se servir pour préparer les dissolutions et les dynamisations nécessaires de celles-ci."

 

[§ 301] La trituration doit être faite avec assez de force, en ayant soin cependant de la proportionner à tel point que la poudre du sucre de lait ne s'attache pas trop au fond de la capsule, et qu'on puisse la retourner (*1) pendant quatre minutes.

 

(*1) Note de l'éditeur : Lire : "et qu'on puisse la racler pendant quatre minutes."

 

[§ 302] Pour obtenir maintenant une dissolution (1) avec cette poudre portée à la millionième puissance, et la réduire à l'état liquide, qui permet de développer (*2) encore davantage sa vertu médicinale, il suffit de la notion inconnue à la chimie que toutes les substances médicamenteuses dont la poudre a été ainsi atténuée jusqu'au millionième degré, se dissolvent dans l'eau et l'alcool.

 

(1) Je donnais d'abord une petite portion d'un grain de la poudre portée à 1/10000 ou à 1/I par la trituration. Mais comme une petite portion d'un grain est une quantité indéterminable, et que l'homœopathiste doit éviter le plus possible tout ce qui porte le caractère du vague et du défaut de précision, il fut d'une haute importance pour moi de pouvoir parvenir à fluidifier les poudres, afin de prescrire à chaque dose un nombre déterminé de globules de sucre qui en fussent imhibés. Ces dissolutions servent ensuite à préparer des liqueurs où le médicament se trouve porté à d'autres degrés supérieurs de dynamisation.

 

(*2) Note de l'éditeur : Lire : "la réduire à l'état liquide, qui permet de continuer à développer encore sa vertu médicinale (...)".

 

[§ 303] La première dissolution ne peut point être faite avec de l'alcool pur, parce que le sucre de lait ne se dissout pas dans ce menstrue (*1). On la prépare, en conséquence, avec un mélange de parties égales d'eau et d'alcool.

 

(*1) Note de l'éditeur : Menstrue : terme utilisé par les anciens alchimistes pour signifier un dissolvant lent, parce que la dissolution s'opérait à l'aide d'une douce chaleur qu'on soutenait pendant un mois. On dirait aujourd'hui simplement un "solvant". Le texte original dit, d'une manière encore moins compliquée : "La première dissolution ne peut pas être faite avec de l'esprit-de-vin pur, parce que le sucre de lait ne se dissout pas dans l'esprit-de-vin."

 

[§ 304] On prend un grain de la poudre portée au millionième degré d'atténuation (1/I), et l'on verse dessus d'abord cinquante gouttes d'eau distillée, qui la dissout aisément en faisant tourner plusieurs fois le flacon sur son axe ; puis on ajoute cinquante gouttes d'alcool (1) ; on bouche le flacon dont ce mélange ne doit remplir que les deux tiers, et on lui imprime deux fortes secousses. Cela fait, à la suite du nom de la substance, on inscrit le signe 1/100I (2). Une goutte de cette liqueur est ajoutée à quatre-vingt-dix-neuf ou cent gouttes d'alcool pur ; on bouche le flacon, on lui donne deux secousses, et on le désigne par le signe 1/10000I. Une goutte de cette autre liqueur est mise avec quatre-vingt-dix-neuf ou cent gouttes d'alcool pur, dans un troisième verre, qu'on bouche bien, auquel on donne deux secousses, et qu'on marque ensuite de 1/II. On continue de même pour les autres dilutions subséquentes, en secouant toujours le flacon deux fois (3), jusqu'à, 1/100II, 1/10000II, 1/II et au delà. Cependant, pour mettre de l'uniformité et de la simplicité dans la pratique, on ne se sert que des verres marqués de nombres entiers, 1/II, 1/III, 1/IV, 1/V (4), etc. ; les verres intermédiaires sont tenus dans des boîtes étiquetées, où ils demeurent à l'abri de l'influence de la lumière.

 

(1) On se procure des petits verres propres (**5) à contenir les uns et les autres cinquante gouttes d'eau ou d'alcool, afin de n'avoir pas à compter chaque fois ce nombre de gouttes, ce qui présente d'ailleurs des difficultés pour l'eau, celle-ci ne se détachant pas par gouttelettes parfaites de l'orifice des flacons usés à l'émeri.

 

(2) On fait bien aussi de marquer sur l'étiquette que la liqueur a été secouée deux fois, en ajoutant la date.

 

(3) Une longue expérience et des observations multipliées sur les malades me font préférer, depuis plusieurs années, de n'imprimer que deux secousses (**6) aux liquides médicamenteux, tandis qu'autrefois je leur en donnais dix. Je me suis convaincu que ce dernier procédé exaltait la force du remède bien au delà du degré de dilution auquel il avait été porté, tandis que le but des secousses est de ne l'exalter qu'au degré nécessaire pour qu'elles remplissent l'objet de la dilution, qui est, tout en le rendant plus pénétrant, de l'adoucir un peu. A la vérité, deux secousses augmentent autant que dix la quantité de l'énergie médicamenteuse mise en évidence (*7) ; mais elles ne le font pas à un si haut degré.

 

(4) Au lieu des fractions 100,000 (1/I), 1/10,000,000,000,000>> (1/II), etc. (**8), on se contente ordinairement d'exprimer le degré de dynamisation par des exposants : ainsi on dit 1003 pour 1/I, 1006 pour 1/II, 1009 pour 1/III, 10010 pour 1/100 III, 10020 pour 1/1000IX,10030 au lieu de 1/X ou décillion, de sorte que les exposants seuls indiquent le degré de dynamisation, le 3e, le 6e, le 9e, le 10e, le 20e, le 30e, etc.

 

(**5) Note de l'éditeur : Traduction incomplète et contenant un contresens. Il faut lire : "On se procure de petits verres gradués, propres à contenir les uns 50 gouttes d'eau, et les autres 50 gouttes d'esprit-de-vin, afin de n'avoir pas à compter chaque fois ce nombre de gouttes, surtout pour l'eau, dont il est difficile de compter les gouttes qui s'écoulent d'un flacon en verre dont l'orifice n'est pas dépoli."

 

(**6) Note de l'éditeur : Deux secousses (en italiques dans le texte original) : Hahnemann s'est rétracté dans l'avant-dernier alinéa de la préface du troisième volume -1837 reproduit ici : "Lorsque je faisais encore prendre les remèdes sans les fractionner, chacun en une seule prise avec un peu d'eau, j'avais trouvé que la dynamisation effectuée en secouant dix fois le flacon avait souvent une action trop violente (que ses forces médicinales étaient trop développées) ; c'est pourquoi j'avais alors conseillé de ne plus donner que deux secousses. Mais, depuis quelques années que j'arrive à fractionner chaque dose médicamenteuse, au moyen d'une dissolution qui ne peut pas se corrompre, et à la répartir sur 15, 20, 30 jours et davantage, aucune dynamisation ne me paraît plus trop forte et je redonne 10 secousses du bras à chacune d'elles. C'est pourquoi je rétracte ce que j'ai encore écrit là-dessus il y a trois ans, dans le premier volume de ce livre."

 

 

(*7) Note de l'éditeur : Le texte de cette note est incomplet. Il faut lire (tout à la fin) : "mais elles ne le font pas à un si haut degré, en sorte que l'on peut quand même diminuer la force du remède en le diluant cent fois et néanmoins obtenir ainsi à chaque fois un remède plus faible, mais un peu plus dynamisé et dont l'action est un peu plus pénétrante."

 

(**8) Note de l'éditeur : Plusieurs erreurs se sont glissées dans les chiffres. Il faut lire : "Au lieu des fractions 1.000.000 (1/I), 1/1000.000.000.000 (1/II), etc., on se contente ordinairement d'exprimer le degré de dynamisation par des exposants : ainsi on dit 1003 pour 1/I, 1006 pour 1/II, 1009 pour 1/III, 10010 pour 1/100 III, 10029 pour 1/10000 IX, 10030 pour 1/X ou décillion, de sorte que les exposants seuls indiquent le degré de dynamisation, le 3e, le 6e, le 9e, le 10e, le 29e, le 30e, etc." On remarque que l'édition originale allemande contient également une faute (du typographe ?), puisque, au lieu du premier nombre cité (1.000.000), il faudrait la fraction 1/1.000.000 !

 

[§ 305] Comme la secousse ne doit être donnée que par un effort médiocre du bras dont on tient les petits flacons, le mieux est de choisir ceux-ci d'une capacité telle que cent gouttes de la liqueur médicamenteuse les remplissent jusqu'aux deux tiers.

[§ 306] Des flacons qui ont déjà contenu un médicament ne doivent jamais servir pour en mettre un autre, quelque soin qu'on ait de les laver ; il faut chaque fois en prendre de nouveaux.

 

* * * * *

 

[§ 307] Les globules de sucre qu'on humecte avec la liqueur médicamenteuse doivent également avoir un volume égal, celui d'une graine de pavot à peu près, tant afin que la dose puisse être donnée au degré convenable d'exiguïté, que pour permettre à l'homœopathiste de procéder à cet égard avec la même uniformité que dans la préparation des remèdes, et de le mettre à portée de comparer en toute assurance ce qu'il fait avec ce qu'exécutent d'autres médecins de son école (1).

 

(1) Voyez l'ouvrage du docteur Jahr : Nouvelle pharmacopée et posologie homœopathique (*2), Paris, 1841.

 

(*2) Note de l'éditeur : Cette note ne figure évidemment pas dans l'original allemand.

 

[§ 308] La meilleure manière d'imbiber les globules est de les humecter en masse : on en met un gros, par exemple, dans un petit godet en porcelaine (**1), ou un verre plus profond que large, et ayant la forme d'un grand dé à coudre ; puis on verse dessus plusieurs gouttes du liquide médicamenteux alcoolique, dont il vaut mieux mettre quelques gouttes de trop que pas assez : le liquide pénètre bientôt la masse entière, et au bout d'une minute tous les globules sont imbibés. Alors on retourne le godet, et on verse le contenu sur une feuille de papier-joseph pliée en deux, afin d'enlever l'humidité superflue ; on étale les globules, et on les laisse sécher, après quoi on les introduit dans un flacon portant l'étiquette du contenu, et qu'on bouche bien.

 

(**1) Note de l'éditeur : Le texte original dit "on en met un ou plusieurs gros (Quentchen) dans un petit godet de porcelaine (...)". Si l'on se reporte à la note 8 du § 297 ci-dessus, on verra que le problème est ici moins aigu que pour le grain, puisqu'un quentchen valait 3,654 g en Prusse, 3,720 g à Nuremberg et un peu plus de 3,8 g à Paris et à Londres, et que de toutes manière le texte ne demande pas qu'on utilise une quantité précise.

 

[§ 309] Tous les globules pénétrés du liquide alcoolique paraissent ternes après la dessiccation ; ceux qui n'ont pas été mouillés sont blancs et brillants.

[§ 310] Pour les administrer, on en fait tomber un ou deux dans une petite capsule en papier contenant déjà deux ou trois grains de sucre de lait en poudre ; puis on passe une spatule ou l'ongle du pouce sur le papier, jusqu'à ce qu'on sente que le globule est écrasé. Le tout peut alors se dissoudre aisément dans l'eau.

[§ 311] Toutes les fois que je parle de globules à prendre, j'entends ceux qui ont le volume des graines de pavot, et dont ordinairement il faut environ deux cents pour peser un grain.

 

* * * * *

 

[§ 312] Dans la revue que je vais faire maintenant des remèdes antipsoriques, je n'ai admis aucun de ceux auxquels on donne le nom d'isopathiques. Il s'en faut de beaucoup encore que les effets purs de ces médicaments, même du miasme psorique dynamisé (psorine), soient assez bien connus pour qu'on puisse les employer homœopathiquement et en toute sûreté. Je dis homœopathiquement ; car on ne resterait pas dans les conditions de l'idem, alors même qu'on administrerait la psorine dynamisée au malade même qui l'a fournie. Effectivement, dans la supposition où elle serait utile, elle ne pourrait l'être qu'à l'état de dynamisation, puisque le miasme psorique grossier que le malade renferme déjà dans son économie, est sans action sur lui comme idem. Mais le procédé de la dynamisation lui fait subir des modifications, de même que l'or dynamisé n'est plus l'or brut qui ne produit aucun effet dans le corps humain, et qu'il est devenu une autre chose de plus en plus modifiée et changée à chaque degré de dynamisation.

[§ 313] Modifiée par la dynamisation, la psorine n'est plus un idem, mais seulement un simillimum, eu égard à la matière psorique brute et primordiale ; car, pour celui qui veut réfléchir, il n'y a pas d'intermédiaire entre idem et simillimum, ou, en d'autres termes, il ne peut y avoir que le simillimum entre l'idem et le simile. Isopathique et æquale sont de mauvaises expressions, qui, pour avoir un sens précis, ne peuvent signifier que simillimum, puisqu'elles ne sont point un idem (ταυτόν).


 

PRÉFACE

du volume III, paru en 1837.

 

Traduction du docteur Jean-Claude Grégoire.

(inspirée de celle du docteur JOURDAN, mais entièrement refondue d'après l'original allemand)

 

AVANT-PROPOS

sur le côté technique de l'homœopathie.

 

Depuis la dernière fois (1) que j'ai entretenu le public de notre art de guérir, j'ai eu l'occasion, entre autres choses, de faire des expériences sur la meilleure manière d'administrer les doses aux malades, et je vais dire ici ce qui m'a paru le plus convenable à cet égard.

 

(1) J'ai écrit les deux premières parties de ce livre au début de l'année 1834 et, bien qu'elles ne comptassent à elles deux que 36 feuilles d'impression, mon éditeur précédent, M. Arnold, à Dresde, mit pourtant deux années entières à les publier ; par qui a-t-il été retenu ? C'est ce que pourront deviner mes amis et connaissances.

 

Lorsqu'on met sur la langue un petit globule sec, imprégné d'une des plus hautes dynamisations d'un médicament, ou qu'on flaire modérément un flacon contenant un ou plusieurs de ces globules, ce qui s'avère la dose la plus petite, la plus faible, celle dont l'action dure le moins longtemps (quoiqu'il se trouve encore des malades de nature assez excitable pour que, dans les petites maladies aiguës contre lesquelles le remède a été c